‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 92 sur 190 · Mss. Archives de la guerre. — Journal militaire · texte numérisé non relu

Mss. Archives de la guerre. — Journal militaire

A. 8. Les adjoints se réuniront tous les soirs avec le ministre de la guerre, à heure fixe, pour recevoir ses ordres et en combiner avec lui rexécution. Le secrétaire général tiendra un registre des ordres donnés par le ministre et de Texécution desquels les adjoints auront été chargés.

2. Les six sections du ministèi'e furent : première, solde (Cœdès); deuxième, matériel (d'Orly) ; troisième, artillerie et génie (Saint- Fief); quatiièmo, inspection et police (d*£strange} ; cinquième,

^jf^ THF

De plus, ces six sections devaient correspondre à six autres de cinq membres , formées au sein du Comité militaire. On espérait de cette façon établir une corrélation constante entre le ministère et l'Assemblée. Évidemment l'intention était louable ; mais elle était inapplicable, car dans ces conditions, le ministre ne devenait plus qu'un rouage inutile, une sorte de premier commis de six petits ministres. Alors, pourquoi le conserver? L'babitude, plus forte même que la nécessité, l'emportait. Un général, le marquis de Beurnonville ^, accepta celte situation bizarre. C'était l'auteur du fameux bulletin de victoire : « Après trois beures d'une action terrible les « ennemis ont éprouvé une perte de dix mille hom- « mes ; celle des français s'est réduite au petit doigt « d'un tambour. » rapport qu'un journal de Paris avait fait suivre de ce quatrain :

u Quand d'ennemis tués on com'pte plus de mille, « Nous ne perdons qu'un doigt, encor le plus petit.

« Holà! monsieur de BeumonviUe!

« Le petit doigt n'a pas tout dit. >•

correspondance générale (Lassaulsaye); personnel (Félix). Ces adjoints touchaient 10,000 livres par an.

1. Pierre de Rueil, marquis de Beu9*HonvUle, né le 10 mai 1752 à Ghampignolles (Aube), mort le 23 avril 1821. — Engagé volontaire en 1774, lieutenant à la compagnie suisse du comte d'Artois, aide de camp de Lûckner; nommé ministre, le 4 février, par 356 voix sur 600 votants ; prisonnier, rendu en 1795 ; prit part au coup d'État de brumaire ; ambassadeur en 1800 ; grand officier, 1804; sénateur, 1805; comte, 1809; rappela les Bourbons en 1814; pair de France, 4 juin; grand-cordon, 4 juillet ; commandeur de Saint-Louis, 3 mai 1816; maréchal, 3 juillet, 1816; marquis,

Mais la question du ministère réglée \ restaient celles du recrutement, du personnel et de Tagencement général. Sur ces différents points, tout était à refaire. Or ce tout fut exécuté, autant qu'il le pouvait être en un pareil moment, et l'honneur en revient «i un homme de génie, à l'ancien mousquetaire, au conventionael Dubois de Grancé, dont les idées cette fois allaient trouver plus de créance qu'auprès de l'Assemblée constituante.

« La République, dit Dubois de Crancé*, pQUvant être t< attaquée au nord, à l'est, au midi et sur les côtes de « l'Océan, elle doit examiner d'abord quels sont les points « où elle peut agir avec plus de succès offensivement ou « défensivement. Elle doit profiter des obstacles de la « nature, partout où ils lui permettent de se tenir avec « assurance et succès sur la défensive. Si les Français « franchissaient les défilés pour attaquer des ennemis

1. Le ministère des affaires étrangères fut également divisé en sections correspondant aux divers pays ; les chefs de section formèrent un conseil consultatif sous la présidence du ministre. Il y eut cinq bureaux (bureau politique avec quatre sections, bureau central ou secrétariat, bureau des fonds, bureau du contentieux des consulats, bureaux des interprètes), un dépôt à Versailles et une imprimerie. Les ambassadeurs furent remplacés par des ministres. La durée des missions fut fixée à quatre années.

Le comité diplomatique de la Convention reçut une division d'attributions cprrespondante.

En 1794 (29 juin), il n'y eut plus que quatre bureaux. Celui des interprètes fut supprimé.

2. 25 janvier 1793. Rapport sur les forces nécessaires à la défense de la France, par Dubois de Crancé.

1*' février 1793. Rapport sur V organisation de V armée, par Dubois de Grancé. Mss. Archives de la guerre et nationales.

Il est assez bizarre que le seul auteur qui ait rendu justice à Dubois de Crancé soit un étranger, Jomini. (Voir les Guerres de ia Révolution,)

t séparés d'eux par des chaînes de montagnes, ils se pri- « veraient de Tavantage de se défendre avec un petit « nombre d'hommes contre des armées nombreuses.

« D'ailleurs le système défensif, quand il n'entraîne « aucun danger, est celui d'une natipn juste. Elle n'agit « offensivement que pour prévenir l'invasion de son « propre territoire ; et lorsqu'elle est forcée de sortir d« « ses foyers et de détrôner les tyrans, ce n'est que pour M rendre les peuples à la liberté, et rentrer ensuite dans « ses limites comme un fleuve qui se resserre dans son « lit après avoir fertilisé les campagnes qui l'environnent.

tt Vous devez garder la défensive à l'est et au midi, à « moins que les circonstances qui varient, n'en décident « autrement. Les deux points sur lesquels le roi de Sar- « daigne peut Vous attaquer dans le midi, sont la Savoie 0 et le comté de Nice ; ces deux pays sont assez éloignés « l'un de l'autre et assez séparés par les obstacles naturel» « pour qu'il soit nécessaire d'établir une armée dans cha- « cun. Sur les frontières d'Espagne, les deux principaux « points par où les troupes espagnoles pourraient péné- « trer, sont également aux deux extrémités de la chatne « des Pyrénées. Cependant, comme il se trouve un troi- « sième passage au milieu, votre comité pense qu'il faut « établir sur ce point trois armées, savoir : une sous « Perpignan, pour défendre Bellegarde et Montlouis et « protéger les côtes; l'autre vers Bayonne, et enfin établir « au centre, vers Toulouse, un corps de réserve sous les ^< ordres du général en chef de ces trois corps, qui sera « destiné à se porter vers les points menacés, avec cette « rapidité que la position des lieux ne permet pas aux « Espagnols d'imiter.

« L'Espagne ne peut porter aux frontières que quarante « mille hommes disponibles; en lui opposant une force « égale, nous soutiendrons encore une guerre défensive « sans dangers ; ainsi, les trois armées des Pyrénées « seront ensemble de quarante mille hommes.

« Les troupes du roi de Sardaigne s'élèvent à quarante-! « six mille hommes ; il faut qu*il garde les places, qu'il « garantisse son propre pays des révolutions. Il peut donc « tout au plus mettre en campagne trente à trente-six t mille hommes. L'Autriche lui a donné un secours de « dix mille hommes; eUelui en fait espérer de nouveaux.' « mais le comité pense qu'avec quarante mille hommes « de ce côté, on pourra maintenir la guerre défensive avec « succès.

« Les côtes de la Méditerranée et de TOcéan doivent « être gardées par de fortes garnisons, et par une armée c< d'observation.

« C'est donc au nord que vous devez déployer tous le» « moyens d'une guerre offensive et votre premier vœu sera « sans doute d'empêcher et même de détruire les prépa- « ratifs hostiles d'une puissance qui paraît disposée à « nous faire la guerre ; toujours cette puissance craint « une descente, jamais le projet ne s'en est effectué et « n'a jamais été sérieusement préparé ; mais il sera sans « doute suivi avec plus de force et d'énergie sous le t régime de la liberté ; vous y destinerez quarante mille « hommes d'embarquement. »

Dubois de Grancé passant ensuite à restimation des forces que l'ennemi pouvait mettre en ligne, les évaluait à 60,000 Prussiens, 68,000 Autrichiens, 12,000 Hessois, 40,000 des Cercles, 30,000 Sardes et 40,000 Espagnols, en tout 250,000 hommes. Sans s'arrêter à ces données, comptant même sur de plus grands efforts de la part des puissances, il posait en principe que l'effectif des armées françaises ne pouvait être moindre de S02,000 hommes.

Mais ces armées, mais ces hommes, comment les avoir ? Gomment les unifier "> Sur ce point, tout est

à citer dans ce lumineux travail de Dubois de

Crancé.

< Au !•' décembre 1792, il restait depuis la réforme des « régiments Suisses, 98 régiments de ligne, chacun de « deux bataillons à 750 hommes, devant faire un complet « de 147,000 hommes. Or, il n'y en avait que 112,878; « le déficit était donc de 34,132. On comptait également « 517 bataillons de volontaires nationaux à 500 hommes, « au lieu de 800 par batailloD, ce qui donnait 258,000 hom- ' mes, c'est-à-dire, au total, 370,000 hommes environ, " Mais, depuis cette époque, la guerre, la rigueur de la « saison, le dénuement absolu, le désir des volontaire» « de revoir leurs foyers ont occasionné de grands change- « ments, dont l'importance n'est pas encore connue *, et « ne peut l'être que par de nouveaux états de revue.

w 11 est donc indispensable, tant pour l'intérêt des « finances que pour simplifier l'administration de l'armée « et s'assurer le complet des effectifs, de profiter de ce « grand vide pour détruire les abus^ de donner une orgor <i nisation facile^ mieux réglée, plus imposante à cette masse « et de l'approprier enfin au régime national qui doit faire « la base de la félicité publique sans aucun danger pour la « liberté.

« ...Il est donc temps qu'il n'y ait plus sous les drapeaux « de la nation que des hommes égaux en droit ; il est tempe « de les considérer tous comme des volontaires nationaux, de " les réunir avec leurs frères d'armes et de n'en faire qu'un « seul et même faisceau contre les ennemis de la patrie.

a lo Vous avez trop senti l'inconvénient de tant de corps « différents, isolés ; inconnus même pendant longtemps, « dont plusieurs chefs avaient plus de zèle que de connais-

1. Au !•' février 1793, l'effectif total était de 228,000 hommes. Happort publié par le ministre en 1815. Mss. A. G.

« sances militaires, dont l'administration était tellement K compliquée que, ni le ministre, ni les généraux eux- I mêmes n*ont pu, pendant une partie de la campagne, ea :< suivre les détails.

« 2« Il est indispensable que tout corps en activité soit « complet, sinon la République solderait une foule d'états- « majors inutiles, très dispendieux; l'administration ne X cesserait pas d'être compliquée, exposée à de ruineuses 4 dilapidations, et nos généraux ne sauraient jamais sur « quoi compter, soit pour le nombre effectif des hommes K qui seraient à leurs ordres, soit pour subvenir à leurs et besoins; or puisque nous avons plus de six cents batail- « Ions, presque tous à moitié complets, et même moins, « il est indispensable, quelque mesure que l!on prenne, « d'en réformer une partie pour obtenir les moyens de « compléter les autres ;

« 30 Les bataillons de ligne étant les plus complets, les K plus exercés au métier des armes, ceux qui, à raison de « leur engagement, ont contracté pli]s positivement l'obli- « galion du service, doivent naturellement encore être K conservés dans leur entier; mais si vous laissez encore « subsister la différence qui existe entre ces corps et ceux « des volontaires, le comité pense que le recrutement des « 40,000 hommes nécessaires à compléter les 198 bataillons « de ligne sera très difûcile, peut-être même impossible, « car vous ne pouvez, sans violer les principes, incorporer « dans la ligne les volontaires, qui, sur la foi de vos dé- « crets, ont adopté un régime différent, et ce n'est pas an « moment où vous avez votre cavalerie à augmenter, des <K troupes légères nombreuses à former, 500 bataillons de « volontaires à compléter, que vous devez espérer trouver « encore 40,000 hommes de bonne volonté, pour complé- « ter vos bataillons de ligne, si vous n'en faites pas dis- « paraître les formes qui peuvent contrarier le vœu et les « droits des citoyens.

« 4» La réunion d'un bataillon de ligne avec deux

ANNAE n93. 289

« bataillons de volontaires, que vous propose le comité « pour en faire un seul et même corps, ne désorganiserait « que des états-majors; le fond de chaque balaillon, en « officiers et soldats, reste le même ; mais celte opération a ne tend qu'à resserrer les liens de la fraternité, donne « des exemples d'instruction et de discipline aux uns, de « civisme pur et de dévouement à la patrie aux autres ; elle « forme des demi-brigades de trois bataillons, avec une « compagnie d'artillerie et six pièces de canon, mode « extrêmement simple pour les généraux, qui ne calculent «jamais dans leurs opérations que par bataillon, demi- « brigade, brigade et division ; enfin cette opération donne « toute facilité au complètement des troupes ; car il devient « indifférent désormais aux volontaires d'appartenir à 4< tel ou tel bataillon, puisqu'ils auront tous même dénote mination, même régime.

« les génératix consultés sur tous ces objets^ ont répondu « 'çresqu'ununimement qu'ils n*y voyaient que des avantages^ « et peu ou point d'inconvénients.

« États-majors. — Les principes et l'expérience s'accordent « à démontrer que, soit pour la célérité des manœuvres et « leur intelligence, soit pour la surveillance de toutes les « parties de police et d'administration des armées, il faut, « indépendamment des états-majors généraux, un lieu- « teoant-général par division et un maréchal de camp par « brigade. Il faut également par division un adjudant- « général, faisant les fonctions de maréchal des logis, « deux adjoints pour aides, et un commissaire des guerres. « Il résulte de cette disposition aussi simple que sage, « que de quelque manière que les circonstances obligent « de placer les troupes de la République, qu'elles soient « toutes en campagne ou qu'elles occupent des places de « guerre, elle seront toujours accompagnées des agents « supérieurs destinés à l'exécution de toutes les opérations « militaires, au maintien de la police et à la surveillance « de leurs besoins.

« Votre comité a consulté tous les hommes expérimentés « dans la guerre; il a vérifié la correspondance des géné- « raux; partout il a tu les mêmes plaintes sur le défaut « des agents nécessaires à faire régner dans les armées de « la République la discipline sans exaction, l'abondance « sans prodigalité, partout Tordre et la justice. Le comité « est donb d'avis que pour parvenir à ces résultats, sans i< lesquels il n'y a point de succès à espérer, il faut à la « tête de chaque armée un général en chef, un lieutenanta général et deux maréchaux de camp d'avant-garde; un « lieutenant-général et deux maréchaux de camp de ré- « serve ; un maréchal de camp chef de Tétat-major ; quatre « adjudants- généraux et huit adjoints pour le travail du « bureau, les reconnaissances à faire, les camps à tracer et « les marches à ouvrir. Il faut attacher à cet état-major a un commissaire général avec quatre adjoints et tous « les chefs d'administration des vivres et des hôpitaux^ A aÛn que le général trouve sous sa «main tous les « grands moyens d'exécution et qu'il puisse ne s'occuper « que de plans militaires. Ensuite il faut par division «un lieutenant-général, chef divisionnaire, deux raaré- « chaux de camp, chefs de brigade, un adjudant-géné- « rai chargé des détails relatifs à la division, émanant « du grand état-major, et un commissaire des guerres « pour surveiller les fournitures et les contrôles de « l'armée.

« C'est sur ces bases que votre comité a calculé le i< nombre d'officiers d'état-major à employer à la cam- « pagne prochaine.

« Corps du génie. — Le comité vous propose d'autoriser « le ministre à compléter le corps du génie de tous les « hommes qui se sont distingués dans les ponts et chausse sées, en leur tenant compte, pour leur avancement, des « années de service qu'ils y ont employées pour l'utilité « publique ; d'admettre an concours, et d'après examen « de leurs connaissances en pratique et en théorie, tous

ANNÉE 1703 Z9l

f les citoyens dont les fonctions seront les plus analogues « à celles de ces corps. »

La Convention accepta ces conclusions. Les jours suivants, elle décréta les lois d'application. Elle prescrivit l'unité de solde et d'uniforme. Elle supprima les anciennes dénominations de lieutenantcolonel , colonel , maréchal de camp , lieutenant général et maréchal de France, et les remplaça par celles de chef de bataillon ou d'escadron, de chef de brigade, général de brigade, général de division et de général en chef. Elle organisa les troupes en demi -brigades, brigades, divisions et armées. La demi-brigade fut forte de 2,437 hommes. Les 196 demibrigades formèrent donc un total de 477,622 hommes avec 1,176 pièces de campagne. Il y eut en outre quatorze demi- brigades d'infanterie légère. Les demi-brigades de cavalerie de ligne comptèrent quatre escadrons ; celles de cavalerie légère, cinq. L'artillerie resta constituée comme auparavant. Seul, le nombre des batteries d'artillerie à cheval fut porté de neuf à vingt.

Restait à grouper ces unités. En conséquence, on décida que chaque corps d'armée serait à deux divisions, chaque division à deux brigades. Les étatsmajors furent agencés comme il était dit dans le rapport.

La Convention compléta ces mesures par le vote de divers règlements spéciaux sur l'avancement, les convois^, l'installation de deux tribunaux militaires par armée*, l'application d'un nouveau code mili-

Page 1