‹ Bonsoir monsier Pantalon opera comique en un acte par mm. Lockroy et de MorvanChapitre 3 sur 36 · SCENE I. * i · texte numérisé non relu

SCENE I. * i

te fait entendre ; chacune d'ellet s'arrête attentive et ferme lentement la porte sur elle.)

ENSEMBLE, rouvrant vivement leurs portes.

Une sérénade I !1

Ecoutons » le ciel bleu s’é toile,

Le soir étend son voile.

Ecoutons : le ciel, qui s’étoile,

Des amants Reçoit les serments.

Mais on se tait : j’écoute bien...

Je n’entends rien.

Plus rien !

Rien!

( Isabelle et Colombine courent vers la croisée. Elles rencontrent de nouveau Lucrèce et restent immobiles. Moment de silence.)

Lucrèce, avec dépit.

Voilà, certes, un rare exemple de curiosité! Des bateliers passent en chantant sur le canal, ou arrêtent, par hasard, leurs gondoles sous nos croisées, et, tout aussitôt, c’est à qui de vous deux accourra la première au balcon... Chose étrange et nouvelle en effet qu’un chant de gondolier 1 à Venise 1

ISABELLE

Mais, madame, cela ressemblait bien à une sérénade.

LUCRÈCE

Une sérénade ! qu’est-ce à dire ? Etes-vous fille à recevoir des sérénades, Isabelle? ou M 1Ie Colombine a-t-elle par la ville quelque galant à qui elle aura donné toute permission d’afficher notre logis?

COLOHB1NB.

Madame...

LUCRÈCB.

Fi ! cela ne saurait s’excuser, lorsqu’il y a céans, outre une femme dont on devrait ménager la réputation, une jeuno fille qui est sur le point de se marier.

Hélas t

ISABELLE

LUCRÈCE

Vous soupirez encore à l’idée de mariage ?

ISABELLE

A l’idée de celui-là.

LUCRÈCE

F.t qu’y trouvez-vous à redire, je vous prie ? Le seigneur Pantalon n’est-il pas, de l’aveu de tout le monde, un des plus riches marchands de Bologne, et son fils Lelio un cavalier des plus accomplis... à ce que dit son père?

ISABELLE. ’

Mon Dieu! madame, les pères ne sont pas difficiles : et quelte opinion voulez- vous que jo prenne d’un jeune homme, dont on croit faire l’éloge en disant qu’il n’a pas de volonté? qui va, vient, selon qu’on lui dit d’aller ou de venir, et à qui enfin il suffit d’écrire qu’on lui a trouvé une femme, pour qu’il se laisse marier?

LUCRÈCE

N’est-ce pas la preuve d’un excellent caractère?

ISABELLE

Dites plutôt d’une faiblesse d’esprit qui rend la soumission sans mérite. 11 ne sait rien refuser.

COLOHB1NB.

Ne vous en plaignez pas, mademoiselle. Un futur qui obéit comme une mécanique, céla n’esf pas tant à dédaigner.

ISABELLE

Hélas I

LUCRÈCE

Toujours des soupirs! Occupez-vous: brodez, lisez, faites de la musique; cela changera peut-être le cours tle vos idées.

ISABELLE

Changer? je ne veux pas changer, madame : je veux être malheureuse.

LUCRÈCE

Pour avoir le droit de vous plaindre et de dire que, ppir ce mariage, on contrarie vos inclinations? Elles sont raisonnables, en effet: un attachement contracté loin d’ici, au couvent, à Padoue, à l’insu de votre tuteur... et pour qui?., pour un jeune homme dont vous ne connaissez pas même le nom !

ISABELLE

Mais qui ne peut manquer d’être do bonne famille... cela se voit... il est trop distingué de manières, trop bien fait de sa personne pour qu’il en soit autrement.

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