avril
2. 1" mars 1793. Les neut armées furent ainsi réparties: Armée du Nord. Du Mouriez, général en chef;
Armée des Ardennes, Valenccy général en chef; Armée de la Moselle, de Beurnonville, général en chef; Armée du Rhin, de Custine, général en chef; Armée des Alpes, Kellei^mann, général en chef; Armée d'Italie, de Gontaut-Biron^ général en chef; Armée des Pyrénées, Servan, général en chef; Armée des Côtes, de Laboicrdonnaye^ général en chef; Armée de réserve, Berruyer, général en chef;
3. Saint'Jîist (Louis-Antoine de), né le 25 avril 1767, à Deciie- (Nivernais) ; conventionnel; partit, le 26 janvier 1794, à l'armée du Nord avec Le Bas; président de l'Assemblée, le 19 février; mort le 10 thermidor. Son père, cheTalier de Saint-Louis, était un ancien capitaine de cavalerie.
ANNÉE 1793. Sdr
une machine simple, il faut encore posséder les moyens d'alimenter cette chaudière humaine qu'on appelle l'effectif, et des mécaniciens habiles pour la diriger. Sur ces deux points importants, recrutement et direction, la Convention elle-même fut longtemps hési tante, tellement la routine, la force d'inertie et les regrets du passé exercent d'empire sur les natures même les plus honnêtes.
En effet, malgré les efforts réitérés de Dubois de Grancé, elle n'osa pas tout d'abord appliquer le principe du service obligatoire. Elle ne sut qu'adopter une disposition transitoire, un appel de trois cent mille hommes, appel mitigé par la disposition désastreuse du remplacement.
Or, cette mesure était une faute contre la logique et contre la patrie. Par suite de la désertion de la plus grande partie de la noblesse et de l'exonération des gens riches , ce terrible impôt du sang retombait encore une fois de tout son poids sur les classes nécessiteuses. L'effet fut désastreux dans les départements, dans ceux surtout où la population était plus ignorante et plus soumise à l'action du clergé. Exploitée habilement par le parti royaliste,, la promulgation de la loi allait servir en effet de prétexte à une guerre civile générale.
Aussi pour assurer son autorité, l'Assemblée futelle amenée' à envoyer des représentants, munis des pouvoirs les plus étendus. Ces délégués du pouvoir central avaient mission de se concerter avec les géné-
l. Décret du 30 avril.
Los représentants étaient répartis à raison de quatre par ar-mée; deux pour le personnel et deux pour les places et les fortifications.
t94 ÉTAT DE L'ARMEE FRANÇAISE.
raux pour nommer sur-le-champ à tous les empMs vacants ou qui viendraient à vaquer. Ils avaient droit de surveillance ou de suspension pour les fournisseurs, droit de revue, de visite des magasins, de réquisitions en hommes et en matériel. Ils pouvaient requérir les corps administratifs et tous les agents civils et militaires. Chaque jour, ils étaient tenus d'adresser au Comité de Salut public le journal de leurs opérations, copie de leurs arrêtés et proclamations... Renouvelables par moitié chaque mois, ils n'étaient autorisés à revenir que sur uû ordre émanant de la Convention. Mais ce n'était pas encore assez. Le 30 mai, celleci décidait le partage de la population en plusieurs <;atégories^ dont la première seule devait fournir le contingent de trois cent mille hommes, précédemment voté. Le 16 août, enfin, elle rendait le fameux décret de la réquisition en masse.
« Le peuple français déclare, par l'organe de ses « représentants, qu'il va se lever tout entier, pour la « défense de sa liberté, de sa Constitution et pour dé- « livrer son territoire de ses ennemis... Les jeunes « gens iront au combat ; les hommes mariés forge- « ront les armes et transporteront les subsistances, « les femmes feront des tentes, des habits et servi- « ront dans les hôpitaux; les enfants mettront le « vieux linge en charpie ; les vieillards se feront por- « ter sur les places publiques pour exciter le courage « des guerriers, prêcher la haine des rois et l'unité a de la République.
1. Les trois premières catégories étaient : de 16 à 25 ans, de 25 à 35, de 35 à 45. La quatrième comprenait tous les individus en état de porter les armes. Les jours fériés, on devait se réuni' |K)fir apprendre rexercice.
ANNÉE 1791. 2d»
« Les maisons nationales seront converties en ca- •c sernes, les places publiques en ateliers d'armes; le « sol des caves sera lessivé pour en extraire le sal- « pêtre ; les armes de calibre seront exclusivement « remises à ceux qui marcheront à l'ennemi ; le ser- « vice de l'intérieur se fera avec des fusils de chasse « et Tarme blanche ; les chevaux de selle sont requis « pour compléter les corps de cavalerie ; les chevaux « de trait et autres que ceux employés à l'agriculture « conduiront l'artillerie et les vivres... »
Cette fois, la Convention avait adopté la loi vraie de recrutement. Dubois de Crancé pouvait se déclarer satisfait; l'armée était sauvée; mais que de temps perdu ! que de sacrifices ! que de mécontentements !
Restait la direction. Là encore, l'unité n'existait pas. On avait bien supprimé la royauté et son veto, la Cour et ses intrigues, mais les comités, les ministères, leurs bureaux et leur parallélisme subsistaient toujours. Cet antagonisme ne pouvait durer. L'attitude hostile de certains chefs d'escadre et d'armée, la découverte des complots des déserteurs et de leurs rapports avec les agents de l'administration', le démontrèrent. Le 9 mars, la Convention avait eu connaissance des projets de Du Mouriez '; le 26, sur la proposition de
1. Du Mouriez du Perrier (Charles-François), né à Cambrai le 25 janvier 1739; mort à Turville-Park, le 23 mai 1823. Sa famille était d'Aix en Provence. Son père, commissaire ordonnateur, était mort en 1769.
Cornette au régiment d'Escars, envoyé en mission par Choi» seul, mestre de camp en 1769, fit la guerre en Corse en 1768 et l''69, envoyé en Pologne en 1771, en Suède en 1772; mis à la Bastille de 1772 à 1774; réintégré colonel à Lille en r84; commandant de Cherbourg, en mission en Belgique en 1789 ; maréchal de camp commandant la 12« division à Niort ; président du club de Niort ; lieutenant général en 1792 ; ministre des affaires
Quinette, elle votait la création d'un Comité de défende et de Salut publtc.
Il fut composé de vingt-cinq membres. Ce nombre était trop considérable. Aussi les discussions furentelles confuses \ le secret des délibérations, mal gardé. Au lendemain de la fuite de Dumouriez, à Theure des décisions suprêmes, ces inconvénients sautèrent aux yeux de tous. Dès le 6 avril, le Comité était réduit à neuf membres. « Il était chargé de délibérer en secret, « de surveiller et d'accélérer l'action du Conseil exécu- « tif dont il pouvait même suspendre les arrêts. Dans « I es circonstances urgentes, il était autorisé à prendre « les mesures auxquelles le Conseil était tenu de se « conformer sans délai. Il devait être renouvelé de « moi? ,ti mois *. » Plus tard, cette autorité fut encore augmentée. Le 1" août, tous les pouvoirs publics lui furent confiés, et le H octobre, le gouvernement, déclaré
étrangères du 15 mars au 13 juin noS, de la guerre, du 14 juin au 16; déserteur, 1" avril 179J; reçut une pension de douze cents livres de l'Angleterre; passa pour avoir fait les plans de Wellington, sollicita l'Empereur et Louis XVIII pour obtenir le bâton de maréchal,
1. Isnard, Pétion, Vergniaud, Gensonné, Robespierre, Danton, Camille Desmoulins faisaient partie de ce premier comité.
Ils tenaient leurs séances le soir à l'hôtel d'Elbeuf sur la place du Carrousel.
Le comité de la guerre et d'armes subsista toujours; mais il j^erdit beaucoup de son importance. Ses membres étaient su^ tout envoyés en mission. 11 siégeait à l'hôtel de Noailles, alors adossé au Palais-Royal du côté de la rue Saint-Honoré.
2. Les neuf membres furent : Barère, Delmas, Bréard, Cambon, Jean Debry, Danton, Guyton-Morveau, Treilhard, Lacroix (d'Eure-et-Loir).
Robert Lindet remplaça Jean Denry, non acceptant. Le 10 juillet, Barère et Lindet furent seuls conservés. Les nouveaux élus furent : Jean Bon-Saint-André, Hérault de Séchelles, Prieur (de la Marne), Gasparin, Thiriot, Saint «Just et Couthon. Robespierre
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révolutionnaire jusqu'à la paix. Enfin, Tombre de ce Conseil exécutif, choisi en dehors de l'Assemblée^ disparut à son tour. Sur la proposition de Carnot, les ministères excentriques, « cette institution créée « par les rois pour le gouvernement héréditaire d'un « seul et pour le maintien de distinctions et de pré- « jugés incompatibles avec le régime républicain, » étaient supprimés et remplacés par douze commissions ^ A la guerre, le brave et honnête Bouchotte * était remplacé par le général de brigade Pille*; le ministère et ses six divisions * se fondaient dans la commission de l'organisation et du mouvement des armées de terre et dans les trois divisions annexes (dépenses et comptabilité, affaires générales et personnel.)
Ainsi donc, au bas de l'échelle, une force d'exécution inépuisable, la nation armée; comme intermé-
y entra, le 29 juillet, en remplacement de Gasparin. Carnot et ^ieur(de la Gôte-d'Or) n'en firent partie que le 14 août, Billaud- /arennes et Collot-d'Herbois le 6 septembre. Thiriot en partit le 6 septembre.
1. Les douze commissions furent ainsi réparties administration civile, police et tribunaux ; instruction publique ; agriculture et arts ; commerce et approvisionnements ; travaux publics ; secours publics; transports, postes et messageries; finances; organisation et mouvements des armées ; marine et colonies; armes, poudre et exploitation des mines; relations extérieures.
2. Bouchotte (Jean-Baptiste-Noël), né à Metz le 25 décembre 1754; mort à Metz en 1840; entré au service en 1770, heutenantcoionel commandant à Courtrai.
3. Pille (L.-Ant., comte), général de brigade, né à Soissonsea 1749, mort en 1828.
4. 1« division^ la solde; Bouchotte, chef. 2* division, fournitures; Konsin, chef,
3* division, artillerie et génie ; Auhert, puis Dupin, chef.
4* division, inspection ; Français, chef.
5« division, correspondance, mouvement; X.
6* division, personnel; Xavier Audoin^ puis Âubreton, chef»
diaire entre la direction et Texécution , les rouages les plus simples, chefs de demi-brigades, généraux de brigade, généraux de division, commandants en chef; au sommet, direction unique, le Comité de Salut public; comme régulateur, la Convention ; comme agents de surveillance et d'initiative, les représentants du peuple aux armées, voilà le système.
« Le Comité, a dit Carnot, était une dictature pure- « ment politique et militaire, dictature d'exécution, « sous la surveillance de la Convention. La puissance « législative demeurait dans la Convention, la puis- « sance judiciaire dans les tribunaux. » — « Ce fut, « ajoutait Robert Lindet\ l'entreprise la plus hardie « qui ait peut-être jamais été tentée. 11 sera difficile « de concevoir comment quelques hommes ont pu « avoir la pensée de culbuter tout un ministère, de « tout changer, de tout diviser et distribuer au milieu « des plus grands événements qui aient bouleversé « les empires, et comment ils ont pu organiser toutes K les parties du gouvernement sans suspension de « service et sans que ce prodigieux changement ait « produit d'autre effet que l'accélération et le succès <c de toutes les opérations civiles et militaires. »
En effet, tout est à étudier sans parti pris, dans l'agencement de cette merveilleuse machine de guerre.
Quelle puissance de travail chez ces hommes!
1 . Lindet (Jean-Baptiste-Robert), né à Bernay en 1743, mort à Paris en 1825. Avocîit, procureur syndic, député à la Législative, conventionnel, vota la mort, membre du comité; dénoncé, 1" prairial; décrété d'accusation, 28 mai 1795; amnistié, 26 octobre 1795; impliqué dans la conspiration des babouvistes; acquitté ; ministre des finances après le 30 prairial; refusa tout emploi après brumaire.
ANNÉE 1793. mt
« S'ils faisaient le bien, a dit Carnot, il était ano- « nyme; s'ils faisaient le mal, la tête répondai « pour eux. »
« L*ami du peuple, ajoutait-il, est celui qu'il faut « chercher longtemps pour l'obliger à remplir les « fonctions publiques, qui s'en retire le plus tôt qu'il « peut et plus pauvre qu'il n'y est entré, qui s'y dévoue « par obligation, agit plus qu'il ne parle et retourne « avec empressement dans le sein de ses proches « reprendre l'exercice des vertus privées... Il est tou- « jours amovible, car dès qu'un homme se fait une « jouissance du pouvoir, il est près de la corruption. « Malheur à une république où le mérite d'un homme,. « où sa vertu même serait nécessaire. La responsabi- « lité est de droit naturel. D'ailleurs la justice du « peuple se trompe rarement. »
Gamot avait mille fois raison. C'est surtout dans l'armée, où les règles d'honneur, d'abnégation et de dévouement à la patrie doivent dominer, que ces principes ont leur application.
Au début, les membres du Comité de Salut public avaient décidé la prise en commun de toutes les mesures. Les affaires, les missions, les circonstances rendirent cette condition inexécutable. On convint alors que pour la validité des actes, les deux tiers des signatures des membres seraient seulement réclamées. Enfin on divisa par groupes le travail ressortissant à chaque ministère. Une exception fut faite pour les finances. « Les comptables, disait-on, ne peuvent « délibérer avec ceux qui doivent recevoir leurs comp- « tes. I» On poussait même ce rigorisme au point de ne vouloir pas accepter les fonds secrets votés par la Convention. « Le Comité de Salut public.
« répondait Prieur de la Marne ^, n'a personne à « corrompre ni à tromper. Il combat les ennemis de « la patrie et de la liberté. Il ignore les dépenses « secrètes. »
Dans cette répartition du travail, Barère, Danton et Héraut de Séchelles* prirent les affaires étrangères. Barère, en raison de sa facilité de rédaction, eut en plus la spécialité des rapports à faire à la Convention. Prieur de la Marne s'occupa des cultes et de la surveillance des opérations financières; Robert Lindet, de la commission des arts et de l'agriculture, du commerce et des approvisionnements. De concert, ils réglaient les subsistances, Tbabillement et les transports. Jean Bon-Saint-André était à la marine ; Billaud-Varennes » et GoUot-d'Herbois * avaient charge de rintérieur. Ils rédigeaient les instructions aux représentants en mission et entretenaient une correspondance journalière avec les autorités civiles.
1. Prieur (de la Marne), né en 1760, mon en mai 1827 à Bruxelles; avocat à Chàlons-sur-Marne; député du Tiers; accusé au !•' prairial, se sauva jusqu'à l'amnistie ; refusa toute fonction après brumaire; banni en 1816.
2. Héraut de Séchelles (Marie-Jean), né à Paris en 1760; condamné à mort, 5 avril 1794 ; avocat du roi au Ghàtelet ; parent de la princesse de Polignac ; prit part à la prise de la Bastille. Danton et Héraut de Séchelles ne furent pas remplacés au Comité, après leur arrestation.
3. Billaud'Varennes (Jacques-Nicolas), né à La Rochelle le 23 avril 1756, mort le 3 juin 1819. Avocat ; nommé le 10 août membre de la Commune, élu par Paris à la Convention, fonda le Bulletin des lois; déporté à Cayenne avec CoUot, après prairial; refusa sa grâce après brumaire; réfugié à Haïti en 1816, y mourut.
4. Collot d'Hei'bois (Jean-Marie), né à Paris en 1750 ; mort à la Guyane, le 8 janvier 1796; dénoncé, en avril 1795, par Merlin (de Douai)
AKN^E 1798. 301.
Saint-Just s'occupait plus spécialement de législation constitutionnelle. Robespierre \ Couthon* et Saint- Just dirigeaient la haute police révolutionnaire ; Garnot*, le personnel et le mouvement des armées.
Pour Prieui de la Gôte-d'Or *, il avait accepté tout ce qui constituait le matériel, c'est-à-dire la fabrication des armes et des munitions et le service des hôpitaux. Il remplissait également les fonctions de questeur. C'était lui qui assurait l'expédition des décisions du comité aux quatre-vingt-trois départements, aux cinq cent cinquante districts, aux quarante- cinq mille municipalités, aux quatorze généraux en chef et aux cent représentants du peuple en mission. Thiriot et Gasparin ne firent que momentanément partie de la Convention; Jean Bon-Saint-André et Prieur de la Marne furent le plus souvent sur les routes. En réalité, il n'y avait ordinairement que neuf membres présents aux séances. Leurs collègues les avaient classés en trois groupes : les gens de la haute maison, Robespierre, Couthon et Saint-Just; les révolutionnaires t Barère, Billaud-Varennes etCoUot-d'Herbois, enfin les gens d'examen, Carnot, Prieur et Robert Lindet.
1. iio6ej;pter7*e (Maximilien- Marie -Isidore de), né à Arras le 6 mai 1758, mort le 10 thermidor.
2. Couthon (Georges), né en 1756 à Orcet, mort le 10 thermidor; avocat à Clermont, en 1785.
3. Carnot (Lazare-Nicolas-Marguerite), né à Nolay (Bourgogne), 13 mai 1753 ; capitaine du génie, député, puis conventionncd; proscrit au 18 fructidor, rentré après brumaire; ministre au tribunat, disgracié pendant TEmpire; reprit du service en 18U; fait comte de TËmpire, exilé en 1816; mort à Magdebourg, leSaoût 1823.
4. Prieur-Duveimois (Claude-Antoine, dit de la Gôte-d*Or), né à Âuxonne, le 2 décembre 1763; mort à Dij<y»^ le 11 août 1832; fils d'un receveur des finances.