‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 149 sur 190 · Mss. Voir aux pièces à Tappoi. Dictionnaire de Jai · texte numérisé non relu

Mss. Voir aux pièces à Tappoi. Dictionnaire de Jai

« pays contre nous. Ta présence y est absolument « nécessaire, ainsi pars de suite. Un envoyé du Co- « mité de Salut public est ici avec des pouvoirs ; tu « es directement compromis et intéressé. Si, contre « toute attente, tu ne peux venir sur-le-champ, en- « voie-moi un ordre par un courrier extraordinaire « d'aller te joindre ; je t'informerai de tout ^. » Le fait n'était que trop réel. Les amis des Robespierre se voyaient .directement menacés. Bonaparte en allait faire la douloureuse expérience, A l'armée des Alpes, ses compagnons de la veille, Salicetti, Albitte et Laporte se tournaient contre lui. Le 6, ils écrivaient au Comité de Salut public :

« La tête du tyran est tombée et le voile se déchire, ■(t Salicetti arrive après avoir échappé à la mort que des « assassins lui avaient préparée sur sa route. Us ont t( abattu à sa place La Converserie, chef estimable de la « centième demi-brigade qui était à la suite de notre col- « lègue.

« Enfin, nous respirons ensemble; mais en rapprochant « tous les faits, la trahison nous paraît évidente, et nos « cœurs, comprimés, jusqu'à ce jour, ont besoin de s'épan- « cher. Depuis (rois mois, Laporle et Albitte étaient à « l'armée des Alpes; ils n'ont vécu que d'incertitude, tance dis qu'à l'armée d'Italie, Salicetti était à charge à ^ Robespierre et à Ricord et que ceux-ci Téloignaient le « plus qu'ils pouvaient des conseils.

« Un plan de campagne avait reçu votre approbation, « il devait être secret, et surtout il devait être exécuté. « Eh bien ! le plan est devenu public à l'armée d'Italie... «... Enfin, il faut que vous sachiez que Bonaparte et M Ricord lui-même ont avoué à Salicetti qu'on ne ferait

1. Lantard à Ricord, du Port de la Montagne, le 18 thermidor an II. Mss. A. 6.

ANlfÉB 1794. 445

« que semblanf d'assiéger Goni, mais qu'il ne fallait eu « rien dire aux représentants près l'armée des Alpes.

« De là nous concluons que nous étions joués par les « intrigants et les hypocrites; qu'on ne voulait pas exé- « cuter votre arrêté.

« Tel était le plan bien connu aujourd'hui de Robes- « pierre et de Ricord; il cadre parfaitement avec tous les « mouvements de l'ennemi. Bonaparte était leur homme, a leur faiseur de plan auquel il nous fallait obéir. Une « lettre anonyme, datée de Gènes, nous a prévenus qu'il « y avait un million en route pour corrompre un général. « Tenez-vous sur vos gardes, nous disait-on; Salicetti <( arrive, il nous apprend que Bonaparte s'est rendu à a Gênes, autorisé par Ricord. Qu'allait faire ce général « en pays étranger? Tous nos soupçons se portent sur sa « tète ; Salicetti nous apprend que, d'un autre côté, Ricord « a placé ses beaux-frères et ses parents à la tète de la « partie des vivres ai des charrois de l'armée... Haller, « leur homme de confiance, vient d'émigrer pour se sous- <c traire au mandat d'arrêt lancé contre lui; nous soup- « çonnons Ricord de l'avoir prévenu et même de lui avoir « donné un passeport pour se retirer à Gèoes. Ge qui u nous confirme dans cette idée, c'est qu'Haller, en émicc grant s'est fait accompagner par Malabry et sa femme, « cousin-germaia de Ricord.

a ... Il importe d'abord d'écarter Ricord et Bonaparte; « nous allons prendro sur nous de nous assurer de leur «c personne, ainsi quo de leurs papiers, et de vous les « envoyer à Paris., , »

Ils faisaient %mm cette dénonciation d'un ordre d^arrestation ^

1. Les représentants du peuple près Tarmée des Alpes et dltalie :

n Considérant que le général Bonaparte» commandant en chef

4i6 BONAPARTE AU FORT CARRÉ.

Le 10 août, en effet, Bonaparte quittait Nice sous bonne escorte. Le 12, il se trouvait enfermé au fort Carré, près d'Antibes. Quant à ses papiers, ils avaient été remis au commissaire ordonnateur Denniée', et le 12, Albitte et Salicetti écrivaient de Nice

% rartillerie de Tarmée dltalie, a totalement perdu leur con- « fiance par la conduite la plus suspecte, et surtout par le voyage « qu'il a dernièrement fait à Gênes, arrêtent ce qui suit :

tt Le général de brigade Bonapabte, commandant en chef Tar- « tillerie de Tarmée dltalie, est provisoirement suspendu de « ses fonctions.

« Il sera, par les soins et sous la responsabilité du général en tt chef de ladite armée^ mis en état d'arrestation et traduit au « Comité de Salut public à Pans, sous bonne et sûre escorte. « Les scellés seront apposés sur tous ses papiers et effets, dont « il sera fait inventaire par des commissaires qui seront nom- « mes, sur les lieux, par les représentants du peuple Salicetti et « Albitte et tous ceux desdits papiers qui seront trouvés sus- « pects, seront envoyés au Comité de Salut public.

« Fait à Barcelonnette, le 19 thermidor an II de la République « française, une et indivisible et démocratique, — 6 août 1794.

« Signé : ÀLBrriE, Salicetti^ Làporte. »

Cet arrêté arrivait à Nice, dans la nuit du 8 au 9 août et, le 0 au matin, le général en chef lançait un mandat d'arrêt.

« Il est ordonné au commandant de la gendarmerie de se « transporter, sans délai, avec un détachement de ce corps, com- « posé d'un officier et de dix honmies, au logement du général « BoNAPAETE, où il le mettra en état d'arrestation, mettra le « scellé sur ses papiers, se conformera avec la plus scrupuleuse « exactitude à ce qui est ordonné par les représentants du « peuple, près cette armée et celle des Alpes, relativement à luit « dans leur arrêté du 19 thermidor courant, et dont copie oollft* « tionnée lui a été remise.

« Aussitôt l'arrestation, il en rendra compte aux susdits IB- « présentants et au général en chef.

« Donné à Nice, le 22 thermidor 1794, Tau deuxième de laBé- « publique une et indivisible. »

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