‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 16 sur 190 · Lettre du roi de Suè.deâ du 9 juillet · texte numérisé non relu

Lettre du roi de Suè.deâ du 9 juillet

sur une plus grande échelle, la répétition de la fameuse conspiration de Rohan, de la ïréaumont. de madame de ViUars et du hollandais Van den Enden '. Celle-là, il est vrai, s'était tramée contre Louis XIV, et ses auteurs avaient payé de leur tête leur simple projet de tentative sur les côtes normandes, tandis que leurs émules de 1790 devaient trouver plus tard honneurs et profits et, qui plus est, des historiens assez oublieux de leur qualité de Français pour glorifier leur conduite.

Or, c'était le 9 juillet que Gustave III écrivait cette lettre, et le 14, en présence de toutes les troupes réunies sur le Champ de Mars et d'un peuple enthousiaste, Louis XVI, le bras tendu vers l'autel, prononçait un solennel serment : « Moi, roi des Français, je « jure à la nation d'employer tout le pouvoir qui « m'est délégué par la loi constitutionnelle de l'État, <i à maintenir la Constitution décrétée par l'Assem- « blée nationale et acceptée par moi, et à faire exécu- « ter la loi. »

Ces paroles étaient-elles sincères? Jusqu'à preuve contraire, il est permis de le supposer.. Plus tard, le doute ne sera plus possible. La trahison sera officielle.

En vérité, une sorte de fatalité semble s'attacher aux actes de ce malheureux monarque. Plus il paraît vouloir se mettre d'accord avec l'Assemblée et la nation, plus ses prétendus défenseurs cherchent à le compromettre vis-à-vis de ses nouveaux alliés.

Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur les écrits du

1. Archives de la Bastille, par Ravaisson. Charles de Rohan, par Pierre Clément.

temp> pour se rendre compte de la passion dont étaient aniniés leurs auteurs. Le journal la Contre-révolution^ qui se publiait alors à Coblentz, annonçait comme imminents, la rentrée des déserteurs, la proclamation" de Monsieur en qualité de régent de France et le rétablissement de l'ancien état de choses. Un mouchoir blanc, la botte de Condé et dix francs pour acheter des cordes, telles étaient les fines allusions qui se traduisaient en caricatures journalières. Du roi, bien entendu, il n'était pas question.

Les correspondances diplomatiques sont plus explicites encore.

« Les aristocrates, écritM. de StaëP à son ministre « le 12 avril 1790, ne cessent de parler ici de contre- « révolution, tandis que, pour en exécuter une, si « elle était possible, il faudrait n'en jamais parler. « M. le prince de Condé paraît décidé à entrer en « Alsace. S'il avait une armée puissante et des intel- « Jigences combinées dans Tintérieur du royaume, « ce projet se pourrait concevoir. Mais si, comme on « le dit, il cède uniquement à sa fureur sans avoir « rien calculé, le roi sera forcé de le déclarer lèse-na- « tien, d'ordonner à ses troupes de le repousser et « il résultera de cette tentative des attentats dans « plusieurs parties du royaume contre des nobles et des ^prêtres, quon soupçonnera de participer à sa dé- « marche, »

Gustave III disait de son côté à son ministre en

1. Staël [Holstein) Eric-Magnus, baron, mort à Poli<rny, le Ornai 1802. Ambassadeur de Suède à Paris en 1783; marié à la tille de Necker en 1786; rappelé en 1792, renvoyé à Paris en mars 1793, reparti puis revenu le 22 avril 1795; définitivement rappelé en 1799.

Russie, le comte de Steedyngk : « Il est peut-être «Ipnî « si c'est Louis XVI ou Louis XVII ou Charles X qai « occupe le trône, pourvu qu*il soit relevé, pourvu « que le monstre du manège soit terrassé et que les « principes destructeurs de toute autorité soient dé- « truits avec cette infâme assemblée et le repaire infâme^ « ou elle a été, détruit,.. Le seul remède à tout cela, « c'est le fer et le canon...

«... Soyez en garde contre tous les Français qui « sont à Saint-Pétersbourg... Il y en a qui sont les « émissaires de la propagande et des démocrates. Ils « ne peuvent être dangereux ni pour vous ni pour « l'impératrice. Mais il y a une troisième classe qui « se donne le nom de monar chiens, qui veulent bien V le gouvernement du roi, mais prétendent établir « une espèce de gouvernement métaphysique impos- « sible à soutenir en France, et dont l'établissement « (s'il venait à se consolider jamais) serait un exem- « pie encore plus dangereux et servirait à bouleverser « tous les trônes. Ceux-là craignent une contre-révo- « lution, dont la suite pourrait remettre les classes « dans l'ancien état et par là empêcher leur gouver- « nement chimérique. C'est d'eux et de leurs conseils « qu'il faut vous garder, car sous les marques de très « bons sentiments, ils cachent les vues les plus fu- « nestes pour le bien général de la restauration de la « monarchie, qui ne peut exister sans le rétablisse- « ment entier de l'autorité royale. »

Ainsi, à cette date de juillet 1790, à cette heure où le roi promet solennellement de faire exécuter la Constitution et la loi, les déserteurs français et les fidèles de la reine et des princes n'entrevoient et ne poursuivent que deux adversaires, Louis XVI

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et les Constitutionnels. Us n'ont qu'un but, la satisfaction de leurs appétits, et qu'un désir, celui d'empêcher à tout prix toute solution pacifique. Plus ils se sentent embourbés dans cette fange de honte, plus ils tiennent à entraîner de gens dans leur criminelle entreprise. Il leur semble que la gravité de leur crime sera atténuée par le nombre et la qualité des complices. Qu'ils compromettent le roi dans cette aventure, et ils se croiront sauvés vis-à-vis d'eux-mêmes et de l'histoire. Sur eux donc retombe complète, inéluctable, la responsabilité des événements ultérieurs et du sang versé. En histoire, on ne doit pas seulement constater les effets, on a l'obligation de rechercher les causes. Or, en 1790, en présence de ce mouvement royaliste nettement anti-français, surgissant trois années avant cette terrible époque qu'on appellera la Terreur, on est en droit d'affirmer que lea vrais criminel dont ceux qui l'ont rendue nécessaire par leur inqualifiable conduite. Et, si l'on peut s'étonner de quelque chose, c'est de la longanimité de la nation française et de ses gouvernants.

Mais toute cette agitation ne s'était pas produite sans surexciter l'opinion. De la méfiance, chacun passait à un sentiment plus grave, l'inquiétude.

Le 27 juillet, Dubois de Grancé donnait lecture à l'Assemblée de ses informations sur le dégarnissement des places frontières et sur le passage des troupes autrichiennes sur le territoire français. Le même jour, la Chambre décidait que « six commissaires ^ se reti- « reraient immédiatement au secrétariat de la guerre,

1. Furent nommés : MM. Dubois de Grancé, de Menou, d'Elbecq, Fréteau, Dandré, Emmery.

« â l'effet de prendre communication des ordre» « envoyés pour, livrer passage aux troupes autri- « chiennes, ainsi que des nouvelles reçues relative- « ment à la situation politique des puissances voi- « sines du royaume. » Le lendemain, elle nommait un comité diplomatique ^ et accordait trois semaines de délai au prince de Condé pour faire le désaveu de sa conduite, « attendu, disait le rapport, l'intérêt « suprême de la patrie et l'urgente nécessité de « surveiller les mouvements extérieurs ;

« Attendu les circonstances trop connues qui rendent ^ M. Louis Joseph Bourbon de Condé, tout à la fois « étranger aux lois nouvelles et dangereux à la « Constitution. »

Que pouvaient les représentants de la nation ? La trahison sourdait partout, dans les ministères, dans les ambassades, dans les sacristies, dans les cadres de l'armée et de la marine, dans l'Assemblée ellemême, A propos de l'insubordination de l'escadre et des troubles survenus à Brest, l'honnête Menou était venu, le 19 octobre, se plaindre de l'inertie du conseil exécutif et proposer un ordre du jour de méfiance*.

La proposition fat rejetée par quatre cent tjois voix centre trois cent quarante. Mais, l'attaque avait porté.

1. Furent nommés : MM. de Menou, Fréteau, de Mirabeau, ùi Ghàtelet, Dandré et Barnave,

2. « L'Assemblée nationale portant ses regards sur la situation t. actuelle de l'État, et reconnaissant que (a défiance du peuple %. contre les ministres occasionne le défaut de force du gouver- • nement, décrète que son président se retirera par devers le roi •i pour représenter à Sa Majesté que la défiance que les peuples « ont conçue contre les ministres actuels, apporte les plus grand-j « obstacles au rétablissement de Tordre public, à l'exécution des « lois et à Tachèvement de la Constitution. »

Le ministère tombait. Il était remplacé, il est vrai, par un autre ^ tout aussi peu sincèrement attaché aux institutions nouvelles ; le plus important des départements, celui des affaires étrangères, demeurait entre les mains de l'ancien titulaire, le comte de Montmorin Saint-Hérem *, tout dévoué au roi, à la maison d'Autriche et trait d'union obligé entre la Cour, Mirabeau et les constitutionnels de la Chambre. «Ce n'est rien faire de renvoyer les ministres, disait « avec raison Brisson, si l'on ne renvoie pas en même « temps les sous-ministres, les premiers commis, ces « vétérans de l'aristocratie et les véritables auteurs « qui déclament et chantent dans les coulisses, tan- « dis que les ministres, comédiens de parade, ne « font que remuer les lèvres sur l'avant- scène. C'est « le peuple qui, par ses représentants, doit nommer « ses ambassadeurs. Y a-t-il plus grande folie que la « nôtre de laisser dans les cours étrangères les plus « chers instruments de l'ancien régime? »

Ces avertissements comme les précédents devaient rester sans effet. L'accord allait devenir impassible

1. Duportail à la guerre à la place de la Tour du Pin, fleurien à la marine au lieu de la Luzerne, Duport du Tertre, après ^archevêque de Bordeaux, etc..

2. Armand-Marc, comte de Montmorin Saiîit-Hérem, né à Paris, le 13 octobre 1746, marié en 1767 à Françoise-Gabrielle de Tanes ; meain du Dauphin en 1771 ; ministre près de l'Électeur de Trêves ; ambassadeur à Madrid en 1777, chevalier de la Toison d'Or; rentré en France en 1783; maréchal de camp et chevalier du Saint-Esprit, le 1" janvier 1784 ; gouverneur de* Bretagne, le 4 avril 1784 ; ministre des affaires étrangères du Ufévrier 1787 au 20 novembre 1791. Il fut renvoyé un instant avec Necker, le 11 juillet 1789 et remplacé par la Vauguyon, le candidat de la reine, et rétabli en fonctions le 17 ; arrêté là 21 août 1792, mort le. 2 septembre 1792.

entre le roi et ces fnona?'cAiens, ainsi que les appelait si élégamment le roi de Suède. C'était Jà tout le désir des conspirateurs. Louis XVI, sollicité par des intérêts si contraires et d'ailleurs incapable d'entrevoir le piège tendu à son honneur, acquiesçait à une sorte de projet bâtard, tenant le milieu entre la solution espérée par les constitutionnels et celle réclamée par les princes.

Ce projet était celui de Mercy-Argenteau et du comte de Montmorin Saint-Hérem , de ce groupe que le public devait appeler instinctivement le comité auU'ichien, Il s'agissait d'une coalition simulée, dont l'empereur serait l'âme et dont l'intervention serait résiliable à la volonté du roi. « On se flattait, dit « M. de Jomini^ de pouvoir rédiger cet acte impor- « tant (une adresse aux Puissances), de manière à ce a que, tout en prenant la défense de l'honneur natio- « nal, il servit en même temps de concordat entre « l'autorité royale et la majorité du peuple français. »

Le 3 décembre 1790, en effet, Louis XVI écrivait au roi de Prusse : « Je réclame votre intérêt avec con- « fiance dans ce moment-ci, où malgré l'acceptation « que j'ai faite de la nouvelle constitution, les factieux « montrent ouvertement le projet de détruire le reste « de la monarchie. Je viens de m'adresser à VEmpe^ « rewr, à r impératrice de Russie, aux rois d'Espagne « et de Suède et je leur présente l'idée d'un Congrès « c?es/?rmc2/?a/es puissances de l'Europe, appuyé d'une « forte armée, comme la meilleure mesure pour « arrêter les factieux, donner le moyen de rétablir « un ordre de choses plus durable, et empêcher que

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