‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 157 sur 190 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

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▲ l'armAb db l*ocbst, dd 29 mars 1795,

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Sttoatioa désespérée de la Corse, au commencement de l'année 1794. — Prise de Saint-Florent par les Anglais, le 17 février 1794. — Préparatifs d« secuurs. — Interrupliott de la campa^e d'Italie. — Défense héroïque d« Bastia. — Énergie de Lacombe Saiut-Michel. — Son départ de Bastia. — Ses efforts. — Son arrivée à Gènes et à Toulon, 10 mai 1794. — Organisation de l'expéililion. — La flotte prèle à partir, 29 mai. >- Capitulation de Bastia, 24 mai. — Contre-ordre donné au départ des troupes.

Conséquences de la prise de Castia. — Consulte générale de Corte, 18 juin. — Sir Gilbert Elllot est nommé vice>roi. — Départ de Paoli pour l'AngUterre. — Prise de CaWi par les Anglais, fer août.

Bésolution du Comité de Salut public. — Préparatifs d'une nouvelle expédition maritime. •— Causes de cette expédition. — Nécessité d'intervenir en Italie.

— Assassinat de M. de BasseviUe à Rome. — Envoi des représentants Bitter et Turreau à Nice ; lenr arrivée, 11 septembre. — Instructions da Comité. — Nouvelle interruption de la campagne d'Italie. — Composition du corps expéditionnaire destiné à s'embarquer à Tonlon et au golfe Jouan.

— Bonaparte commande l'artillerie. — Son activité. — Sa correspondance. Situation favorable de la famille. — Son séjour à la maison Carrée. *- Craintes de Brutus-Lucien Bonaparte. — Son déplacement. — Louia nommé lieutenant d'artillerie. — Irrégularité de cette nomination. — Les blessarea fantaisistes de Louis. — GonBance de Bonaparte dans le snccès de Texpé* ditioB. " Retards successifs apportés au départ. — Les préliminaires de paix arec la Toscane, signés, le 9 février.

Nouvelles instructions envoyées par le Comité. — Embarquement des étatsmajors, le 3 mars. — Bonaparte et son état-major sur le brick l'AmtYie. — L'amiral Saint-Martin met à la voile, le 1 1 mars. — Insuccès de la flotte française. — .Ibandun de l'expédition. — Licenciement du eorps expéditionnaire.

Situation délicate de,Bonaparte. — - Bonaparte nommé commandant de l'artiU lerie à l'armée de l'Ouest, le 29 mars 1795. — Sa lettre à Gassendi, 7 avril. — Erreurs des historiens. — Causes da départ de Bonaparte. — Tableau de classement des officiers généraux. -^ Notes d'inspection données par Schérer an général Bonaparte. — Situation politique du Midi. — Action et réaction.— Préparation du mouvement du 1er prairial. — Coufianee de Bonaparte. — Sa lettre à Gasseudi, 30 avril. -> Il quitte Marseille, le t mai 1795. — Sa situation morale. — Opinion de Sucy sur son compte ^

Au moment même où Bonaparte et sa famille quittaient la Corse, la situation de Tile n'était pas encore désespérée. En décidant, le 11 août 1793, que celle-ci serait divisée] à l'avenir en deux départements, celui du Golo et celui du Liamone*, la Convention avait fait acte d'habileté. Elle détruisait ainsi l'unité du directoire existant et multipliait ces fonctions administra* tives locales, tant recherchées par les habitants. Paoli, d'ailleurs, se montrait hésitant. Si l'on avait suivi les conseils de Lacombe Saint-Michel et de Saint- Martin, on eût donc pu espérer une solution favorable. Mais pour obtenir un tel résultat, le concours des troupes et de la flotte était tout au moins nécessaire. Or, la révolte du Midi et surtout la livraison de

1. Événements politiques. — 19 janvier 1795, prise d'Amsterdam. — 20 janvier, prise de la flotte hollandaise. — 30 janvier, prise de Berg-op-Zoom. — 9 février, traité de paix entre la France et la Toscane. — 15 février, première pacification de la Vendée conclue à La Jaunais. — 2 mars, mise en accusation de Barère, Billault-Varennes, etc. — 21 mars, institution de l'École polytechnique. — !•' avril, insurrection des faubourgs contte la Convention. — 5 avril, traité de Bâle entre la France et la Prusse. — 7 avril, adoption du système décimal. — 16 mai, traité d'alliance entre la France et les Provinces-Unies.

2. Le département du Golo fut formé avec Bastia pour cheflieu et les districts de Bastia, Calvi et Corté. Celui du Liamone fut constitué avec Ajaccio pour chef-lieu et les districts d'Ajaccio, de Sartèue et de Vico.

Toulon aux coalisés devaient rendre pour longtemps toute répression impossible. La reprise de ce port de mer, le seul dont les Français fussent possesseurs dans la Méditerranée, ne modifia pas cet état de choses. Il était trop tard pour intervenir en temps utile. II fallait, en effet, bien du temps pour reconstituer la flotte et le matériel. Et puis, d'autres intérêts également graves se trouvaient en jeu du côté de l'Italie et de Gênes.

Les Anglais surent profiter de cette inertie forcée. Pour utiliser leurs troupes de débarquement et leur flotte, devenues inutiles, ils les envoyèrent en Corse. Leur premier objectif fut Saint-Florent. Ce poste était important, la rade, excellente. Il servait de liaison entre Galvi et Bastia. Ils s'en emparèrent le 17 février 1794^ et se présentèrent ensuite devant Bastia.

A cette nouvelle, le Comité prescrivit l'envoi immédiat de secours. Contre-ordre fut donné pour l'expédition d'Italie. La campagne fut en effet courte et brillante. Le 8 mai, Dumerbion était de retour de Saorgio. Le même jour, le général Cervoni et l'adjudant général Arena partaient avec leurs troupes pour Toulon , où les attendait le représentant du peuple Multedo. Les instants étaient précieux. La garnison de Bastia se trouvait aux abois. La défense était héroïque. Elle durait depuis deux mois, grâce à l'énergie de Lacombe Saint-Michel, du général Gentili et du commandant de l'artillerie, le capitaine de Villantroys. Une frégate anglaise, r Ardent, avait été coulée, une autre brûlée,

1. La garnison se composait d'un détachement de Tancien Bresse, formé avec Poitou en 1775, arrivé à Bastia, le 19 mai 1791, en remplacement du régiment du Maine.

Elle fut faite prisonnière de guerre et envoyée à Gibraltar.

le 22 avril. Désespérant même de prendre la ville de vive force, Tennemi s'était décidé au blocus et au bombardement. Or Lacombe Saint-Michel avait choisi ce moment pour aller chercher ces secours si souvent annoncés. En effet, à Bastia, à Calvi, comme dans l'intérieur de l'île, les Corses demeurés fidèles à la cause française critiquaient fort Tabsence prolongée et Tinsouciance de leurs compatriotes. Salicetti, Multedo, Bonaparte et tant d'autres étaient l'objet de leurs plaintes réitérées. « A nous, disaient-ils, les « souffrances, la lutte de tous les jours, la prison et « la mort pour unique perspective; à eux, la liberté, « les honneurs et les places lucratives. » Pour Lacombe Saint-Michel, il avait fait l'impossible. Depuis dix-huit mois, il était au poste d'honneur, luttant pied à pied afin de conserver l'île à la métropole, et il ne désespérait pas encore. Profitant d'une nuit d'orage et de la dispersion momentanée de la flotte de blocus, il se sauva à Capraja et de là, à Gênes, avec tout ce qu'il put emmener de malades et de blessés. Mais pour lui, faire son devoir n'était pas suffisant. A peine débarqué, il rendit un compte exact de la situation au Comité de Salut public, expédia des vivres à Bastia et prit, de concert avec Tilly, toutes les mesures susceptibles d'améliorer la position de ses compagnons d'infortune. « ... Je dois, écrit-il, fixer particulièrement l'atten- « tion du Comité sur les malheureuses familles des <( patriotes Corses. Il est de la justice et de la bienfai- « sance de la Convention nationale de venir à leur « secours pendant le temps qu'elles seront éloignées « de leurs foyers et presque toutes oni fait de grands « sacrifices. . . » Il terminait en citant les actions d'éclat et les noms « des'citoyens auxquels il avait cru devoir

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« douner de ravancemenl ^ » Le 10 mai, il était à Toulon. Il y retrouvait ses collègues, Salicetli etMultedo- Quelles durent être les réflexions de ces hommes ? Que de confidences ils eurent à se faire? Lacombe aTait beaucoup vu, beaucoup entendu, beaucoup appris. De son voyage, il avait rapporté une impression des plus défavorables à Tégard du général Bonaparte. Cette opinion, il la fît partager à ses collègues.

Sur ces entrefaites, arriva Tordre de départ. Le 29 mai, une escadre composée de sept vaisseaux, cinq frégates et cinq corvettes était sous voiles, prête à appareiller. Lacombe et Salicetti se trouvaient à bord avec quatre mille hommes d'excellentes troupes, commandées par Cervoni et J. Arena*. Les Bonaparte avaient été exclus. Tout faisait donc présager un rapide succès; mais Texpédition devait échouer avant même d'avoir été commencée. Bastia venait de capituler, le 24 mai, après quatre-vingt-huit jours d'un bombardement furieux, dirigé par Nelson*, alors capitaine du vaisseau VAgamemnon^*

Désespéré, Lacombe Saint-Michel partit le jour même pour Paris. Salicetti demanda également son rappel. Dans sa lettre au Comité, il réclamait le rem-

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