TOURS
Arbalesteyra : Tor Arbalesteyra; turris Arbalesteria, Arcbasterria (7, 22). — Le palais de YOmbrière, comme toutes les forteresses anciennes, était flanqué de tours. Bâti en partie sur les murs romains de Bordeaux, il est probable que quelques-unes de ses tours étaient romaines du moins à leur base ; la tour Arbalesteyre n'était pas de ce nombre ; par son plan carré, ses contre-forts plats, son aspect, elle appartenait au xie siècle. Elle fortifiait l'extrémité nord-est du palais, près de l'entrée méridionale de la rue des Argentiers. Elle portait le nom à1 Arbalesteyre dès l'an 1262 [Liv. Bouil., p. 373] : « De fossato castri domini régis, » dicimus quod débet extendi, in longum, a muro civitatis qui conjun- » gitur cum magna turre domini régis, usque ad murum civitatis qui » conjungitur cum turre vocata : Arbàlesteria. » Si, comme on le voit dans ce texte, le mur de la cité, qui n'était autre que le mur romain, s'appuyait contre cette tour, il devait la laisser, et il la laissait en effet, en dehors de la ville.
Arsac : Tor d'Arsac. (Voir Oustau d'Arsac.)
Audeyola : Tor à'Audeyola. (Voir porta à'Audeyola.)
Barons : Tor deus Barons. — Cette tour, d'après le texte suivant [Arch. hist., t. VIII, p. 283], devait faire partie du palais de YOmbrière : « La court a ordonné que Mahiot et maistre Jehan, serviteurs et commis » à garder la geôle et prisons du chastel royal de Lombriere, seront mis » et constitués prisonniers es prisons de la tour des Barons, pour ce que » certain prisonnier, estant esdictes prisons, s'en estoit eschapé et fouy » en franchise à Saincte- Croix.... »
Bayssac : Tor de Bayssac. (Voir porta de Bayssac.)
l.)2 ARCHIVES MUNICIPALES DE BORDEAUX.
Beguey : Tor de Beguey. (Voir Oustau de Beguey.)
Blaya : Tor de Blaya. (Voir Oastau de Beguey.)
Brisson : Tor deu Brisson. (Voir porta deu Brisson.)
Buch : Tor de Bucli (8, 20). (Voir tours Romaines, — côté sud.)
Canon : Tour deu Canon; Vieille-Tour (11, 20). — C'est le nom que l'on donnait, en dernier lieu, à la tour ronde qui formait l'angle nordouest de l'enceinte romaine; elle existait encore, à peu près en entier, en 1812. L'auteur d'un mémoire sur cette tour [Bull, polyrn., 1814, p. 361] en fait une description détaillée, de laquelle il résulte qu'elle était construite de la même façon que le reste des murailles antiques de Bordeaux. On l'appelait aussi la Vieille- 21our.
Casse : Tor deu Casse. (Voir tor de Jolian Merle.)
Cinq-Quayres : Tor deus Cinq-Qîiayres. — Nous n'avons pas trouvé l'emplacement de cette tour qui, pensons-nous cependant, était dans le rempart du xive siècle, au sud de la ville. (Voir tor deu Merle.)
Douhet : Tor de Douliet. (Voir tor redonde deu Pont-de-La-Mosca.)
Dragoun : Tour deu Dragoun; tour du Dragon (11, 19). — C'était une tour du rempart romain de l'ouest. Elle s'élevait au bout occidental d'une rue étroite par laquelle on allait de la rue Saint-Paul à celle des Remparts, et qu'on appelait quelquefois rue de Malernort. Elle était circulaire vers la campagne, et à sections droites du côté de la ville. Nous la trouvons signalée pour la première fois en 1537 [C. de l'Arch.] de cette façon : « Jehan Boliton, demeurant devant la tour du Dragon, h » La Puyade...., » et le même compte ajoute plus loin qu'en 1540, Jehannot Boliton demeurait « en la rue de Malernort, en la paroisse de » Sainct-Paul, » et que Jehan Bolin demeurait devant la tour du Dragon, à La Puyade. » Enfin, en 1553 [Denomb.], « les héritiers de feu Jean » Dufossat, charpentier, tiennent et possèdent certaine maison appellée
» à la tour du Dragon, en la rue de Mallemort, parroisse Sainct-Paul; » laquelle, puis peu de temps en ça, est adjugée à André Garin par arrest » de la cour, en payant certaine somme de deniers ausditz Dufossat. »
A, Tour du Dragon.
DB, Ruelle appelés quelquefois rue de Malemort.
12, Tour dans le rempart du xive siècle. FJ, Rue Saint-Paul.
P, Puits.
Elle appartenait, au milieu du xvme siècle, à M. de Navarre. Ce renseignement nous est fourni par deux plans manuscrits de cette époque [PL mss. et PL mss. Barb.]. Les deux textes suivants, datés, le premier, de 1579 [Terr. Dest.], et le second, de 1659 [Terr. de l'arch.], placent aussi la tour du Dragon près de la porte Dijeaux. Le premier s'exprime ainsi :
« maison et jardrin scitué en la rue Porte- Dijaux, confrontant
» d'ung costé à la maison de...., d'autre costé à la dicte rue Porte- » Dijaux; d'un bout à la tour du Dragon, d'autre bout à la murailhe » ancienne de ladicte ville. » L'orientation n'étant pas indiquée dans ces confrontations, le premier texte reste très obscur; mais il est éclairci par le second : « maison.... confrontant d'un costé, du levant, à la rue Saint-
» Paul; du couchant, au chay de....; du nord, à la maison de ; du
» midy, à la ruette qui n'a pas de bout, proche la tour appellée du » Dragon; dans laquelle ruette il y a un puy auquel les propriétaires et » locataires se secourent. »
Ermite : Tour de Y Ermite. (Voir tor de La Peclusa.)
Fanhas : Tor deu Fanhas, du Fagnas. — Nous ne trouvons le nom de cette tour qu'en 1677 [Inv.]. Nous pensons que c'est un des redans poly-
gones qui protégeaient la porte du Mirait, à l'extrémité méridionale de la rue Gratiolet, qui s'est appelée autrefois rua deu Fanhas.
Gaston : Tor de Gaston. — C'est, dit Baurein [Ms., p. 111], la même que la tour de Bessan. (Voir tor de Watafflel.) Cependant, d'après le rôle des tours de la fin du xvie siècle, une tour de Gaston paraît être placée entre Saint-Julien et Sainte-Croix.
Gracilis : Tor Gracilis; turris Gracilis (9, 20). — Cette tour nous est signalée dans un texte de la fin du xme siècle [Obit. S1 -And., fol. 33], où nous voyons aussi que la maison qui s'appuyait contre cette tour avait été bâtie, vers la fin du xme siècle, par Guillaume-Arnaud du Pian : « Anniversarium, y lit-on, domini Guillermi-Arnaldi de Dau- » piano, sacerdotis et sacriste hujus ecclesie, débet fieri ix° kalendas » decembris, et obiit ipsa die, anno Domini m0 ce0 lxxxxiiii0, qui fecit » domum cappellanie de Martilhac, et domum que est recte ante eccle- » siam Sancti-Salvatoris cum magna caméra que juncta est muro ville » cum turre Gracili. » En marge de cet article, on lit la note suivante, écrite au xvie siècle : « La maison de Montaigne, ou plutôt celle de M. le » trésorier Desaygues. » Les rédacteurs du compte-rendu de la Commission des monuments historiques (1852, p. 21) nous apprennent que cette tour s'appelait en gascon : Grayeyra; mais ils ne citent aucun texte à l'appui de leur traduction.
Nous avons reconnu cette tour lorsque, en 1866, on a démoli le mur romain pour percer le cours d'ALSACE-ET-LoRRAiNE : elle était sur l'emplacement des maisons neuves qui sont à l'est du clocher de Pey-Berland.
Johan-Merle : Tor de Johan-Merle; tour du Merle (1, 22). — « C'étoit, dit Baurein [Ms., p. 208], une des tours de la ville où l'on » mit, dans le commencement du xve siècle, ceux qui étoient guéris de » la peste. » Le 4 octobre 1406, les jurats, craignant un siège, mirent six gardes dans la tour de Johan-Merle [Jurade]. Cette tour faisait alors partie de la Jurade de Porte-Bouqueyre. Voici la place qu'elle occupe dans la liste des portes et des tours qui devaient recevoir des gardes : « Tor de Johan-Merle; tor de Sancta- Crotz-deu-grand-Portau; tor deu Casse; tor deus Cinq-Quayres. » Le 21 avril 1416, Ramon Gassies fut chargé de mettre des sentinelles de nuit « à la tor de Johan-Merle et à la
» grant tor de Sancta-Cros qui es dintz lo fossat; ce qui donne lieu de » penser, dit l'abbé Baurein, que la tour du Merle ou de Jean-Merle étoit » voisine du monastère de Sainte- Croix, et qu'elle étoit placée dans les » appartenances actuelles du Fort-Louis. » C'est en s'appuyant sur cette dernière phrase fort dubitative que des auteurs modernes ont cru devoir inscrire dans quelques plans ou vues à vol d'oiseau de Bordeaux le nom de tour du Merle sur une grande tour qui, dans le plan de Vinet, s'élève, en effet, dans les dépendances du Fort-Louis, sur la ligne du rempart qui borde l'intérieur du boulevard de Sainte- Croix. Jusqu'à présent, on ne connaît pas de texte qui fixe exactement la place de cette tour. Essayons cependant de la déterminer avec le peu de données que nous possédons ■ Nous connaissons toutes les tours du bord de la rivière, depuis la porte de La Grave jusqu'à la tour de Sainte-Croix, située à l'angle sud-est de la ville. Nos doutes ne portent donc que sur celles qui font partie du rempart qui reliait cet angle à la porte Saint-Julien. Dans la liste que nous venons de donner, la tour de Johan-Merle est nommée la première, après la tour de Sainte- Croix; la seconde est la tor de Sancta- Crotz-deir -grand - Portau, que nous croyons être la grande tour devant laquelle Vinet place une grosse barbacane triangulaire, qui a remplacé une des deux portes Sainte- Croix.
Les tours du Casse et des Cinq- Qua grès ne peuvent être situées qu'entre la tour de Sainte- Croix-du-grand-Portail et la porte Saint- Julien; par conséquent, la tour de Johan-Merle devait s'élever entre la tour de Sainte-Croix et la tour de Sainte- Croix-du-grand-Portail, dans un angle, à l'est du jardin de Sainte- Croix.
Quant à celle du Casse, il faut peut-être la chercher, dans le rempart du sud, près de l'extrémité méridionale de la rue du Casse, et attendre des textes pour placer celle des Cinq-Quayres.
La Reclusa : Tor de La Reclusa (12, 20). — Cette tour était, au xve siècle, dans \& jurade de Saint- Christolg. Les jurats y mirent trois gardes le 4 octobre 1406. Elle se trouvait entre la porte Saint-Germain et la tour de Saint-Seurin : « Portau Sent-German, tor de La Reclusa, » tor Sent-Seurin, portau de Porta-Digeus » [Jurade]. Si cette tour est celle que Bernadau [Viog., p. 92] appelle tour de Y Ermite, elle était à 50 mètres environ au nord de l'extrémité occidentale du cours de VIntendance.
La Trinitat : Tor de La Trinitat. (Voir porta à'Audeyola.)
Neba : Tor Néba; tour derrière l'esglise Saincte-Eulaye, Sainte-Eulalie (7, 18). — L'abbé Baurein [Ms., p. 141] signale une tour appelée, dans un titre de 1448 : « tor nela qui es darrey la gleysa de Sancta-Euladia de » Bordeu. » Un rôle des tours de 1572 [Arch. mun.] l'appelle « tour qu'est » derrière l'esglise Saincte-Aulaye. » Nous pensons que c'est une tour carrée dessinée dans le plan de Vinet et placée à l'extrémité méridionale de la rue Sainte-Eulalie.
Paus : Tours près de porte des Paux; tour de Loys-du-Tour ou de La Tour (9, 23). — Nous avons vu que la porte des Paux était surmontée d'une tour. Les textes suivants nous apprennent que non loin, et de chaque côté de cette porte, s'élevaient deux autres tours dont nous n'avons pu découvrir le nom au xve siècle; mais, au siècle suivant, celle du sud de la porte s'appelait tour de Loys-du-Tour ou de Loys-de-La- Tour; elle nous est signalée par un titre de 1550 [Terr. Dest.] : « Antoine
» Faure a reconnu toute icelle chope et arqueyre, scituée dans les
» vieilles murailhes de la présente ville près le portai des Paux, confron-
» tant : d'un cousté, à la maison de et d'autre cousté, à la tour de
» Loys-du-Tour; d'ung bout, par le derrière, à la dicte murailhe et,
» d'autre bout, par le devant, à la ruhe publique appellée La Corderie. » La rue de La Corderie, située au sud de la porte des Paux, conduisait de l'église Saint-Pierre à cette porte. En 1555 : « Loys du Tour, visiteur de
» la rivière, reconnaît toute icelle tour située près le portai des
» Paux. » Un titre de 1526 [Terr. Bosc] nous fait connaître une tour placée près de la porte des Paux, mais ne nous apprend pas de quel côté de la porte elle était : « Baillette faite à Jehan Eyquard de toute icelle » tour qui est près le portai des Paux, à titre de loyer. » Enfin, dans le rôle de 1572, une tour est placée entre celle de Loys-du-Tour et celle du Pont-de-La-Mousque, et par conséquent au nord de la porte des Paux,
Il est probable qu'il y avait, au xvne siècle, deux tours au moins entre la porte du Caïllau et la porte des Paux. Voici les analyses de deux baux, faits à moins de deux mois d'intervalle, qui paraissent le prouver [Inv.] : « 1674, 21 juillet : ordonnance de MM. les Jurats qui accorde à
» Pierre Boutaut, sergent ordinaire de la -ville, la jouissance de la tour » située entre les portes du Caiïlau et Despaux. — 16*74, 7 septembre : la » tour de la Vieille- Cor derie donnée, à fief nouveau, à M. de Pommiers. » Cette dernière est peut-être celle qu'on appelait, au siècle précédent, tour de Loys-de-La-Tour.
Pendart : Tor deu Pendart (8, 20). — « C'étoit, dit Baurein [Ms., » p. 202, v°], celle où logeoit l'exécuteur de la haute justice, qui portoit
» anciennement le nom de Pendart Dans un état des rentes, du
» 15 novembre 1543, on trouve ce qui suit : Maitre Antoine Dupin pour » la tour du Pendart, sur la rue du Puits-de- Trescanant (paye) six sols » tournois. D'où il résulte que cette tour étoit située dans la rue du Puits- » de-Toscanan, qui, par corruption, est appelée dans cet état Trescanant. » Il y a apparence que cette tour est cette espèce d'échope pratiojiée dans » l'ancien mur de ville à côté et joignant la porte de Toscanan, qui est » près de la porte Basse. »
Nous ne pouvons partager l'opinion du savant abbé ; la tour du Pendart ne joignait pas la porte de Toscanan, et il n'en restait plus rien au xvme siècle. C'est ce qui ressort des textes suivants :
Le 15 avril 1551 [Terr. Dest.], « Peyrot Bonneau a reconnu toute
)> icelle tour et jardrin joignant, appellée communément la tour du
» Pendart, confrontant d'autre bout à la ruhe de Tuscanan. » Le
1er février 1554, « ledict Bonneau, parcheminier, a reconnu.... toute icelle » maison faicte en tiers point, nouvellement bastie où souloyt estre une » tour vulgairement appellée du Pendart, scituée en la ruhe de Tus- » canan. » Cette tour a donc été démolie entre les années 1551 et 1554, et les tours de la porte Toscanan existaient encore en 1866.
Il résulte d'une grande quantité de titres des terriers de P. Castaigne et de L. Destivals, notaires royaux : que P. Gaillard, dit Le Pin, possédait, en 1551 , la tour méridionale de la porte de Toscanan, et une maison qui y était attenante, à l'ouest, et qui bordait la rue Dejus-lo-Mur (cette maison était à son fils F. Gaillard en 1572); que Helionne Bonneau avait les deux maisons suivantes, au sud (elles appartenaient, en 1572, à Marie Giquel et à Fortic Sauset); que la quatrième était à J. Guiraut et à François Bérard en 1551 (Bernard Faure en était propriétaire en 1572); que la cinquième maison était sur le Peugue ; et que les trois suivantes, dont la dernière était adossée à la tour du Pendart, et qui confrontaient
par derrière à la rue conduisant au Peug-ue, appartenaient, en 1551, à Peyrot Bonneau, comme nous l'avons dit ci-dessus; qu'en 1572, Gaillard Giraud était propriétaire de celle qui était sur le Peug-ue; enfin que, des trois autres, la première était à Vincent Bonneau, la seconde, à Giron et P. Bonneau, et la dernière à Pierre Bonneau, qui y avait fait bâtir une maison à la place de la tour du Pendart. Cette tour était donc sur l'emplacement de la huitième maison au sud de la porte de Toscanan, ou la troisième au midi du Peug-ue.
La tour portait le nom de tour du Pendart en 1520; elle était alors louée par la ville à Miton Clidière [Inv.]. Elle pouvait appartenir, en 1543, à Antoine Du Pin, qui, suivant le titre cité par Baurein, payait alors six sols tournois de rente; et, en 1551, à Peyrot Bonneau, qui, trois ans après, la fit démolir et remplacer par une maison.
Peugue : Tors deu Peugue; tors deu Pount-Sent-Jolian; tour du Brisson (7, 23). — Ces tours défendaient l'embouchure ou la porte du Peugue. Elles étaient rondes, ainsi qu'on les voit dans toutes les vues à vol d'oiseau. Vinet, à leur sujet, s'exprime ainsi [Ant. B. et B., § 59] :
« une grande partie de ces eaues de fontaine, qui sont derrière le
» chasteau du Hâ, et le iardin de l'archevesché , entroint en la ville, et » passoint par celé Divice.... et.... par le Peaugue entre deus tours qu'on « voit encores à l'entrée dudit Peaugue en la Garonne ; laquelle entrée, et » toutes autres, ont esté condamnées depuis quelque temps. » — « Il y a, » dit Delurbe [Chr. bord. Lurb., p. 8], à l'embouchure du Peug-ue deux tours » ancienes, ausquelles on trouva encores une grosse chaîne de fer attachée, » l'an 1581, lorsqu'on ferma de muraille l'entre-deux des dictes tours. »
Elles étaient aussi appelées tours du Pont- Saint- Jean : « Muraille » bastie, dit Jean Darnal [Chr. bord. Dar., p. 55, v°], entre les deux tours » du Pont- Sainct- Jean, avec une grille de fer pour faire couler l'eau, et » ruisseau, ledit estant auparavant tout ouvert, par lequel aisément on » pouvoit entrer dans la ville. » L'une d'elles s'appelait la tour du Brisson. Baurein dit que, de son temps, ces tours existaient encore dans la rue Richelieu (rue Ausone), au levant de l'ancien hôtel de la Bourse. De belles maisons s'élèvent maintenant sur leur emplacement. Ces tours sont dessinées dans un plan manuscrit [PL mss., n° 1012] (voir ci-dessus, p. 52). Elles avaient 6 mètres de diamètre; la distance de l'une à l'autre était de 10 mètres environ. Celle du sud (ancienne tour du Brisson) était un
domaine noble qui appartenait, au xvnr9 siècle, à M. de Ségur-Cabanac. Celle du nord était englobée dans l'ancien hôtel de la Bourse. Nous lisons dans la Chronique bordelaise [Chr. bord., p. 17] que « le dernier mars
» 1640, les juges de la Bourse désirant agrandir et embellir la maison
» où se tiennent leurs séances, demandèrent au corps de ville permission » de se servir d'une vieille tour qui est à l'embouchure du ruisseau appelé » le Peaugue. » Cette tour, en effet, n'est tracée qu'à moitié dans le plan n° 1012. Ni l'une ni l'autre n'est dessinée dans celui de Lattre.
Pey-Miqueu : Tor de Pey-Miqueu. (Voir porta de Pey-Miqueu.)
Philippot-de-Mortemar : Tor de PMlippot-de-Mortemar. — Nous ne trouvons le nom de cette tour que dans la liste de celles où les jurats mirent des gardes le 4 octobre 1406 [Jurade]. Etant, dans cette liste, placée entre la tour de Pey-Miqueu et la tourelle du Pont-Saint- Jean, nous devons supposer qu'elle était située dans le quartier de La Roussette.
Pount-de-La-Mosca •. Tor redonda deu Pount-de-La-Mosca ; torreta deu Pount-de-La-Mosca; tour ronde du Pont-de-La-Mousque; tourette du Pont-de-La-Mousque ; tour du Pont-de-La-Mousque; tour de La Mousque (9, 23). — Il existait, au xve siècle, sur l'emplacement de la Bourse, deux tours voisines; on donnait à l'une le nom de tour ronde du Pont-de-La- Mousque; et à l'autre celui de tourette du Pont-de-La-Mousque. Elles faisaient partie toutes deux de la jurade de porte des Paux. Le 4 octobre 1416, les jurats ordonnèrent de mettre sept gardes dans « la tor redonda » deu Pount-de-La-Mosca » , et cinq dans « la torreta deu Pount-de-La- » Mosca. » Elles sont placées toutes deux dans la nomenclature des tours situées entre la porte Saint-Pierre et la tour de l' Ome-de- Casse. L'une doit être celle qu'on nommait en 1262 [Liv. Bouil.] : « Turris nova » de Tropeyta. » Une des tours du Pont-de-La-Mousque existait encore, en 1537, sous le môme nom [Terr. Cast.] : Guilhem Doux a reconnu « deux appentis sur arqueyre, qui sont entre la porte des Paux et la tour » du Pont-de-La-Mousque . » En 1538, Jean Donzeau a reconnu « toutes » icelles deux chopes, sive arqueyres, scituées au Pont-de-La-Mousque, » confrontant à l'eschelle par laquelle l'on monte et descend à la tour de » La Mousque, d'une part; à la chope de Guilhem Doux d'autre part;
» à la murailhe de la ville, le chemin par dessus et par derrière, par » l'ung bout jusqu'à la ruhe publicque, par devant, de l'autre bout. » Et ailleurs : « A la ruhe par laquelle l'on va du pont de La Mousque au portai des Paux. »
Nous croyons que cette tour est celle qui, en 1491 [Terr. Bosc], s'appelait tour de Lansac, confrontant « entre les chemins et les ruhettes » communes de chascun costé et de chascun bout » , et qu'on nommait, au xviie siècle, tour à'Aste [Ant. de Chadirac, not. — Arch. dép.]. En 1611, M. Me Pierre d'Aste, conseiller du roi en son grand conseil, seigneur des maisons nobles de Roys, en Saintonge, et de l'Allemaigne, et coseigneur de la paroisse du Taillan, vendit à Guillaume Bernard, maître libraire, « la tour ronde couverte d'ardoize, g'arnie de machecollis, scituée , » au Pont-de-La-Mousque,
» entre le portai du Chapeau- » Rouge et porte des Paux, » scituée sur les murs de » ladicte ville. »
Dans certaines vues cavalières du xvne siècle, une tour ronde située entre les portes des Paux et de l' Ome-de • Casse, est désignée sous le nom de tour de Douhet; c'est peut-être une des deux tours dont nous avons parlé plus haut comme avoisinant la porte des Paux.
L'original du plan que nous donnons ici fait partie de la collection de M. Jules Delpit.
Pount-Sent-Johan : Torelete deu Pount-Sent-Johan. — C'était une tour qui défendait la porte Saint-Jean. (Voir porta Sent-Johan.)
Retge : Tor deu Retge. (Voir porta deu Retge.)
A, Porte de l'Ome-de-Casse. — B, Tour du Pont-de-La-Mousque. — RS, Ruisseau qui descend de la fontaine de Tropeyte.
Rey : Tor deu Rey ; turris domini Régis; tour du Roi (7, 22). — C'était une des grosses tours du château de l' Omlrière. Elle était placée du côté du midi, en face la tour Arlalesieyre, qui était au nord. Elle avait très
probablement pour base la tour ronde qui flanquait l'angle sud-est de l'enceinte romaine, puisque c'était là que s'arrêtait la muraille du sud, et que le rempart prenait la direction du nord [Baurein, Bull, polym., année 1817, p. 290].
Riquet : Tor de Riquet. (Voir porta à!Audeyola.)
Romaines : Tours romaines. — Une assez grande quantité de tours de l'enceinte romaine subsistaient encore au milieu du xve siècle ; quelques-unes avaient des noms consignés dans les textes, mais le plus grand nombre n'en avait pas. Elles étaient simplement désignées par les mots : turris, domus cum turre, tor, etc. Celles qui protégeaient les angles de la cité étaient rondes; celles adossées aux courtines étaient semicirculaires.
Voici quelle était la situation de quelques-unes de ces tours :
l'ours du nord. — Si, partant de la tour du Canon, on se dirigeait vers l'est, on trouvait une tour à côté d'une porte, au nord de la chapelle du Temple [Mon. hist., 1849, p. 6]. Une autre tour s'élevait au bout de la rue de Grassi.
Nous savons que le mur septentrional du château de Puy-Paulin était bâti sur la muraille romaine. Un plan calqué par M. J. Delpit aux Archives nationales, et faisant partie des titres de la maison de Puy- Paulin, indique trois tours au nord de ce château; l'une d'elles était située dans la rue Guillaume-Brochon, près de la porte romaine qui faisait face à la porte Basse.
Nous croyons que les deux autres tours du château, celle qui subsiste encore et celie qui a été démolie il y a vingt ans environ, lorsqu'on a percé la rue Combes, avaient pour bases des tours de la première enceinte.
« Il y a quelques années, écrivait Baurein en 1764 [Bull, polym., » 1817, p. 354], qu'on démolit une tour qui étoit adossée à ce mur » (du nord) ; elle étoit placée dans l'endroit où est bâtie une maison qui » fait le coin de la rue du Pont-de-La-Mousque, en allant de cette église » (église Saint-Rémi) vers l'hôtel de la Bourse. » La maison signalée par Baurein est probablement celle qui fait le coin des rues Dieu et du Pontde-La-Mousque.
En 1835, Jouannet, chargé par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux de lui rendre compte de la découverte faite, depuis
peu, d'une portion de l'enceinte antique de Bordeaux, aperçue en reconstruisant la maison qui forme l'angle de la Bourse et de la rue du Pontde-La-Mousque, s'exprime ainsi dans son rapport, lu à cette compagnie le 6 août 1835 : « Le mur antique, reconnu à l'endroit indiqué, l'a été sur » une longueur d'environ 4 mètres; il se prolonge sous la Bourse. A » l'extrémité opposée, il se lie à une tour à moitié engagée, dont la base » repose aussi sur des fondements antiques : mais toute la construction » extérieure de cette tour est moderne. »
La place des tours dont nous venons de parler est connue ; on en trouvera d'autres, sans aucun doute, en reconstruisant des maisons bâties sur l'emplacement des vieux murs. Un texte de 1361 [C. de l'arch.] nous en signale une dans la paroisse Saint-Rémi .• « Johannes de Tosquanano » solvit pro toto casali sive stagia, et pro turre que est in muro civitatis » et sunt in parrocliia Sancti-Remigii, que fuerunt Guillelmi et Pétri » Martini. »
Si nous prenons pour type la distance qu'il y avait entre les deux tours de Puy-Paulin, nous trouvons que le mur du nord était, en comptant les deux tours de l'angle, flanqué de quinze tours. Il faut y ajouter celles qu'on devait avoir bâti près des portes pour les défendre; l'une de ces dernières nous paraît être celle qui s'élevait au bout de la rue Guillaume- Brochon.
Tours de l'est. — Nous avons déjà parlé de la tour Saint-Aubin; nous n'en connaissons qu'une autre dans les murs qui longeaient la rivière; elle était au bout de la rue Carpenteyre-Saint-Pierre (rue du Cancera). C'est ce qui résulte du texte suivant, de 1543 [C. de l'arch.] : « Pour la » maison où est l'enseigne de la harpe, et tour qui est derrière, en ce bout » de la petite Charpenterie de Saint-Pierre. »
2Jour du sud. — Lors du percement du cours d'ALSACE-ET-LoRRAiNE, on a pu voir la base d'une tour située près de l'extrémité orientale de la rue des Trois-Canards, à l'ouest, par conséquent, delà rue Sainte-Catherine. Lopes [Lièv. S1- And.] nous apprend que cette tour s'appelait la tour de BucTi; mais il ne nous dit pas à quelle époque : « Pour une maison en la » rue Tuscanan, proche de la rue du Poisson-Salé, confrontant au cou- » chant à la tour de Buch. »
Un des rédacteurs du Bulletin polymathique signalait, en 1814, une autre tour dans la même rue des Trois-Canards, au numéro 24, répondant à la maison de la rue du Loup, numéro 31 d'alors. Nous avons vu démolir
cette tour en 1866, en même temps qu'une autre située au sud de l'abside de Saint- André.
La base d'une tour a été trouvée presque en face de la porte méridionale de la même église, un peu vers l'est; il est probable qu'elle fortifiait la porte romaine s'ouvrant près de l'abside de Saint-André. (Voir porte de Duras.) Nous avons parlé ailleurs de la tour Gracilis, qui était vers l'angle formé par la rencontre de la place Saint-André, de la
rue DUFFOUR-DUBERGIER et du COUrS d'ALSACE-ET-L0RRAINE.
Tours de l'ouest. — Depuis l'angle sud-ouest de la ville romaine jusqu'au bas de la rue des Remparts, nous ne pouvons signaler aucune tour; il n'en est pas de même à partir de ce point jusqu'à la porte Dijeaux. Les comptes de l'archevêché énumèrent à chaque page les maisons de la rue Saint-Paul (rue des Facultés), sur lesquelles l'archevêque levait des rentes. Un des plus complets de ces comptes date de 1367; en voici un résumé : Le contrôleur de l'archevêque, après avoir dénombré une maison près de la porte Saint-André et du mur de la ville, et une autre maison contiguë, faisant le coin de la rue Saint-Paul, et toutes deux appartenant au seigneur de Veyrines (*), ajoute : « Dominus » de Vitrinis predictus débet pro turre que est in muro civitatis, et pro » solo quod est ante dictam turrim juxta quandam ruetam per quam » ascenditur ad murum civitatis.... » Après cette maison, et en suivant le même côté de la rue Saint-Paul, on trouve deux maisons, puis une grande maison avec une tour, terre et jardins, appartenant à l'archevêque; ensuite deux demi-sols, deux sols complets, une maison avec une tour contiguë; enfin une maison à toucher la Devise. Après le ruisseau, où le contrôleur signale quatre maisons et une cinquième avec une tour; puis trois maisons et une quatrième avec des tours : « Senebrunus domi- » nus de Curtonio.... pro domibus, turribus et solis contiguis. » Ce qui paraît prouver que ces maisons, qui formaient l'extrémité septentrionale de la rue Saint-Paul du côté de l'ouest, appartenaient, à la fin du xive siècle, au seigneur de Curton; quatre-vingt-dix ans plus tard, en 1457, elles étaient possédées par Jeanne de Puch, veuve d'Arnaud de Rostand : « Uxor quondam Arnaldi Rostanhdi, débet pro domibus, turri- » bus et solis et toto feudo que sunt ibidem, que quondam fuerunt magistri » Guillelmi de Podii defuncti. »
(') C'est là que, quelques années plus tard, Vital Caries fonda l'hôpital Sa lut- André.
Ainsi donc, nous trouvons au moins cinq tours depuis la porte Saint- André jusqu'à la porte Dijeaux. Ces tours étaient distantes Tune de l'autre de 20 à 25 mètres. Si nous prenons pour type cette distance, il reste la place d'une tour entre cette dernière porte et la tour du Canon; ce qui nous donne à penser qu'il y avait au moins dix tours dans tout le mur de l'ouest, en comptant les deux tours d'angle.
Ainsi, nous avons ici la preuve que notre calcul, pour les tours du nord, est probablement exact. En laissant de côté les tours des angles, nous aurions alors, pour les grands côtés de la ville, treize tours, et huit pour les petits, ce qui fait quarante-deux tours semi-circulaires. Avec les quatre tours rondes, cela ferait en tout quarante-six, sans compter celles qui pouvaient fortifier les portes ou tout autre point faible.
Rua-de-Médoc : Tor de Rua-de-Mêdoc (10, 24). — Le 4 octobre 1406, les jurats ordonnèrent de mettre neuf gardes dans la tor de Rua-de-Mèdoc [Jurade]; cette tour, qui faisait partie de la, jurade de la porte des Paux, était située entre la tour du Pont-de-La-Moasque et celle RAudeyole, c'est à dire sur la rivière, vers le château Trompette. Voici la place qu'elle occupe dans la nomenclature de ces tours [Jurade] : « Torreta deu » Pount-de-La-Mosqua, tor de VOme-de- Casse, tor de Rua-de-Medoc, tor » deu Retge, tor à'Audeyole. » Remarquons que plusieurs grandes rues descendaient de la rue Burga vers la rivière; entre autres, la rue de Médouc ou Mëdoc, et la rue Dissente, que cette dernière débouchait sur une porte très rapprochée du château Trompette, et que la rue de Mëdoc, placée entre la rue Dissente et la grande rue de Tropeyte ou du Chapeau- Rouge, débouchait à l'est dans la rue du Portau-Barrat, qui longeait le mur de la ville [Bull, polym., p. 112 et 148]. En conséquence, la tour de Rua-de-Mèdoc ne pouvait être ailleurs qu'en face de la rue de ce nom.
Seguinet : Tour de Seguinet. — Elle portait ce nom en 1673, et était en face de la font de l'Or, dit Du Tillet [Chr. bord., p. 10]. Nous croyons que Tillet est dans l'erreur (voir porta de La Graba), à moins cependant que la tour de Bayssac ne se soit appelée tour de Seguinet au xvne siècle.
Sent- Aubin : Tor Sent- Aubin; turris de Sancto-Albino; tour Sainct-
Aulbin; tor de Gassias, de Gassies (8, 22). — C'était une tour située sur le mur romain de l'est, à côté d'une porte qui s'ouvrait à peu près au milieu de la rue Obscure. Elle était connue aussi sous le nom de tour de Gassies. Cependant, on la trouve plus communément sous celui de tour Saint-Aubin. En 1367, la tour Saint-Aubin appartenait à la famille Gassies, Gassias ou Garcies. Le contrôleur de l'archevêque, après avoir dénombré, dans ses comptes, quelques maisons de la rue Obscure, ajoute : « Johannes Garcie, senior, débet pro quodam appentitio in quo » est coquina et cumina privata, alias caméra et cambra, que est inmedie- » tate prope magnam domum ejusdem Guillelmi, ymo est quasi prope « ipsius domus que dicitur : domus sive turris de Sancto-Albino, quam » nunc tenent Johannes et Petrus Garcie fratres. » Deux autres textes postérieurs viennent confirmer le premier; l'un est de M57, et l'autre, de 1553; dans celui-là, on lit : « Heredes Johanis Garcie debent pro quodam » adpenticio, in quo est coqûina et cambra privata, quod est in medietate » prope magnam domum que fuit quondam Guillelmi Geraldonis, ymo est » una pars ipsius domus que dicitur turris de Sancto-Albino. » — « Arnaud » Gassies, dit l'autre texte, pour quelque appentis auquel il y a la cuisine » et la chambre privées qui est près de la tour de Sainct- Aulbin. » Elle était donc au milieu de la rue Obscure. Elle fut démolie en 1692, et Tillet [Chr. bord. TOI., p. 158], qui nous apprend cette destruction, dit que la tour était des plus anciennes de la ville, et bâtie sur les vieux murs de la cité.
Sent-Elegi : Tors Sent-Elegi. (Voir porta Sent-Elegi^
Sent-Esperit : Tor deu Sent-Esperit. (Voir porta RAudeyola.)
Sent -Georges : Tor Sent-Georges (12, 23). — La tour Saint- Georges, dit Bernadau [Viog., p. 84], « était, suivant un arpentement » fait, en 1596, par ordre du maréchal de Matignon, gouverneur de » la province,... placée à 100 toises de la porte Saint -Germain, et » à 150 du château Trompette. » Elle était, par conséquent, située sur la ligne des remparts qui protégeaient la ville au nord. (Voir porte à'Audeyole.)
Sent-Pau : Tor de Sent-Pau ; turris de Sancto-Paulo; turris Sancti-
Pauli; turris Granerii; tour de Saint-Paul (10, 19). — Cette tour nous est signalée dans un texte de 1354 [C. de l'arch.] : « Feci recaperari » turrim de Sancto-Paulo, et totam domum. » Le même manuscrit
s'exprime ainsi en 1367 : « Vendidi de feno, portato in turre Sancti-
» Pauli Burdegale, unum inedalhonero. feni.... » et ailleurs : « Omnia alia
» prata de Fraxinu et de Las Coalhas, in palude Burdegale, fecimus
» tundi, et fenum ipsorum fuit portatum Burdegale, et positum in quodam » solo, juxta turrem Sancti-Pauli. »
Nous croyons que cette tour était située dans le mur romain de l'ouest, et que c'est la seconde au nord de la porte Saint-André. La maison dont elle faisait partie était la cinquième que l'on rencontrait à gauche, en entrant dans la rue Saint-Paul par la rue Saint-André. Elle appartenait à l'archevêque en 1367 [C. de l'arch.] : « Dominus noster archiepiscopus » tenet quandam magnam domum cum turre et cum tota terra sive » casali, que sunt ad latus dicte domus, de qua solebat dari, secun- » dum antiquos rotulos, inior solidos census et xix denarios sporle. » Nous avons vu, plus haut, que les deux premières maisons et la première tour appartenaient alors au seigneur de Veyrines, et que c'est sur leur emplacement que Vital Caries fonda, quelques années plus tard, l'hôpital Saint- André; Guillaume Borelli, prêtre, possédait la troisième maison; un autre prêtre, Arnaud de Deveriis, trésorier de l'archevêque, la quatrième.
Les trésoriers des archevêques nous apprennent, dans leurs comptes, que la maison de la rue Saint-Paul, ou du moins une partie, servait d'entrepôt pour les provisions de l'archevêché.
Nous pensons que la tour du Grenier, signalée dans le texte suivant [C. de l'arch., p. 354], n'est autre que la tour de Saint-Paul .• « Item » solvi, pro ni magistris et n servitoribus quos habui ad reparandum, » in quibusdam locis, in turre Granerii, n solidos n denarios sterlin-
Sent-Seurin : Tor Sent-Seurin (11, 20). — Dans la liste des tours et des portes dans lesquelles les jurats mirent des gardes, le 4 octobre 1406 [Jurade], nous trouvons « la tor Sent-Seurin » placée entre la tour de La Recluse et la porte Dijeaux. Nous croyons que c'est celle qui est située à l'angle aigu d'un avancement du mur entre la porte Dauphine et la porte Dijeaux, formant bastion devant la tour du Canon, à 50 mètres
environ, au sud, de l'entrée du cours de I'Intendance [Lattre. — PL mss., n° 149].
wtmm.
A, Vieille-Tour. — B, Tour de Saint-Seurin.
Senta-Crotz : Tor Senta ou Sancta-Crotz-deu-gran-Portau (1, 22). — Le 4 octobre 1406, on mit six gardes à « la tor de Senta- Crotz-deu-gran- Portau » [Jurade]. Le 21 avril 1416, les jurats ordonnèrent de placer des sentinelles pendant la nuit aux diverses tours de Bordeaux : Johan Esteue fat chargé de les mettre à « la grant tor de Sancta-Cros, à Las Salineyras » et au Pont- Sent- -Johan » , et Ramon Gassias « à la tor de Johan-Merle » et à « la grant tor de Sancta-Cros qui es dintz lo fossat ». Cette dernière tour était donc défendue par un fossé, et, comme il n'y en avait pas le long du fleuve, on ne peut pas la confondre avec celle de Sainte-Croix, dont nous- parlerons ci-dessous. Johan Esteue avait en garde les tours du bord de la Garonne, et Ramon Gassias celles qui fortifiaient le rempart sud de la ville.
La tour « deu grand portau » est cette grande tour (ronde dans certaines vues cavalières, carrée dans d'autres) qui fortifiait la porte de
Sainte-Croix, et dont l'emplacement a été englobé plus tard dans le Fort-Louis.
Deux tours protégeaient, du moins au xvie siècle, l'autre porte de Sainte-Croix, située sur la rivière (voir, infra, Rôle de 1572). Elles n'existaient plus au commencement du xvme, et ne paraissent pas avoir existé au xve.
Senta-Crotz : Tor Senta-Crotz, Sancta-Crotz; la gran tor de Sancta. Croti; tor Senta- Crotz-debert-la-Ribeyre; tour Sainte- Croix; tour de Lentillac; tour du pont de La Manufacture (1, 23). — Les délibérations de la jurade nous apprennent que, le 4 octobre 1406, on mit cinq gardes dans « la gran tor de Sancta-Crotz », et que, le 21 avril 1416, les jurats ordonnèrent de placer des sentinelles pendant la nuit aux diverses tours de Bordeaux. Johan Esteue fut alors chargé de les mettre « à la gran » tor de Sancta-Cros, à Las Salineyras, au Pont- Sent- Johan. » La tour Sainte-Croix était la tour carrée qu'on a démolie il y a quelques années; elle protégeait l'angle sud-est de la ville. On l'appela pius
Tour et moulin do Sainto-Croix.
tard tour de Lentillac et tour du pont de La Manufacture. Nous reproduisons ici le fragment d'un plan du xvnr3 siècle [PI. mss., n° 91] qui donne le moulin et la tour de Sainte-Croix
Senta-Eulalia : Tor Senta-Eulalia, Sancta-Euladia ; tor deu portau Sancta- Euladia; tour de Sainte -Eulalie; tour de Garos (7, 17). —
C'était une tour carrée protégeant l'angle sud-ouest de la ville. Nous avons lieu de croire que c'est celle que désignent les jurats lorsque, le 4 octobre 1406, ils ordonnent de mettre sept gardes à « la tor deu portau » Sancta-Euladia ». Le 21 avril 1416, Galhard de Junqueiras fut chargé de mettre des sentinelles de nuit « au portau deu Far, au portau de tras » (d'au-delà) Sancta-Euladia et au portau de Sent-Julian. » En 1496
[Terr. Bos.], elle est appelée tour de Garos : « toute icelle place de
» terre pour faire jardrin, qui est, en la parroisse Saincte-Eulaye, près le
» portai, au-devant de la tour appellée de Garos dure de long du
» grand chemin commun tirant à l'esglise Sainct- André, de l'ung bout, » entre à la murailhe de la ville, ledict chemin commun entre deux, de » l'autre bout. » Ce chemin suivait le bord des fossés protégeant le rempart occidental de Bordeaux.
Tropeyta : Tor Néba-de-Tropeyta; tour neuve de 2ropeyte (9, 23). — L'existence de cette tour nous est signalée dans un texte de 1262 [Liv. Bouil., p. 369 et 370] : « In primis dicimus quod portus et platea Sancti- » Pétri, prout extenduntur a domo Ruffati Vigerii usque ad turrem » novam de Tropeyta, prout sunt extra muros, usque ad ymum maris, » sunt paduentum. Item, dicimus quod portus et platea prout extenduntur » a dicta turri nova de Tropeyta usque ad domum Michaelis de Medoc, » usque ad ymum maris, sunt paduentum. » Ce texte ne peut désigner que la tour romaine de l'angle nord-est de la cité ou une tour neuve l'ayant remplacée. Ce ne doit pas être, en effet, la tour du Pont-de-La- 3/ousque, située dans le mur de l'accroissement vers la rivière, puisque cet accroissement n'existait pas au xme siècle. Il ne faut pas la chercher sur l'emplacement du château Trompette, car, en 1262, la ville ne s'étendait pas jusque-là. Le quartier de Tropeyte d'ailleurs occupait tout l'emplacement compris entre la Devise et le ruisseau à'Audeyole. La tour neuve de Tropeyte était située au centre de ce quartier.
Wataffel •. Tor de Watafel, Wthefil, Watffel, Batefils; tor deu Luc- Majou; tor de Bessan; tor de Y Estey-de-Las-Anguillas (8, 23). — Nous nous servons pour l'orthographe de ce nom de celle du plus ancien document que nous possédons. Le 4 octobre 1406, les jurats firent placer six gardes dans la tour de Wataffel; elle se trouve placée, dans la liste des tours et des portes qui reçurent garnison, entre la porte du Caillau et la
porte Saint-Pierre. Le 9 novembre 1406, les jurats ordonnèrent de murer les portes des chais, depuis la tour de Watqfel jusqu'aux Salinières : « Et » plus, fo ordenat que las portas deus chays (sian) esmuradas de la tor de » Watqfel entro à la porta de Salineyras » [Jurade].
En 1401, « les exécuteurs de testament de feuz Guillaume Wataffel, » marchand anglois, et Elene de Chaland, sa femme, de la parroisse de Sainct- Pierre, de Bourdeaulx, » vendirent un chai qui avait appartenu aux testateurs [Inv. des Bénéf. de SVPierre]. Il est probable que c'est ce Guillaume de Wataffel qui avait donné son nom à la tour près de laquelle il demeurait sans doute.
En 1415, dit Baurein [Ms., p. 148], des gens de Libourne ayant fait prisonniers quatre habitants de Saint-Macaire, « les vendirent à un
» Anglais, qui les mena en prison à Bordeaux, à la tor de Wthefil —
» Cette tour a porté, dans la suite, divers noms, entre autres celui de » Luc-Majou. » Elle a porté aussi les noms de tour de Batefils, de Gaston, de Bessan; voici ce que dit encore Baurein dans un chapitre particulier sur cette tour de Bessan [Ms., p. 110] : « Avant la construction des nou- » velles portes de Saint-Pierre et des Chays-des-Farines (en 1736), on » voioit dans l'endroit à peu près où celle-ci est placée (à l'extrémité » septentrionale de la rue du Chai-des-Farines) une ancienne tour carrée » qui servoit autrefois de défense à la ville, et qu'on pouvoit regarder » comme une espèce de bastion. C'étoit à cette tour que venoit aboutir le » mur de la ville qui est dans l'alignement de la porte Saint-Pierre, aussi » bien qu'un autre mur plus avancé vers la rivière, qui est au derrière, » vers le levant, des maisons de la rue des Chays-de-Farines et dans » l'alignement de la porte du Caillau; il faut pourtant remarquer que » celui-ci n'y aboutissoit qu'en formant une équerre. Cette tour, dont Elie » Vinet a inséré la figure dans son plan de Bordeaux, paroît avoir été » destinée, dans le principe, pour la deffense de l'entrée de la Devise,
» auprès de laquelle elle étoit construite Vinet fait mention de cette
» tour dans son discours sur les antiquités de Bordeaux (§ 95) en ces » termes : « Bessan, maison noble en Medouc, au-dessous de Macaut, à » sept lieues de Bourdeaus, appartenant aujourd'hui au seigneur de » Vaillac, en Limosin. De mesme nom est une tour quarrée qu'on voit » sur les murailles de la ville de Bourdeaus, près du lieu par où la Divice « sort en la Garonne, et de la part qu'est la porte de la ville appellée du » Caillau, qui a esté autrefois au seigneur de Bessan » Baurein dit
ailleurs [Ms., p. 98, v°] : « Cette tour (tour de Y Estey-des- Anguilles),
» suivant un titre du 8 août 1566, étoit située derrière Saint-Pierre
» placée à l'embouchure de V Estey-des- Anguilles, en deffendoit l'entrée, » et mettoit à couvert certains vaisseaux appelés anciennement anguilles, » qui se retiroient dans cet estey. »
La tour de Wataffel a été bâtie en même temps que le mur qui longe la rivière, peut-être un peu en avant de ce mur, et pour protéger une porte qui avait succédé à la porte Saint-Pierre romaine.
Il est quelques tours dont nous ne savons pas les noms, et dont on voit des restes dans le plan cadastral de Bordeaux. Ainsi ce plan nous en signale, derrière la rue Renière, deux qui faisaient partie du rempart, intérieur du premier accroissement; une est au numéro 10 de cette rue, et l'autre, au numéro 18.
Dans le plan de la porte Saint-Eloy (voir ci-dessus, p. 78), on voit la trace d'une tour dans le cimetière de l'église Saint-Eloy , et une autre sert de base au clocher de cette église; ces deux dernières tours flanquaient le mur extérieur du premier accroissement. La distance de l'une à l'autre est de 30 mètres environ ; un même nombre de mètres sépare le clocher de Saint-Eloy de la tour de la porte du même nom. Les deux tours du mur intérieur (rue Renière) sont aussi à la même distance l'une de l'autre; ceci nous fait conjecturer que les deux murs parallèles étaient garnis de tours semi-circulaires, placées de 30 en 30 mètres environ, et qu'en conséquence, il devait y avoir dix-huit tours contre chaque rempart, c'est-à-dire trente-six tours entre la porte de Toscanan et celle de La Roussette, sans compter les tours des portes et celles qui devaient nécessairement s'élever dans le rempart du bord de l'eau.
Le nom de la même tour variait presque à l'infini ; généralement elles étaient louées ou affermées par la ville, qui se réservait nécessairement le droit de s'en servir toutes les fois que cela deviendrait nécessaire pour défendre la cité; les propriétaires mêmes qui avaient des maisons atte-
nant au rempart, devaient laisser sur les murs un passage libre en cas de nécessité. Cette diversité de locataires, de fermiers et de propriétaires (car la municipalité vendait quelquefois les tours), faisait que le peuple s'habituait, peu à peu, à donner au monument le nom de celui qui l'habitait; que les notaires et les fermiers de la ville appliquaient aux tours, dans leurs titres et dans leurs rôles, les dénominations qui étaient les plus vulgairement usitées ou les noms anciens, suivant leur caprice ou leur habitude, de sorte qu'en même temps telle rue, telle porte, telle tour portait plusieurs noms à la fois; de là la difficulté, pour nous, de les reconnaître sans les confondre quelquefois.