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Dec. 188...
Je fais des Ters depuis qu'elle m'est apparue, Mail son mari n'est pas trompé.
En rentrant, je la croise au détour de ma rue ; Elle passe au fond d'un coupé.
Son front n'est pas joyeux des caresses dernières ;
Elle a des robes d'autrefois.
Reines de rois jaloux qui semblez prisonnières,
Je pense à vous quand je la vois.
Janv.
Je suis comme Ruy Blas amoureux de la reine, Mais la reine ne m'aime pas.
Elle a les yeux très noirs, un carrosse la traîne. Un grand laquais suit tous ses pas.
On la rencontre peu ; c'est une femme honnête.
On ne croit pas h son bonheur ; On conte qu'elle lit des livres de poète,
En attendant son dur seigneur.
Elle lit les aveux des autres, toute seule.
Son brin de pied sur les chenets;
Elle a des colibris, une chienne épagneulo.
Mais elle aime mieux les sonnets.
Des rimeurs ont distrait la blonde souveraine ;
Que n'id-je la gloire ici-bas!...
Je suis comme Ruy Blas, amoureux de la reine,
Mais la reine ne m'aime pas.
Janv.
aprfs une lecture
de Th. Gautier.
Ils étaient tous les deux de race gibeline, L*un et Tautre venaient des pays yiolents ; Ce n'était qu'un joueur obscur de mandoline, Mais ses yeux étaient insolents.
Il lui semblait parfois qu'il l'avait rencontrée Dans les siècles passés, et qu'elle avait souri; Alors comme aujourd'hui, d'une ^impe serrée Sortait ce visage amaigri.
w^mmmi^a^fmK^
Au temps du vieux Boccace et des patriciennes, Peut-être qu'à Florence un soir elle daigna Poser très longuement ses lèvres sur les siennes, Dans un palais de TOrcagna.
Janv.
répétition générale de.
Pourquoi calomnier l'homme qui suit tes pas ? C'est avec ton bonheur peut-être que tu joues. Nos cœurs pour se donner ne nous consultent pas. Tu peux chérir demain celui que tu bafoues.
Tu le rencontreras : crains de le diffamer.
Imprudente, sais-tu les baisers qui t'attendent? Vis-à-vis de toi-même et de ceux qui t'entendent. Crois-moi, réserve-toi la liberté d'aimer.
Fév.
dans l'église de.
Ma chaise est proche de la tienne.
J'ai corrompu le sacristain, Non pour la messe, ô ma chrétienne.
Mais pour ton masque florentin.
Sous les arceaux je t'ai suivie...
Oh ! j'ai l'habitude à présent.
Malgré ton rire méprisant, Un pauvre diable est dans ta vie.
Je suis placé derrière toi, Nos attitudes sont les mêmes ; On pourrait croire que tu m'aimes, En te voyant si près du moi.
Laisse tomber ton alliance, Et prends ma bague en rougissant :
Un bon vieux prêtre ici consent  nous bénir sans défiance.
Si je mettais un long baiser Dans ton cou blanc qui se dérobe?
Car tu me touches de ta robe, Et ton parfum vient me griser.
Ton corps va bien à ta toilette.
Tu t'habilles absolument Comme si j'étais ton amant ; Mais trop épaisse est ta voilette...
Jésus qui saigne étend ses bras, Courbe ton front sous l'homélie ; Et, puisque tu ne m'aimes pas, Demande à Dieu que je t'oublie.
Mars au crayon.
Tu peux baisser la téie et boutonner tes gants
Pour me dérober ton visage, Tu ne peux interdire aux cœurs extravagants
De tressaillir à ton passage.
Tu n'empêcheras pas qu'un bohëroe joyeux
Fasse l'école buissonnière, Et que tout mon bonheur soit au fond de tes yeux,
O toi qui seras la dernière.
Fév., Librairie Achille.
J'entendais ; vos amis m'ont traité bous vos yeux De poète sans gloire et d'homme sans aïeux.
C'est vrai, je ne suis rien ; mais, né parmi les rustres. J'ai senti, j'ai souffert comme les plus illustres. Demain, de vos amis qui donc se souviendra? Tous ces gens-là feront, quand la mort les prendra, Des crânes inconnus et des cendres vulgaires. Je compterai plus tard, si je ne compte guères. Passent les mauvais jours de honte et de rancœur !.. J'aurai peut-être un nom dans l'histoire du cœur.
^^me^^i^mrw^VBm
Mars, j)ar la poste.
On dit que je suis changé, Ma figure est enlaidie, On me demande si j'ai Quelque grave maladie.
Des cheveux blancs superflus Osent pousser sur ma tempe, Le grand jour ne me va plus, Et j'ai besoin de la lampe.
Des chagrins que je me fais Beaucoup de rides sont nées, Et je sens peser le faix De mes trente-sept années.
J'ai perdu cet air vainqueur Dont plus d'une fut charmée, Je n'ai rien que mon seul cœur Pour plaire h la seule aimée.
Mais ce cœur a tressailli.
Il faut que je la connaisse...
Comme vous m'avez vieilli, En me rendant ma jeunesse
Mars,
sur son éventail otiblip.
Je ne lui dirai rien, j'ai peur de mal agir.
Un jour que l'éventail effleurera sa bouche, Les hommes la verront subitement rougir.
Ils se demanderont quel penser l'effarouche;
Elle ne saura pas ce qui la trouble ainsi :
C'est qu'elle aura senti sur sa lèvre infidèle L'invisible baiser que je dépose ici.
Amoureux d'elle.
Atars, par la poste.
Si voB yeux noirs étaient plus doux, Je tâcherais de vous connaître; J'ai des amis qui vont chez vous.
Et nous nous aimerions peut-être.
Car j'ai r6vé de vous donner Cinq minutes supérieures...
Vous êtes seule vers dix heures, Avant-hier j'ai failli sonner.
J'attends dehors depuis décembre.
Je veux entrer dans la maison ; Je veux entrer dans votre chambre, Avant la fin de la saison.
Orphelin de toutes les choses, Perdu dans le vaste univers, En vous faisant de tristes vers, J'ai cru tromper les jours moroses.
Mais maintenant je ne peux plus Chanter les peines que je porte, J'ai trop souffert, et j'en conclus Qu'il faut frapper k votre porte.
Venez, madame, à mon secours; Et, pris de rage pour l'étude.
J'ajouterai par gratitude Un peu de gloire k nos amours.
Je vous promets qu'avec les vôtres Je serai souple et très prudent; Je ne suis pas comme les autres :
Je serai calme en attendant.
Si vous laissez, à portes closes, Tomber des mots encourageans, Je n'aurai pas devant les gens Des airs penchés et pleins de choses.
Accueillez-moi, madame, allons.
J'ai beau venir de la Bohème, Je sais causer dans les salons; On se tient bien quand on vous aime.
Oh ! je néglige mon travail, Chacun m'accable de reproches; Je pense trop aux chagrins proches, Tandis qu'il neige & mon vitrail.
Il neige en mars et je m'irrite, Car en avril vous serez loin...
Dans l'embrasure favorite Je vous demande un petit coin ;
Un coin bien humble, 6 ma voisine, Près du piano que vous ouvrez, Tout près des livres préférés, Sous vos grands yeux de sarrasine...
Si ces yeux noirs étaient plus doux, Je tâcherais de vous connnttre; J ai des amis qui vont chez vous.
Et nous nous aimerions peut-être.
Mars rue des...
Je l'attends ; maintenant elle sort chaque jour. Que de pas pour la voir, et que de stratagèmes!.. Si j'étais son amant je ferais des poèmes, J'aurais des mots nouveaux pour lui parler d'amour.
Mars, dim. des Rameaux.
C'est aujourd'hui PÂques fleuries, La ville est pleine de rameaux.
Aux pauvres &mes attendries Jésus permet l'oubli des maux.
En ton église peinte à fresque Je suis venu m'agenouiller.
Pourquoi me ftiir et me railler?
Puisque ton cœur est seul, ou presque.
On t'a donné le buis clément.
On t'a donné de vertes palmes ; Moi, pour te faire des jours calmes, Je te donne mon dévouement.
Ce qu'à genoux ta foi réclame, La bonne chance et le soutien, Mieux que ton fétiche chrétien, Je te l'apporte, ma chère âme.
A la muraille on voit jaunir La branche sainte prise aux haies.
Je t'offre, au Dimanche des Baies, L'amour qui ne doit pas finir.
C'est aujourd'hui Pâques fleuries, La ville est pleine de rameaux.
Aux pauvres âmes attendries, Jésus permet l'oubli des maux.
Mars, Vend, saint au crayon.
Je ne crains pas un coup d'épée, Non plus la balle d'un jaloux ; Si tu le crois, sois détrompée, Je ne crains que tes yeux très doux.
Le bon Jésus à barbe blonde, Amie, eut moins de cœur que moi.
Jadis il mourut pour le monde, Moi, demwn, je mourrais pour toi.
Mai,
courses de Chantilly ;
A son amie.
Vous qui savez mes désespoirs, Vous souriante aux imprudences, Vous qui gardez les confidences.
Vous qui mettez en vos yeux noirs Une ombre de mélancolie.
Afin d'être un peu plus jolie, Vous qui la connaissez^ je crois, Qui prouvez qu'on peut à la fois
Être ck^mente ot reater forte ;
Oh ! dites-lui que je l'attends,
Et qu'il faut bien do temps en temps
Qu'elle passe devant ma porte.
mam
Mai, un jour de fatuité.
Quand je t'aurai longtemps serrée entre mes bras,
Tu te moqueras bien de ma naissance obscure.
De l'extase passée à l'extase future,
Le temps te sera long; je mettrai, tu verras.
Des baisers inconnus sur ta bouche endormie.
Je ne t'apporte pas, ô ma petite mie,
L'honnête amour des cœurs qui n'ont pas été fous.
Beaucoup d'hommes n'ont pas lo talent des tendresses ;
On lisait le bonheur au front de mes maîtresses.
Je sais si bien aimer que je fais des jaloux.
■ Il
Mai,
retour du Boi».
Vous avez beau tourner la tête, Je ne saurais vous oublier; Il est à vous, ce cœur honnête, Et vous pouvez l'humilier.
Vous avez les biens de la vie.
Tout l'orgueil du bonheur nouveau ; Moi, les souffrances qu'on envie.
Et des chansons dans le cerveau.
Dix ans, ma plume fut très lâche, Car l'infortune m'écrasait ; Mais j'ai repris l'ancienne tâche.
Jadis, madame, on me lisait.
Ah ! ma paresse expiatoire, Je l'ai maudite en vous voyant.
J'ai bien souffert, c'est mon histoire :
Grâce â l'amour, je suis vaillant.
Laissons passer l'heure où nous sommes Les gloires sont des talismans.
J'irai plus fier parmi les hommes, Vous achèterez mes romans.
Vous m'applaudirez au théâtre, Mon nom sera digne de vous.
Fameux alors, plus idolâtre, Je vous ferai des vers si doux,
Que je vous donnerai peut-être, Après un long malentendu.
Quelque désir de me connaître.
Et le regret du temps perdu.
Juin, Trouville,
Lorsqu'on est sûr qu'on la verra, Le cœur accepte son martyre ; Notre supplice nous attire, Quand nous savons qu'elle viendra.
Nous mettons de la complaisance  provoquer sa cruauté.
Ah! ce n'est rien en vérité Que de souffrir en sa présence.
Le seul chagrin, le vrai malheur.
C'est le départ de l'amoureuse.
Son voyage est la chose affreuse.
Connaissez-vous cette douleur?
Nous maudissons notre impuissance.
Nous voudrions nous délier...
Et nous craignons de l'oublier, Quand se prolonge son absence.
Juin, par la poste.
Je n'ai pas danB mes mains tes petites mains blanches,
Mais le juste avenir me garde des revanches ;
Dans dix ans, je rirai de tes dérisions.
Tu baisseras tes yeux si pleins d'impertinences,
Et plus heureux que toi j'aurai des souvenances.
Tu n'évoqueras pas, ô cœur sans visions.
Le cortège pensif des amours disparues.
Tu pourras cheminer tranquille dans les rues.
On ne te suivra pas ; et, poète calmé, Je ne t'enverrai plus mes strophes coutumières; Tu maudiras alors tes duretés premières :
Tu seras vieille et laide et n'auras pas aimé.
A'ot'., turpia amor.
Nous resterons longtemps ensemble, Oh! bien longtemps, promets-le-moi.
Celle que j'aime te ressemble, Elle est fragile comme toi.
Mais par malheur elle était sage Et disparut vers le printemps.
On assure qu'elle voyage; Voilà six mois que je l'attends.
Je te dirai les poésies Que j'écrivis pour la troubler ; £t tu plaindras mes jalousies, En écoutant ma voix trembler.
Nous passerons devant sa porte, Et, tu verras, je p&lirai; Nous causerons de cette morte, Et pour tes pleurs, je te palrai.
Drc.
La voilà revenue avec le même orgueil
Qu'à la saison dernière.
Ce soir elle passait devant mon triste seuil,
Penchée à sa manière.
L'esprit sage, à côté du feu qui crépitait, Je lisais dans ma chambre;
Je crus qu'elle venait, et qu'elle m'apportait De l'amour en décembre.
Je la vis de ma table où j'étais accoudé ;
Après six piois d'absence, Son cœur, son petit cœur ne s'est pas demandé,
Certain de sa puissance.
Comment j'avais sans elle enduré ces longs jours;
Ce que j'avais pu faire ; Si je l'avais trahie, ou si l'aimer toujours
Était ma grande affaire
Si j'avais travaillé ; si ma peine souvent
Avait été rimée; Si j'avais désappris le chemin décevant
De sa maison fermée;
Bien couru le théâtre, et l'église, et le bois
Où manquait son visage:
Et relu le journal qui disait quelquefois
Qu'elle était de passage;
Si je l'avais cherchée à Londre, aux environs.
Et dans sa Normandie; Parlant d'elle à chacun avec les airs poltrons D'un homme qui mendie...
Elle passait jolie au trot de ses chevaux.
Son Ame de poupée De baisers différents et de serments nouveaux
Semblait préoccupée.
La méchante s'était habillée à mon goût ;
J'aurais voulu la suivre...
Son petit cœur ne s'est rien demandé du tout,
Et j'ai fermé mon livre.