‹ BonshommesChapitre 5 sur 11 · LA RÉPUBLIQUE ET LA GHRÉTIENTÉI · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE ET LA GHRÉTIENTÉI

— Jurons, s*écria le major quand tous ceux qui

savaient lire eurent lu, jurons que, si la calotaille arrache d'ici cette croix accusatrice , nous Ty replanterons.

— Oftle jure!

Isaac Kiiœmeeckers leva la main ainsi que tous les autres ; ensuite, ayant lancé, selon certain rit hébraïque, trois pierres dans la tombe, il se prosterna ; jamais peut-être chair morte de chrétien ne fut honorée ainsi par un juif.

— Allons, allons ! dit Olcla, balbutiant comme un caduc, puisqu'il faut se séparer de notre brave homme, autant vaut tout de suite que plus tard ; partons, venez.

Seul, quelqu'un resta longtemps encore devant la fosse qu'on comblait ; tandis que tous s'éloignaient derrière Gaspard entraînant Marianne, dont le courage et l'énergie étaient totalement vaincus, Râb, lui, le docteur Ràb, plongé dans on ne sait quelle sévère rêverie, scrutait tantôt la terre ingrate oîi dormirait éternellement le défunt, et tantôt le soleil couchant, qui, mi-voilé par un arbre tors, apparaissait à la cime d'un mont, entre des branches, tel que le triangle symbolique où flambe l'œil ardent de Jéhovah...

— Non 1 conclut enfin l'athée en foulant le sol et d'un accent amer où vibrait comme l'écho des mille et mille voix de ces obstinés chercheurs en

TITI FOYSSAC IV 269

détresse, qui, n'ayant rien trouvé de probant pour l'existence d'un Être suprême, et répugnant d'autre part à l'idée atroce du Néant, ne savent toutefois s'astreindre à vivre dans une foi aveugle; non, non, je ne puis, moi, te dire : au revoir!... Adieu, bon et grand citoyen ; hélas! adieu!

Décembre 1877 — Avril 1878.

Dux

A mes bons compagnons

Alphonse Daudet ^ Paul Arène

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