BONAPARTE AU FORT OARRÂ
inexplicable au premier abord, mais assez naturelle, si Ton voit le fond des choses.
Après Taffaire de Saorgio, Salicetti était immédiatement retourné à Toulon avec Arena, Cervoni et les troupes destinées à secourir Bastia. Les nouvelles de rile étaient mauvaises, celles rapportées par Lacombe Saint-Michel plus tristes encore. Celui-ci venait de passer dix-huit mois à Bastia. Il en rapportait de curieux renseignements sur les Bonapartes etparticulièrement sur le rôle joué par Tofficier d'artillerie dans ce malheureux conflit.
Sur ces entrefaites, on apprit la reddition de Bastia. L'expédition n'ayant plus sa raison d'être fut contremandée. Le représentant Multedo resta à Toulon, pour préparer un envoi de vivres à Calvi. Lacombe revint à Paris et Salicetti reprit le chemin de l'armée des Alpes. En route, ce dernier faillit être assassiné. A Barcelonnette, où il retrouva ses collègues, Albitte et Laporte, il eut connaissance des incidents relatiis aux plans de campagne de Robespierre et de Bonaparte et à la mission de Gênes. Or en présence de cette hostilité générale contre son ami, crut-il prudent pour lui-même de faire comme les autres, en signant l'étrange réquisitoire du 6 août? Dans ces instants d'affolement et de faiblesse humaine, tout est possible. Il est certain qu'au début il ne se montra guère conciliant. Son secrétaire, Albert Permon, lui avait remis une lettre de madame Permon. « Ne me faites « pas le chagrin, lui écrivait sa jolie correspondante, « de penser que sa mère (Laetitia) ajoute cette nou- « velle peine à celles qu'elle a déjà... » « Tu répon- « dras à la citoyenne Permon , répliqua Salicetti^ que « je suis fâché de ne pas faire ce qu'elle me demande
« pour le général Bonaparte, mais tu vois toi-mèrae « que la chose est impossible. Les notes qui sont arri- « vées de Corse me dicteraient une conduite comme « celle que je tiens, quand elle ne me serait pas im- « posée par les affaires de Gènes. »
De fait, la vérité sur les événements de Corse commençait à être connue. Nombre de gens ne se gênaient guère pour attribuer aux Bonaparte tout le mal qui était arrivé. A peine de retour à Paris, Lacombe Saint-Michel réclamait ^ non seulement le remplacement de Bonaparte, mais son rappel. Multedo, son compatriote, le boudait également.
« Je t'ai écrit plusieurs fois, lui dit Bonaparte, le « 15 septembre, mais tu ne m'as pas répondu; je ne « puis penser que ce soit par mépris. Je te parlais de « l'affaire qui m'était arrivée et je pense que si les « circonstances se présentaient de parler de moi, tu « me servirais avec l'intérêt que mérite un constant « ami de la liberté et une personne qui t'a toujours « été attachée...
« Salut et fraternité.
c< P. S. Fais mes compliments à Arrighi et à Casaa bianca. »
Et le 23, il ajoute : « ...Je n'ai point reçu de ré- <( ponse à plusieurs lettres que je t'ai écrites il y a « quelques décades... »
Cette sorte de mauvais vouloir à son égard est donc évidente. Mais si le jeune général avait des ennemis, il possédait aussi des amis fort actifs et des parents passés maîtres dans l'art des sollicitations. Ceux-ci s'adressèrent à tout le monde, à Chiappe, à Barras, à