VERBES
I. Forme du verbe. — Le verbe peut se remplacer par une périphrase formée du verbe aller et du participe présent du verbe. Ex.:
<f Hz le contrefont
a Et se vont vantant. » (P. 474.)
Beaucoup de verbes présentent, au seizième siècle, des irrégularités de syntaxe que le langage moderne considérerait comme des fautes.
Des Periers en offre plusieurs exemples.
Ainsi certains verbes sont actifs chez Des Periers, qui ne le sont plus de nos jours. Ainsi doubler. Ex.:
« Doubtant d'amour la cautelle et puissance, » (P. 462.)
198 RONAVENTURB DES PERIEnS.
Esmerveiller (admirer). Ex. : Et qu'il no loue ou esmerveille Testât et fortune d'autruy. (P. iOI.) Parler: Ex.:
c( Escoutez, cieulx, et prestez audience
« A tous les mott lesqueh je parUray, » (P. 48S.)
Tendre (dans le sens de marcher vers). Ex.: Possible aussi, que comme elles tendoient un mesme lustre. (P. 69.)
D'autres, au contraire, aujourd'hui actifs, sont employés sans régime.
Faire, remplaçant le verbe exprimé précédemment, peut êlre neutre. Ex. : non feras dea (p. 138).
« Tu as trouvé un enquesteur de mesme
Qui me congnoisi mieulx que ne fats moy môme. » (P. 450.)
Certains verbes, aujourd'hui actifs ou neutres, sont réfléchis au seizième siècle. Ex.: se feindre signifie : hésiter, rechigner (p. 148).
Se paistre signifie se repaiire. Ex. :
a Sisyphusxtf paist et prent ses eibas. » (P. 4*70.)
a Qui sepaissoierU de langueurs et dostresses. ■ (P 86.)
Certains verbes régissent l'infinitif sans qu'il soit nécessaire de les faire suivre de la préposition de, comme l'exige l'usage actuel. Ex.: advenir.
a Ce qui advint à Cesaryâire ou dire. » (P . 4 84 .)
Contraindre.
« Estant contrainte à autre m adresser, » (P. 162.)
Taschcr.
« Taschoient garder fermeté immuable. » (P. 90.)
H y a des verbes neutres qui sont de nos jours actifs. Ex. : Fournir.
« Assez pour/o«rii/r <i un tel repas. » (P 470.)
Plusieurs verbes offrent également des particularités dans la manière dont la phrase du régime doit leur être reliée, ou dans le choix de la préposition qui les relie à leur régime indirect. Nous en relevons les exemples suivants :
AiX)ir envie sur quelqu'un (p. 108), pour porter envie à quelqu'un.
S'esbaltre peut ôtre pris dans le sens de se réjouir et être suivi d'un régime indirect. Ex.:
« Et, comme d'estœufz, esLaitre s'en veuli, » (P. 474.)
pour veut s'en ébattre.
Se repentir sur. Ex. :
« ..,ei se repentira
« Sur ses gervans. » (P. 4 86.)
signifie : et aura des regrets au sujet de ses bons serviteurs qui seront punis, etc.
Titre. On dit : rire à quelqu'un, comme aujourd'hui sourire à quelqu'un. C*est un latinisme, Ridere alicui : être favorable.
a Et le midy, qui leur rid^ leur ravit. » (P. 74 .)
Tâcher. Des Pcricrs dit : taschern aussi bien que tascher de {p. 69 et 173.)
Valoir à signifie être utile à quelqu'un, aider : valoir à tous (p. 125); valoir, dans le sens de avoir une valeur, prend la préposition de : ne valoir de rien (p. 1 67).
Les voix des verbes peuvent se remplacer quelquefois les unes par les autres, comme nous le faisons encore de nos jours.
Voici un cas où le neutre est remplacé par le passif:
n Vous qui avez bien voulu estre né. » (P. 85.)
Estre né pour naître.
200 BONAYENTURE DES PERIERS.
Ailleurs le réfléchi est remplacé par le participe présent et l'auxiliaire être.
a Hz tont trop mieulx l'un Fautre ressemhlatu. » (P. 84 .)
Pour ils se ressemblent.
Enfin, en ce qui concerne les auxiliaires avoir et êtrCj nous notons cependant encore celte vieille tournure où Tauxiliaire être remplace l'auxiliaire avoir.
tu Que j*en sois vu esté passionné. » (P. 82.)
Pour : que j'en aie été vti.
L'auxiliaire être se supprime quelquefois. G est un latinisme.
« ...l'étincelle « Qui plus couverte et moins se celle. » (P. 46i.)
II. Modes et temps. — Les poésies de Bonaventure ne nous fournissent qu'un petit nombre d'observations à faire sur les différences de modes et temps que présente la langue, comparée à la nôtre.
Remarquons toutefois que :
Au subjonctifs on peut supprimer la conjonction que. Ex.:
« Souvienne toy que tellement approches. » (P. 4 22 ) « Facilement soit ton vivre apprestë... » (P. 120.)
Le subjonctif peut remplacer rinfinitif dans certaines propositions subordonnées. Nous en avons vu un exemple dans cette phrase :
« Je ne sçay pas plus que yen/ace, » (P. 453.)
Pour : qu^en faire.
« Elle ne peult qu*aymée ne soit. » (P. 50.)
Pour : Elle ne peut pas ne pas être aymée.
L'm/î«t7i/ avec par remplace le participe ; ;)ar mesdire, par raisonner. (V. Prépositions.)
LANuL'E POÉTIQUE 201
L'infinitif joue souvent d'ailleurs le rôle de substantif. Les exemples de constructions infinitives ne sont pas rares. En voici un :
et Parce qu'il voit (tout bien quis et compte) « Pius y avoir de mal que de bontë. » (P. 89.)
Devant l'infinitif, sujet ou régime, la préposition de^ que nous ajoutons de nos jours, se supprime volontiers. (Voir plus haut p. 198.)
Participes.
Le participe présent joue le plus souvent le rôle d'adjectif et varie de nombre. Les variations de genre sont rares.
Quant au participe passé j la règle qui le fait accorder avec le substantif, lorsque celui-ci précède, n'est pas encore solidement établie. Aussi bien en rencontre-t-on des exemples contradictoires.
Nous n'avons rien à observer sur les nombres, ni sur les personnes, dont nous nous sommes occupes plus haut. (Voir Pronoms personnels, p. 1c5.)
Préposit.oins.
A. — La préposition à est employée par Des Periers dans un certain nombre d'expressions où, de nos jours, elle serait remplacée par tout autre mot, ou même supprimée. Ex.: d seureté{en sûreté) (p. 68); à ce beaujouLr (en ce beau jour) (p. 85); qu'en est-il mieux à ta mondanité? (Est-ce mieux en ce qui concerne ta mondanité) (p. 131); au grand verger (dans le grand verger) (p. 69); à qxielle querelle (à cause de quelle querelle) (p. 76).
à remplace de après le verbe tâcher. Ex : qui jà taschoit à se mettre en avant.
202 BONàYKNTURE DES PERIERS.
à^ OU mieux a tout^ remplace quelquefois awc. Ex. : à tout sa bouche (p. 98, 99).
Cette expression à tout signifiait : tout à fait, avec, et est devenue synonyme de à. Des Periers dira encore : à la rosée, pour : au moment de la rosée (p. 71) ; à ce matirij pour : ce matin; à ce jour j pour: ce jour, etc. (p. 172).
La locution à ce que signifie : afin que. Ex.:
« Vous qui avez bien voulu estre ne,
^ A ce qu'enfin l'homme fust eslrenë. » (P. 85.)
Avec. — S*écrit généralement avecque ou avecques. L'emploi de cette préposition ne présente rien de particulier.
Dans. — Observons seulement que dans les se remplace souvent par hs.
De. — La préposition de est supprimée devant les infinitifs dans les propositions analogues à celles-ci :
a S*il ne m'est possible... te voir. x> (P. 79.) « Disant en moy qu'ay meilleure achoison, a Me déporter. .. » (P. 439.)
Inversement, Des Periers l'emploie dans des expressions où nous la supprimons. Il dira par exemple :
<K Si est de besoing. » (P. 84.) « Ce n'est de merveille. » (P. 89.)
Après un nom de nombre, nous trouvons le partitif des pour de. Ainsi Des Periers ne dira pas : un million de salutz. Mais : Des salntz un million (p. 72).
De peut remplacer que dans l'expression interrogative : Quest'Ce que * ?
Des Periers dit indifféremment :
« Qu'est ce 911^ justice? » (P. 124) et :
Qu'est ce encor de Justice? » {Ibid.)
> HaTZFKLD et D\R!ir8TF.TER, Op. cU., p. 274.
Cette construction rappelle la phrase de Bossuet : « Qu'estce que de nous* ? »•
De remplace encore la préposition en dans ces deux vers:
a Si j'acquiers nom de Gdèle servant,
« Plus tost <f efTocl que non pas de langage. » (P. i66.)
Et encore :
« Ne valoir de rien pis. (P. 67.)
Ce qui signifie: ne valoir en rien moins.
Le seizième siècle remplace quelquefois de par à, pour exprimer le génitif. La maison à Pierre. Nous n'en avons relevé qu un exemple dans le Recueil des Œuvres :
« L'oyseau qui le cueur à Titius mange. » (P. i70.)
Et c'est là plutôt une construction où à dépend du verbe, comme dans cette phrase : a II lui mange le cœur. »
Dedans, dessoubs ou dessoubz, dessus, adverbes aujourd'hui, sont prépositions au seizième siècle. Des Pericrs nous en fournit plusieurs exemples:
« Dessoubs ferme loyauté. » (P. 47.) « Dedans son moyte giron. » (P. 55.) « Dessus l'eau. » (P. 57.)
Distant. — Des Periers l'emploie comme préposition dans le sens de loin de. Ex. :
<i Distant la Saône « Du Rhône, a Une lieue ou environ. » (P. 55.)
En remplace souvent dans.
Il fauc noter l'expression : « Se tenir encontre. » (P. 77.)
Outille. — Oullre lequel signifie : safis qui, sans lequel.
• BossuKT, Sermon sur la mort. Premier point. Cf. II\tzpf.ld et D^RnesTETEn, Or, cit., p. 275.
Par. — On trouve la préposition par suivie d'un inQnitif, alors que nous emploierions un substantif ou un parti* cipeavec la préposition en. Ex.:
Par beaucoup raisonner (p. 80) (par de longs raisonnements).
Par mesdire (p. 177) (par médisance, en médisant).
Pendant peut suivre le régime. Ek.: Ce temps pendant (p. 182).
Pour remplace souvent par, surtout dans l'expression pour ce que (parce que).
Pour peut être supprimé et remplacé par un datif. Ex.:
a ... La postërité, <f Lisant un jour en ses vieilles chroniques, « Tes faictz presens, qui luy seront antiques. » (P. 478.)
C'est-à-dire : qui seront pour elle des faits antiques.
Sans. — Observons que sans que n'exige pas le subjonctif. Ex.: Sans que vous me tentez (p. 73).
Sous (ou soubSj ou soubz)^ sur^ suSj peuvent èlrc adverbes et remplacer c/e^su^^ dessous. Ex.: Les enfants se lèvent tous SMS etsoubz. (P. 107.)
r^ préposition sur a aussi quelquefois le sens que nous donnons aujourd'hui à par-dessus Ex.: Sur tous les vœuz (p. 57).
Nous relevons encore l'emploi de la préposition sur dans cette phrase : N'ayes sur ton Gis envie (p. 108).
L'expression ;)flr SMS, aujourd'hui inusitée, n'a pas le sens de par-dessus. Elle signifie : SMr et à travers. Ex.:
« Si elle erre
« Par fus terre. » (P. 47.)
Adverbes.
Certains adverbes offrent, au seizième siècle et spécialement dans les poésies de Bonaventure, des particularités dignes d*ètre signalées.
Assez peut suivre l'adjectif qu'il qualifie. Ek : Expert assez (p. 179).
Beaucoup. — La même observation est à faire lorsque beaucoup est joint à un comparatif. Ex.: Plus grave beaucoup (p. 58).
Ça signifie ta. Ex.:Ne fa, ne là(p. 50).
Ça-bas est le correspondant de là-bas comme là est celui de ça. Ex.:
tt Mais celui-là de Taube, intelligible,
a Par l'air espars çà^bas ne parvint point. » (P. 70.)
Ça est aussi interjection : Ça viennent- elles (p. 58). Cj/j ici. Ex.:
u La nnain lorraine « Met cy son chapeau muny
« De grosse « Pesante crosse... » (P. 65.)
Céans signifie ici. Ex.:
« A quoi tient-il qu'il y ha si grand'presse
« De gens céans qu'on ne se peut tourner? » (P. 461 .)
Léans correspond à céans. Il signifie là.
a Hors do Uansne fault querre atlrempance. » (P. 442.)
Dca. — (monosyllabe). Forme abrégée de deable. On a dit plus tard da. L'étymologie de ce mot a été fort contestée'. Ex.:
« Dea, maintenant te coignoistray, princesse. » (P. 430.) « Non feras dea. » (P. 4 38.)
1 V. Gé!«i2<c, Farce de PalkeUn, I86i ; in-S», p. 2 >ô, et Lacour, Op. cit., p. 109. cr. Glossaire,
Deçà : De ce côté-ci. Ex.:
« Tournons bride, <i Car je cuydo « Que deçà converseroit. » (P. 49.)
Dezja, ou ja par abréviation, se rencontre fréquemment; ja peut avoir ou le sens de déjàj ou celui de certes. Ex.:
« Rosée
« S'est y« posée a Autour des petits boutions, p (P. 56.)
Ici ja signifie déjà.
Quelquefois il signifie jamat^. Ex.:
« ...car vos mœurs tant louables, tt Jà n*en seront pires...'. » (P. 89.)
D'ondou cf'on^ signifie d'où. (V. plus haut p. 192.)
Guhre s'écrit guaire et a le même sens qu'aujourd'hui.
Lors, alors ont aussi le même sens que dans notre langage moderne. Ils s'emploient tous deux indifféremment au simple ou dans les composés, tandis que nous disons plus volontiers aujourd'hui /or^gue que alors que et alors que lors.
Mesmement égale même et même (p. 168).
Moult signifie beaucoup (passim).
Ni qui s'écrit aussi ne, peut, dans certains cas, signifier ou; ainsi, dans ce vers :
« Mais qu'est-ce qu'il me fault ne que me fault-il? Rien. • (P. 444.)
Ne serait remplacé aujourd'hui par ou : qu'est-ce qu'il me faut, ou que me manque-t-il ?
Dans la phrase suivante au contraire, il tient la place de et ne :
a ...le poëte parfaict a Qui ne luy a ne peult auoir meffaict. » (P. 479.)
C'est-à-dire : qui ne lui a fait aucun tort et 7ie peut lui en avoir fait aucun.
> ILiTZFELb et Daumestetlr, Op. cit., p. 279
De même que ni s'écrit ne, la conjonction répétée ;jt... m s'écrit aussi ne... ne. Ex.:
« Ne çà, ne là n'en trouvons. » (P. 50.)
Ores a le sens de maintenant. Ex.:
« L'ame de moy, sous cesle chair encIo?e, « En nul vivant ores plus ne se ût.» (P. 85.)
Ores plus signifie ne plus... maintenant.
Onques ou onc signifie un^t/am, so\i jamais^ sans négation. Piéça vient de piice a, comme naguère de il n'y a guère, et signifie il y a une pièce, un long espace de temps.
(X Gomme de chose estant piéça perdue. (P. 96.)
C'est-à-dire : depuis longtemps perdue.
Plus. (V. supra p. 178 et <89.) Possible a le sens de peut-^tre. Ex.:
« Possible aussi, que comme elles tendoient a Un mesme lustre. » (P. 85.)
Pour ce que s'emploie au lieu de parce que (p. 99 et passim).
Premier signifie avanty d abord.
a Premier que moy. » (P. 442.) <x Quand premier ma rustique muse. • (P. 4 56.)
Pour : quand d'abord.
Prou, assez, beaucoup. Ex.:
« Yostre face, «r La peult rendre seurement • De stérile u Prou fertile. » (P. 46, 47 eipassim.)
Puis a le sens du latin postea {ensuite^ après).
« On y \o\l puis. » (P. i42.)
« Si que... ils ne vinssent... ^itfix à dire. » (P. 485.)
Il signifie aussi, comme maintenant, et. Ex. : Puis après (p. 134).
208 BONAVENTURB DES PERIERS.
Quanï présente, dans son emploi, certaines particularilés. Nous n'avons conservé aujourd'hui que l'expression quant à. Mais au seizième siècle quant entrait dans plusieurs expressions aujourd'hui inusitées. Ex.: Quant et l'argent (p. 96) (En même temps que l'argent).
« Dont on devroit fairo inquisition,
« Et quant et quant juste punition. » (P. 92.)
(Et en même temps.)
En patois savoyard, arriver quant quelqu'un signiPie encore arriver en même temps que quelqu'un.
Que peut avoir à lui seul le sens de de ce que.
• N'ave sur ton (ils envie
« QiiW est possesseur des cieulx. » (P. 108.)
(V. supra p. 190.)
Il peut aussi avoir la mê:ne valeur que de sorte que, etc.
« Disant en moy qu'ay meilleure achoison,
« Me déporter quii n'en soit plus nouvelle. i> (P. 439.)
Dans cette phrase optative le premier ge/e serait supprimé de nos jours :
« Que pleust à Dieu que tu sceusscs congnoistre. » (P. 4 47.)
Somy/ie signifie en somme. Ex.^
« Somme, il ne faut jouer fascheusement. » (P. 96.)
Tant, devant un adjectirou un adverbe, est employé, do même qu'autant, dans le sens de si :
« Prince, en vertu
a Tant parfaict » (P. 65.)
a ...La veine autant digne. » (P. 480 et passini.)
Tant seulement signifie et non-seulement, Ex.:
a Tant seulement me nuvs, « Mais des nuysans empesche les cnnuys. » (P. 423.)
Tant y a que a le sens de toujours est-il que (p. 90).
Toujours s'écrit tousjours.
Tout adverbe s'emploie dans certaines locutions aujourd'hui inusitées. Nous avons vu à tout sa bouche pour avec sa bouche.
Du tout signifie tout à fait. Ex. :
« Ou que tu soisdu tout au lict malade. » (P. 400.) « Juges infernaulx <fii tout se sont teuz. » (P. 470.)
A tout le moins est le renforcement de notre expression moderne au moins. Ex.:
Ou, à tout le moins, on faict abstinence. » (P. 90.)
Tris a le même emploi qu'aujourd'hui. Observons qu'il peut être encore renforcé par si. Ex.: De si trh-pris (p. 75), si tris-mal {p. 171).
Trop s'emploie, contrairement à l'usage moderne, devant les comparatifs. Ex. : Trop plus qu*amère (p. 55); plus inconstante à ^rop moins arrestée (p. 90).
Voire dans les poésies de Des Periers a le sens de même déjà. Il conserve aussi son ancienne signification de vraiment (verum). Ex.:
«[ Nomme sera le langage françois
« Voire \e peuple en immortel renom. i>(P. 178.)
Tu le scais mieulx, ooire je te promets. » (P. 478.)
Voire mais signifie mats vraiment (p. 99).
Y s'emploie dans le sens de là, et, de même que de nos joui'S, pour exprimer un datif impersonnel. Ex.: 11 n'y convient.
Conjonctions.
Ains a le sens de mais (p. 78 eipassim). Cette locution vient de ante. D'où la conjonction ains que, qui signifie avant que. Ex. :
a Ains que se laisser fondre. » (P. 68 et passim.)
Ainsi comme s'emploie pour ainsi que; combien que pour quoique {^, 80, 108, etc.).
Et s'emploie dans certaines constructions où nous emploierions plus volonliers ni. Ex. :
a Veu qu ilz sont, sans rhythme et raison. » (P. \\\.).
Quant a le sens de quantum. Ek. :
« Dont vous tenez, si n'êtes ignorantz.
<f Tout quant qu'avez. » (P. 54.)
(Tout ce que vous avez.)
Tant ne quant signifie : à ton bon plaisir, autant que tu voudras. Ex.:
« ...Si tu en prenois lanr ne quant ^ ils pourroient dëcroistre enfin jusqu'à un dernier. » (P. 99.)
Si a le sens de ainsiy et par conséquent, aussi bien. Ex. :
(c Si ay je espoir. » (P. 55.)
Il nous semble parfois explétif, dans les propositions où il ne fait que renforcer le second verbe indiquant un fait qui est la conséquence de celui exprimé dans la précédente proposition. Ex.:
« Povretë, ayant trop, si se gaudit. » (P. 7i .)
« Quiconques est chault au jeu si se garde. » (P. 96.)
Si que signifie ainsi que. Ex.: Si que de toy {ainsi que de toy)(p. 178).
Dans la locution par tel si que... j si paraît avoir le sens de itaut:
...Le livre « Lequel pour lire je vous livre, a Par tel si que me le rendrez. » (P.' 4 59.)
Si que a le même sens plus clairement exprimé dans ces deux vers :
« Si qu'il n'advinl que leurs fiers adversaires, « Ne vinssenl puis à dire » (P. 485.)
Et de même:
« Car elle ha l'œil sur le faictet à faire
Si que leans rien ne se peult mefTaire. » (P. 412.)
Négation.
La négation ne n'est pas au seizième siècle forcément suivie de pas ou point. Ex.:
« Je ne doubte a Qu'il ne gouste « D'amytié quelque saveur. » (P. 47.)
iVe se supprime dans les phrases interrogatives, pas ou point exprimant déjà la négation. {Cf. plus haut interrog., p. 193.). Ex.:
c Est-elle point en voz lieux? » (P. 47.)
Même dans les phrases affirmatives, plusieurs auteurs du seizième siècle suppriment ne. Mais nous n'en n'avons pas trouvé d'exemples dans le Recueil des Œuvres.
Quand la phrase exprime un sens négatif, même si la forme de la proposition est affirmative, la langue du seizième siècle, comme celle du moyen âge, exprime la négation'. Ex. : « Il n'y a rien qui te nuise pourveu qu'un autre n'ayt le bruyl d'être plus riche que toy. » (P. 99.)
Au seizième siècle, quand la négation accompagne le second terme d*un degré de comparaison, ne est accompagné de pas ou de point. On disait,, par exemple: « Que les apôtres aient laissé par vive voix à l'Église plus quils n'ont point écrit^. w (Calvin., Inst. IV, viii.)
C'est par une conséquence de cette règle que nous relevons cette phrase dans Bonaventure :
* Hatzfeld et Darmestetbii, Op. cU , p. 288.
* Cf. ibid.
Plutosi (Tefpsct que non pas de langage. (P. 166.) Remarquons enfin que Des Periers emploie non où nous emploierions ne pas. C'est une forme qui rentre presque dans la première règle que nous avons énoncée. Ex. :
« Chose qu'il valoil mieulx
« Non désirer?... j»
Kon fera dea (p. 138), ncn iresluscher (p. 119).