BUONAPARTE
« Officier au 4* régiment d'artillerie. •
Le 14 juillet eut lieu la cérémonie officielle. Sur le champ de l'Union un vaste autel avait été dressé, pour recevoir l'évêque, son clergé et les autOx'ités constituées. Le quatrième régiment d'artillerie et la garde nationale formaient un immense carré qu'entourait une foule silencieuse. A onze heures, une citoyenne et le grand vicaire prirent successivement la parole, l'évêque dit ensuite la messe ; puis, les chefs militaires s'étant groupés au pied de l'autel, un officier municipal prononça le serment. Tous les citoyens, la main levée, répétèrent alors ces mots : « Je le jure. » Gela fait, les officiers se rendirent à leurs corps, lurent également, la main levée et à haute et intelligible voix, la formule sacramentelle que leurs subDrdonnés firent suivre de la déclaration convenue.
86 BONAPARTE A YALKNOE.
Dan& les intervalles, le canon tonnait et la musique jouait le refrain de Tair de la nation, le « Ça ira, » La prestation du serment par les membres du clergé, puis un Te Deum terminèrent la fête. Le soir un grand banquet réunissait officiers et citoyens. Bonaparte y but à la santé des patriotes de la ville d'Auxonne^
Partout, en France, la même solennité s'était accomplie. Partout, elle avait eu un caractère imposant. Partout, elle avait produit une impression favorable. En adoptant cette mesure, l'Assemblée nationale avait agi avec sagacité. Bonaparte le reconnaît.
« Jusque-là, a-t-il dit, si j'eusse reçu l'ordre de « tourner mes canons contre le peuple, je ne doute a pas que l'habitude, le préjugé, l'éducation, le nom « du roi ne m'eussent porté à obéir ; mais le serment « national une fois prêté, c'était fini; je n'eusse plus « connu que la nation; mes penchants naturels se « trouvaient dès lors en harmonie avec mes devoirs « et concordaient à merveille avec toute la méta- « physique de l'Assemblée, Toutefois, les officiers « patriotes, il faut en convenir, ne composaient que « le petit nombre; mais avec le levier des soldats, ils « conduisaient le régiment et faisaient la loi. Les ca- « marades du parti opposé, les chefs mêmes, recou- (( raient à eux dans les moments de crise. » U est certain que l'unanimité d'opinion était loin d'exister, même au quatrième régiment. « U est assez mauvais, » disait de lui dans ses notes le maréchal de camp inspjBcteur Duteil*; « les soldats y ont contracté un « air de scélératesse. »