‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 85 sur 190 · II · texte numérisé non relu

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tout militaire, pour lequel on comptait envoyer des troupes à Bastia. Le 7, Bô et Antiboul partaient en poste pour Toulon. Ils ne devaient pas arriver à destination. A Aix, ils tombèrent en pleine insurrection royaliste. Arrêtés, ils ne purent continuer leur voyage. Il était écrit que les affaires de Corse ne devaient pas 'arranger.

Dans rile, le conflit venait en effet d'atteindre des proportions inattendues. Tout d'abord, en présence de l'impression fâcheuse produite par le décret du 2 avril et en raison des scènes violentes qui s'en étaient suivies, les Commissaires s'étaient bornés à prendre des mesures de précaution. A l'égard de Paoli, ik se montraient également fort réservés. Dans leur pensée, il devait suffire d'occuper les places des côtes pour contenir le mouvement. Ils avaient déjà Calvi, Saint-Florent et Bastia. Avec Ajaccio et Bonifacio, la ceinture protectrice serait complète; mais dans ces villes, les deux chefs militaires corses, Golonna Lecca et Quenza ^, passaient pour dévoués au directoire et décidés à garder la neutralité. On ne pouvait donc penser y reprendre une influence prépondérante qu'à l'aide de la complicité des habitants. On en fit la tentative.

Comment, dans ces circonstances, le capitaine d'artillerie Bonaparte, l'auteur de tant de protestations de dévouement à Paoli, le rédacteur de la fameuse

1. La garnison d'Ajaccio se composait du 3* bataillon de gardes nationaux de Gorté, avec Ck)lonna di Lecca pour chef; d'une compagnie du 42« (capitaine Arcamont) et d'une compagnie du 4« régiment d'artillerie.

La garnison de Bonifacio comprenait le 2« bataillon de volontaires, celui de Bonaparte. Quenza commandait.

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adresse de la Société populaire d'Ajaccio à la Convention, renia-t-il tout d'un coup son passé pour devenir l'agent de Salicetti et de ses collègues? c'est ce qu'il est assez malaisé d'expliquer. Fut-ce Bonaparte qui s'adressa le premier à Salicetti? Fut-ce plutôt ce dernier qui fit des ouvertures à son jeune compatriote? Sur ce point, l'indécision est complète. Ce qui est certain, c'est que, dans les premiers jours du mois de mai 1793, c'est-à-dire moins de quinze jours après l'envoi de la protestation d'Ajaccio, Joseph était àBastia auprès de Salicetti, en qualité de secrétaire, Lucien partait pour Toulon avec une mission de confiance, et Bonaparte était nommé, à titre provisoire, inspecteur général de l'artillerie de Corse. Dès le lendemain, le nouvel inspecteur se mettait à l'œuvre avec cette ardeur qu'il mettait à faire toute chose. A l'aide des amis et des clients qu'il avait, il se proposait encore de s'emparer de la citadelle. Fait plus grave, il allait tenter l'aventure, en affirmant qu'il agissait pour le compte des libéraux, sans dire s'il entendait par indépendants, les paolistes ou les patriotes. Cinq fois il allait renouveler l'entreprise, cinq fois il devait échouer, et par suite de son acharnement, rendre définitive la scission entre Paoli et la France, scission que tant de braves gens essayaient d'éviter *•

Au début, il songea à employer la ruse. A la suite

de l'échouement du vaisseau le Vengeur dans le port ,

es pièces de gros calibre que portait ce bâtiment

ivaient été mises à terre. Elles y étaient restées.

Bonaparte prétendit qu'il y avait grand danger à les

1. Abbé Nasica. ^ Jeunesse de Bonaparte. — Archives de la guerre. — Rapport de Constantini,

y laisser II fît demander leur transport dans la citadelle. Une telle opération pour des canons de cette dimension devait exiger l'emploi d'un grand nombre d'hommes. Or, c'était précisément sur cette particularité que le jeune conspirateur fondait tout son espoir. Il comptait profiter du moment où les pontslevis de la citadelle seraient abaissés et les portes ouvertes, pour s'introduire avec son monde au cœur de la place. L'affaire n'aboutit pas. Le commandant du bataillon, Colonna-Lecca, refusa son concours. Il demanda au préalable un ordre de Paoli. Que faire? Attendre, écrire au directoire, réclamer l'autorisation; c'était divulguer le complot et perdre du temps. Or le temps est tout, en semblable occurrence. D'ailleurs Bonaparte était homme d'expédients. Il proposa d'autres solutions. « La première consistait à élever « pendant la nuit suivante, dans la rue Fontanaccia, « un rempart de sacs de sable, haut et épais de €( quinze pieds. Derrière ce parapet, on installerait « les pièces de marine et l'on s'en servirait pour dé- « truire les bâtiments de la citadelle et forcer ceux « qui s'y trouvaient à capituler. » La seconde était plus simple. On amenait l'une des pièces vis-à-vis de la porte d'entrée. Au jour, au moment où le pont-levis s'abaissait, on faisait feu ; les battants de la porte volaient en éclats et des hommes, apostés dans les maisons voisines, se précipitaient dans le fort et exterminaient tous ceux qui faisaient mine de résister.

Ces procédés catégoriques, mais quelque peu aléatoires, ne furent pas du goût de tous les conjurés. Le bombardement , disaient les uns , en amènerait un autre plus désastreux pour la ville que pour les dé-

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lenscurs de la. forteresse. L'aménagement de ces canons, ajoutaient les autres, ne pouvait se faire sans bruit et, par conséquent, sans éveiller l'attention. La trahison seule de lun des détachements de garde avait quelque chance de succès. Ce fut, en effet, à cette dernière combinaison que Ton eut recours. On s'aboucha avec les hommes du poste. Argent, promesses, tout fut mis en avant. Sous-officiers et soldats accueillirent assez aisément, paraît-il, les ouvertures qu'on leur fît. Il n'en fut pas de même du capitaine de service, M. Rocca. Celui-ci résista à toutes les sollicitations.

Mais ces démarches, si secrètement, si rapidement qu'elles eussent été menées , n'en avaient pas moins fini par s'ébruiter et par arriver aux oreilles de Paoli et des membres du directoire, qui s'en montrèrent fort surpris. De la présence de Joseph à Bastia, et du départ de Lucien pour Toulon, fallait-il donc conclure à la trahison de Bonaparte? Afin d'éclaircir le fait, Paoli fît donner l'ordre au capitaine d'artillerie de se rendre sur l'heure à Corté. Or, celui-ci n'avait pas attendu cette conclusion probable. A Ajaccio^ sa position n'était plus tenable. Sa vie était en danger. Il eut juste le temps de fuir, en compagnie d'un certain Frate, qui devait lui servir de guide pour gagner Bastia par la montagne. Reconnu et arrêté à Bocognano, il dut son salut à la complaisance de l'un de ses gardiens, se sauva pendant la nuit, rentra dans Ajaccio, prit les vêtements d'un marin et partit sur un bateau pêcheur. Débarqué àMacinaggio,il se rendit à pied à Bastia, où il arriva le 10 mai 1793.

Dès le jour suivant, il songeait éprendre sa revanche

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et proposait un nouveau plan d*attaque contre sa ville natale. Ce plan consistait à iaire rentrer dans Ajaccio les derniers détachements du régiment suisse de Salis sous prétexte de les faire embarquer, puis à profiter de leur présence pour paraître inopinément devant la place avec les deux frégates, stationnées à Saint-Florent. D'après les affirmations de Bonaparte, leur arrivée devait suffire pour entraîner les troupes et les habitants. Ce beau projet fut adopté. Dès le 11, en effet, Lacombe Saint-Michel écrivait dans ce sens au ministre , puis il ajoutait^ : « Le peuple d'Ajaccio est pour nous, mais il est a opprimé par la garnison corse, et il craint une des- « cente de Tintérieur. Le lieutenant-colonel Quenza, « commandant à Bonifacio, a donné au garde d*artil- « lerie un ordre séditieux...; il s'est emparé de la « caisse militaire. Nous avons destitué ce lieutenant- « colonel ; nous avons nommé le capitaine Mazin du « cinquante-deuxième, commandant de Bonifacio. « Nous avons donné Tordre d'arrêter Quenza, » Le ministre écrivit en marge : « Il faudrait adroitement « reprendre la citadelle d'Ajaccio. L'on devrait se ce faire aider par les habitants, puisqu'ils sont pour « la République.

« Quenza doit être dénoncé à une cour martiale» » Toute cette hâte était fâcheuse. Paoli et le Conseil général attendaient toujours le résultat de leurs démarches auprès de la Convention. C'était le 26 avril que Paoli avait écrit à Paris ; le 14 mai, il adressait une nouvelle lettre de conciliation, celle-là fort digne, aux Commissaires du gouvernement. « Il est déplorable,

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