‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 161 sur 190 · Mss. Archives de la gaerre · texte numérisé non relu

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2. Le 5 décembre, il écrivait au chef de rartillerie de Toulon : « Lalance te remettra cette lettre; un équipage d'artillerie de « siège va arriver par mer à Toulon ; tu auras soin qu'on ne dé- R barque rien sans mon ordre.

« Un équipage de campagne doit arriver par terre ; il est de»u tiné à être embarqué, tu le feras parquer hors de la ville dans « remplacement que tu jugeras le plus convenable.

« Un équipage de * montagne doit partir par mer ; tu le fera» « débarquer, au moment qu'il sera arrivé pour rassortir... »

àNNÉE 1704. 471

« je saisirai toujours avec empressement l'occasion « de t'être utile. » Cinq jours après, Junot ajoutait : « Au lieu de trouver ta commission chez le citoyen « Manceau au Port la Montagne, tu la trouveras cice jointe.

« Si tu veux nous joindre, ne perds pas un mort ment, et si la commission te convient et que nous « soyons partis, lorsque tu an'iveras au Port la Mon- « tagne, tu trouveras chez le citoyen Manceau la faci- « lité de nous joindre. »

Cette hâte à faire plaisir à des amis et ce ton d'affection joyeuse dénotaient chez Bonaparte une satisfaction véritable. Elle était complète. Il avait vtte oublié les jours d'amertume. Bizarre nature que celle de cet homme pour lequel le passé est sans valeur; le présent, qu'il soit bon ou mauvais, rien; l'avenir, tout ! Chez lui, les impressions du moment sont fugitives, comme ces nuages menaçants qui voilent l'horizon, et qu'un rayon de soleil suffit à dissiper.

En réalité, ces cinq derniers mois avaient été agréables pour la famille. Madame Bonaparte et ses enfants se trouvaient installés, à proximité d'Antibes, dans le plus charmant des réduits. C'était un peu la mère patrie, avec son ciel et sa mer d'un bleu sombre, ses bois touffus et sa plage irisée. La citoyenne loseph était venue les rejoindre. La belle madame Turreau fit aussi quelques apparitions à la maison Jîarrée. C'était plus qu'il n'en fallait pour donner une animation extraordinaire à ce petit coin de la France, oh accouraient volontiers de jeunes officiers, compatriotes ou camarades de Bonaparte.

Seule, 1% positipn de Lucien à Saint-Maximin fut

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un inslani critique. La réaction y avait pris tics allure? violentes. A la veilJe de devenir père de famille \ le petit Robespierre souhaitait vivement un changement de résidence. Grâce au crédii de Bonaparte, il espérait se faire nommer inspecteur aux charrois à Saint -Chamond. Louis fut encore mieux partagé. Madame Turreau aidant, Bonaparte obtint une place de lieutenant pour son jeune frère. Louis avait seize ans. Le brevet était ainsi libellé :

Nice, le 4 brumaire de l'an III.

Les représentants du peuple envoyés par la ConveatioQ nationale près les armées d'Italie et des Alpes...

c< Considérant que le citoyen Louis Bonaparte^ aspirant « d'artillerie, a fait les études nécessaires pour entrer dans « Tartillerie et a rendu des services depuis deux ans « comme adjoint du général d'artillerie, qu'il a reçu piuc sieurs blessures,

« Arrêtent qu'il sera nommé à une place de lieutenant « dans le 4« régiment d'artillerie,

« Chargent le commandant dudit régiment de le fair^ « reconnaître en ladite qualité. »

TURREÂU.

Du titre de lieutenant à la compagnie sédentaire, la lettre de service ne disait mot. Par compensation, on y citait plusieurs blessures, probablement celles de Joseph. Entre frères, on peut faire ces échanges amicaux. D'ailleurs quand on est en passe d'irrégularités, une de plus ou de moins ne coûte guère.

l. M"" Lucien Bonaparte, accoucha d'une fille, en février 1795.

En tout cas, ces procédés sont intéressants à connaître. Ils donnent la clef de bien des événements et sont autant d'indices pour l'avenir. Mais cet avenir, quel sera-t-il? Bonaparte croit au succès; du moins, il Taffirme. Dès le 23 septembre, il écrit à Multedo : « ... Il ne nous reste plus qu'à délivrer la Corse de la « tyrannie des Anglais. La saison est favorable, il n'y « a plus un instant à perdre ; les Espagnols sont ren- « très dans leurs ports ; nous avons des nouvelles frai- « cbes d'Ajaccio... Avec huit ou dix mille hommes^ « douze bâtiments de guerre, dans cette saison, et « l'expédition de Corse ne sera qu'une promenade mi- « litaire.

« Chasser les Anglais d'une position qui les rend « maîtres de la Méditerranée, les chasser du seul dé- « partement qu'ils occupent encore, punir les scélé- « rats qui ont trahi la République, délivrer un grand « nombre de bons patriotes qui existent encore dans « ce département et restituer à leurs foyers les bons « républicains qui se seront rendus dignes de la solli- « citude de la patrie par la manière généreuse avec la- « quelle ils ont tout souffert pour les principes ; voilà^ « mon ami, l'expédition qui doit occuper entièrement « le gouvernement et particulièrement les députés de « ce département et les députations des départements « voisins. «Cet exposé dithyrambique, écrit au lendemain de l'incarcération au fort Carré, était un plaidoyer destiné au public. Bonaparte se savait accusé d'indifférence pour les intérêts de la Corse. Il tenait donc à se remettre bien avec ses compatriotes. Mais, ses nouveaux projets ne devaient pas se réaliser. Tous ces mouvements ne s'étaient pas faits sans éveiller l'attention des intéressés. Le gouvernement

toscan, depuis longtemps déjà, se montrait disposé à négocier. « Il est arrivé ici (Toulon) un ambassa- « deur de Toscane ^ écrit Marmont à sa mère, le 12 janvier 1793. « Il est parti pour Paris; je le « connais et j'ai dîné Tété dernier avec lui chez c< renvoyé de France à Gènes... Je crois que le bruit « de nos préparatifs a un peu fait bâter cette me- « sure... » C'était exact. Les préliminaires de paix venaient d'être signés, le 9 février. Le 20, le général Mouret et l'amiral Saint-Martin recevaient l'ordre d'attendre de nouvelles instructions. Celles-ci ne parvinrent que le 26. Il s'agissait d'opérer en Corse. Auparavant, la flotte devait rechercher l'escadre anglaise et la combattre, de manière à faciliter la traversée des transports.

Le 3 mars, les états-majors s'embarquaient. Bonaparte, son frère Louis, Marmont, Muirbn, Songis, Sugny et le reste de l'état-major de l'artillerie prirent place sur le brick V Amitié^ bâtiment marchand de cinq cents tonneaux, armé de vingt pièces de canon. Le 11, l'amiral mettait à la voile. Sa rencontre avec la flotte anglaise ne fut pas heureuse. Par suite de fausses manœuvres, elle aboutit à un échec, malgré l'admirable conduite des équipages. Deux vaisseaux désemparés, le Ça-Ira et le Vengeur^ tombèrent entre les mains de l'ennemi. Les autres durent se retirer aux îles d'Hyères et au golfe Jouan. L'expédition de Corse était manquée. Les troupes, installée» sur les transports, furent immédiatement débarquées et renvoyées à l'armée d'Italie.

1. Francesco Saverio Carletti était chevalier de Saint-Étienne et chambellan du grand-duc. Il arriva à Paris le 2 pluviôse.

Pour Bonaparte, qu'allait-il faire? Par suite du licenciement, il se trouvait sans emploi. Son poste d'inspecteur des côtes avait été donné, à Casablanca. Cette incertitude était pénible. Elle ne fut pas de longue durée.

La nouvelle des désastres était arrivée à Paris le 25 mars. Le 27, Lacombe Saint-Michel, alors au Comité de Salut public, écrivait à Pille ^ : « t/e te prie de « donnej' ordre au général de brigade Btjonapabte de se « rendre sur-le-champ à T armée de T ouest, pour y com^ « mander l'artillerie, » La dépêche partait de Paris le 29; le 5 avril, elle était àMarseille ; le 7, Bonaparte écrivait à Gassendi : « Je te prie, mon vieiï et bon cama- « rade, de fournir à mon frère (Louis) les voitures « nécessaires pour porter mes affaires, et des papiers « de service, à Marseille.

« Je vais vous quitter; je n'attends que Dujard, « et quelques jours après son arrivée ici, je par- :< tirai.

« J'ai droit à ma part de ton amitié. Je te prie de « me mander si, en passant par Paris, je puis t'ètre « utile. Je me flatte que tu comptes toujours sur mon « amitié. »

« Mes compliments à Songis*. »

Ainsi donc, dès la fin de mars 1795, le déplacement de Bonaparte était chose décidée. Aubry, que les panégyristes de Bonaparte ont prétendu être Fauteur de cette lïiesure, n'y est pour rien. Aubry ne faisait pas même partie du Comité de Salut public.

Quant à cette décision qui vient ainsi surprendre

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