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aussi sévèrement que Marie-Thérèse elle-même ^^ Lors de son passage à Paris, il avait tout tenté pour réagir contre ses désordres, amenés par l'amour du jeu et de la toilette. Il avait quitté la France profondément surpris de Tattitude de la noblesse, et particulièrement de celle des princes. « Monsieur, écrivait- « il à son frère, est un être indéfinissable ; mieux que « le roi, il est d'un froid mortel. Madame, laide et « grossière, n'est pas Piémontaise pour rien, reni- « plie d'intrigues... Le comte d'Artois est un petit « maître dans toutes les formes. Sa femme... estim- « bécile absolument. » Son étonnement, à propos de de l'insouciance de ces nobles voyageurs qui, tout en se plaignant de leur pays, avaient eu soin de le^ quitter au plus vite à l'heure de la crise, en abandonnant leur souverain à la merci des événements, fut naturel. D'accord avec son ambassadeur, le comte de Mercy-Argenteau, il se borna donc à des pro~ messes vagues. Comme Mercy, il croyait encore àJa.
1. Marie-Thérèse à Marie-Antoinette : «Je ne crains ponr voa& « que trop de dissipation. Jamais vous n'avez aimé la lecture ni « aucune application; cela m'a donné souvent des inquiéa tudes... »
Elle ajoutait à Mercy-Argenteau : « J'ai toujours trouvé ma a fille légère, sans réflexion, sans goût pour des occupations H solides, susceptible d'attachement pour les personnes qui ont « l'adresse de se faire à ses inclinations et dissipations, et en « même temps très attachée à ses idées, en faisant semblant de « vouloir les abandonner. La faveur qu'elle a accordée et contitt nue encore à accorder à la princesse de Lamballe, à madame « de Polignac, au comte d'Artois, au prince de Ligne, au duc de « Coigny et à plusieurs autres de cette espèce, et les inconvé- « nients qui en ont été la suite, sont des preuves convaincante» « de son peu de discernement dans le choix de ses favoris et fa- « rites... » .
{Correspondance de Marie-Antoinette.) Arnetlu
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possibilité d'une entente entre le roi et TAssemblée nationale. Les événements devaient lui donner tort.
La folle entreprise du marquis de Favras, les compromissions de Mirabeau avec le comte de La Marck et le comte de Mercy, les mouvements insurrectionnels ou populaires du Midi et de TOuest, les réformes prescrites parles représentants de la nation, le mécontentement des gens atteints par ces mesures, particulièrement celui des membres du clergé et des ofiiciers, enfin, les divisions qui se manifestaient chaque jour davantage au sein du gouvernement, n'avaient fait qu'aggraver la situation. Chacun avait comme le pressentiment de quelque entreprise ténébreuse.
L'envoi de M. de Breteuil ^ en Suisse, en vue d'y organiser un plan de défense militaire de concert avec le prince de Gondé, les voyages de MM. de La Marck, de Fersen et de Bouille fils, à Bruxelles et à Luxembourg, la réception du maréchal de Broglie * par le général de Bender ^, les allées et venues des agents de la Cour, l'arrogance des déserteurs, les violences de leurs journaux, tout dénotait un mouvement général. En effet, il s'était formé tout autour de
1. De Breteuil (Louis- Auguste Le Tonnelier, baron de), né à PreuiMy, en Tou raine, en 1753, mort à Paris, le 2 novembre
2. Victor-François, duc de Broglie, né, le 19 octobre 1718. — Capitaine éft 1734, maréchal de FVance, le 16 décembre 1759. — Maréchal général des armées du roi. — Retiré à Luxembourg, commanda un corps de déserteurs à Yalmy, mort à Munster, en
3. Bender (Blaise-Colomban, baron de), né en 1713, fils d'un artisan. Nommé gouverneur de Luxembourg en 1789, commandant eu chef, puis maréchal, fait prisonnier dans Luxembourg, en juin 1795, mort à Prague 1© ilO novembre 1798.
dO lÏTAT DE L*ARMÉE FRANÇAISE.
la France comme un cordon de conspirateurs, dont les centres d'action se trouvaient à Bruxelles, Cologne, Mayence, Worms, Spire, Genève, Ghambéry, Nice et Figuières. Si la haine et le désir de vengeance y étaient communs, les plans pour réaliser ces projets criminels ne Tétaient guère. La confusion la plus grande régnait dans les conseils de la Cour et des princes. Toutefois, au milieu de ce conflit d'intérêts, on était à même d'entrevoir deux courants bien distincts. Le premier correspondait à l'idée de l'adaptation en France d'un régime constitutionnel semblable à celui de l'Angleterre. MM. de La Fayette, de Lameth, Barnave et plusieurs autres personnages se montraient •assez partisans de cette solution. Le second se rattachait à la fuite de la famille royale, au châtiment exemplaire d'un parlement déclaré infâme et à l'occupation de la France par les troupes des puissances coalisées. Ce beau programme était celui des exaltés^ des princes de Gondé, du roi de. Suède, des de Bouille» de M. de Fersen, en un mot de tout ce petit monde de courtisans dont s'entourait habituellement la reine.
Dès le début de la crise, Texécution de ce dernier plan avait été rêvée par beaucoup de gens. La difficulté était venue du roi, qui se montrait indécis. Le premier projet d'évasion datait, en efî'et, du 15 octobre 1789. Rédigé par M. de Mirabeau et remis à Monsieur parle comte de La Marck^, il servit proba-
1. Auguste-Marie-Raymond cCArenbet^g , comte de la Matxky né en 1753 à Bruxelles, mort en 1833. — Député — Grand d'Espagne, maréchal de camp, colonel du régiment d'infanterie allemande, député.— Marié le 23 novembre 1774 à mademoiselle ie Cernay; au service d'Autriche en 1793. — Son frère (Pierre) devint officier d'ordonnance de Napoléo» et pair de France. —
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blement de base au complot du marquis de Favras^ Le second, plus sérieux et beaucoup mieux préparé, eut pour principaux organisateurs, de Fersen*, de Bouille ^ et le roi de Suède. « Les troupes de Tempe- « reur fortes de trente à trente-cinq miile hommes, « dit ce dernier*, entreront par la Flandre; douze à « quinze mille Suisses pénétreront par la Franchece Comté, quinze mille Sardes par le Dauphiné et « vingt mille Espagnols par les Pyrénées. Les princes « de TEmpire attaqueront TAlsace. Le roi d'Angle- « terre restera neutre et aura les Antilles comme dé- « dommagement. »
Dans cette combinaison, le maréchal général prince de Broglie remplissait les fonctions de ministre de la guerre m partions à Luxembourg, et le prince de Condé avait la direction d*un corps spécial en formation sur les bords du Rhin. Quant à Gustave III, il se réservait le commandement des troupes de débarquement, composées de seize mille Suédois et de six mille Russes avec Bouille pour chef d'état-major. A son arrivée en Normandie, il devait être rejoint par les patriotes gentilshommes affiliés au complot. C'était,
{Prosper-Louis)y né en 1785, fut sénateur en 1806, et épousa mademoiselle Stéphanie Tascher de la Pagerie.
1 Thomas Mahi, marquis de Favras, né à Blois en 1745, pendu le 19 février 1791. Lieutenant dans les Suisses de la garde de Monsieur. — Forma le projet d'enlever le roi , d'affamer Paris, etc.. Les pièces du procès furent soustraites du greffe.
2. Alex, de Fersen, né à Stockholm, colonel du régiment royal Suédois ; à la cour de 1783 à 1788, fit tout pour sauver la Reine. Mort assassiné en 1810.
3. François-Claude-Amour, marquis de Bouille, né le 19 no- Tembre 1739, au château de Cluzel, en Auvergne ; mort, le 14 no- Tembre 1800, en Angleterre,