‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 6 sur 79 · ÉTAT PRIMITIF · texte numérisé non relu

ÉTAT PRIMITIF

Les peuples qui, avant l'arrivée des Romains, ont habité l'emplacement sur lequel s'est élevée plus tard la cité de Bordeaux, s'étaient établis sur une éminence rocheuse, recouverte de sable et de gravier, et formant une sorte de delta entre le cours du Peugue et celui de la Devise, deux ruisseaux qui traversent la ville à peu de distance l'un de l'autre. Cette butte naturelle, occupée par l'emplacement compris entre le cours d'ALSACE-ET-LoRRAiNE et la rue Rohan, au sud, et les maisons qui bordent le côté septentrional des rues Monbazon, des Trois-Conils, de la Merci, Saint-Siméon et Maucoudinat, au nord, était protégée : au sud, parle Peugue; au nord, par la Devise; à l'ouest, par des marais formés par ces deux ruisseaux, et à l'est, par la Garonne. De récentes découvertes [Cit. pal.] ne laissent aucun doute à cet égard.

Le reflux qui, deux fois par jour, venait baigner le pied de ce mamelon, entrait dans les ruisseaux et, à certaines

(') Il nous a paru indispensable, pour éviter toute confusion, de distinguer, par des caractères différents, les noms topographiques d'époques diverses. — Les mots en petites majuscules désigneront les noms actuels, et ceux en italique les noms anciens.

époques, dans les marais. Les barques pouvaient ainsi remonter jusqu'aux extrémités de la bourgade, et peut-être en faire le tour (1).

Cette position, si favorable au commerce maritime, n'échappa point aux Romains, et la ville de Burdigala, d'abord modeste emporium, devint bientôt une des plus grandes et des plus riches cités des Gaules.

Pendant les premières années de l'empire romain, Bordeaux devait être une ville à peu près ouverte, s'étendant sur le bord du fleuve, et bien au delà des deux ruisseaux qui avaient limité la bourgade gauloise. Les ruines d'un monument considérable que l'on a trouvées derrière la place Dauphine; les arènes, connues sous le nom de Palais-Gallien; un grand temple, les Piliers -de -Tutelle, sur l'emplacement du Théâtre; la quantité considérable de substructions que l'on rencontre partout et à une assez grande distance de la première enceinte, lorsqu'on ouvre le sol, en sont une preuve concluante.

Mais au 111e siècle de notre ère, les premiers Barbares arrivèrent, et avec eux la ruine et la désolation ; les villes ouvertes, surtout celles qui étaient situées sur les grands cours d'eau, près de leur embouchure, furent pillées et brûlées; leurs habitants, massacrés ou tramés en esclavage.

(') Voici le niveau actuel de cette partie de Bordeaux au-dessus de Tétiage de la Garonne : rue Sainte-Hélène, place de T Archevêché, 9m67; rue du Loup, à son croisement avec la rue de Cheverus, 10m57; avec la rue Guérin, llm16; avec la rue Sainte-Catherine, ll^ôG; avec la rue du Pas-Saint-Georges, llni26; le milieu de la rue du Cerf-Volant, 12ai18; le coin sud-est de la place Saint-Projet, 10m19; le milieu de la rue Saint-Siméon, 11 m ; le milieu de la rue Maucoudinat, 10m36. De la rue Maucoudinat et de celle du Cerf- Volant, le terrain baisse brusquement vers la rivière, de sorte que le bas de la place du Palais, au bout de la rue du Chai-des-Farines, n'est qu'à 6m12; de cette façon, et alors qu'à Bordeaux la Garonne ne monte qu'à 6m20, la partie comprise entre les deux ruisseaux aurait été de près de 3 mètres au-dessus des plus hautes marées, en supposant même que le sol de la ville ait été exhaussé de 3 mètres, ce qui n'a pas eu lieu partout.

Pour éviter le retour de semblables malheurs, il fallut prendre un parti héroïque : sacrifier une portion de la ville et des monuments qui l'embellissaient, et, avec leurs matériaux, construire des tours et des remparts. Ces pierres ne pouvant pas suffire, on employa celles qui couvraient les cendres des morts, et tous les monuments funéraires qui bordaient les avenues servirent à protéger les vivants.

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