II
SdO BONAPARTE EN CORSE ET EN SARDAIGNE.
« oonformité de la loi du 19 octobre 1791 et que son K obstination aussi injuste que imprudente à refuser « la force publique est une marque d'incivisme qu'il « ne faut pas autoriser. » Le conflit était donc facile à prévoir. En Tarrètant, Paoli avait été particulièrement habile. L'occupation du fort par Casai ta et ses hommes bouleversait de nouveau le projet si cher à Bonaparte. Ah ! s'il avait eu son bataillon I Mais que faire avec des habitants sans énergie, divisés d'opinion et dont un grand nombre lui étaient hostiles? Malgré ses efforts, il dut lui-même se mettre en route pour rejoindre Quenza à Bonifacio. Il était alors dans un état de mécontentement extrême. Cet échec et celui qu'il venait de subir, par suite du choix fait de Cesari-Colonna pour commander le petit corps expéditionnaire, l'avaient exaspéré. A Bonifacio, ce fut bien autre chose. Rien n'était prêt. Les vivres et les munitions manquaient. L'argent faisait défaut. Les volontaires refusaient de marcher, s'ils ne touchaient pas leur solde. On dut camper autour de la ville, presque un mois entier \ Le mercredi 20 février, à une heure du matin seulement, la flottille put appareiller. Mais à peine en mer, celle-ci fut retenue par un calme de deux jours, avant de pouvoir mouiller au sud-ouest de la Madeleine, à l'entrée du canal qui La sépare de l'île Saint-Étienne. Or, aussitôt en vue, elle se trouva en butte au feu de l'artillerie ennemie. Il était deux heures de l'après-midi. La Fauvette^ plus particulièrement attaquée, eut un homme tué et un
1. Pendant ces vingt jours, Bonaparte occupa à Piazza Longa une petite maison située presqu'en face de celle ou s^ourna Charles-Quint, au retour de son expédition d'Afrique.
autre blessé. Elle reçut également des avaries qui l'obligèrent à s'éloigner, à hauteur de la tour Saint- Etienne. Pendant ce temps le débarquement des troupes s'opérait. A une heure du matin, le mouvement était terminé. Dès l'aube, la tour Saint-Etienne, ses trois pièces et ses magasins tombaient au pouvoir des assaillants. Puis, comme on reconnut que de cet îlot on pouvait battre avantageusement la ville de la Madeleine, on se décida, sur l'avis de Bonaparte, à descendre à terre les quelques pièces dont on disposait.
Tout allait donc à souhait. La Fauvette s'était embossée par le travers de la petite île de Cabrera, La batterie avait tiré avec succès. Le feu de l'ennemi était éteint. L'attaque devait se tenter le lendemain. Elle paraissait peu difficile. Il s'agissait simplement de traverser un détroit sans importance, et de combiner le mouvement en avant des troupes avec celui de la flottille. Les derniers ordres venaient d'être donnés dans ce sens, lorsqu'on vint prévenir Gesari que l'équipage de la Fauvette refusait son concours. Surpris, celui-ci revint immédiatement à bord. L'insubordination y était complète. Les matelots n'obéissaient plus à leurs officiers, et Gesari lui-même dut rester comme otage.
Après bien des pourparlers entre le malheureux lieutenant de vaisseau et ses hommes , on put obtenir de ces derniers qu'ils se prêteraient à un rembarquement. La journée se passa donc à louvoyer de manière à se rapprocher de la tour de Saint-Étienne, à hauteur de laquelle on ne put mouiller que fort tard. A terre, l'incertitude était extrême. On ne comprenait rien à la disparition de Gesari et à la manœuvre étrange de l'escadrille. Le soir seulement, on eut le mot de cette
triste énigme. Que faire? Rester quand même et attaquer la Madeleine; c'était ce que proposait Bonaparte. Mais on n'avait ni vivres, ni munitions, ni moyens de transport. II fallut se résigner à l idée d'un départ. La journée du lendemain ^ se passa à cette opération. La nuit venue', Gesari, croyant tout le monde à bord, allait faire les signaux de ralliement pour appareiller, lorsqu'on apprit la présence à terre de l'artillerie, des grenadiers du cinquante-deuxième, de Bonaparte et d'une partie de ses hommes. Les marins, chargés de les prendre à bord, prétendaient n'avoir pu communiquer avec le rivage à cause de l'ennemi. On dut parlementer avant d'obtenir leur concours.
En réalité, il s'en était fallu de peu que Bonaparte et ses compagnons ne demeurasssent prisonniers des Sardes. L'embarquement ne fut, en effet, terminé qu'à minuit. Quant au mortier et aux quatre canons, on avait dû les enclouer, puis les jeter à la mer.
Le lendemain', la flottille arrivait dans le golfe de Santa-Mariza , à proximité de Bonifacio. Aussitôt à terre, le commandant et les officiers de la corvette dressèrent un procès-verbal des événements*. Les officiers de troupe en firent autant. Ils y joignirent un certificat des plus honorables pour leur chef, Gesari -Golonna*.