‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 59 sur 190 · juillet · texte numérisé non relu

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« détruit Tambition. L'on plaint ceux qui ont le « malheur de jouer un rôle, surtout lorsqu'ils peu- « vent s'en passer. Vivre tranquille, jouir des affec- « tions de la famille et de soi-même, voilà, mon « cher, lorsque Ton jouit de quatre à cinq mille « francs de rente, le parti que Ton doit prendre et « que Ton a vingt-cinq à quarante ans, c'est-à-dire « lorsque Timagination calmée ne vous tourmente « plus.

« Je vous embrasse et je vous recommande de vous <t modérer en tout; en tout, entendez- vous, si vous « voulez vivre heureux. »

Cette préoccupation d'argent est toujours aussi vivace chez lui. Elle est naturelle, car sa gêne est extrême. Il fait mille projets plus étranges les uns que les autres. Un instant, lui et son ancien camarade, Fauvelet de Bourriennei, songent à devenir

1. Ce fut en compagnie de Bourrienne que Bonaparte alla voir sa sœur Élisa, dïins les derniers jours du mois de mai

Bourrienne (Louis-Antoine Fauvelet de), né à Sens, le 9 juillet 1769, mort fou à Caen, en 1834, le 7 février.

Élève de Brienne, secrétaire d'ambassade, secrétaire de Bonaparte, associé commanditaire de la maison Coulon frères qui avait la fourniture de Téquipement de la cavalerie. — Cette maison fit une faillite de trois millions. Coulon disparut. Bourrienne faillit être arrêté. Bourrienne envoyé à Hambourg en 1802. — Ses exactions. Son renvoi. —Nommé administrateur général des postes, en 1814, à la place de Lavalette. — Révoqué et mis à la police. — Rayé de la liste d'amnistie par l'Empereur, le 13 mars 1815. — Suivit Louis XVIII à Gand ; ministre d'État en 1815, député à la Chambre introuvable, ardent royaliste, poursuivi par ses créanciers, obligé de fuir en Belgique chez la duchesse de Brancas, à Fontaine-l'Évêque.

Ses mémoires rédiç^és par Villemarest. On lui a imputé : V Histoire de Bonaparte par un homme qui ne Va pas quitté de ■ puis quinze ani.

8ous-locataîres de maisons en construction dans la rue Montholon.

Du reste ce Bourrîenne est homme d'expédient. Il tient de famille. Son frère aîné habite au Carrousel à l'hôtel Longueville. 11 y possède un magasin de meubles et prête sur nantissement aux émigrants. Poui Bourrienne, il profite du mouvement de réaction, sa fait recommander auprès du nouveau ministre des affaires étrangères, et obtient une place de secrétaire de légation à Stuttgard. C'était un moyen de déserter sans danger et aux frais de l'Etat.

Bonaparte n'était pas si heureux. M. Vauchelle avait pourtant rédigé en sa faveur un mémoire, que le comité central de la guerre avait appuyé.

« M, de Buonaparte, lieutenant au quatrième régi- « ment d'artillerie, y lisait-on, ne s'étant point trouvé « présent à la revue de rigueur du mois de décembre, « et son corps ne pouvant justifier d'un congé pour « lui, il a été destitué de son emploi^ ainsi qu'il était « prescrit par la loi.

« Aujourd'hui, il rend compte des motifs de son « absence de la manière suivante, et ces faits sont « constatés par des pièces authentiques.

« Il représente que devant jouir d'un semestre « l'hiver dernier, M. Duteil, .son inspecteur, lui avait « permis de partir avant l'équinoxe , attendu qu'il « devait se rendre en Corse, sa patrie, qu'étant arrivé « à Ajaccio, M. de Rossi lui confia l'emploi d'adju- « dant- major de l'un des bataillons de volontaires « nationaux du département, emploi qu'il ne pou- « vait occuper en même temps que sa place dans « l'artillerie, et qu'il a été nommé lieutenant-colonel « du même bataillon au mois d'avril dernier.

« Il justifie de plus par un certificat de M. de Rossi « que se disposant à rejoindre au mois de novembre, il « a été retenu par un ordre de cet officier général qui « a prévenu le ministre de ses motifs à cet égard.

« Ce n'est que faute d'être bien informé que M. de « Buonaparte a été destitué de son emploi.

« Il demande à le recouvrer et comme son exposé « est exact, on ne voit pas qu'il y ait lieu à lui faire « aucune difficulté à cet égard.

« Il produit des certificats de la municipalité d'Ajac- « cio et du département de la Corse qui constatent « son civisme, sa bonne conduite et sa résidence con- « tinuelle dans sa patrie.

« On ne doit pas laisser ignorer au ministre que « M. Peraldi, député de l'île de Corse, est venu au « bureau pour y porter des plaintes sur la conduite « susceptible de reproches, d'après son rapport, que « cet officier aurait tenue dans quelques circon- « stances; mais le certificat, ci-dessus mentionné, « du département en date du 30 avril dernier et « celui du corps municipal, sont de nature à faire « croire que ce député aurait été mal informé. On « n'est donc pas d'avis que son opinion puisse empê- « cher qu'on ne rende à M. de Buonaparte la justice « qu'il réclame.

« On ne peut se refuser à réintégrer cet officiera »

Or, nous connaissons la valeur qu'on doit attribuer à ces certificats. La revue obligatoire est du mois de décembre et ce n'est qu'en février que M. de Rossi a reçu l'autorisation de nommer Bonaparte adjudant-

1. Ladite pièce était signée par MM. Vauchelle, Manson^ Saint-Honoré, Pierre Didelot, d'Abancourt, Saint-Fief et d'Arçon. Elle est du 21 juin 1792. Mss. Archives de la guerre.

major d'un bataillon supposé formé. Des actes criminels commiiî à Ajaccio, le mémoire ne faisait d'ailleurs nulle mention. Évidemment la bonne foi de M. Vauchelle avait été surprise. Il n'en fut pas de même au secrétariat. Le dossier Bonaparte s'y trouvait, paraît-il, plus au complet, car, le 8 juillet, le

ministre^ écrivait au colonel Maillard : « Après

« avoir examiné les pièces avec la plus scrupu- « leuse attention... je me suis convaincu... que « MM. Quenza et Bonaparte étaient infiniment ré- « préhensibles... Si les délits qui ont été commis « eussent été purement militaires, je n'aurais pas « hésité à prendre les ordres du roi pour faire tra- « duxre ces detix officiers supéfneurs par-devant la « cour martiale, ainsi que tous ceux qui ont participé « à ces excès. »

Avec de telles notes, Bonaparte ne pouvait espérer d'être réintégré dans les cadres de l'armée. Il devait même se trouver heureux d'avoir sa liberté. S'il eût été en Corse dans des circonstances normales , il eût réfléchi, sous les verrous, aux inconvénients d'incarcérer les commissaires des directoires et de vouloir s'emparer des places de guerre. Cette perspective le fit probablement réfléchir, car sa correspondance s'en ressentit. Nous avons vu sa lettre du 3 juillet à Joseph ; celles qu'il envoie à Lucien et à Fesch sont tout aussi caractéristiques*. Il tâche de mettre une

l. Lajard (Pierre-Auguste de), né à Montpellier, le 20 avril Ho?, mort à Paris, le 12 juin 1837. Entré au service en 1773, premier aide-major général de La Fayette, ministre du 16 juin au 24 juillet 1792 ; émigré ; rentré après Brumaire, député, de 1808 à 1815; doté d'une pension de 6,000 francs par l'Empereur; fait maréchal de camp sous Louis XVIII.

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