II
%i2 BONAPARTE EN CORSE.
d'artillerie de mérite, un homme froid, d'une énergie rare et d'un jugement sûr. Aussitôt l'ordre reçu, il avait quitté Paris, emportant avec lui les noms des officiers proposés par les députés corses pour les nouveaux bataillons. Celui de Bonaparte n'y figurait pas. C'était un sieur Jacques Pô qu'on désignait pour avoir le commandement du bataiJlon d'Ajaccio.
Le 17 février, Lacombe Saint-Michel débarqua à Bastia. Il y fut mal accueilli. Dans l'arrivée d'un commissaire de la Convention et dans la mise en sous-ordre de Paoli, nombre de gens, intéressés à semer la discorde, prétendirent voir une atteinte portée aux prérogatives du grand patriote et à sa dignité. La mesure relative à la suppression des volontaires fut également fort vivement commentée. D'autres causes de mésintelligence vinrent s'ajouter à celles-là. Les Arena, mécontents del'insuccèsdel'expédition de Cagliari, insuccès dont ils étaient un peu cause, avaient rédigé un mémoire des plus violents contre Paoli ^ Celui-ci en eut connaissance. Il s'eu montra fort ému. Le 25 janvier, il disait à Pache^: c( On s'accorde à regarder comme auteur de cette « trame un citoyen de ce pays, qui est nanti d'une « commission dont il parait vouloir mésuser au mé- « pris des instructions sages qui lui ont été dictées. » De son côté , Pozzo di Borgo écrivait , au nom du Conseil général du département : « Vous trouverez
presque toujours en mission, célèbre par son énergie dans la défense de l'île de Ctorse; ambassadeur de France à Naples en 1798.
1 . Rapport à la Convention sur Vexpédition de Sardaignef par Bortliéleriy Arena. — Mss. Archives de la guerre.
2, Mss Archives de la guerre. — Paoli à Poche»
AKNÉE 1793. 343
« ci-joint nos observations sur les intrigues qu'Arena, « ex-député à la Législative, cherc^he à mettre en « mouvement pour surprendre la religion du gouver- « nement.
« Nous ne pouvons pas nous dissimuler que c'est « avec la plus grande indignation que tous les Corse? « ont été informés des calomnies atroces et révoltantes « que cet homme vraiment immoral et ses complices « ont débitées sur le compte du général Paoli.
« ... Serait -il possible que la voix calomnieuse « d'un homme nul dans son pays, connu seulement « par sa rapacité, par son immoralité et par la versa- « tilité de son caractère, esclave jadis d'un intendant, « pût aujourd'hui balancer la réputation d'un pa- « triote^? » Or, c'était précisément cet Arena que le ConseU exécutif venait de nommer payeur général du département. D'autre part, à ce moment même, de Gontaut-Biron recevait à Lyon la nouvelle du décret qui lui attribuait la haute direction de l'armée d'Italie. Biron avait commandé à Bastia. Il connaissait les Corses. 11 demanda un supplément d'instructions* : « Le général Paoli est un personnage trop influent « en Corse, et je suis trop peu au courant de ce qu'il « y a fait pour ne pas devoir vous demander des ordres « positifs sur ce qui le concerne. Dois- je le laisser en
1. Lefty^e de Pozzo, du 23 février. — M ss. Archives de la guerre.
2. Biron à Pache, 28 janvier 1793 (Lyon). — Mss. Archives de la guerre.
Armand-Louis de Gontaut-Biron (duc de Lauzun, puis duc de Biron), né à Paris, le 15 avril 1747, mort le 13 décembre 1793; maréchal de camp à Bastia en 1788 ; nommé député de la noblesse de Quercy; général à l'armée du Rhin, à l'armée d'Italie, à l'ar* niée de la Rochelle ; destitué le 11 juillet 1793, arrêté et condamné à mort.
« Corse, où, selon toute apparence, rorganisalion et « les besoins pressants de Tarmée ne me permettront «pas de me rendre d'ici à quelque temps ? Dois-je « mander au lieutenant général Paoli de venir me « joindre k Nice? Sera-t-il sans incofivénient de le « mettre ainsi à portée de prendre toutes les connais- « sances relatives à l'armée d'Italie? Est-il certain « que Paoli obéira à l'ordre de sortir de Corse? Le « Conseil se décidera-t-il à l'employer dans quelque « autre arme? Il est urgent et important, citoyen « ministre, que le Conseil prononce immédiatement « sur ce point, et que vous me donniez des ordres « le plus promptement possible. » Pache, fort honnête homme assurément, mais nullement au courant de la situation particulière de l'île, et ne voyant dans la convocation d'un subordonné qu'une affaire de discipline tout ordinaire, se contenta de mettre de sa main en marge de la lettre : « Il mandera Paoli près « de lui et, sur le compte qu'il rendra au Conseil, il « sera pris un parti ultérieur. » Biron s'empressa d'exécuter l'ordre et d'expédier un bâtiment pour ramener Paoli. C'était le 11 février^ Le 23, Pache écrivait à Biron : « Je ne puis qu'approuver ce que « vous avez fait pour faciliter votre entrevue avec « le général Paoli. Je ne doute pas qu'il ne se montre « toujours attaché à la République française et prêt « à défendre les principes de la liberté ; mais il est M cependant bon de s'assurer si notre déclaration de « guerre contre le roi d'Angleterre n'a pas eu quelque « influence sur les sentiments qu'il a manifestés jus- « qu'ici Je vous prie de m'instruire du résultat de