‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 81 sur 190 · Ms8 Archives de la guerre · texte numérisé non relu

Ms8 Archives de la guerre

« votre entrevue, que je regarde comme très-împor- « tante pour éclairer les opérations de Tarmée dltalie « et en assurer le succès... » En Corse, les choses ne s'étaient pas passées aussi facilement que Tespérait le ministre. Paoli s'était contenté de répondre à son chef qu'il ne pouvait quitter Tile, vu son état de santé et son grand âge.

Evidemment, le moment était mal choisi pour la mission de Lacombe Saint-Michel. Celui-ci ne comprenant rien à cette action divergente de Pache, en désaccord avec les instructions des comités et celles des députés Corses, se trouvait, en effet , fort empêché. Ne sachant que résoudre, il revint à Toulon et prévint la Convention. Les moments étaient précieux. Huit jours plus tard, Sallicetti et Delcher venaient le rejoindre. A Toulon, ils prirent avec eux le régiment de Vermandois. Le 5 avril, ils débarquaient à Saint-Florent; le 6, ils étaient à Bastia, et, de concert avec le général Casablanca, prescrivaient les mesures de prévoyance nécessaires. Le 8, Paoli écrivait au ministre :

« Citoyen Ministre,

« J'ai l'honneur de vous prévenir que je suis informé « de l'arrivée des Commissaires de la Convention nationale « daus ce département. Ils sont débarqués à Saint-Florent « avec le régiment ci-devant Vermandois, qu'ils ont lait « passer à Bastia. Je n'ai pas eu le bonheur de recevoir « de leur part aucune communication.

« Le bruit s'est répandu que des personnes très-accré- « dilées auprès d'eux menacent d'exciter, en Corse, des « troubles et des désastres. Le peuple de ce département « fidèle à sa promesse est invinciblement allaclié à la

« République; il voit avec inquiétude les abus de l'auto- « rite. Si les Commissaires, veulent le bien, il ne dépend « que d'eux. Au contraire, si trompés par de faux rapports, « ils cherchent à accumuler sur la Corse le poids de l'au- « torité et à les accabler, certes ils ne peuvent pas se « promettre d'obtenir leur bénédiction.

« Je doute, citoyen Ministre, que cette- lettre vous par- « vienne, puisque la correspondance est entièrement « soumise à un complot de médian ts qui ont la force de « l'intercepter, mais ma conscience me commande de « remplir envers vous un devoir que je vous dois et « comme citoyen et comme subordonné.

« Quelles que soient les calomnies dont vous êtes « obsédé sur le compte des Corses, je prévois un temps V où la Convention et le Conseil exécutif leur rendront jusce tice, et je me flatte d'obtenir d'eux l'estime qu'où a M cherché à altérer par tant de manœuvres insidieuses. »

Or, cette conduite que Paoli désirait voir tenir aux Commissaires, Salicetti en avait déjà compris la nécessité. Il s'était rendu de sa personne auprès du général et s'était vite entendu avec lui. « Les « Commissaires, écrit Salicetti à la Convention, le « 16 avril, ont été reçus par les Corses d'une ma- « nière bien digne de la Convention nationale et « propre à dissiper toutes les inquiétudes qu'on « aurait pu concevoir sur leur sincère amitié pour « leurs frères du continent. Le citoyen Paoli s'offre « à venir à Bastia se concerter avec la commission « pour tout ce qui peut intéresser le bien de la « Corse. Il a donné des ordres à tous les comman- « dants de place de se prêter aux réquisitions àes « Commissaires. » « Tout, dit Constantini, faisait « donc présager le plus heureux succès, lorsque

ANNÉE n93. 247

« survint la nouvelle du décret fatal du 2 avril...» Fatal est bien le mot. C'était le 20 mars que Biron avait fait part à Pache du refus de Paoli d'obtempérer à Tordre de se rendre à Nice, et lui avait demandé le remplacement de cet officier par le général Barbantane. Or, cette plainte arrivait d'autant plus mal à propos, qu'elle se trouva coïncider avec une autre de même nature, provenant de la Société patriotique du Var,

A la suite de l'expédition de Sardaigne , les volontaires Marseillais et Corses , débarqués à Toulon , avaient, comme on le fait toujours en pareil cas, rejeté la faute de leur insuccès sur la trahison et la mauvaise volonté de leurs ♦ chefs. C'était Paoli , disaient-ils, qui avait tout arrêté. Dans ce concert d'imprécations, le lieutenant-colonel Arena et plusieurs de ses collègues se distinguèrent par la violence de leurs récriminations, sans réfléchir qu'ils fournissaient des armes à des gens intéressés à pousser tout à l'extrême. La nouvelle du refus de Paoli d'aller à Nice acheva de surexciter les esprits. Séance tenante, la Société vota l'envoi d'une adresse à la Convention, avec injonction au député du Var, Escudier, d'en faire le dépôt immédiat, ce qui eut lieu*. Le 2 avril, la Convention décrétait que : « les Commissaires < pouvaient, s'ils le jugeaient convenable, s'assurer

Page 1