‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 91 sur 190 · II · texte numérisé non relu

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aussi commodément qu'à Ajaccio. Ni les représentants du peuple , ni les membres du directoire ne badinaient avec les officiers en situation irrégulière. Aussitôt arrivé, il dut' rejoindre sa compagnie alors stationnée à Nice. I] emportait avec lui un certificat de complaisance du commissaire de la Convention, Salicetti, certificat constatant la nécessité de sa présence en Corse depuis six mois. Le 25 juin^ il était à son poste.

Lui, Tadversaire acharné de la France, entrait cette fois dans la seconde phase de sa bizarre existence, celle d'étranger à la solde de la République. Dans cette position nouvelle, il allait utiliser les merveilleuses qualités d'assimilation et d'intrigue dont la nature l'avait gratifié, et que les luttes incessantes des dernières années avaient développées chez lui de si particulière façon. Il avait vingt-cinq ans, mais en réalité beaucoup plus, si l'on tient compte de son expérience des hommes et des choses. N'ayant plus rien à ménager, il était mûr pour les affaires, et prêt à accepter toutes les positions que les circonstances lui permettraient d'occuper.

Bonaparte avait quitté la France, au moment où . elle allait faire l'essai d'une troisième Assemblée et d'une nouvelle forme de gouvernement. Il la retrou* vait dans la position la plus terrible où jamais nation eût été placée.

Que d'événements depuis le 8 septembre 1792, jour où lui et sa sœur Marie-Anne sortaient de Paris pour retourner à Ajaccio ! Quel spectacle étrange, que cette société en enîantement! Quelle éruption, que ceJle de ce volcan humain faisant couler partout une lave

ANNÉE 1793. S'îa

ardente, vrai filon formé de chair, de sang et d'idées, destiné à transformer le vieux monde !

Cette terrible épreuve, tout homme de bon sens avait pu la prévoir. Elle était dans Tordre logique des faits. En héritant des fautes de la Constituante, la Législative n'avait pas su les corriger. Composée d'hommes jeunes et inexpérimentés, elle n'osa pas adopter les mesures viriles que réclamaient les circonstances. Un instant elle eut l'idée de former un tout de ces forces indépendantes dont se composait le gouvernement; mais, comme consciente de sa faiblesse même, elle hésita et préféra céder à une autre Assemblée le droit de faire mieux qu'elle.

Quelle succession ! Quelle faillite 1 En fait d'organisation d*armée, la Législative n'avait réussi qu'à multipHer les corps de volontaires. En fait de politique extérieure, elle avait cédé aux conseils intéressés de ses pires ennemis et déclaré la guerre. En fait de politique intérieure, elle avait voté la déchéance et désagrégé tous les pouvoirs.

Ce legs, la Convention Taccepta. Composée de membres ayant appartenu pour la plupart aux deux Chambres précédentes, elle se trouva mieux en mesure de faire face aux difficultés inouïes du moment. Les caractères s'étaient bronzés, les hommes aussi.

Les premiers pas de la nouvelle Assemblée n*en furent pas moins indécis. C'était inévitable. Les causes des conflits entre les pouvoirs publics subsistaient aussi complets que par le passé. La forme du gouvernement était bien changée, mais le sort du roi et de sa famille restait à fixer. Il n'existait pas de parti de gouvernement. Les Girondins, en faisant décider que les membres d'une législature pourraient

faire partie de la suivante, avaient pensé conserver la haute direction des affaires. Ils se trompaient. Ils n'étaient plus à hauteur de la situation. En devenant les complices inconscients des royalistes Jors du vote de la guerre, en spéculant sur les événements pour garder l'autorité, en cherchant à rester les hommes du juste milieu, ils n'avaient réussi qu'à susciter la méfiance.

Le point grave, c'était l'armée. Son état défectueux, nous le connaissons. Pour y remédier, il fallait donc tout bouleverser, et cela, en présence de l'ennemi. Mais toute manœuvre de ce genre est d'une délicatesse extrême. En temps ordinaire, elle demande beaucoup de tact et de sagacité; en guerre, si elle réussit, c'est un réel tour de force.

Que fît la Convention ?

Elle commença, le 2 octobre, par créer un comité de guerre et des armes ^ composé de .vingt-quatre membres et divisé en deux sections. « La première « était chargée de voir toutes les demandes et réclama- « tions, d'en préparer les rapports et de les présenter « à la Convention. La section des armes devait exa- « miner les inventions, faire faire les expériences et « présenter les résultats. Le comité réuni s'occupait « des projets de lois militaires. » Tout cela était fort bien ; mais en présence de ce comité possédant toute

1. Les membres du comité furent : MM. Lacroix, Letoumeur, Goupilleau, Milhaud, Dubois de Grancé, de Gasparin, Lacombe Saint-Michel, Merlin (de Douai), Bellegarde, Garnot, Delmas, Sillery, Garré, Albitte, Fabre d'Eglantine, Duquesnoi, Goustard, Lecointre, Lidon, Dubois Daubray, Ghâteauneuf-Bandon, Olivier Geronte, Boussion, Sallangros. Barère et Sieyès n'en firent partie qu'au mois de janvier 1793.

initiative et toute autorité, que devenait le ministre? Que pouvait l'honnête Pache^? Rien, sinon contrecarrer, le plus souvent sans le vouloir, les ordres émanant directement de la Convention. Lui et ses collègues étaient condamnés d'avance à Timpuissance. En face de l'ennemi, Conseil exécutif. Assemblée et Comités se trouvaient hors d'état de subsister côte à côte. L'un des pouvoirs devait annuler les ' autres. Lequel?

Le jour où la terrible sentence contre Louis XVI reçut son exécution, le jour où l'Europe presque entière se leva contre la France, il fallut bien se rendre à l'évidence de ce fait, qu'à situation nouvelle et spéciale il faut un système de gouvernement spécial et nouveau. Mais cette fois encore, malgré les observations de Gasparin, de Duquesnoi, de Dubois de Crancé et de Camot, on n^osa se montrer d'une logique rigoureuse. Barère se borna à proposer une réforme partielle* : « Une s'agit pas, disait-il, de désorgani- « ser quand il faut se défendre, on doit au contraire « profiter de ce qui existe et l'améliorer. Il suffît « d'adopter rapidement des mesures qui présentent

1. Jean-Nicolas Pache, né à Paris en 1746, mort le 18 novembre 1826 à Thin-le-Moutier (Ardennes) ; ancien sous-secrétaire du ministre de la marine, attaché à l'intendance de la marine à Toulon, munitionnaire général des vivres, retiré eu Suisse à la suite de la mort de sa femme, rentré en 1790.

Au ministère il conserva l'organisation telle qu'elle existait du temps de Servan, avec Sponville comme chef du personnel, et Assenfratz, pour chef du matériel. Les autres directeurs n'avaient pas été changés. Les bureaux se trouvaient toujours rue Grange-Batelière.

2. Sieyès déposa également un plan d'organisation du ministère, aussi compliqué que tous ceux qui provenaient de cet esprit dogmatique. Ce projet fut repoussé.

(( à la nation les garanties nécessaires pour que le « ministère de la guerre fonctionne sans interrup- « tion, pour qull ne dilapide pas la fortune publique « et pour que les troupes soient équipées et approvi- « sionnées.

« En conséquence, le ministre doit être débarrassé « de tout ce qui est mécanisme, afin de lui conserver « la liberté de travail et la fraîcheur de conception « nécessaires àrses éminents travaux. Une partie de « sa responsabilité doit incomber à des premiers « agents qui, sous le titre d'adjoints, auront la signa- « ture des ordres d'exécution des mesures approu- « vées par leur chef dans leur généralité.

Le 2 février, la Convention décrétait * :

« Le ministre de la guerre sera changé.

« Il y aura un seul ministre de la guerre. Six « adjoints travailleront directement avec lui et lui « rendront compte de leurs opérations.

« Les six adjoints seront nommés par le ministre « et agréés par le Conseil* exécutif. Us seront respon- « sables chacun en leur partie. lis ne pourront être « destitués qu'en vertu d'un arrêté du Conseil. Ils « auront la signature des ordres nécessaires et Tac- « complissement des mesures décidées par le mi- « nistre^ »

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