‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 4 sur 190 · Lameth (Alexandre-Thôodore-Victor, comte), né à Paris, le · texte numérisé non relu

Lameth (Alexandre-Thôodore-Victor, comte), né à Paris, le

« rope sera tel qu'il est aujourd'hui, la disposition do « deux cent soixante-dix mille hommes de troupe» « de ligne est indispensable pour assurer à la nation u française la place qu'elle doit occuper. Mais cet objet « politique est acquis si nous nous assurons la dispo- « sition de ceux qui doivent compléter ce nombre. « Telle est la destination des auxiliaires, c'est-à-dire « d'hommes qui, vivant dans leur domicile et livrés « à leurs occupations habituelles, s'engagent à mar- « cher, en cas de guerre, dans l'armée de ligne, au « moyen de certains avantages qui sont déterminés « par leur institution. Ces avantages sont : !• une « solde de trois sous par jour; 2* le droit de citoyen « actif à ceux qui, ayant d'ailleurs les qualités re- « quises pour l'exercer, ne payeraient pas la somme « d'imposition jugée nécessaire.

« Engagés pour trois ans, ils ne pourront marcher « qu'en cas de guerre et d'après un décret du Corps « législatif. » C'était fort bien ; mais l'extérieur?

D'étranges bruits sur les agissements des officiers déserteurs et de leurs complices de l'intérieur, circulaient, en effet, dans les comités et dans le public. Plusieurs députés, Robespierre en tête, réclamaient des garanties ou tout au moins des explications. Mirabeau*, dont la connivence avec la Cour était déjà un fait accompli, se chargea de les développer, afin

28 octobre 1760, mort le 18 mars 1829 ; colonel des chasseurs de Hainaut, le 3 mars 1785 ; député de la noblesse de Péronne.

Séance du 28 janvier 1791. Les décrets sont des 8, 10 février, 7 et 9 mars 1791. M. de Lameth était rapporteur.

1. Honoré-Gabriel Riquetti^ comte de Mirabeau, né au Bignon, près de Montargis, département du Loiret, le 9 mars 1749, cinquième enfant du marquis de Mirabeau ; marié, le 22 juin 1772, mort le 2 avril 1791.

d'entraîner les indécis et d'empêcher la France de se trouver en mesure de négliger les menaces de l'étranger. « Craignez -vous, s'écriait- il, quelques princes « d'Allemagne?... Sont-ce quelques Français réfugiés, « quelques soldats secrètement enrôlés qui vous inspi* « rent des craintes? Mais la haine de pareils ennemis (( ne s'est-elle donc pas exhalée, jusqu'aujourd'hui, ei « impuissantes menaces? Où sont leurs alliés?... Gett pendant, si les craintes publiques ont été exagé- « rées, eUes n'ont pas été pour cela sans prétexte. II « est trop vrai qu'il y a eu des préparatifs d'une en- « trée de quelques conspirateurs armés par la fron- « tière de la Savoie, que quelques hommes ont été « enrôlés dans la Suisse par les mécontents français; « qu'on a tenté d'introduire furtivement des armes « dans le royaume; qu'on a cherché, qu'on cherche « encore à faire entrer quelques princes d'Allemagne « dans une querelle étrangère et à les tromper sur « leurs véritables intérêts; enfin que les réfugiés fran- « çais ont des agents dans plusieurs cours du Nord « pour y décrier notre Ck)nstitution que ses bienfaits « vengent assez de leurs outrages... Mais encore « une fois, est-ce une raison pour redouter quelque « chose?... »

Mirabeau connaissait bien les gens auxquels il s'adressait. Ses explications se trouvèrent plus que suffisantes pour convaincre des collègues qui ne demandaient qu'à être persuadés. Le projet des comités fut voté et l'armée posséda une organisation, nouvelle il est vrai, mais tout aussi défectueuse que la précédente.

Pendant ce temps, les difierentes parties de ce mécanisme compliqué qui constitue le système mili-

taire d'jne nation, avaient été étudiées et réglées. Le l***^ février 1790, M. de Noailles était venu lire son rapport sur Tétat du soldat et sur Tavancement. « Toutes les plaintes, disait-il, portent géné- « ralement sur les mêmes objets. Partout on cite <c l'abus du pouvoir, la faveur et Tarbitraire à la « place du droit que donnent de bons services... « Les soldats et les sous-offici^rs se plaignent avea « raison du peu d'égards que l'on a eu jusqu'ici « pour leurs services. Ils supportent les fatigues « de la guerre, et s'ils parviennent au grade d'offi- « cier, ce n'est qu'à l'instant oà leurs infirmités, « fruits de leurs longs services, les obligent à se « retirer... Privés pendant des siècles de tous les « avantages que le service militaire peut offrir, la « presque-totalité des citoyens français était forcée de « languir dans des emplois inférieurs, tandis qu'une « classe privilégiée arrivait aux honneurs par la pro- « tection et le crédit de ceux qui les avaient usurpés. « Cette même classe se séparait en trois branches que « Ton appelait vulgairement nobles de province^ notiez « de cour et nobles du plus haut rang. Les premiers « méritaient beaucoup par des services actifs, par une « longue expérience, par des talents souvent ense- « velis, faute de circonstances, et n'obtenaient rien. « La noblesse de cour en général franchissait plutôt « qu'elle ne parcourait la carrière militaire; séparée « du soldat par un espace immense, elle lui était bien « étrangère; aussi ignorait-elle toujours et ses peines et ses plaisirs ; aussi ne savait-elle ni le distraire ni K adoucir, même quelques instants, la contrainte pé- « nible d'uue obéissance étemelle. Elle faisait suptc porter aux officiers de l'armée tout le poids du

« service et en retirait tous les honneurs. De là, ^s « distinctions vraiment humiliantes d'officiers supé^ « rieurs et d'officiers inférieurs ou subalternes. De là, « cette foule immense de grâces accordées aux uns, « que vous trouvez divisées sous toutes les dénomina- « tiens, tandis que de faibles pensions de retraite gra- « tifiaient tout au plus les autres. Enfin, il existait « une grande erreur, puisque plusieurs fils de famiJle, « avant Tâge de Tinscription civique, commandaient « des corps nombreux. » Puis, à propos de Favancement, M. de Noailles ajoutait ces nobles et prophétiques paroles :

« Un militaire aujourd'hui ne doit plus prévoir « Tavancement qu'il peut espérer. La gloire d'un gé- « néral est attachée à favoriser le talent et le mérite. « Il faut donc que, franchissant toutes les règles « prescrites pendant la paix, il puisse en créer de « nouvelles, en l'obligeant seulement à une respon- « sabilité sévère.

« Cette nécessité de se reposer sur un seul homme du « sort d'un grand nombre d'individus, est un des motifs « qui doivent rendre aux nations libres l'état de guen^e « i^doutablCy parce que outre la ruine des finances, il « mène à la perte de la liberté. Ce fut, en rendant les « guerres longues et même continues, que les généraux « de Rome, despotes de l'armée, parvinrent à se rendre « les despotes de la' République , »

Au sujet des modifications à apporter aux règles Bur Tavan cément, le ministre de la guerre, M. de la Tour du Pin^ était du même avis. « L'ancienneté,

1. Avril 1790. De la Tour du Pin Gouvemet (Jean-Frédéric, comte de Paulin), né le 22 mars 1727, à Grenoble; mort le

« disait-il, parait le meilleur des titres; il est celui qui « concilie le mieux l'intérêt public et l'intérêt parti- « culier. Le choix du plus ancien n^ humilie personne, « l'obéissance pèse moins, parce qu'elle n'est qu'une « avance dont on est sûr d'être remboursé. Mais si « l'espoir d'un avancement certain est un moyen « puissant d'attacber un individu à son corps, ainsi « qu'à son état, il peut aussi quelquefois assoupir les « talents et arrêter les élans de l'émulation. Pour « éviter ces inconvénients, il conviendrait de faire « concourir alternativement le mérite que le temps « semble encore éloigner des prétentions, avec celui « que l'âge appelle aux emplois supérieurs.

« C'est du grade de capitaine que cette prérogative « doit dater. Jusque-là les sef^nces nont pas assez d'im- « portance pour mériter une semblable distinctwn, et « cette longue épreuve donnerait d'ailleurs le temps et « les moyens nécessaires pour faire connaître à fond les « officiei*s, »

En présence d'une telle unanimité d'opinion, l'Assemblée ne pouvait qu'accepter * le projet de loi qui lui était soumis. D'après ce décret, il fut donc pourvu de deux manières aux emplois de sous-lieutenant, d'abord par la nomination de candidats sortant des rangs, ensuite par celle de jeunes gens ayant subi des examens préalables. Sur quatre places vacantes, une d'elles fut réservée aux sous-officiers. Les grades de lieutenant et de capitaine s'obtinrent uniquement à l'ancienneté. De capitaine, on passa lieutenant-colonel, à l'ancien-

28 aTiil 1704, à Paris. — Colonel en 1749, à 22 ans, incarcéré, 31 août 1793.

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