‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 66 sur 190 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

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Bonaparte et sa sœur Marie-Anne arrivent à Âjaecio, le 17 septembre 1792. État de la famille. — Situation de Hle. — Agissements de Bonaparte. — Sa lettre au lieutenant Costa. — Son entrevue avec Paoli. — Mécontentement de Paoti. — Colère de Bonaparte.

Projet d'une expédition en Sardaigne. — Mémoires de Constantini, de Salicetti et d'Arena. — Retards apportés à l'exécution de cette entreprise. — La Convention l'ordonne, 10 octobre 1792. — Démarches du contre-amiral Truguet et de M. de Sémonville auprès de Paoli. — Réflexions pessimistes de Paoli. — Bonaparte obtient l'autorisation d'être adjoint au corps expéditionnaire. — Composition du corps expéditionnaire. — Composition de la flotte.

— Trugnet et de La Touche- Tré ville. — Plan adopté. — La flotte et le» transports réunis à Villefranche. — Départ de la flotte, 10 décembre 1792. *- Mauvaise organisation de l'armée du Yar. — Impossibilités pour le départ — Aveux de Barthélémy Arena. — Arrivée de la flotte À Ajaceio.

— Conflit entre les marins et les habitants, 18 décembre 1792. — Projet d'une deuxième expédition, destinée à servir de diversion.

[Expédition de Cagliari,) — Truguet quitte Ajaceio sans attendre le convoi, 9 janvier 1793. — Rendez-vous général dans le golfe de Palma. — Arrivée da convoi à Bastia. — Nouveaux conflits à Bastia et à Calvi. — Colère de Paoli contre les frères Arena. — Arrivée du convoi à Ajaceio, 21 janvier.

— Difficultés avec les habitants. — Le convoi et le général Gasabianea quittent Ajaceio, 25 janvier. — Succès de La Touche-Tréville à Naples. — Prise de l'île Saint- Pierre et de Carlefort. — Bombardement de Cagliari, 27 janvier. — Arrivée d'une partie du convoi. — Débarquement des troupest 14 février. — Panique de» bataillons de volontaires^ dans la nuit dn 24 au 25.

— Rembarquement, 23 février.

'expédition de la Madeleines) — Retari'ft apportés à sa réalisation. — Tenta*

tire sur la citadelle d'Ajaccio. — Composition du corps expéditionnaire.** Mécontentement de Bonaparte. — Son départ ponr Bonifacio. — > La flottille met à la voile, 20 février. — Nouveaux contretemps. — Débarquement à l'île Saiiit-É tienne, 32 février. — Préparatirs d'attaque. — • Révolte de l'cqui< page de la corvette la Fauvette, -— Obligation pour les troupes de revenir à bord. — Retour à Boniracio, le 27 février 1793.— Déclaration des officiers rédigée par Bonaparte.

•Gontre-ordre envoyé par la Convention. —- Déclaration de guerre à l'Angleterre, 81 janvier 1793 *.

Bonaparte et Marie-Anne débarquèrent, à Ajaccio, ie 17 septembre 1792. Le retour de la grande sœur, de Mademoiselle de Saint-Louis, comme on rappelait, fut <un événement. C'était la première fois depuis treize années que madame Bonaparte voyait ses enfants réunis autour d'elle. Il y avait plus d'une ombre à ce tableau. Il manquait une direction à tout ce monde. Le chef de famille n'était plus là. Les ressources diminuaient •chaque jour. Aucune affaire n'avait été réglée. Joseph

1. Événements importants. — 20 septembre 1792, bataille dn Talmy. — 21 septembre, dernière séance de la Législative. Installation de la Convention. Proclamation de la République.

— 22 septembre, occupation de la Savoie. — 28 septembre, prise -de Nice. — 29 septembre, prise de Spire par Gustine. — 4 octo- ■bre, prise de Worms. — 6 octobre, décret de la peine de mort contre les déserteurs. — 10 octobre, adoption du titre de citoyen et de citoyenne. — 13 octobij'e, reprise de Verdun. — 21 octobre, prise de Mayence et de Longvry. — 22 octobre, évacuation du territoire par les Prussiens. — 6 novembre, victoire de Jemmape» par Dumouriez. — 13 novembre, prise de Bruxelles. — 18 novembre, prise d'Anvers. — 27 novembre, la Savoie devient département du Mont-Blanc. — 2 décembre, prise de Natour. — 13 janvier 1793, assassinat de Basseville à Rome. — 17 janvier 1793, -condamnation à mort de Louis XVL — 21 janvier, exécution de Louis XVL — 28 janvier, déclaration des princes. — 4 février, Nice forme le département des Alpes-Maritimes.

Ministres de la guerre. — Servan, 11 août 1792 — 7 octobre 1792.

— Lebrun, 7 octobre 1792 — 18 octobre 1792. — Pae?ie, 18 octobre 1792 — 4 février 1793. — De Beumonville, 4 février 1793. -30 mars 1793.

était toujours à son district, Lucien et Fesch à leur club, Louis à son indolence, Jérôme, Paulette et Carlotta à leurs jeux. Seul Bonaparte revenait radieux. II avait eu raison de ses ennemis. La liberté en place de prison, le grade de capitaine d'artillerie à vingt» trois ans au lieu d'un emploi de sous -locataire d'appartements meublés, qui plus est, une année d'appointements, c'était un joli résultat : il y gagnait surtout une autorité morale qui pouvait avoir plus d'un avantage suivant les circonstances.

L'île était dans le même état que par le passé. « Le pays est assez fort pour se défendre, écrivait « Paoli au ministre Pache, attendu sa position et « l'énergie de ses habitants, mais avec peu de moyens « dans ses places de mer et peu propres à porter hors « de ses foyers.

« Les citoyens de ce département 8ont presque tous « propriétaires et pères de famille, répandus dans de « petits villages ; en les arrachant du peu de culture « qu'ils y font, la famine serait la suite.

« Nos gardes nationaux sont mal organisés. A peine « est-on parvenu à envoyer quatre compagnies dans « le camp du midi. C'est le citoyen Gasalta qui doit « les commander ^ »

A cette date, en effet, il n'y avait plus dans l'île que trois régiments d'infanterie, des plus réduits comme cadres et comme effectif, le vingt-sixième, le quarante-deuxième, le cinquante-deuxième, trois bataillons de gardes nationaux volontaires de trois cents hommes à peine, deux compagnies d'artillerie du

1. Mss. Archives de la guerre. — Lettre datée de Corté, 16 no urnbin 1792,

quatrième régiment et, pour commander, un nouveau général, un Corse, Raphaël Casablanca ^

La situation politique était également déplorable, La justice ne fonctionnait plus, l'administration manquait d'initiative. Paolistes, libéraux et royalistes montraient une exaltation de plus en plus grande. Les élections pour la Convention et le changement de forme de gouvernement qui s'en était suivi, n'avaient fait qu'accentuer les divisions. Pendant toute cette fin de période électorale, Bonaparte se montra d'une violence inouïe. Il voulait tout exterminer, à commencer par ses ennemis politiques, le maire, M. Quiverra, les Peraldi et les Pozzo. Jusqu'à « leur club qu'il voulait « faire brûler ^ ». Le temps qu'il ne passait pas à la Société patriotique, il l'occupait, soit à se mettre en rapport avec les officiers de volontaires, soit à visiter les postes militaires les plus importants de l'île, Saint-Florent, Calvi*, etc.. Il avait même repris la

1. Casablanca (Raphaël), né à Vescovato, le 27 novembre 1738, entré au service de France en 1768; fit la campagne contre la Corse, capitaine en 1770 avec Buttafuoco ; lieutenant-colonel au régiment provincial, en 1779 ; colonel du 49« de ligne, en 1791 ; maréchal de camp à l'armée des Alpes, le 30 mai 1792; à Bastia, septembre 1792; prit part à l'expédition de Sardaigne, 1793; capitula à Galvi, en 1794 ; général de division en 1794 ; à l'armée de Rome, en 1798; sénateur, 25 décembre 1799; comte, en 1806; grand-officier, pair de France, en 1814; confirmé par l'empereur en 1815, par Louis XVIII en 1819; mort le 28 novembre 1825, à 88 ans, à Bastia.

Son frère Louis, né à Bastia en 1755, entra dans la marine ; député à la Convention, aux Cinq-Cents. Rentra au service après son mandat, commanda VOrient, et mourut à Aboukîr, avec son fiJs, le 1" août 1798.

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