‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 24 sur 79 · COURS OU FOSSÉS · texte numérisé non relu

COURS OU FOSSÉS

Lorsque, au commencement du xive siècle, on construisit les remparts qui doublèrent l'étendue de Bordeaux, les fortifications du nord et du sud des deux premières enceintes devenant inutiles, on permit de bâtir des maisons contre la paroi extérieure des anciens murs et sur la contrescarpe des vieux fossés. Les voies qui furent ainsi formées prirent le nom de Fossés, qu'elles ont conservé jusqu'à ces derniers temps. Elles étaient autrefois et sont encore maintenant des plus larges et des plus belles de la ville.

Campauria : Fossats de Campauria; fossés de Campaure; fossés de Y Intendance ; cours de I'Intendance (11, 21). — Cette voie, ainsi que le prouvent les plans anciens, n'était pas aussi large que celle qui lui a succédé; mais elle était au moins aussi longue. Elle partait du mur du xive siècle entre les tours de La Recluse et de Saint-Seurin, où a été ouverte plus tard la porte Dauphine, et s'arrêtait à la rue du Burga. Elle avait pris son nom du quartier de Campaure qu'elle traversait : « In » parrochia Beate-Marie-Podii-Paulini , in carreria que est supra fossa- » tum, loco vocato à Campauria, » dit un texte de 1356 cité par Baurein [Ms., p. 162]. Au xviie siècle, et peut-être avant, le bout oriental des fossés de Campaure, au moins à partir du château de Puy- Paulin, s'appelait rue du Chapeau-Rouge. (Voir fossats de Tropeyta.)

Carmes : Fossats deus Carmes; cours Napoléon (partie du); cours des Fossés (partie du) (7, 19). — Au xve siècle, et peut-être auparavant, on n'était pas bien fixé sur les limites où devaient s'arrêter les dénominations de fossés des Ayres, des Carmes, des Tanneurs; des titres divers donnent à la voie qui s'étendait de la porte des Ayres à celle des Carmes les noms de fossats deus Carmes, de Las Eyras, deus Pellieys, des Tanneurs, Fossatum, Fossatum-novum ; mais le nom de fossés des Carmes

prévalut pour la portion de cette large rue qui s'étendait de la rue de Ségur à la porte des Carmes ou du Cayffernan (1).

Lors de l'avènement de Napoléon III, on a donné aux fossés qui partent de la porte Bourgogne et s'arrêtent à l'entrée de la rue Duffour-Dubergier le nom de cours Napoléon. A la chute de cet empereur, on les a appelés cours des Fossés, dénomination qu'ils conservent encore.

Las Eyras : Fossats de Las Eyras, de Las Ai/ras; fossatum de Areis; Fossatum; Fossatum-novum ; rua Supra- Fossatum; fossats deus Pellieys, deus Pelleys, de La Pelataria; fossés des Cor douanier s ; fossés des Tanneurs; cours Napoléon (partie du); cours des Fossés (partie du) (8, 19). — Cette voie passait devant la porte des Eyres; elle partait du ruisseau du Peugme et s'étendait jusqu'au bout oriental de la rue de Ségur. Le nom de fossés des Tanneurs est la traduction de celui de fossats deus Pellieys qu'on lui donnait en gascon [Ms. Baur., p. 148, v0]. On les appelait aussi, au xve siècle, fossats de La Pelataria, ainsi que le prouve l'extrait suivant d'un acte du 21 novembre 1448 : « Conoguda que » Assalheda Bernard, molher lo jorn duy de Guilhem Gobays, sebatey,

» de la parropia Senta- Euladia, et borges de Bordeu, esporlet de tôt

» aquet hostau qui es en la parropia de Senta-Euladia, sobre lo fossat

» de La Pelataria, près de la Bouta-deu-Pelac, entre l'hostau d'Arnaud » Moer, pargameney, de l'un cap, et la rueta communau en que a » putz (2), d'autra part, et dura de la carreira publica de sobre lo fossat, » de part clauant, de l'un cap, entro au casau de Colinhan, de part detras, » de l'autra cap » [Man. cap. Su-And. Burd. — Arch. dép.]. A la fin du xve siècle et au commencement du xvie [Terr. Bosc, — Cast. — et Dest.], on donnait aussi aux fossés des Carmes le nom de fossés des J'anneurs. A cette dernière époque (1510), ceux-ci étaient quelquefois nommés fossés des Cordouaniers.

Au xive siècle, on appelait cette voie simplement Fossatum ou Fossatumnovum, ainsi qu'il résulte des textes suivants choisis parmi un grand

(J) Les diverses sections des fossés ont souvent changé de nom ; en dernier lieu on les appelait fossés Bourgogne depuis la rivière jusqu'à la rue Bouquière ; fossés Saint-Eloy, depuis la rue Bouquière jusqu'à la rue Saint-James; fossés de V Hôtel-de- Ville , entre cette dernière rue et la rue Sainte- Catherine, ancienne rue du Cahernan; fossés des Carmes, jusqu'à l'entrée de la rue de Cursol, autrefois de Ségur; et enfin fossés des Tanneurs, depuis cette rue jusqu'à la rue des Ayres.

(2) Cette ruelle et ce puits sont signalés plus haut, p. 202.

nombre d'autres [C. de l'Arch.] : « Ayquelmus Guillelmi de Casalet solvit

« (anno 1339) pro censu domorurn quas habet in parrochia Sancte-

» Eulalie Burdegale, supra Fossatum-novum. » — « Item, via die mensis » aprilis, anno xl, recepi a Vitalia de Brolhio, relicta quondam magistri » Robberti Novelli, pro vendis cujusdam domus quam habuit in parrochia » Sancte-Eulalie, supra Fossatum-novum, coram portale de Aeris, pro » pretio iiii"v libris Burdegale, ab heredibus Johanne de Borno, sum- » mam ix librarum vu solidorum Burdegalensium. » — « Item (anno 1354), » respondeo de xn solidis receptis a Davisio de Las, ganterio, pro censu » anni Lira, debito ratione domus supra Fossatum; » et plus loin : « supra » Fossatum et in rua Palheyra. » On sait que la rue Palheyrc était parallèle aux fossés des Eyres.

Nous trouvons quelquefois cette partie du cours des Fossés désignée par ces mots : « rua Sîipra-Fossatum. » Le contrôleur de l'archevêque faisant, en 1362 [C. de l'arch.], le dénombrement des maisons situées sur les fossés des Ayres, s'exprime ainsi : « Item, die ixa januarii, Johanna » Lana solvit, pro quatuor feudis que tenet in rua Supra-Fossatum, et pro » dimidio solo quod tenet in rua Palheyra, ex parte orientis, xxxv solidos » ii denarios Burdegalenses. » Le mot Fossatum était d'ailleurs employé pour désigner tout le cours des Fossés.

La Chronique bordelaise nous apprend qu'à la fin du xve siècle et au commencement du xvie, la portion des Fossés qui est située à la rencontre des rues de Ségur et Sainte-Eulalie s'appelait place des Tavernes, du Chayfait-Neuf ou de Y Echafaut-Neuf. En l'année 1604, « les pères Jésuites » obtinrent des lettres patantes pour faire remuer le marché du bestail » qu'on avoit de tout temps mené vendre en la place publicque es environs » de leur collège ; et fut estably en la place des Tavernes, qu'on appelle » au Chay-faict-Neuf » [Chr. Bord. Dar., p. 65]. « — Du 21 janvier 1681. » Il fut fait une ordonnance pour la place des kas, charettes et bétail, qui » a été publiée et affichée; par ce règlement il est ordorné, conformément » aux lettres patentes du roi Charles IX, de l'an 1573, et arrests de la Cour » du Parlement de Bordeaux des 15 novembre 1603 et 12 février 1604, et » aux ordonnances précédentes, que le marché du bêtaii qui avoit accoû- » tumé de se tenir sur les Fossez au-devant le collège des pères Jésuites, » seroit transféré en la place et rue des Taneurs, appelée anciennement » V Echafaut-Neuf , commençant près la ruëte du couvent des Carmes et » tirant vers ladite place et rue des Taneurs.... » [Chr. Bord. Till., p. 70].

Sent-Elegi : Fossats Sent-Elegi; fossats de V Oustau-de-Bila; foussés Sainct-YUege, Sainct- Hiliege; grands fossés Sainct-Eliege, Sainct- Liège; fossés de V Hôtel -de -Ville; fossés Saint -Eloy ; cours Napoléon (partie du); cours des Fossés (partie du) (6, 20). — Cette voie s'étendait delà porte du Cayffernan à la porte Bouaueyre, et même au delà de cette dernière. Nous avons déjà cité un texte (voir rue Penteneyra, p. 261) dans lequel est signalée une maison située sur le fossé Sainct- Liège, au coin de la rue Penteneyre, devant la fontaine de Rue-Bouqiœyre. En conséquence, les fossés Saint- Eloy et ceux de la porto Bouaueyre étaient quelquefois confondus par les anciens scribes, et probablement aussi par la population.

Las Salineyras : Fossats de Las Salineyras; fossats de Las Palier as; fossés du Palhey; carrière du Palhey; foussés des Pailhardz; rua deu Puyaduy, deu Poyador; rua deu Puyaduy-, deu Poyador-de- Las- Salineyras; fossés des Saliniaires, des Salinières; rue des Saulinières ; cours Napoléon (partie du); cours des Fossés (partie du) (6, 22). — On a donné divers noms à l'extrémité orientale du cours des Fossés. On l'appelait, en 1420 [Ms. Baur., p. 180, v°], rua deu Puyaduy ou deu Poyador .-

« .... foras deu portau de La Rossella, au loc apperat à Las Salineyras

» et dura et ten en long de la rua deu Poyador, de part dauant, de l'un » cap, entro au sou deudeyt mestre Pey Gaston, qui a la intrada per la » rua de Jolian-Santz, de l'autre cap. » Cette maison, dont l'entrée était dans la rue Johan-Santz et la sortie sur la rue deu Poyador, ne pouvait être qu'au bas de la montée des Fossés.

On les a appelés, au xve siècle [Inv. S^And.], fossats de Las Palieras, fossés du Palhey, carrière du Palhey : « Reconnaissance, en 1423, au » chapitre, d'une maison avec sotte (soute) qui est dedans seize sur le

» fossé du Palhey; » — en 1432, « maison seize en la carrière du

» Palhey, sur le foussé de Bourdeaus ; » — en 1553 [Denomb.], « Gaston de » Podio, pour un jardrin qui souloit estre padus et place vuide qu'il tient

» sur les foussés des Pailhardz » La famille de Podio possédait des

maisons dans la rue Poudiot, aujourd'hui Teulère, voisine du cours des Fossés.

De même qu'on donnait quelquefois le nom de fossés Saint-Eloy à ceux de Porte-Bouqueyre, on a aussi confondu ceux-ci avec les fossés des

Salinières, de sorte qu'il est difficile de bien fixer l'endroit où s'arrêtaient les uns et commençaient les autres.

Porta-Boqueyra : Fossats de Porta-Boqueyra; rue Dessus-le-Fossè ; rue des Fossés-de-la-Fontaine-de-la-rue-Begueire, fossés de La Fontaine, foussés Sainct-Michel ; cours Napoléon (partie du) ; cours des Fossés (partie du) (6, 21). — Ces fossés passaient devant la porte Bouqueyre. Ils étaient quelquefois confondus avec ceux des Salinières et de Saint-Eloy . H. Lopes [Lièv. S^And.] les appelle vuQdesFossés-de-la-Fontaine-de-la-rue-Begueyre .-

« une maison faisant le canton au couchant de la rue des Menuts et

» de la rue des Fossès-de-la-Fontaine-de-la-rue-Begueyre. » On les nommait aussi rue Dessus-le-Fossè : « Une maison hors la porte Bouqueyre, » en la ruhe Dessus-le-Fossè » [Inv. S1- And.]; et fossés Sainct-Michel, en 1553 [Denomb.] : « Guillemotte Du Bois...., demeurant sur les foussés » Sainct-Michel, pour la maison en laquelle est la soulte, qu'elle tient sur » lesdictz foussés au canton de rue Penteney. »

Revesques : Fossats de Revesques; foussé de Revesques. — En 1555

[Terr. Dest.], « Jane Geoffre reconnaît maison scituée sur le foussé de

» Revesques, entre les deux anciens portaux, confrontant...., d'ung bout,

» à , d'autre bout, à la ruhe et passaige de Revesques; » et, en titre de

cet article, entre des reconnaissances de maisons situées sur les fossés de Campaure et ceux de Tropeyte, on Ht : « Foussé de Revesque. » Nous croyons que ce nom était appliqué à la portion du cours de I'Intendance qui s'étend de la rue Sainte-Catherine à la rue Combes.

Tropeyta : Fossats de Tropeyta; la Grand-carreyra-Sobre-lo-Fossatde- Tropeyta; fossés de Trompette; fossat de Porta-Medoca, de Porta- Medouqua; rue du Chapeau-Rouge; fossés du Chapeau-Rouge, cours du Chapeau-Rouge (10, 23). — « La rue du Chapeau-Rouge est située, dit » Baurein [Ms., p. 136], partie dans la paroisse Saint- Remy , partie dans » celle de Saint-Maiœans. Elle aboutit de la porte du Chapeau-Rouge à la » porte Mèdoc. » Cependant, au xvir3 siècle, on donnait le nom de rue du Chapeau-Rouge à une partie du cours de I'Intendance puisque, dans un dénombrement fourni par la ville en 1675 [Ms. Baur., p. 162], il est dit que des maisons « confrontaient, du côté du nord, à la grande rue » appelée du Chapeau-Rouge, anciennement Campaure, du midi, à la rue

» Entre-deux-Murs et place.... de Puy-Paulin, du levant à la rue appelée » Porte-Médoc » Ces maisons devaient occuper l'emplacement compris entre la rue Sainte-Catherine et la rue Combes, qui n'aboutit plus maintenant au cours du Chapeau-Rouge, mais à celui de I'Intendance. Voici une preuve d'une autre nature; nous la trouvons dans un plan [PI. ms., n° 81] remontant probablement à la fin du xvne siècle, et dans lequel est tracé tout le quartier compris entre le château de Puy-Paulin et le couvent des Jacobins; la portion de la voie qui est entre la porte Mcdoc et l'ormeau de Canipaure y est désignée par cette légende : « Fossés du Chapeau- Rouge, autrefois de Campaure. » L'auteur y a aussi dessiné l'ormeau de Campaure situé au milieu du fossé en face de la rue actuellement appelée Martignac

La rue du Chapeau-Rouge, dit encore Baurein, était quelquefois nommée la Grand-carreyra-Solre-lo-Fossat-de-Tropeyta. Quelquefois aussi on la nommait, au xve siècle, rue publicque Sur-le-Fossê .- Reconnaissance au

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