PONTS
On avait établi pour traverser le Peugue, la Devise et les autres ruisseaux, qui jadis n'étaient pas voûtés partout, comme à présent, des ponts, les uns en pierre, les autres eu bois. Le plus connu des ponts en pierre est le pont Saint- Jean , qu'on appelait quelquefois le pont de Bordeaux. Un des ponts en bois a donné son nom à la rue des Palanques (planches). Devant toutes les portes de Bordeaux existaient des ponts sur les fossés.
Brion : Pount de Brion; pount du Beiron; pont de Brion (10, 20). — Le pont de Brion, cité dans une grande quantité de textes anciens, était bâti sur la Devise, dans la rue Judaïque, entre le carrefour de Castillon et le bout occidental de la rue Guiraude. On l'appelait aussi pont de Beiron,
ainsi qu'il résulte du texte suivant : « plus sur une partie de la maison
» de...., sur le pont appelé de Beiron...., en la rue de Cadaujac. » Nous avons vu que le nom de rue de Cadaujac, était quelquefois donné à toute la rue de Cheverus, à l'extrémité septentrionale de laquelle passe la Devise.
La Mosca : Pount de La Mosca; pont de La Mosqua; pont de La Mousque (9, 23). — Ce pont avait été construit sur le ruisseau qui descendait de la fontaine de Tropeyte. Il en est fait mention dès le commencement du xve siècle [Jurade]. Le 22 juillet 1420, les jurats confièrent la garde des clefs des portes placées entre la porte du Calhau et le pont de La Mousque à Johan Ferradre, et celles des portes situées entre le pont de La Mousque et la tour à'Audeyole, à Guillaume Poitevin : « à Johan Ferradre fo balhada la garda de las claus deu Calhau entro au » pont de La Mosqua, et la garda de las claus deu pont de La Mosqua » entro au portau iïAudeyola, à Guilhem Pevtabin. »
Ce pont était situé au bout oriental de la rue du Pont-de-la-Mousque . dans la partie de cette rue qui tournait à angle droit, vers le nord, pour
rejoindre la porte de VOme-de- Casse; c'est ce qui résulte d'un texte de 1554
[Terr. Dest.] : « toute icelle maison, au pont de La Mousqtie, faisant
» le quanton de ladicte ruhe et de celle qui conduict, dudict quanton, à la » porte du Chapeau-Rouge, autrement appellée la porte de Corn; d'un » costé, du midi, à la ruhe du Pont-de-la-Mousque qui conduict, de » l'esglise Sainct-Remy, à la porte Mcdocque; d'aultre costé, vers le nord, » à la maison de....; d'ung boult, par le devant, vers le solelh levant, à » ladicte ruhe qui conduict, dudict quanton du Pont- de-La- Mousque, » audict portai du Chapeau-Rouge; et, d'aultre bout, par le derrière, à la » maison de Me Jehan Roux, notaire royal, qui souloyt appartenir à » Me Arnaud de Belleval, notaire royal. » Ce Belleval, dit Lou Picard, possédait cette maison en 1499.
Quelques vues cavalières de Bordeaux placent le pont de La Moussue sur le quai, en dehors des remparts; ce dernier pont, s'il a existé, doit être postérieur au xve siècle.
La Mota . Pount de La Mota; pont de La Motte, de La Mothe (11 , 19). — Ce pont traversait la Devise près des murs occidentaux de la ville, et en dehors de la contrescarpe des fossés creusés au pied de ces murs. C'est ainsi qu'il est dessiné dans les plans manuscrits [nos 40, 44 et 83]; mais, dans un autre plan [n° 136], il est placé, beaucoup plus haut, à l'extrémité du jardin de Y Archevêché, à peu près sur l'emplacement occupé maintenant par la rue Verteuil.
Molin-Sent-Andriu : Pount deu Molin-Sent-Andriu; pont du Mouïïnde- Saint- André (9, 19). — C'était un pont situé à l'extrémité inférieure de la rue du Moulin, à laquelle on a donné par la suite le nom de rue des Palanques, à cause de ce pont qui était en bois. C'est ce que nous apprend l'extrait suivant d'un acte de 1415 : Un tenancier du chapitre de Saint-André déclare « estre teneu de mettre trois planches (palanques, en » gascon) bonnes et suffisantes, chascune d'ung pied d'ample, au pont » dudict moulin; et est teneu de faire et reffaire perpétuellement, tou- » tesffoys et quantes que besoing sera, le pont bon, ferme et seur, mettant » lesdictes trois planches et non plus » [Inv. S^And.].
Peugue : Pount deu Peugue; pont du Peauïgue; pont du Peugue. — Ce pont est signalé dans un titre de 1553 [Denomb.] : « Jean Darin,
BORDEAUX VEllS 1450. 391
» tanneur, demeurant sur les fossés des Tanneurs, pour le sou qu'il tient » sur le pont du Peaulgue. » Cet article se trouvant parmi les dénombrements des maisons situées dans les environs des fossés des Tanneurs, nous pensons que le pont du Peugue traversait le ruisseau au bas de la rue du Contre-Fossé.
Poissonnerie-Salée : Pont près de la Poissonnerie- Salée (8, 20). — C'est le nom que Vinet donne, dans son plan de 1565, au pont qui traversait le Peugue au bout de la rue de La Cadene, près du moulin du même nom.
Pount-Long : Pont de Pount-Long (11, 17). — Pount-Long était le nom d'un quartier portant encore la même dénomination, et dans lequel existait naguère une rue appelée Petite-rue-Pont-Long . Il est probable qu'il y avait, en face du chemin qu'a remplacé cette rue, un sentier pour traverser les marais; et que les divers ponts de ce sentier avaient motivé le nom donné au quartier. En 1415, les jurats donnèrent à Helie de La Vie, leur collègue, le vieux bois (l'antiqua fusta) du pont de la Porte-Dijeœux pour faire le pont de Pont- Long [Jurade].
Poyaduy : Pount deu Poyaduy ; pont des Salinières (5, 23). — Nous avons déjà dit que, devant toutes les portes de Bordeaux, des ponts existaient sur les fossés. Le pont qui était devant la porte de La Poussette, au bas du Poyaduy de Las Salineyras, s'appelait, au xve siècle, pont du Poyaduy, ainsi que le constate le texte suivant, daté du 7 septembre 1426 :
« Conoguda que, cum Arnaud d'Espinassa, mercliant et borges de
» Bordeu, agossa comprat tôt aquet mecli marc d'argent de renda....,
» per rason de tôt aquet hostau...., en la parropia de Sent-Miqueu, au loc » apperat àLaFusteria, entre l'ostau de Jehan Faure, d'una part, et l'ostau » deudeyt de L'Espinassa, d'autra; et ten de la yma de la mar, de l'un » cap, entro au pont aperat lo Poyaduy , et feu de Gaillard de Junqueyras, » de l'autre cap » [Man. cap. S^-And. Burd.]. Suivant un autre texte, du 13 février 1616 [Inv. Ste-Cr.], ce pont s'appelait pont des Salinières : « Reconnaissance consentie par sieur Mathieu de Belon, à Me Augier de » Lanta, conseiller au grand Conseil, abbé et religieux de Sainte- Croiœ, » d'une maison, chay et voûte appelée de Tandon, en la parroisse Saint- » Michel, sur le pont des Salinières, confrontant , à la ruette par
» laquelle on descend, de la rue Gensan et du pont des Salinières, à la » rue de La Fusterie »
Sent-Johan : Pount Sent-Jolian; pons Sancti-Joliannis ; pont Saint- Jean; pons Burdegale; pont de Bordeaux; pont Neuf (7,22). — Ce pont traversait le Peugue dans la rue de La Chamelle- Saint- Jean et devant cette chapelle [Liv. Bouil., p. 370; — Ms. Baur., p. 67]. Un acte de 1292 [Arch. hist., t. VI, p. 2] lui donne le nom de pont de Bordeaux, dans un titre de péage du pont Saint-Jean : « Quia pronunciatum seu declaratum » est Gualhardum de La Landa, domicellum, reducendum fore in posses- » sionem, vel quasi percipiendi novem libras turronensium nigrorum in
» pedagio peregrinorum pontis Burdegale » Lopes [Egl. metrop.,
p. 118] lui donne le nom de pont Neuf : « pour la chapelle qu'il avoit
t> fait bastir au pont Neuf, maintenant appelle pont Sainct-Jean. » Lorsqu'on a percé le cours d'ALSACE-ET- Lorraine, on a mis à découvert les piles et les éperons de ce pont. Cependant une vue cavalière de Bordeaux gravée, au milieu du xvne siècle, par Corn. Danckerts, à Amsterdam, place le pont Saint-Jean devant les deux tours du Peugue, sur le quai. Il est probable que le pont qu'on fut obligé de bâtir sur le quai, après la construction des murs du xive siècle, usurpa le nom du premier pont bâti devant la chapelle Saint- Jean.