‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 156 sur 190 · II · texte numérisé non relu

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corder ses plus douces faveurs, et, cette fois encore, Salicetti allait être pour lui le bon génie attaché à ses pas. Le 7 septembre, les représentants et Tétat-major quittaient Nice pour Oneglia. Il s'agissait de veiller aux préparatifs de la campagne prochaine, de celle que Bonaparte avait espéré conduire en qualité de général de division, au lieu et place de Masséna* Assister en spectateur au drame qu'on avait préparé; fournir à d'autres les renseignements recueillis avec tant de sagacité ; faire partie d'un état-major et n'y avoir ni autorité reconnue, ni poste bien défini ; quelles souffrances ! quel désenchantement pour cette nature ardente! Et c'était là son lot. Le 11, le quartier général venait de s'installer à Loano,lorsqu 'arrivèrent les deux conventionnels, Ritter et Turreau». Ils étaient porteurs des nouvelles instructions du Comité. Le plan offensif de Robespierre et de Bonaparte était abandonné. On devait se borner à une simple démonstration, rectifier la ligne des avant-postes et tout préparer à Toulon, en vue d'une expédition maritime dont la Corse restait officiellement le principal objectif. C'était pour Bonaparte un moyen tout trouvé de sortir d'affaire. Il saisit l'occasion avec empressement, sollicita l'honneur de faire partie du corps d'embarquement et l'obtint immédiatement, grâce à Salicetti. Le surlendemain 14, celui-ci signait àLoano le décret suivant :

1. Turreau de Lignières (Louis), né en 1760 à Orbec, mort en 1796 en Italie ; fils d'un receveur des douanes, e^jgagé volontaire^ rentré dans la vie civile, marié à madame veuve Davout ; administrateur de l'Yonne, 31 août 1789, conventionnel, vota la mort ; marié en secondes noces à la fille d*un chirurgien de Versailles, délégué à l'armée d'Italie, le 21 août 1794, quitta Paris, le 29 août.

A.NNÉE 1794. 459

les représentants du peuple près l'armée d'Itaiie.

« Vu l'arrêté du Comité deSalut public du 4 fructidor, « considérant que par l'article 9 de son instruction, le « Comité de Salut public prescrit une expédition maritime, « dont il est essentiel d'accélérer les préparatifs, aûn que « l'exécution, lorsque le temps en sera venq, ne puisse « éprouver aucun retard ;

« Arrêtent que le général d'artillerie à l'armée d'Italie « pourvoira aux préparai ifs nécessaires pour douze mille « hommes, en équipages de campagne avec affûts.

« Le général d'artillerie rendra très-exactement compte, a à chaque décade, aux représentants du peuple près Tapit mée d'Italie du progrès de ses opérations à ce sujet. »

Le 15 septembre, les opérations commençaient. Il ne s'agissait plus que de calmer l'ardeur de quelques malheureux fanatisés, dont Jomini a raconté rintervention burlesque. « Le duc de Montferrat qui a s'était donné beaucoup de peine pour organiser la f( levée en masse de sa province , s'était présenté « devant Garessio, en ordre processionnel, sous la « bannière de la Vierge , avec dix ou douze mille « paysans, soutenus de quelques bataillons de ligne. « Les éclaireurs de la quarante-sixième brigade, éton- « nés de ce spectacle nouveau, dans la saillie d'une va- « leur folle, caractéristique de Tesprit du temps, pas- « sèrent leurs fusils en bandoulière et marchèrent en « dansant à la rencontre de ces ennemis de nouvelle « espèce. Le combat ne fut ni long ni sanglant; les « soldats de la Vierge prirent la fuite après quelques « décharges mal ajustées. Les républicains, dédai- « gnant de tels prisonniers, se contentèrent de rap-

400 BONAPARTE A GAIRO.

« porter, en guise de trophée, la bannière de la pa- « tronne qui les avait si mal protégés ^ )>

Le reste de la campagne fut à l'avenant. Les forces austro-sardes étaient divisées en trois tronçons ; le général Colloredo à Carcare, Mercy-Argenteau à Mondovi et à Goni, Wallis en rései-ve à Dego. Les Français occupaient une ligne parallèle assez étendue ; les généraux Serrurier et Garnier, du col de Tende au col de Fenestre, menaçant Goni; Macquart vis-à-vis de Mondovi, et Masséna, de Loano à Bardinetto. G*était à la gauche, à Gôni, que l'ennemi attendait le choc principal, ce fut à l'extrême droite, à Gairo, qu'on alla le battre, à la suite de mouvements parfaitement combinés. En réalité, la campagne active avait duré cinq jours. Le 22 septembre, Gairo avait été pris, le col de Cadibone occupé, la route de Gênes libre, la vallée de la Bormida, c'est-à-dire la route d'Alexandrie, ouverte. Le 23, Dumerbion écrivait au Gomité, en annonçant la victoire : « ... G'est ainsi, citoyens représen- « tants, que l'armée d'Italie a célébré la cinquième « sans-culottide et le !«' vendémiaire de l'an III de « la République française ! »

« Vive la République! »

Dès le lendemain, Bonaparte se mettait en route pour Toulon, où l'appelaient ses nouvelles fonctions de général commandant l'artillerie du corps expéditionnaire, dit de la Méditerranée.

1. Jomini [Histoire critique et militaire des guerres de la Bévolution, t. VI, p. 104 et 105).

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