Elle était datée de Vienne, 21 décembre
2. Guadet (Marguerite-Élie), avocat, né à Saint-Émilîon, le 20 juillet 1758. Exécuté à Bordeaux, le 15 juin 1794.
AWNÉB 1793. 157
«Ouil oui! la Constitution ou la mort! «Quelques jours après, la nouvelle de la marche des troupes impériales et du traité conclu, le 7 féviier, entre l'empereur et le roi de Prusse pour garantir les princes de l'empire, achevait d'entrîdner les hésitants. Cette fois Topinion publique allait se faire la complice inconsciente de cette trame, une des plus épouvantables que l'histoire ait à flétrir.
En présence de l'effet produit par ces déclarations inattendues, les Jacobins eux-mêmes avaient dû se décider à soutenir leurs collègues « Ne jurons pas K de mourir, mais de vaincre, s'écriait à son tour « Robespierre ; Léopold n'est que l'instrument et le « prête-nom d'une autre puissance; et cette puissance, « quelle est-elle? Le roi? non. Les ministres? non. Les « aristocrates de Coblentz? non. Tout ce qui existe « en France d'ennemis de l'égalité, d'ennemis de la « Révolution, d'ennemis du peuple, voilà ceux qui « déclarent la guerre aux Jacobins. »
Le 9 mars, Narbonne était remercié par le roi.
Le 15, un nouveau ministère était formé, celui des sans-culottes^. Dans cette combinaison, Du Mouriez
avait le département des affaires étrangères. Dès le 19, il adressait à l'Empereur la déclaration suivante du roi de France : « Monsieur mon frère «et neveu, la tranquillité de l'Europe dépend de « la réponse que fera Votre Majesté à la démarche « que je dois aux grands intérêts de la nation « française, à ma gloire et au salut des malheu-
1. Le ministère fut ainsi comi)Osé: Du Mouriez, aux affaires étrangères; de la Coste, à la marine; de Clavière, aux finances; Ho;an(;, à rintérieur; de Grave^ à la gaerre; de Garnier, à la justice.
« reuses victimes de la guerre, dont le concert des « puissances menace la France. Votre Majesté ne peut « pas douter que c'est de ma propre volonté et libre- « ment que j'ai accepté la Constitution française ; j'ai « juré de la maintenir ; mon repos et mon honneur y « spnt attachés ; mon sort est lié à celui de la nation « dont je suis le représentant héréditaire et qui, mal- « gré les calomnies que l'on se pMt à répandre contre « elle, mérite et aura toujours l'estime de tous les « peuples. Les Français ont juré de vivre libres ou de « mourir; j'ai fait le même serment qu'eux. Le sieur « de Maulde que j'envoie comme mon ambassadeur « extraordinaire auprès de Votre Majesté, lui expli- « quera les moyens qui nous restent pour empêcher « ou prévenir les calamités de la guerre qui menace « l'Europe. » Le 24, Louis XVI faisait une seconde déclaration à la Chambre, en faveur du nouveau Conseil exécutif : « J'avais choisi pour mes premiers agents « des hommes que l'honnêteté de leurs principes et de « leur opinion rendaient recommandables. Ils ont « quitté le ministère. J'ai cru devoir les remplacer par « des hommes accrédités par leurs opinions popu- « laires. Vous m'avez si souvent répété que ce parti « était le seul moyen de parvenir au rétablissement « de l'ordre et à l'exécution des lois ; j'ai cru devoir « m'y livrer afin qu'il ne reste plus de prétexte à la « malveillance de douter de mon désir sincère de con- « courir à la prospérité et au bonheur du pays. » Et deux jours après, la reine écrivait à Mercy ' :
«... M. Du Mouriez, ne doutant plus deTaccord des « puissances par la majche des troupes, a le projet
1. Marie-Antoinette, Joseph II et Léo^iold. {d' A meth et Geffroy^
ANNIÊS 179S. 159
« de commencer ici le premier, par une attaque de la « Savoie et une autre par le pays de Liège. C'est l'ar- « mée de La Fayette qui doit, servir à cette dernière « attaque. Voici le résultat du Conseil d'hiei*; il est bon « de connaître ce projet pour se tenir sur ses gardes et « prendre toutes les mesures convenables. Selon les ap- « parences, cela se fera promptement. »
Le 1d avril, parvenait la nouvelle des réclamalions de la Cour de Vienne^ Le 20, avait lieu cette immortelle et triste séance , dans laquelle allait se décider cette terrible lutte de vingt années, où tant de milliers d'existences devaient être sacrifiées pour la satisfaction des intérêts de quelques princes et de quelques femmes galantes en rupture de ban*.
Or, la veille même, le 19 avril, Montmorin faisait écrire par madame de Beaumont, sa fille, au repré-
1. L'empereur Léopold venait de mourir. Son fils, François II, avait conservé Tancien ministère»
%. Séance du vendredi 20 avril 17^2. -^ Un huiuier, ^ « Mes* « sieurs, voilà le roi. »
Lô roi entre accompagné de tous ses ministres. Tous les membres sont debout. — Le roi va prendre la place assignée par le règlement. — Il s'assied. — Les ministres restent debout auprès du roi.
Le Roi, — « Je viens au milieu de rAssèmblée nationale pour « l'entretenir d'un des objets les plus importants dont elle puisse « s'occuper. Mon ministre des affaires étrangères va vous lire le « rapport qu'il a fait à mon Conseil sur notre situation poli* « tique. »
Le ministre des affaires étrangères fait lecture du rapport donné au Conseil, le 18 avril 1792, l'an IV» de la liberté!...
U Roi. — « Vous venez d'entendre le rapport qui a été fait à » mon Conseil. Les conclusions y ont été adoptées unanimement* « J'en ai moi-môme adopté la détermination. Elle est conforme « au vœu plusieurs fois exprimé de l'Assemblée nationale et à « celui qui m'a été adressé par plusieurs citoyens de divers « départements. Maintenant, je viens, aux termes de la Consti-
sentant de l'empereur à Bruxelles : t ... Les véritables « efforts se porteront sur le pays que vous habitez. « Ce sera Tarmée de M. de La Fayette qui agira d'abord « sur Liège, où Ton compte sur une insurrection ; de « là, elle entrera dans les Pays-Bas, où Ton compte « sur les mêmes moyens.
« Vous savez que M. Du Mouriez a eu anciennement « des relations avec M. le duc d'Orléans. Je suis bien « trompé, ou celui-ci et les siens ne sont nullement « étrangers à ce qui se passe... Je crois qu'il n'y a « rien à craindre du côté de l'Alsace ; Luckner radote a complètement , et l'armée , conduite par MM. de « Valence et de Broglie, n'est pas capable de la « moindre opération. »
Ainsi, de l'aveu même des intimes du roi et des confidents de sa politique , de l'avis de ceux qui
« tution, vous proposer formellement U guerre contre le roi de «< Honfçrie. »
M. le Président, — « Sire, l'Assemblée nationale prendra en « très-grande considération la proposition formelle que vous lui « faites. Votre Majesté sera instruite par un suffrage du résultat « de sa déclaration. »
Le roi sort de la salle. — On entend quelques applaudissements et des cris de : « Vive le roi ! »
L'Assemblée s'ajourne à cinq keuras eu soir.
Il est une heure et demie.
Le soir, les débats s'ouvrirent en séance extraordinaire. Mailhe^ le marquis de Pastoret, Guadet et le inpitaine d'infanterie Aubert-Dubayet parlèrent pour le vote immédiat de la déclaration. Lasource, Daverhoult, Hua, Becquet, Jaucourt et Bazire s'élevèrent contre. Lors du vote, les seuls députés qui protestèrent furent : le colonel Théodore Lameth, la colonel Jaucourt, Dumas, Gentil, Baert, Hua et Becquet, Mais que pouvaient ces derniers contre un événement dont l'acceptation était escomptée d'avance? A onze heures du soir, Crestin, le député de la Haute-Saône, venait, en compagnie de ses collègues, soumettre à la sanction royale le terrible décret.
avaient fait déclarer la guerre, la France se trouvait hors d'état de la soutenir. L'allégation, malheureusement, n'était que trop véritable.
Dès les débuts de la session de la nouvelle Assemblée \ le ministre Duportail avait dû reconnaître que le déficit en hommes s'élevait à cinquante -deux mille hommes, et celui des officiers à dix-neuf cent trentedeux. Il avait ajouté : « Il reste plus de douze cents « places à nommer, en supposant, toutefois, que les « démissions ou plutôt les désertions s'arrêtent, ce « qu'on ne peut pas trop espérer, la dernière quin- « zaine nous ayant présenté autant de pertes que les « précédentes. » Une armée active de cent mille hommes au plus, dont soixante-cinq mille seulement étaient d'anciens soldats, et un contingent auxiliaire de quatrevingt-dix mille gardes nationaux volontaires, tel était, à cette date du 16 octobre 1791, l'effectif général. La marine se trouvait dans une situation plus grave encore. Le 13, pour paraître satisfaire l'opinion, le roi avait dû adresser la circulaire suivante : « Je suis « informé que les émigrations se multiplient tous les « jours dans la marine, et je ne puis pas différer plus « longtemps de vous faire connaître combien j'en suis « vivement affecté. »
La nouvelle Assemblée était-elle en mesure de faire face à ces difficultés ? Avait-elle dans son sein des officiers en nombre suffisant et assez éminents pour la guider dans ses décisions ? non. Les représentants de l'armée étaient peu nombreux. C'étaient MM. Dupetit-Bois, colonel au 16' dragons ; Aublier d'Aube-
terre, lieutenant-colonel du génie ; Aubert-Dubayet,