Bords de la Charente . Le chateau de Jarnac ses barons et ses comtes
en laisse derrière soi Ângouléme, Chateauneiif, et peu après les coleaux de Sainl-Mèine, on ne tarde pas à découvrir la ville de Jarnac, surgissant tout-à-coui» do ses bosquets de ponpliors, el se penchant sur le miroir du llcuvc. La (^liarenlc semble quitter à regret ces rives historiques ; elle revient sur elle-même dans cette vaste prairie toute diaprée déboutons d*or ; on dirait au'elle ralentit sa course pour mieux donner au voyageur le temps a'admirer tant de beaux paysages, de respirer le parfum qu'y exhale une nature vivifiante, de regarder couler les pnillMcs blanches de l'onde qui passe en courbant les nénuphars sous ses molles caresses, de plonger enfin sa pensée dans l'histoire el de se reniéiiiitier tant de beaux • noms et de glorieux personnages, jadis en honneur sur ces bords. Ce voyage, accompli oarun jour de printemps, remplit Tâme d'une tendre mélancolie. Plus d'une fois nous nous sommes senti ému en c(mtemplant ee fleuve langoureux qui se berce dans son lit de fleurs, en songeant à ses peuples d'autrefois, à ses splendeurs évanouies, à ses châteaux échelonnés sur ses rives comme les perles rompues d'un collier sur un divan de l'Alhambra. C'est que pour nous les bords de la Charente sont l'histoire de la province toute entière, histoire gue nous aimons avec ses châteaux et ses belles dames, ses chevaliers et ses gentilshommes, ses poètes et ses artistes.
Mais depuis un siècle que de châteaux ont disparu de notre terre de prédilection, que de noms Imnnîs, que de gloires oubliées!... Hélas! chaque chose a sa place marquée dniis les annales du destin; tout s'écroule lorsqu'une main secourable ne répare pas l'injure du temps ; mais quand les révolutions et les hommes, les fureurs et les vengeances soufflent sur les monuments ils disparaissent comme anéantis par la foudre : tel a été le château de Jamac. Le poète et l'historien y chercheraient vainement le moindre pan de
muraille en ruine, le plus petit débris delà niagnificeiice priucièrt* qu'y prodiguèrent pendant deux siècles les iximtes de Jarnac. Nous le regrettons au point de vue de Thistoire; nous vous en aurions décrit les longues galeries frappées de temps en tem[)> pur la hallebarde du soldat (\m passe; nous vous aurions parlé de la salle des chevaliers, où l'on essay;iil ces lières lames qui devaient faire mordre la poussière aux ennemis de la France; et nul plus que . nous n'aurait pénétré avec autant de ferveur et de sainte adoration dans cene chapelle gothi({ue, où venaient prier ces belles châtelaines que nous avons si chastement aimées, ces guerriers couverts de leur pesante armure, Tépée croisée sur la poitrine et le regard tourné vers le ciel, pour remercier Dion de la ilcniière victoire. Mais il n'existe rien du château de Jarnac : co grandiose monument do la Renaissance, ce palais d'Armide élevé à tant de frais par Renaud Chabot, a vu tomber un jour ses murailles devant le souffle populaire. Confisqué par la révolution de 4793, dépecé et anéanti sous le Directoire, le château de Jarnac a complètenieot disparu sous la Restauration, qui en a aliéri!' les derniers lambeaux. Ainsi a fini celle belle terre féodale, la(jnelle se composait, suivant un ancien dénombrement, de quinze paroisses et de deux enclaves, contenant ensemble 115 villages, 45 \assaux notables et 11,000 habitants.
Si les choses de ce monde sont pleines de fragilité, Thistoire est là qui en enregistre les progrès, la grandeur et la décadence. Notre viedle province d'Angoumois, tour-à-tour subjuguée par les Gaulois, les Romains, les Visigotlis et les Francs , ne respira la liberté que sous les premiers comtes du pays, établis par Clovis et ses successeurs. Cbarlemagne érigea l'Aquitaine en royaume ; il le donna à son iils Louis, et à son retour d'Espagne , il laissa pour comte à TAngoumois un gouverneur valeureux appelé Taillefer de Léon. Lors de l'avènement de Charles-le-Chauve au trône, l'Aquitaine fut attribuée à Pépin, et le comté d'Angoumois, qui en faisait partie, eut pour comte un guerrier célèbre nommé Turpion. Ce (fernier eut un ou deux successeurs placés comme lui temporairement ; mais peu de temps après les peuplades du nord ayant envahi l'Anffoomois et y ayant commis toutes sortes de brigandages, Charlesle-Chauve envoya dans notre province Vul|^n P', qu*on dit ê/tre son parent, et qu'U chargea d'opposer une digue à ce torrent dévastateur. Ce Vulgrin ayant épousé Rogelinde, lille tie Oiiiliaume I*"", conito de Toulouse, a été \n premier des comtes héréditaires du pays d'Angoumois, surnominés dans la suite Taillefer, parce que Guillaume F'", petit-lils de V ulgrin, combattant contre les Normands et étant armé d une rapière d*un acier trèli tranchant,, fendit jusqu'à la poitrine le corps de Stonius, leûr ehiaf, malgffé le ca^ue et la cuirasse dont il était revêtu.
Las comtes d'Angoumois possédaient alors pres(|U6 toute la province, et ce ne fut que sous Guillaume Taillefer, cinquième comte,
3UC la terre de Janiao eut son seigneur particulier, appelé Wuarrade. Guillaume l'avait-il donnée en reconnaissance dos services rendus çar ce chevalier dans les guerres qu'il eut à soutenir contre ses voisins rebelles? Ou bien Wuardnide Tavail-il achetée de Guâlaume» qui, ne pouvant surveiller ses immenses domaines» était bien aise de mettre à Jnrnac un serviteur fidèle pour garder le passage de la Charente? C'est ce que l'histoire ne dit pas.
Saluons donc ce seij^neur chevalier, veillant nuit et jour aux créneaux de sou caslel pour protéger son pays contre l'invasion, ou contre l'ambition de ses voisins. Ce fut sans doute à cette époque que les rives de la Charente se couvrirent de petits châteaux ou châtelets, forteresses à épaisses murailles, chargées de maintenir l'inlégrilédu territoire Alors quand on n'avait pas l'invasion étrangère à redouter et à eomhatlre, les hommes de guerre étaient chargés de purger la cuiitree des ravageurs cruels et pillards , de protéger les faiUes, de secourir les opprimés. « Ou vit souvent à celte épo~ que les châteaux servir de refuge à la vertu k plus austère; l'hospitalité y était pratiquée avec magnificence ; les chevaliers errants et leurs dames y étaient reçus en frères ; les pèlerins y trouvaient un asile , et îe pauvre qui s'v présentait ne se relirait pas les mains vides. » La chevalerie rendiit ainsi d'immenses services à la société, et l'amour de protéger et de défendre engendra la sensibilité dans ces cœurs d'abord indomptables ; la galanterie n'est venue que plus lard.
Le château de Jamac fut, sans doute, grossièrement construit; bâti en pierres peu ou point taillées , liées entr'elles par un ciment solide et disposées en murailles d'une formidable épaisseur. Sa construction sur le bord du fleuve rendait sa position encore plus avantageuse , et du cùté des terres on lit de larges fossés qui se remplissaient d'eau. Sur ces fossés on jeta unpont-levis conduisant sous une muraille voûtée qui servait d'enceinte, et de là dans une cour attenante au donjon, où se trouvaient le magasin des armes, les salles des chevaliers, les appartements des dames et la chapelle.
Au moment où Wuardrade vint prendre possession du château de Jarnac , la foi des croisades était des plus vives , le comte Guillaume était parti avec plusieurs chevaliers pour aller combattre les infidèles, et en passant par rAllemagne et la Hongrie, il fut très bien aeeueilli dard Etienne qui y régnait alors, et qui le combla de présenli.
'Wuardrade ne l'avait point accompagné sur la terre d'outre-mer; il venait d'épouser une belle et ravissante châtelaine et passait avec elle les jours les plus heureux. Quelques années après leur mariage.
Wuardrade ot son épouse Rixendis fondèrent l'abbaye de Bassac. Une pieuse tradition très peu connue des historiens de l'Angouinois , attribue cette fondation au vœu fait dans les circonstances suivantes :
C'était par une radieuse matinée de mai ; les époux montés sur le parapet du château de Jamae, contem phient cette oelle vallée parcou-
rue par les zéphirs qui leur apportaient de suaves parfums. L orgueil
satisfait se lis.iit dans Ifs yeux dn jeune homme fjuand son regard tombait sur les collines riantes qui ffrmniont l'horizon. Après avoir promené sa viit^ sur ce maj^nifique tableau, il semblait dire en songeant à sa puissance et à ses richesses : « Tout cela m'apparliont. » Mais lorsque ses veux rencontraient ceux du charmant objet qui était à ses côtés , l'orgueil s'effaçait devant le tendre sentiment de l'amour. Bientôt cependant son front se rembrunit , une tristesse vague erra sur sa fij^ure. Son bonheur n'était point parfait, son plus cher désir ne s'était point réalisé. Les diverses pensées qui altéraient SCS traits n'avaient point échappé au regard per(;ant de la jeune femme, Rixendis n'ayant jeté sur le beau site qu'un coupd'œil fugitif, tenait les yeux" attachés sur le visage de son époux. A peine si elle s'était aperçue de l'ascension du soleil qui dardait déjà ses rayons en plein sur la vallée. L'horizon ne lui apparaissait que couvert de nnn'-r*s ; une larme lii ill.i entre ses cils d't'hène , comme les gouteietles de ros('e sus[»eii(lues non loin d'elle aii.v herbes de la prairie. Elle passa doucement la main sur le front do son bien-aimé et le considéra avec les yeux interrogateurs do l'amour. Mais Wuardrade évita les regards scrutateurs et la tendre caresse de son épouse. Il voulut môme quitter le paparet, lorsqu'un bruit léger se fit entendre an-dessns de sa téte et le força à lever les yeux. C'était le vol d'une hirondelle (jui avait fait son nid dans le heaume sculpté des armes de la seigneurie, et qui apportait de la nourriture à sa petite famille.
— Regarde, mon amie, dit le chevalier avec amertume,- ces oiseaux sont plus heureux que le seigneur de Jarnac.
Rixendis se tourna vers les armoiries et l'espérance brilla dans ses yeux .
— 0 mon bien-aimé, dit-elle, ne le livre pas au sonilire f^énie du chagrin, crois et espère que le ciel nous accordera les nièiiies grâces qu'à ces petits êtres qui ont reçu riiosnitalité ciiez nous. Les hirondelles ont |)assé au-dessus de notre tete, je regarde cela comme un présage fa\ orab!e , et je considère ce heaume en pierre comme la couronne du bonheur domeslioue qui plane au-dessus de nous.
Ces paroles allèrent au cœur de Wuardrade, il embrassa son épouse, puis il quitta la terrasse à pas précipités. Rixendis jeta sur lui un regard plein de douceur, et levant encore les yeux sur les
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hirondelles, elle dil à dewi-voix : — Mon Dieu, accorde-moi le bonheur que lu donnes à ces faibles oiseawi.
Wuardrades*étantreii < li i a la chapelle, s'agenouilla devant Tasiel et fit vœu de partir pour k Terre-Sainte , si le ciel comblait ses
désirs.
Quelque temps après, il y eut une grande féte au chàleau. Le comte Guillaume d'Angoulùme, de retour de la Palestine, était arrivé avec son épouse sur Tinvitation de Wuardrade. Il était accompagné d'une suite nombreuse de chevaliers et de pages. La Ibrét retentissait du bruit des cors et l'on n'apercevait que des troupes brillantes de cavaliers et d'amazones qui se donnaient au plaisir de la chasse. Lorsque le comte et Wuardrade se furent enfoncés dans l'épaisseur du bois, celui-ci dil à Guillaume : — Je vous ai annonce mon bonheur, le ciel a daigné exaucer nos souhaits ; j'aurai bientôt un lils. J'espère, mon cher comte, que vous ne trouverez pas mauvais que je tienne la promesse que j ai faite à Dieu au pied de son autel. J'ai fait vœu de me rendre en Terre-Sainte.
Le comte essaya , mais en vain , de le détourner de son projet. Peu de jours apn-s, Wuardrade quittait le cliâteau, malgré le regret qu'il éprouvait de laisser une épouse t';plorée, (lui faisait mille efforts pour le retenir. Il prit Tiiabil et le bàlon de pèlerin et se mit en route pour accomplir sa sainte promesse.
Arrivé au terme de son voyage, fl remercia le ciel sur le tombeau du Sauveur; et, plein du dâir de revoir l'objet de sa tendresse, il quitta Jérusalem , se dirigea vers Jaiïa , afin de s'embarquer pour Marseille, et de la gagner l'Angoumois, où était tout son bonheur. Mais il fut retenu par la rencontre de quelques pèlerins nouvellement arrivée en Terre-Sainte. L'un d'eux avait pour lui une lettre qu'il lui remit. Le chevalier en rompit le cachet , et quelle ne fut pas sa joie lorsqu'il lut l'écriture de son épouse, qui lui annonçait qu'elle était mère de deux beaux gflffQons. A cette nouvelle le che^ valier jura de ne partir qu'après avoir remercié Dieu de nouveau au tombeau de notre Seigneur. Il s'y rendit nvec les pèlerins, et incliné devant le Rédempteur du monde, il promit de faire bâtir dans ses terres lajplus belle abbaye qu'on eût jamais vue. Puis il s'embarqua
Sur la France, et, quelques jours plus tard, il pressait ses enfants ns ses bras.
Alors il fit part à son é^use du serment qu'il avait fait d'élever un monument de reconnaissance au Dieu protecteur qui lui avait accordé de si beaux enfants ; Rixendis le conjura de ne mettre aucun retard à un vœu qu'elle avait fait elle-même. Les plans proposés par les savants constructeurs du moyen-âge furent adoptés, et ainsi, lut fondée l'abbaye de Bassac.
Guillaume Taillefer, comte d'Angoulême, eut de nombreiises guerres à soutenir contre les sei^eurs ses voisins. Sa vaillance et son caractère généreux surent lui attirer l'affection de tous ses vassaux. WuardraiJe eombnttit n sps cùlés nu sic^go de Rlnyp, ville apportée dans la maison d'Angoult^mc par Gorberge d'Anjou, femme do Guillaume, et surprise sur lui par un parent de cette dame. Le seigneur de Jarnac assista à loules ces guerres, et fil des prodiges de valeur dans une rencontre où le pnnce de Tatllebourg fut tué par Geoilîroi, fils du comte d'Angouleme. Vers la même épû<;ue, le château de Marcillac était occupé parles onfnnts d'OIdorie, qui avaient commis dos crimes atroces sur un de leur frère; Guillaume vint les assiéger, en compagnie de ses chevaliers. Le duc de (iuieiuic, qui y assista en peisonue , fut si rempli d'admiration pour Guillaume qu'il lui donna en lief les vicomtes d'Aunay, Melle et Koehechouart, avec les seigneuries de Ruffec, Confolens et Chabanaîs.
Pendant ces ferres qui durèrent plus de vingt ans , Wuardrade et Rixendis, seigneurs de Jarnac, souvent séparés pour la défense . du pays , ne manquèrent jamais, à chaque entrevue, d'admirer les physionomies nobles et courageuses de leurs enfants. Lambert, l'aîné, devint un des écuyers du comte Foulques d'Angoulôme, et accompagna Guillaume , son iils , ainsi que Bardon , seigneur de Cognac, au voyage d*outre-mer qu*eiftreprit Godefroi de fiouiDon, en l'an 4099, et qui fut couronné par la prise de Jérusalem, dont Godefroi fut nommé souverain.
A son retour, Lambert se maria. De son union avec une dame dont le nom est ignoré, il eut une fille unique appelée Agnès. Los guerres recommencèrent plus vives que jamais dans l'Angoumois. le château d'Archiac était disputé à Guillaume 111 par Aymar, aui avait appelé a son secours Bardon de Cognac, Aldvin de Banezieux et leurs aDiés. Guillaunie réunit ses fidèles chevaliers et rangea tous ces soigneurs à leur ilcvoir. Wuardrade et ses fds prirent une part active à la défense des droits de leur comte , et leurs adversaires furent très souvent battus, tantôt dans la terre de Cognac^ tantôt dans celle de Barbezieux.
A quelque temps de là Wuardrade mourut et fut enterré dans Tabbaye de Bassac» f|u'il avait fond^.
Lambert qui voyait grandir Agnès en s'entourant de tous les charmes de la jeunesse, lui chercha un parti convenable et la maria à Pierre Bauderant, un homme de cœur et de grande valeur chevaleresque. Ce seigneur aida le comte d'Angoulôme à lever le siège du château de Marcillac, que le duc de Guiennc assiégeait, et qu'il contraignit de se retirer.
Uhisloire nous dit que Bauderant et Agnès eurent deux enfants : Hélie» qui devint seigneur de Jarnac après son père, et Boson, qui épousa la fille d'Aymeri de lu Rochefoucauld.
A celle épO(jue la foi religi»'use fut si grande que chaque seigneur fonda une église ou une aiiha} o. L'on vil s'élever alors les abbayes de la Couronne, par Lambert, curé de la paroisse. ; de lîournet, par le sieur de Monlmoreau ; de la Frenade, près Mer- Dins, par le seigneur de Cognac. Hélie et Boson de Jamac durent oénirla mémoire de leur père d'avoir devancé les plus grands seigneurs de l'Angoumois dans leurs libéralités reUgieuses.
Hélie de Jarnac eut de son mariage avec une dame dont le nom nous est inconnu, une iille unique appelée Nobiiie, et qui est devenue une dame d'une grande beauté.
Les croisades, les constants vopgcs que firent les chevaliers aux pays lointains avaient grandi les idées et donné aux mœurs un ver^ nis d'affabilité et de galanterie. A cette époque sans lendemain, chaque chevalier se sentait le besoin de vivre, d'aimer et de combattre. Mars tressait sa couronne en guirlandes d'héliotropes, d'jiubépines et d'amours. La lillérature provençale, si vivo, si g;ilante, si ingénieuse , avait formé de jeunes poètes qui parcouraient l'Europe en divisant de pensées et d'amour. Les trouvères allaient de châteaux en châteaux, louant dans un langage tout sensuel et tout poétique la dame du logis, ses beaux yeux, ses qualités aimables. « On aurait dit qu'on ne vivait que pour la galanterie ; les dames, qui ne paniissaient guère dans le inonde que mariées, s'ennorgueillissaient de la ré[)utation que leurs amants faisaient à leurs charmes; elles se plaisaient à être célébrées par leur troubadour; elles ne s'offensaient point des poésies galantes qui se répandaient sur elles. i> Ces charmants compagnons de l'oisiveté des châteaux, n'oublièrent pas les contrées pittoresques, les hords des fleuves qui les conduisaient directement sous les fenêtres de quelque dame j(!une et jolie. Bertrand de Boni qui connaissait tous les lieux qui récelaient ((ucbjue bcniilé, disait un jour dans sa chanson : « Je nric la vicomtesse de Ciiales de m'accorder son cou d'albàUe etses deux belles mains ; après je vais ailleurs, et j'arrive sans détour à Itocheehouart; je demande à la belle Agnès ses cheveux, plus remarquables assurément que ceux qui firent la renommée d'Yseult, la dame de Tristan. » Bertrand élait malheureux, son amie le dédaignait, et désespérant de trouver ailleurs une dame aussi accomplie que celle qui n'avait pour lui que des rigueurs, il faisait voyager son esprit et prenait par-ci par-là une qualité aimable, un don du ciel, afin d'en faire un tout qui remplaçât celui qu'il avait .perdu.
Les bords de la Charente eurent leurs troubadours et leurs chaa-
MMj el les châtelaines de Cogoae , d'Angouléme el de lamac , ner furent pas dédaignées de ces poètes du sentiment. On vit tour-à-tonr
sur ces rives Arnaud de Marouil , Richard de Barliozieiix, Pierre Vidal, Bertrand de Born et bien d'autres. Arnaud de Mareuil avait chanté Nohiht;, dani ' (h* .Tariiac, et en était devenu très amoureux. « Sans cesse, disait-il loin d'eile, je tourne mes prières el mes adorations Yers le pays que mon amante habite. Que de ce pnys fortuné il arrive un simple pasteur, qu'il parle d'elle, et je l'honorerai, comme je ferais le seigneur le plus puissant. Qu'on n'imagine pas toutefois que mes trans[)orts indiscrets fasse jamais coimaître le château où elle tient sa cour. » Puis il s'écriait : « Chanson, \a vers la plus parfaiie des femmes, et dis-lui j'implore sa merci, si toutefois elle daigne me l'accorder. Je pense au rare mérite qui la distingue; qu'elle pense au tendre amour qu'elle m'inspire. On! si Dieu permet que je sois payé de retour, un désert, tant mes vœux sont ardents, un désert avec elle sera pour moi le paradis. •
Arnaud de Mareuil , tremblant de ne pouvoir obtenir le cœur Je la dame de ses pensées, le regard tourné vers son château, écrivait encore : « Dame, plus aimable que je ne puis l'exprimer, pour qui souvent je soupire et je pleure, un de vos adorateurs, un adorateur fidèle et sincère, et vous pouvez aisément le reconnaître, vous adresse ses vœux et ses salutations...
» Amour m'a commandé de vous écrire ce que ma bouche n'ose vous déclarer, et quand l'amour ordonne, je ne sais opposer ni refus ni délai...
» Le désir que j'ai de vous voir me tient le cœur si oppressé, que, cent fois le jour , cent fois la nuit , je demande à Dieu qu'il m ac* corde ou la mort ou votre tendresse, et si Dieu me l'accorde, vous savez que je vous appartiens cent fois plus à vous qu'à moi-môme; c'est à vous, à vous seule, que je dois tout ce que je fais> tout ce que je dis de bien. . . »
Tous ces troubadours célébraient dans des chants pleins de mysticité, d'amour et de poésie, la bt auié et les vertus de la dame de leurs pensées. « Les chevaliers ne parviennent à un c^in mérite, disait Raymond de Miravals , au'autant qu'une digne amie les a façonnes à l'art de plaire; et lorsque l'on voit quelqu'un d'eux faillir , tous disent : On voit bien qu'il n'a pas été à l'école des dames. »
L'art de plaire et de se dire heureux parla moindre faveur fournirent souvent des traits ingénieux à ces chantres de l'amour : « — Mon bonheur, dit Pierre Vidal, est une couronne préférable à celle d'un empereur; j'offre mes hommages à la fille d'un comte, elle prési rit d'un simple lacet que m'a accordé la belle Haimbaud, me rend plus riche à mes yeux que le roi Richard lui-môme, avec Poitiers, Tours et Angers. »
Sordcl et Bertrand d'Almanon se disputent sur ce qui vaut !(? mieux ou l'amour ou la guerre; chacun d eux se passionne pour défendre son inclination. Bertrand prétend qu'il n'y a point de vrai plaisir sans la vaillanee, car c'est elle qui élève aux plus grands Donneurs.
« Pourvu qup je sois brave aux yeux de celle que j'aime, dit Sordel, peu m'importe d'être méprisé des autres; que je tienne d'elle tout mon bonlieur, je ne veux point d'autre félicité. Allez, renversez les châteaux et les murailles, et moi je recevrai de mon amie un doux baiser ; vous gagnerez Testime des grands sdgneurs français; mais combien je prise davantage ses innocentes faveurs, que les plus beaux coups de lance. »
Cette tenson peut donner une idée de ces luttes poétiques jadis en honneur, et qui fnis.iiont le plus bel ornement des festins.
A certaines époques de l'année, le château revêtait sa eouleur de poésie et de fête. Lorsque le haut baron avait invité à sa cour pleinière les s* igneurs du voisinage et les ebevaliers ses vassaux, trois jours étaient donnés aux joûtes et aux tournois, imagées de la guerre. Chaque jour avait ses combattants : le pr^er était consacré aux jeunes irenlilshomnies qui, sous le nom de pages, s'exerçaient au niélier des armes ; le second, destiné aux chevaliers nouvellement armés, réunissait les dames les plus Itrillantes et les mieux parées de leurs frais atours; enfin, le troisième jour était réservé aux vieux guerriers blanchis dans les combats, ou qui revenaient d^ rivages lointains.
Uné fôle splendide réunissait tous les convives, et l'on récitait le lays sentimental à la fin du dîner. Puis la dame du château installait sa cour d'amour, composée des plus jeunes dames, des plus brillantes par leur figure et par leur esprit. — Les couis d'amour étaient des tribunaux exer(;anl un pouvoir reconnu par l'opinion, et qui prononçaient sur l'infidélité ou Tinconstance des amants, sur les rigueurs ou les caprices de leurs dames. Eléonore d'Aquitaine et bon nombre de châtelaines avaient leurs cours d'amour.
Les décisions rendues étaient susceptildes d'appel. Un jour on soumit cette question à la comtesse de Flandre :
« Un amant, déjà lié par un attachement convenable, requit d'amour une dame, comme s'il n'eût pas promis sa foi à une autre; il fut heureux; dégoûté de son bonheur, il revint à sa premiëre amante et chercha querelle à la seconde. Gomment cet infidèle doit-il être puni?
Jugement : « ('e méchant doit être privé des bontés des deux dames; aucune femme honnête ne peut plus lui accorder de l'amour. »
Nous pourrions vous citer des arrêts de ce genre jusqu'à demain; mais nous devons y renoncer, le château de Jamac nous réclame.
— lo-
in.
Nobilie, dont les chantres de Tamour avaient immortalisé U beauté, D*eut point le boobeur d'épouser son idéal et de vivre avec son rêve. Héh*^ dp Jarnac , son père , lui fit qioiisor llhier de Cognac, fils de liardon , seigneur puissant, mais très-opiniâtre.
Peu de temps après leur mariage, Ithier entra en guerre avec le comte d'An^oulème , Vulgrin Taillefer II. U s était réuni aux seil^ieurs de Vdleboia» de Taulebourg et de Lusigoan, qui sooteBaîenl Girard de Blaye, lequd venait de s'emparer du château de Montignac. Le comte djlngouléine en fit le siège, qui fut long et meurtrier. Les assiégés voyant qu'ils ne pouvaient plus tenir , s'échappèrent nuitamment de la place et s'enfuirent. Vulgrin , maître du château, le donna à Girard, évèque d'Angoulème, et fit bâtir une tour ainsi que de fortes murailles pour le mettre désor* mais à l'abri de toute surprise de la part de ses eonemis.
Ithier mourut, et le roi d*Ai^gleterrc , Henri II , qui possédait depuis longtemps l'Aquitaine, le comté de Poitiers et [)lusieurs autres belles [irovinces, apportées en dot par Eléonore, s'empara des châtellenies de Cof^nac et Merpins qu'il réunit à ses autres domaines. Mais Ileuri avait eu un grand nombre d'aventures galantes, il avait eu des maîtresses , et l'nistoire ne saurait oublier la belle Rosemonde qui mourut empoisonnée par Eléonore , sa rivale implacaLle.
Bref, Henri eut des bâtards, et en mourant il attribua à Philippe, l'un d'eux , les châtellenies de Cognac et Merpins. Philippe, d'une humeur altière et chevaleresque , trouva occasion d'assister aux tournois qui se donnaient au château de Jarnac , et y fit la rencontre de k cbarmante Amélie , nièce de Nobilie , au'il épousa. Philippe acoompi^gna Geoffroi Martel, frère du comte d Aagoiiléine, Hugues de Luaignan , comte de la Marche , et plusieurs autres grands seigneurs du pays, au voyage de la Terre-Sainte, où ils resli'renl quelques années à guerroyer contre les Sarrazins. Guillaume de Tyr rapporte qu'ils livrèrent bataille à Nouradin , roi d'Égypie , et le défirent près de Tripoli. Quelque temps après Hugues de Lusignan fut fait prisonnier dans une rencontre, et emmené esclave chez les Égyptiens qui le gardèrent de longues années.
Vers la même époque furent fondées l'abbaye de Fontdouce , près Cognac , par fa reine Eléonore , et l'église de Saint-Amandde-Boixe, dédiée par Bernard , archevî^que de Bordeaux.
Bientôt après vmreiit les comtes d'Angoulème \'ulgrin et Aymar Taillefer. Aymar eut pour fille unique de Alix de Cuurlenay , son épouse , cette fière IsabeUe qui fut une des plus belles dames de son temps. Me Miùx promise à Hugues de Lusignan , comte de la
Marche, lors(|ue, par une fatalilt; pour uos provinces, elle épousa Jean-sai^Terre, roi d'Angleterre , qui élail venu en Aauitaine pour M faire reoonntàro 4e ses vassaux, invité aux aoees d'IéabeUe , le
monarque anglais s'y rendit , et sur le conseil de Philippe-Auguste,
dit-on , il l'enleva à la vue de tous los seigneurs présents à cette cérémonie. Puis étant passée en Angleterre avec son mari, Isabelle fut couronnée reiuc dâus i'abhaye de Westminster, par rarclievèque de Canlorbéry.
Nobilie qui avait succédé aux Bauderant, seigneun de Jarnae , ses auteurs , avec Itibier de Cognac , son mari , eut |M)ur héritière sa nièce Amélie , femaie de Pmlippe. Ce seigneur n'ayant pas eu
d'enfants d'AiiK'lie , après sa mort Jean-sans-Terre s'empara des sei'/neuries de (lognac et de Merpins. Quant à Jarnac, il paraîtrait que les comtes de la Marche (les Lusignan ) s'en emparèrent aussi comme étant parents des Bauderant , seconds seigneurs du pays.
Lorsque le roi d'Angleterre fut mort, Isabelle n*e«t rien de plus pressé que de revenir en Angommoîs , laissant ses enfants entre les muDs des grands de la couronne. Aymar son père, mourut l'année qui suivit son retour, en lui abandonnant ses immenses domaines. Alors elle ne tarda pas à contracter un second niariage; elle n'avait pas oublié son premier iiancé, Hugues de Lusignan , qui lui était resté fidèle, et l'épousa en 1217. Le roi d'Angleterre voyant Isabelle comtesse d*Angouléme , lut laissa par bienséance et gntfificaiion les seigneuries de Cognac et de Merpins, situées dans ses lerres. De sorte que les trois chàtellenies de Jamac, Merpins et Cognac'firent retour au comté d'Angoulème, tant du chef d'Isabelle que de Hugues de Lusignan, son second mari.
Le roi Saint-Louis ayant donné le comté de Poitiers à Alphonse de France , son frère , celui-ci invita tous ses grands vassaux à venir lui rendre hommage. Isabelle persuada son mari de n'en rien faire, disant crn'il ne convenait pas à une reine d'Angleterre de fléchir le genou devant le comte de Poitiers Hugues suivit les mauvais conseils de sa femme et devint en guerre ouverte avec le roi Saint- Louis. Isabelle pour se défendre appela les Anglais à son secours , lesquels ne taraèrent pas à veiiii* déJbarquer au port de Royan. Quelque temps après , la victoire signalée de TttUcibourg mit loua les vassaux mécontents à leur devoir. Hugues voyant que ^ pro* jets n'avaient pas réussi, ne songea plus qu'à faire sa paix ; il alla trouver le roi dans son camp devant Pons et lui demanda pardon à genoux. Le roi lui fit grâce , ainsi qu'aux seigneurs de Pons et de Mirambeau qui avaient embrassé son parti.
Avant de mourir , Hugues et Isabelle firent leur testament ; ils attribuèrent à Hueues , leur ils^hié, les comtés d'Angoulôme et de la Marche, avec la seigneurie de Lusignan ; à Guy, leur cadet.
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ks terres de Cognac , Merpins , Archiac et leurs dépendances ; à* Geoifroi , leur troisième , celles de Jamac et Châleauneuf-sur-Charente; à Guillnumc, les terres do Bellac, Hontignac et autres; à Aymar , celles de Couhé et do Valence. Leurs trois filles, Isabelle , Marguerite et Alix , furent dotées par Hugues : les deux premières eurent chacune deux cents livTes tournois de rente , et Alix cent livres seulement. Le tout avec stipulation expresse de retour à Hugues fils ainé, dans le cas où les donataires viendraient à mourir sans laisser d'enfants.
Corlieu prétend que dans le testament de Hugues et d'Isabelle , il était dit que si la terre d»* Jarnac venait à Geolîroi par P. Bauderant qui s'en prétendait seigneur, que Hugues, leuruls aîné, l'en récompenserait jusqu'à concurrence de 5,000 sous de rente , et Gu^' 1,000 sous, et que si cela ne suilisait pas et qu'il fallut en venir aux armes, Hugues et Guy feraient les frais- de la guerre chacun pour un tiers.
Geoffroi de Lusignan P', sire de Jarnne et de Chàteauneuf, épousa Jeanne, vicomtesse de Chàtelleranlt, de laquelle il eut deux enfants , Geoffroi II , dont nous parlerons ci-après, et Ëustache de Lusignan , dame de Sainte-llerinine. Geoffroi de Lusignan I" mourut avant le mois de juillet de l'année 1263. La vicomtesse de Chàtelleranlt , sa veuve^ se remaria avec Jean V , seigneur d*Harcourt, amiral et maréchal de France.
Geoffroi de Lusignan II, vicomte de Châtellerault, sire de* Jarnac et de Chàteauneuf , épousa Péronelle de Senlis, comtesse de Dreux, de laquelle il n'eut point d'enfants. Ce seigneur mourut en 1305. Pendant son veuvage Péronelle eut pour douaire la seigneurie de Châteauneuf, de laquelle elle a joui jusqu'à sa mort, arrivée en 4336. La comtesse de Dreux fut enterrée dans Téglise de Bassac.
Eustache de Lusignan , sœur de Geoffroi II , avait été mariée dès l'an 1276, h Dreux de Mello III, seigneur de Château-Chinon, d'Espesse et de l'Orme. De cette union naquirent trois enfants , deux garçons et une fille.
Dreux de Mello IV, leur aîné, fut seigneur de l'Orme, de Châteao-Ghinon, de Jamac, de Châteauneuf et de Sainte-Hermine, n était en procès avec PhUippe^e-Bel , roi de France et comte d*Angoulôme, en 4307, pour les terres qui avaient appartenu à Geonroi de Lusignan , son aïeul maternel. Philippe traita avec lui, et pour ses prétentions lui donna la terre de Moulineuf et quelque argent.
Après Dreux de Mello , les seigneuries de Jarnac et de Châteauneuf passèrent aux mains de Raoul , comte d'Eu , lequel eut pour fils Raoul, comte d*Eu et de Guynes , connétable de France, et son
sQoeessenr aux seigneuries de Jarnac et de Châteauneuf. En I350> Raoul conspira contre l'Etat , et pour ce crime de lî^e-majesté , le roi Jean lui fit trancher la téte , et confisqua ses biens; c'e&t de là que sont venus les quints de Jarnac et de Châteauneuf, qui ont longtemps appartenu aux rois de France. Froissard rapporte que ce fut ie G novembre 13oÔ uuo le comte d'Eu vint à Paris, amené à l'hôlel de Nesle sur Tordre du roi , par le prévôt de Paris , qui ravait arrêté à son retour d'Anffleterre. H resta prisonnier dans cette vieille tour aux souvenirs lugubres de Marguerite de Bourgogne, jusqu'au 9 novembre qui se trouva être un jeudi , et le lendemain , dans la matinée , il fut décapité en présence du duc de Bourbon, du comte d'Armagnac, du comte de Monlforf, de Jean de Boulogne , et autres chevaliers. Son corps fut porte aux Augustins, et enterré hors des murs du cloître. Telle fut la fin de ce célèbre conspirateur, qui , étant parvenu aux plus hauts emplois, ne craignit pas de trahir sa patrie et d'ajouter encore à tous nos malheurs.
La propriété des cliàtellenies de Jarnac et de Châteauneuf flotta ensuite entre deux ou trois seigneurs , parmi lesquels furent Jean
avait épousé Isabeau de Sainte-Maure, fille de GuiUaume in , sei-
{[neurde Sainte-Maure, de Montbazon et autres lieux. Le roi Phiippe4e-BeI craignant que cette riche héritière ne s'aUiât h quelque
partisan du duc do Bretagne , la faisait chercher dans ses châteaux pour la mettre au coinem de Maubuisson. C'était ainsi que les rois de l'époque entendaient la liberté individuelle. Mais Isabeau, aussi adroite que le monarque , épousa la môme annétt Amaury de Craon , tige honorable de la maison de Craon , en Anjou.
De son mariage avec Isabeau de Sainte-Maure , Amaury èut deux enfants : Maurice qui continua la branche aînée , et Guillaume de Craon , surnommé le Grand , devenu seigneur de Sainte-Maure et auteur des vicomtes de Chàteaudun, par suite de son alliance avec Marguerite de Flandre , vicomtesse de Chàteaudun. Cinq enfants naquirent de cette union. Guillaume de Craon II, Faîne, vicomte de Chàteaudun, baron de Sainte-Maure, fut encore seiçneur de Jarnac. Il eut l'insigne honneur d'ôtreadmisà la cour, devint chambellan du roi Charles \ I , et épousa Jeanne de Montbazon, •qui lui apporta en dot cetio belle seigneurie.
Guillaume de Craon eut plusieurs enfants de la dame de Montbazon : Guillaume, l'aîné, vicomte de Chàteaudun, seigneur de l^int»-Maure , mourut sans postérité ; — Jean de Craon, qui fut seigneur des mêmes terres après la mort de son frère ; — Margu»* rite, dame de Montbazon et de Sainte-Maure, après la mort de Jean, laquelle se maria à Guy YUI, seigneur de la Rochefoo-
d'Eslion, sieur d'Aria
Amaury II , sire de Craon. Amaury
eauld (4) ; — Isabeau, aUîée à Guillaume Odarl , sei^^ueur Jf Verrières ; — Marie do Craon , dame de Précigny , de Verneuil el de Ferrières , puis de Jarnac , Monsoreau , de Montcontour , qui s'allia, en 1396, au chevalier Maurice Mauvinel, puis à Louis Chabot, seigneur de la Grève ; — el eiiliii , Louise de Craon , mariée d'aboraau seigneur d'Âvesnecourt , ensuite au seigneur d'Auvilliers, avee lequel elle vivait en 1423 , lorsciue ses mens furent confisqués et donnés à Thibault Chabot, seigneur de la Grève, pour la punir d'avoir embrassé le parti des Anglais.
Marie de Craon , daine de J;irn.ie , avait eu pour oncle Pierre de Craon , fils de Marguerite tle Flaiidre, lequel ayant encouru la disgrâce du duc d'Orléans, el croyant que le connélable de Clisson lui avait rendu ee mauvais service , l'attaqua un soir assialé de vingt œtafiers. Le connétable se défendit courageusement, mais obligé de céder au nombre , il fut vaincu et essuya de nombreuses blessures, qui, cependant, ne furent pas mortelles. Alors le connélable fit faire un procès terrible an sire de Craon : ses biens furent confisqués et donnés au duc d'Orléans, son hôtel changé en cimetière pour l'église Saiiii-Jean en Grève , et ses maisons de campagne démolies. Obligé de fuir pour éviter le coup qui allait le frapper, le sire de Craon se sauva chez le duc de Brelaguo, où quelques années après le roi lui accorda sa gr&ee à la prière même du duc d'Orléans. C'est ce môme de Craon qui , avant cet assassinat , avait obtenu du roi Charles VI qu'on donnerait des confesseurs aux criminels qu'on menait au supplice. Il fut bien près d'en avoir besoin pour luimême , alors que les sbires du connétable étaient à sa poursuite. Il laissa deux enfants , Antoine de Craon qui mourut à la bataille d'Azincourt , et Marie de Craon , une des dames les plus spirituelles et des mieux lettrées de son temps.
Jusqu'à présent la seigneurie de Jarnac n'a eu que des possesseurs passagers , possesseurs assis sur le sable mouvant des invasions , des dynasties qui s'éteignent sans rien apporter à leur courte jouissance. Tous les siècles écoulés ont été remplis de troubles, de batailles, de fatalités ; tout ce qu'on a t^té ct'élever a été pillé , incendié , anéanti ; il semblait réservé au règne de FlranQoia de relever les châteaux historiques , en leur donnant pour appui les plus vieux noms de la monarchie et les plus belles gloires. Mais nous ne touchons pas encore au siècle de la Renaissance; seulement nous abordons la famille Chabot, barons et comtes de Jarnac, et oeUe4à sera si bien assise sur son vieux castel qu'il ne faudra
(I) GaiHaame de Craon père, vendit b Guy de la Kocheftmcanld , son
gendre, les quatre quints de Chftteaaneuf, pour l,00è livres, le château et la (erre de Marcillac, pour 9,000 écus.
pas moins que lu plus terrible de toutes les révolutions pour Yen (h^placer. Après elle vient te néant : il y a de ces gloires qui ne se remplacent pas.
Far suite du mariage de Marie de Graon avec Louis Chabot, nous allons passer à eette illustre famille. Mais auparavant voulez-vous
savoir l'opinion d'un monarque sur ces pranrl.s seigneurs? Reportez-vous au règne de Louis XIV [décembre 1648) , et à l'occasion du mariage de Henri Cbabot, seigneur de Sainte-Aulaye , avec Marguerite de Kohan , sa cousine, vous trouverez une lettre-naienie
2ui autorise le futur époux à porter le nom et les armes de Rohan. ouis XIY accordait par la même lettre le rétablissement du duchépairie de Roban , en faveur de Henri Chabot, < comme issu de sesdits cousins (Ibabol dont la liante naissance et les alliances il- » lustres le faisaient préférer à tout autre , puisque les barons de » Jarnnc, dont il est sorti sont les aînés de l'illustn! race de (ibabot, » l'une des plus anciennes et des plus puissantes du Poitou et de » tonte la Guienne, maison dont 1 ancienneté est reconnue par une » notoriété publique depuis Guillaume Chabot, chevalier, qui flo- » rissail sous le règne du roi Philippe P"", dès l'an 1040 , duquel » de père en fds est sortie une grande lignée , féconde en toute » sorte de grandeur, des prélats , dos chevaliers de nos ordres , » des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem , grands prieurs de » France , des officiers de notre couronne, des gouverneurs de pro- » vince et des plus importantes places de notre royaume , des priiH » cesses et surtout de braves et de grands capitaines, sans même » parler de l'amiral Chabot , qui n'étant que cadet de nos cousins » les barons de Jamac , dont est issu notre dit cousin Henri Chabot, » porta sa vertu et sa fortune si haut, qu'il alla de pair avec les » princes , le roi François P*^ ayant marié une sienne nièce avec » lui. Mais entre tous ceux de ce surnom , nos dits cousins Aé » Jamac n'ont pas été sans doute les moins recommandables en var » leur , ni en Mies actions dans leur race , témoins entre attires » choses les grands services rendus nii roi François 1" par noIM » dit cousin Charles de Chabot, baron de Jarnac, que ce monarque » créa chevalier de son ordre, et lui donna le gouvernement de la » Rochelle et du pays d'Aunis. Que si l'on considère les alliances » de notre dit cousin de Chabot , on trouvera mi*elles en aecom- 1» pagnent fort bien l'ancienneté, le lustre et les honnetirâ; càr efla » a Sé aÔiée tmméiàatement avec la maison de Lorraine , et dans » les temps pins anciens avec les rois de Jérusalem du surnom de » Lusignan , avec les vicomtes de Brosse et de Limoges nos ancé-
v 1res, par les femmes, avec les maisons de CtiâiilIon-sur-Marne , » de Craon , do Parlheiiay , de Laval, de la liociiefuucauld , de » Maure, de Vivonue, de Saiiil-Gelais , de Givry, de Duras , de » Hareourt, de Longvy, de Gouffier, de Tavannes, d*Aumont, » et plusieurs autres , et mëdiatement avec les plus grandes mai- » sons de l'Europe, nommément avec celle de Rohan; n'étant pas » aussi à oublier enlre les plus remanjuahlos alliances immédiates » de la maison de Cliab(jt, que noire dit cousin par Minlelfiiie de » Luxembourg, sa quatrième aïeule, femme de Jacques Cliabol, » chevalier , baron de Jaruac , a l'honneur d'appartenir en degré » assez proche à toutes les maisons impériales , royales et souve- » raines do l'Europe , d*où vient que les rois nos prédécesseurs , » tant de la branche dite communément de Valois , que de celle de » Bourbon , soit n caiiso df ]:idite alliance de Luxembourg , soit » aussi parce qu'en ellci tous les rois de France et toutes hîs bran- » ches royales descendent mëdiatement d'une fille de Chabot, qui » fut dame Ëustache , femme de GeoflTroi do Lusignan , comte de » Japhe ; que lesdits rois nos devanciers ont depuis longtemps re- » connus et traités comme cousins et parents, tant par écrit qu'aulx iremont, lesdits barons deJarnac, prédécesseurs de notre dit cousin » de Chabot, lequel et ses deux frères, le comte et le chevalier, ont » dignement répondu par leur valeur et le mérite de leurs per- » sonnes aux avantages d'une si belle et si haute origine, et d'aussi » illustres ^ augustes alliances que celle-ci , voulant faire revivre » en sa faveur le duché-pairie de Rohan , etc. »
Voilà un aperçu qui peut fixer le lecteur sur les possesseurs do la terre de Jarnac ; plus loin nous donnerons leur généalogie sans la moindre omission. Seulement nou^ devons dire ([ue la branche des Chabot était bien moins puissante lorsqu'elle vint prendre possession de la sei^aieurie deJarnac que nous venons de la \oir au siècle du ffrand roi. François P' commença la fortune de cette maison , qui fut toujours grandissant sous ses successeurs; enfin elle atteignit son plus haut degré de splendeur sous Louis XTV et souis Louis XY; et deux fois , à défaut de descendants mâles , les comtes de Jarnac furent obligés de recourir à la substitution de leurs neveux , pour lie pas laisser éteindre leurs hauts litres et leurs vieilles gloires.
Louis Chabot et Marie de Craon, tout occupés de leurs immenses domaines, ne laissèrent que peu de souvenirs a leur terre de Jamae. Louis Chabot mourut jeune, et, après sa mort, ses quatre enfants se partagèrent sa succession. Renaud Chabot, le cadet, eut par attribution la seigneurie de Jarnac. A peine seigneur de celte terre , Renaud Chabot songea à raniélidirr par tous les moyens en S(»n pouvoûr. Le quint de Jarnac conlisque par le roi Jean , lors de la mort de Raoul, comte d'Eu, décapité en rhdtel de Nesle, appar-
tenait toujours aux rois de France , qui le iransinettaienl avec le comté (i Angoulèine. La guerre, entreprise par le duc d'Oiiéaas puur venger la mort de sen père, aveil en une issue Catale; ear Chariea, ayant appelé las Anglais à son aeoourseoBtMle duo de Bourgogne, et n'a^tikl pat rémai dans ses projeU, .par la traité qu'il m à Bourges avec eux , en Hf2 , se trouva être leur délateur de la somme énorme de 100,000 écus. il paya, dit-on, 140,000 livres comptant , mais pour garantie de ce qu'il restait leur devoir , il donna en otage Jcau d'Orléans, comte dAngoulèuie, son frère
Lee goanea eîrilaB, en londant sur la France, l'avaient appauvrie; l'argent devenait rare ; eepeodanl peur i'iionneur de son blason
Charles d'Orléans devait songer à payer ses dettes. Il ne trouva rien de mieux, pour faire face au second paiement de la rançon do son frère prisonnier en Angleterre, que de vendre à Renaud Chabot le château et le quint de Jarnac, puur la saiume de l,oOO écus» valaiU aloni 86 aeuB (4 deniefa la pièce.
Nous nous sommes procuré une copie de qet acte aux archives de i'Bmpire ; c*est un documaDl hiaioriqiie tièa-îinperteat et que nous n'hésitons pas à publier en entier. Le voici :
« A tous ceux que ces présentes lettres verront et orront, Simon » Fourre, clerc, garde du scel royal établi aux contrats de Saint- » Maixent, par le Uoi uoiie sire, salut eu Dieu notre seigueur, sa- » voir faïamifl oue, eu droit » en la oonr du dil acei fiomelleiBefit » établi Pierre ae la Rivière» éouyer, greoelier du grenier à sel de » la ville d*Oriéans , serviteur de très-4iaut et trèsrexcellent prince . * Monseif^neur le duc d'Orléans et de Valois, comte de Blois et de » Beaumout, seigneur de Coucy, etc., procureur spécial de mon dit » sei^jneur le duc pour venJio, aliéner, et transporter à noble et » puissant Ileuaud Chabot, écuyer, seigiieur de Jarnac et de Mour a VM neufe, peur le prix et somme de I ySOO écus «eyfs à présent » ayant ooars pour i$ aola U deniers la pièce. C*est à savoir le » ehastel de larme, forteresse et dosure d'icclui, à présent démoli a et inhabitable, avccque la quinlième partie de la terre, seigneurie » et châtelleiiie et domaine (fudil lieu de Jarnac. Ayant pouvoir et » mandement spécial de i*e faire pour les causes contenues et dé- » clarées en ladite procuration ci-dessous incorporée, lequel procur » leur sut dit, eu nom etcomme procureur de mon dit seigneur lo a dao, ai aufrard'hiii vendu et octroyé et par ces présentes vendft » octroyé perpétuellement en nom et comme procureur sus dit, au » dit Renaud Chabot présent, stipulant et acceptant pour lui et les » siens et que d'eux auront cause, pour le prix et somme stipulés » de 1,500 écus neufs dti coing du iloi , iiiainteuanl ayant cours » la pièce pour ^0 suis 1 1 deniers tournois , payés présentciment
» tant en bon or et roceviihlt» que en atim nmrcs 5O0 onces d'argent » en taxe, comptés, pesés, nombres et payés au dit procureur de » mon dit seigneur le duc, en la présence des notaires ci>dessou8 » soussignés; De laquelle -somme ae écats neii&oii la valeur » dliBoon, le prebufeur sus dH de men dit seigaeiir le diie, s*eBl » tenu pour content et bien payé et en a quitté et promis acqinltâr > le dit Renaud Chabot et les siens où il apparliendrar etc... »
La procuration y annexée et dont il est fait mention dans cet acte, contient deux ou trois phrases qui jugent mieux qu'aucun liislorien de l'état de la France à cette époque : l'honneur engagé, ainsi que dimtnenses domaines qui «éteieni devctoos de petkr- valeur > les hommee et sujets destnills par le fait et occasion de k fuerre qui longtemps a eu et encore avait cours dans le royaume. » Hélas ! cette guerre fntnh' nvnit ruine châteaux cl manoirs, seigneurs et paysans; les hauts barons avaient beau pressurer leurs vassaux, il n'en sortait plus rien : la ruine étant générale , ii fallut s'en prendre à la seigneurie elle-même. C'est ce que fit lo duc d'Orléans le 6 octoiyre 4411, en aliénant le-ebâteau de Jaraae à Renaud Ghaiiot»
A 4'ëpoque où nous en sommes anîvé , oe cbiteau afvaît dû dice ruiné etréédifiédeux ou trois fois. Sous ses premiers seigneurs, avec ses épaisses murailles, ses larges fossés, ses mâchicoulis, il avait servi de refuge aux chevaliers persécutés , aux dames aventureuses qui fiiyaient le despotisme d'un maître cruel et barbare. La chevalerie l'abrita de son inauleau de poésie et de fêtes. Nobilie et sa aièce Y reçurent les beaux ménestrels <fui chantèrent leurs ifueUtés aimanies et les dons précieux qu'elles tenaient du ciel. La gafainterie y lit son entrée solennelle entre la première croisade:et la guerre de Cent Ans. Détruit par les Anglais, il fut longtemps abandonné , et servit probablenienl de refuge aux pillards qui ravageaient le pays. Lorsque GeofTroi de Lusignan eut la seigneurie de Jarnac, il fil relever le château et y attira une cour nombreuse. Daus les beaux jours do Tannée , on toyait une muhitade de-chevaliers s'eierçant au pfaiisir de la chasse dans lea forêts immenses où retentissaient le eor des piqueors, les aboiements de la meute , le hennissement ptolesflé de ces fie^s coursiers qui emportaient leurs amazones à travers les taillis. Il devint un véritable séjour de plaisir et de fêtes avec GeofTroi II et Péronelle de Senlis. Mais en 4387, après que Charles V eut donné le comté d'Augouléme au duc de Berry , son frère, celui-ei vint en Angoumois avec une farte armée et prit auK Anglais les nombreux châteaux qu'ils occupaient encore, parmi lesquels était celui de Jarnac. Sous Charles Vi,'le tuaréohalde Sancerfe chassa définitivement les Anglais de la province; cl ne voulant pas que ces châteaux forts, où ils avaient défendu le sol pied à pied, tombassent de nouveau entre leurs mains, ii en ordonna la destruc-
lion. C'est ainsi que fut ri nvt rsë !e château de Jarnac A une partie de cei^ji de Bourg, tmi fut ruiné par les habitants de Co^'uac.
£n U67, Renaud Chabol iit élever sur les ruines inhabitableê qv'Htvaii aisquises du due d'Orléans, wi vliMe cMceau qu'on entoura de magnifiques jardins et d'un parc sillonné de canaux, ali« nenlés (ter le fleuve, il ne nous a point été donné de voir cette habitation princière, si glorieusement illustrée par les comtes de Jarnac. Cependant on nous en a raconté les merveilles, dues au ciseau si habile iid c*>MiHicncoment de la Renaissance, et qu'on pouvait comparei à l aile du château de BloiSi construite sous Louis XII. C*élnMft dès fonéaiB-aux pl«s fines mbesqves , des baloons tout ëenteléSf de longnes galerie» suspendues dans les- airs , à 'feMe dé légèfeté -et d'élégance.
A peine Ren:uid Chahut eul-il fait prendre au chîltean ses proportions colossales, que leconilo d'An^uulèino en fui elîrayé, il eut peur do son vassal, et le menaça de faire démolir son œuvre. Avant cette époque, on avait tellement vu de petits vassaux résister dans leur castel à la volonté et aux troupes de leurs -socerains , oue te comte craignit de la part de Renaud Ctiabot une imitation □ange', reuse. Cependant il n'envoya point une armée l'assiéger dans son château, non, il se contenta de lui intenter, comme cela se fait de nos jours contre un voisin tisurpatear, un procès eu démolition de nuiivol œuvre. '
Celte couiestaiion dura longtemps , Renaud Chabot se défendit contra les pfdleiicions du eome , et , aprî^s sa mort» ses eniinis , Vran^ois, Sêoqms el Robert Chabot , n^rent Tinstanoe' et signf- • fièrent dans la cause de volumineux mémonres. Â ravèkiement de François I'-"" au comté d'Anp^oiilOnîo louin cotto pjigantesqne proèé^ dure fut abandonnée, et lecliâleau de Jarnac continua de s'enibeMîr de tous les chefs-d'œuvre de la Henai^^sance sous le souffle des artistes ingénieux qu'on fit venir d'Italie.
Renaud Cluixil brigua rbonneur d'avoir un emploi i la cour ; lé roi Louis XI le lit son conseiller et son cbarebellan. Après son secend maria^ sfvae Isabeau de Rochechouart, fille de Jean de Rocbe^ chouart, seigneur d'Aspremmii et de Bion, el de Jeanne de la Tour- Landry, dame de Clervaux, il eut droit de justice sur cette dernière terre, oppoUéc en dot par son épouse. Le seigneur de la Tour- Landry, son cousin, lui contesta ses droits; alors survint entre les à&a\ rivaUx une lutte aehamée dans laquelle le seigneur de la Tour- Landry fut tué. Ce meurtre causa une (grande douleur à Renaud Cbabot> malgré la rémission qu'il en obtint, laquelle, dépendant, ne fut entérinée que longtemps après.
Mais il était bien en cour, il défondit bravement son pays , et par « sa forteresse du dit lieu de Jaruac et aussi par sa prudence et
vaillance, la dite ville el châtellenie et le pays d'environ, voire môme la dite comté d'Angoulème , oot été gardés et défendus contre les Anglais, aneîeiu ^aemia àn Hoy el du loyanine, et podt la gstde du pays, il a le dît momieiir de Jarnac lout ton tenps et jusques à la mort. »
Le peuple de l'Angoumois sut apprécier les qualités éclairées et guerrières de Renaud Chabot, qui ramena ta tranquillité dans nos campagnes et le bien-être qui l'accompagne presque toujours. Des deux mariages au'il avait contractés, il laissa onze enfants, dont cinq garçons et six nllet.
Son filaatné, Louis' Chabot» daatiaé à lui sueeéder à la tnradc» Jamac, mourut la môme année que son père; le cadel étant cheva^ lier de Rhados , In droit d'hénVlité passa au suivant , François Chabot , abbé de Castres et de Baiçnes , qui laissa le froc pour la
{)rofession des armes. Mais ce dornier étant lui-même mort jeune , a terre de Jarnac passa à Jacques Chabot, son frère cadet, chevalier, oonseiUer et ebambdlan dea rola Obaile» VUI, Louis XH, et plus tard de Eiaacoia P^.
Jacques Ckabot et Madeleine de Luxembourg, son époiise, eurent l'honneur de recevoir souvent dans leur château, Louise de Savoie et ses deux enfants. C'était surtout lors de leurs fréquents voyages de Cognac, où elle tenait sa cour, à Angoulénie , le chef-lieu de son comté. Louise de Savoie n'était pas encore cette duchesse inflexible qu'on a eonnu plus tard, Ionique tous ses plans d'ambition fuMitt comblés à seubait. Alors elle A'élait que ooflMBM, et par fois en asseï mauvaise intelligence avec la reine Auiada.Bcétagne, qof se faisait un jeu d'être sa rivale à la cour.
Charles Chabot, leur fils aîné, fut un des compagnons d'armes du jeune roi de France à la bataille de Marignan. Il accompagna le brave et chevaleresque monarque dans plusieurs combats, et eut le bonheur de ne point se trouver à la jouraée do Pavie , qui fut si malbiBureuse, que la bataille iinie le prince écrivit à sa mère : IknU ni perdu, maaamê, fort VkatmBmr. Après la captivité de Madrid i François P', reconnaissant des services que Charles Chabot avait rendus à sa cause, le fit baron, chevalier de ses ordres, gouverneur de province et maire perpétuel de Bordeaux. Le baron de Jamae continua d'embellir le château de ses ancêtres : à l'ogive de la chapelle se mêlèrent les colonnades delaRenaissanee, les arabesques, lea dentelires, les balustrades , les cUffiria entrelacée. Les jardins affirirent un coup-d'œil vraiment mag^ue; c'étaient des grottes, des cascades, des bosquets toujours verts, où les nymphes jouaient avec les faunes et les satyres , pondant que des sirènes , attirées par les sons harmonieux de la flûte du dieu Pan , sortaient des ondes et dansaient autour du char de la blonde AmphiU'ite.
Liyiiizuo by LiOOgle
Un jour lû Renaud de ces lieux fortunés dil à son Arrnide, représentée par Madeleine de l*uyguyon, femme jeune et belle :
— Que pensez-vous, ma mie, de ce Jupitar assis sur ce trône de gazon ; n'est-il point de votre goût ?
Et Hadeleiiid s'appuyaoti» peu plus fort m la bns do aoii cbovalier, lui répondii ou o&Uaaiit:
— 11 mo plail Hioauooup.; du tmlB , il no Mntdo que co mm vos traits.
Le baron fit un signe affirmatif.
— £h bien ! maintenant, ma mie, continua-H-il, que voulaiovouft lui donner pour compagne , Junon ou Lëda ?
A cetto quoolion ud éolaîr puso devant les yeu de Hadelefaie; il lui sembla jue eotte allernatiye coBlenait un sens caché , et awo cette pénétration eommuoe à son sexe, elle lui répondit :
— Oh! Junoo» messire, TOlyopo doit donaor reieinple dot bonnes mœurs.
^ AU ! ma charmante, s'éeria le baron en indiquant à la jeune femme le coin à demi plongé dans l'ombre d'une grotte tapissée de coquillages, tenez, ^là Juaon.
C'étaient les traita de ICadelisiDO reprodujils sur une belle statue drapée à Veotique.
Il est donc bien vrai, murmura-Mlo en attachant un doux re*
aoyea Junon. Vous ôte& joune et jolie. . . je auia veuf et je tout aine: * Puis-je faire autrement que de vous époiueert C'est devant deux chefs-d'œuvre que je veux sceller mon serment > et ce disant, le baron prit la nain fine et blanche de la Jeune femme et la porta à
ses lèvres.
— Et que ferez-vous de Léda? demanda Madeleine d'un air inquiet.
— Léda, ma mie, ira se jouer dans les roseaux de celle cascade, OÙ efle se eaelieni pour être mieux vue du' maître éë rOlympe.
Gomne tous dtes ingénieux, baron.
— Dites amoureux, Maoeleine. Voyeas combien l'artiste a dépensé de patience et de talent pour reproduire vos traits de souvenir ; il est vrai que s'il a atteint la beauté dn modèle, j'en suis pour quelque chose, car ces traits étaient gravés dans mon cœur, et ma foi, ne pouvant faire mieux, j'ai coui^eillé l'artiste. Ne trouvez-vous pas qu'il est doux au cœur m rêver les arts» Taoïovr et la ooési»T
Six semaines après Charles Chabot présentait la Mronne de Jamac à toute la cour » réuni» dejHiie peu dans le nouveau cliftteaw de Saint-Germain que le monarque venait de faire éfcever au^nHieil .d'un de^ plus magnifiques endroit^ du monde.
Damé Kopuleneo dé celte nif^me cour , et à l'école brare et chevalf^rosque de François T'S vivait déjà dopnis lonj^tonips un fils de Charles Chabot , né do son premier mariage avec Jeanne de Saint-Gclais. Enfant d'honneur du roi , il av.Ht confjnis tonte son affcctioB , et le prince repoilait sur le lils la reconnaissance qu'il devait au père pour ses services. Non content de cela, Gtfy Chabot Jnîgua encore Fambîtioii et l'honneur d'approcher le trône de plus urës : il épousa Louise de Pissoleu, sœur de cette admirablement nelle dncliesso d'Etampes, qui était depuis dix ans la maîlrosse du roi. De sorte qu'il se trouva {)resque le beau-frère de François l".
Pendant que Guy Chabot goAtait dans une douce oisiveté les faveurs royales, des courtisans jaloux, à qui le monarque avait peutêtre llBfusé> d^apfë» I^ivisde la favorite , un emploi de gouverneur, un grade de colonel ,^ ou m titre nobiliaire'; ces (Courtisans jetèrent feu et flamnie contre la duchesse d'Etampes ; les femmes ellesinèine.s qui avaient quelques politos rancunes en résene se mirent de leur ciHé, flattèrent le dauphin et Diane de Poitiers, et finirent par diviser la cour en deux camps. Dès-lore les einiemis communs; vivant ostensiblement en bonne intelligence, se surveillaient active^ »ént, décidés à profiter de tout pour faire virer do bord les foveurs de cette fée inconstante qu'on nomme la fortune. Uâe oedâsion se présenta : une confidence faite par Guy Chai)ot au dauphin, amena une indiscrétion de la part de celui-ci.' Un jeune homme, très-chevaleresque et surtout très-fanfaron , voyant le prince engagé dans un mauvais pas, voulut l'en tirer en prenant son fait et cause : Guy Chabot tint bon et nia le fait , ce qui amena un duel entre les deux adversaires. Voici au surplus une relation exacte de cette fameuse lenoontre.
uu w ooT. mm m ^ iA cuiTAifis^BAui r .
M cm VK JIMâC.
La com* du roi François I**", une des plus polies et des plus galantes du seizième siècle, prenait ses ébats dans le château de Saint- Germain, sur les bords de celle Seine favorite, qui , en passant à Paris, baise les pieds du Louvre, et s'en \a lonll de là, au Havre, Mêler sa voix barmoiiieiltte à «ellë des tempêtes. Dans cette cour «ventureuse vivait un lean jeune* Homme > élevé aux frais du roi , qui avait voulu être son pan^din «t qUi Fappelaiison fil&. €• jenoe
homme avait de la grâce, de l'osfjrtt, du i:oura«,'e, de l'uudate; if s'appelait François de Vivoiiiie, sei^'iieur de la Chàlaigneraie , et était fil* d'André df Vivoiinc , grand sénéchal du Poitou. On l avait remarqué dan.") dillcietUâ combats en Italie, et pas» uq n'eût osé lui dispator sa btivoiire» tuA la cour raimait pour $a générosité , pour ses MIoB^rlcis, poor son-esprit; lo dauphin Taimait presque autant qnelo roi. «Du reste fort amoureux , fort libéral, e^tceUani dans tous les exercices, adroit une épée à la main, que c'était merveille ; menant toujours après lui quoique maîtro d'aniics fameux, jusqu'à ce qu'il on sut tout le secret, et on faisant venir d'iialie quand il n'avait plus rien a apprendre du dernier. » Le vieux séaéciial, qui oDORtissail le oaraolère bouillant et impétuem de aoQ fiist disait parfois : € S'il va jamais ou enfer, il fera tant de peur aux diaolsB (fu'ils fuiront pour le laisser tout seul. » Tel était la GhAtaigneraie. Redouté dos hommes qu'aucun d'eux n'aurait voulu pour rival , il *''!nît aimé des femmes qui admiraient son audace, je pourrais dire son insolence, sa jeunesse et les qualités aimables qu'il déployait auprès d'elles.
A eetie mdne eour, paraiî les favoris du roi., élevés Ib.ta-inôitift éeoie. Tirait aussi Gtvy Gbabo^Jaraac, appdé à ce^te époque le sioun de Montlieu , parce que son pére, le bturon de Jarnac, existait esh
coro. Guy Chabot était d'une taille moyenne et bien prise, d'une ligure agréable sans être belle, mais d'un noble maintien, d'une bravoure disliuguéc. On l'avait vu dans plusieurs combats faire preuve d'une grande valeur, et le roi François l", qui le traitait eu fils, h» fit éponserla aesnr 4e la ducbesse d>£tampes, alors toute puis* ' saale aupièe du monarque. Maisila galanterie. ei le laci politique de la cour ne s'aKletti pas toujours- à la bravoure; Guy Cbabût.nouft en fournil la preuve , car il ne sut pas taire ses quelques bonnes forttmes , de sorte qu'il fui pieu aîmé des femmes , qui lui reprooUaieat d'être indiscret.
Guy Chabot et la Châtaigneraie , saus jamais avoir été amis, avaient été «ompagaons d'armes; ils se vo^^aient setwenl, mais: il» se parlaiebt pea , itt hfion qu*il n'y avait enlr^eux si baine ni
amitié. . - ,
Un jour, on prétend que ftuy Chabot étant allé à Compiègne avec le dauphin, fit confidence à celui-ci que Madeleine de Puyguyon , seconde femme de son père, et encore jeune et séduisante, ne lui refusait aucune preuve d'amour et qu'il s'éiaii fait remettre par elle des sommes considérables, qu'il avait follement dépensées. Le daupbin t'en fin impradeaMoent raeonler oe que Quy Cnabot vettail d6lttidfre..BiantôiiMite la cour le sut, d cetti» aventureiaervit de thème aux conversations des oisifs du château. Cette étrange révékktioo qu'on^a difiéreiBiment jngfîe , fut une gcaiidi^.iiouleur pour
fa (lucliesac (i'Eljirnpes , qui \it ainsi sa famille <lov(;iiir la fable de la cour, tandis qu'elle plon<^ea dans la joie Diane de Poitiers et ses amis, qui s'empressèrent de inoiilrer an doigt Guy Chabot et sa belle-mère. Tous ceâ méchantâ bruits lirent irruption dai)s ce vastechâteau de Saim^Gemain ; ils ne mumènUt' pas^ 4'eifiw «iix ereilles dq roi Fkvneob I^, quide%eiuiit vieux etn*i4iiieit plus guàr» le eeandele.. La duchesse d'Étampes ae jette aton aux pieda du^monarque et le conjure de faire remonter à la source de ces rumeurs, pour savoir qui, le premier, a répandu ces bruits fâcheux. Le roi ne sut pas résister aux prières et aux larmes de sa favorite; il ordonna une enquête sévère , et comme, de on dit on on dit, ou allait remonter jusqu'au dauphin lui-môme, la Châtaiffueraie » sau» deule ioléfeasé dans ecWe affaire, pril liit et cause pour le prinœ, et dé* chm que' c'était à lui, >la Châtaigneraie, que Chabol-Jarnao avait flit cette confidence , et qu'il le soutiendrait envers et contre tous !
Il fallait voir alors les agitations des deux femmes rivales qui se partageaient la cour : Diane do Poitiers était triomphante , la duchesse d'Ëtampes était furieuse. M. de Jarnac, abasourdi, répondit à la Châtai|;neraie par un démenti fonMl , mais le ni , fati^é der tout ce brqit , imposa ailenee à ces deux eonenis , dééennaie hnplacaldaafe *
Sur ces entrefaites, François 1", qui se sentait mourir depuis longtemps, rend le dernier soupir dans la grosse tour du château, Rambouillet. Son successeur s'appelle Henri II.
A peine monté sur le trône, le jeune souverain voit se renouveler lii querelle de Jarnac et de la Châtaigneraie. CehiMÎ ^venait d'êUrfr oèmMé d'ime faveur neuveye : le foi ravailnonuiié«Dlonel^génénl de l'infanterie française. Les méeenteuls qui a*agitërent à la cour,, après la mort de François I«', fufent nombreux. Diane de Poitiers continuait d'en faire les délices par ses grâces et son esprit. Mais à celle môme cour la fortune de la duchesse d^tampes et de ses amis avait considérablement baissé ; de façon que Guy Chabot-Jarnac se trouva dans la disgrâce du roi régnant. Alors, par suite des mar èkinatioAs des eountsans-en liire , |a quereUer de la CkAtaignerua se ranima plus violente et plus passionnée ^e jamais ; les deux adt vepsaires demandèrent k ^aoip dos ail toi , pour vider leur diffé-rend. On comprend que le monarque ne refusa rien à celui qui s'était fait son champion, et, partant, le champion delà belle Diano.
■ La Châtaigneraie, en demandaiii à prouver par le duel, le sujet de sa querelle avec Cbabut-Jarnac, obligea celui^ à Taccepier, pm la délaase de riipiiiiewr.de sa fii«iièa, i» oarlal: iwoy^ àtkmà par Jft CMiMipMraie , pour kl daniaDdeff lo> eomM, -élatL aiiai conçu: '
«. Suit agrast ootendu que Ouy Ghabei a dié demiibrcipBaut: à
— Jfi —
V ('omi»iôgne, où il a dit (foe quiconque avait dit qu'il se fut vanté » d'avoir couché avec sa belle-mère , était méchant et malheureux ; » sur quoi, Sirb , avec votre bon plaisir ri vouloir, je réponds » qu'il a méchamment menti et mentira toiiiufoiâ et quantes qu'it » dinqii*6ne6la j'ai dHèhose qu'il n'aUdil:6trOi»'«dHpl^^ » fob eC s'est vanté d'avoir coaché mo sa Me*iiièra*
» François de Vivonhb. »
Gè cartel étai( suivi d'un autre écrit où la Cbâtaigner^^ie demandait au roi i faire preuve de ce qu'il avail dit » afin que par ses mains ,
Iïttîsque le cas ne pouvait se prouver autrement t fut vérifiée toute* 'offense que Janiac av^it Ujàlo à Dieu , à son père et à la justice. Instruit de ce ({ui se passait, Guy Chabot écrivit de son côté : « Cartel de AI. de l^on^eu , siçur dp Jfaraac, au roi mon sou- » rain seigneur.
9 SiRS » je suis venu expi;ès do ma maison, pour me défendre do » la fouaie imputation de uauelle je vous parla» k, Compiègnc , et » veus supplie de le trouwnou pour l'honneur qu'il vous « plu 91e » fairo de me nourrir.
i> Guy Cbàbot.»
Alors le roi Henri II , après en avoir donné connaissance à son conseil , autorisa les sieurs de la Châtaigneraie , assaillant, et Guy Chabot, assailli et défendeur, à vider iour différend parla preuve des armes en champ clos. Et lo prince, qui ne doutait pas que son ehampion ne fût vainqueur, voulut donner à ce duel l'anpareil lo
rlus pompeux. Cette sanglante cérémonie fui fixée. au dinanebe 0 juulet i547, dans le pare du château de Saint^Gecmain. Les témom devaient être le comte d'Aumala pour l'aaniUaiit, et Bf. de 9ol88y, grand écuyer, pour l'assailli.
Arrivé au jour tixé pour le combat, tout le peuple de Paris accourut à Saint-Germain , comme s'il s'était agi, pour lui, d'assister à une fête. La Châtaigneraie se croyant très-supérieur à son rival, emprunta beauoov)^ d'argenterie , et fit prépatev un ma^gnirique souper, auquel il invita ses nombreux anus, afin da Jm litfe jouir de son triompke.
Au moment où lo soleil suivait le char de l'aurore à l'horizon, le hérant d'armes cria aux deux cantons du camp dressé sur l'espace libre entre le châleau et lo parc : « Aujourd'hui 10*^ jour du présent » mois, le Roi notre souverain seigneur a permis et octroyo lo camp » libre et seur à toute outrance à François de Yivonne, sieur de la » Châtaigneraie, assaillant, ft Guy Chabot» sieur de Bleiulieu, dé- » fendenr et assailli ; pour mettre fin par las aiMS.a«.dilférend » d'honneur dont e»tre les parties est question : par quoi, je fais à » savoir à tous, de par lo Roi, que nul n'ait à empêcher l'cifct du dit
-» présent cumbai, ni aider ni nuicu à i'au uu à i'aulre Uos CQU>|>«t' » tantSf «iir j^&i/id de la vie. »
âiirl'esinuledmMéa pour la ooar, qd voilsuccd$9ivementarriyor pour èlrB speelatours du duel, te roi, Catlierino de Médicis, toutenyoôniiite do jeunesse et d'attraits, meedames les iiltes dû France, la princesse de Condé, madame de Nevers, mafînmtj de Guise, Diane <le Poitiers, mesdames de Montpcnsicr, de Rieax, d'Elbeuf , de la Koche-sur-Yon, d'L'sez, de Brissac, de Ciiàtillon, de Biron, de Joyeuse, de Barbezieux, de Lansac, de V'illeroi, d i:)nlragueà, delà Méilleraye, deSomtnerive, de iude, de Saneerre, d'Ealréa» (Gabrielle et Diane), de Rostaing, de la Mirande,*de Grammoiit, d'Etampes, de la Châtaigneraie, de Torigny , et ces deux belles fleurs de la corbeille du printemps de la cour de France, mesdemoiselles de Guise et de T.ou^^^ueville, et tant d'autres à l'avenanl. Parmi les hommes ou remart|uail tous les beaux noms (fue nous venons do citer, et encore messieurs de Sansac, Monclus, Amboille, Frésolle; le comte Balinguier; les seî^nears de Glervaux, Boisse, Yaux^^Rotty et d'Ambleville. On complaît aussi tous les chevaliers de cette- eorur de France, et, ce qui ne valait pas moins , de belles ddmee oV de* moisellcs.
Avant le duel , le^ deux champions jurèrent sur les saintes Evangiles qu'ils combattaient pour bonne et juste cause. Toutes les passions paraissaient soulevées dans ce moment c^m mettait ei) présence deux familles, rivales. Le roi et Diane dfi Poitiers i^es'eQ cachaieoi,
iiasf ilS 'faisaieat des voeux contre Guy Chaboti Xi*intécôt devenait» mmense : d'un cdté, la Châtaigneraie si fort et si habilo dans. ces- «sortes de batailles; de l'autre, Guy Chabot était si calme et paraissait si oublieux de res exercices de guerre, que l'issue du combat ne semblait pas douteuse. La Châtaigneraie se présente comme à une fdte : beau et rayonnant, il ne dispute ni sur les armes qHeasives ni sur celles défensives; il accepte toutes les cûuditioos, tant il avait da eonâanee en son épie* Guy Chabot prit donc de son ppignet solido un' glaive tout d'une venue, qu'il teaditcoame «n miir d ainûa .de^ vant la Châtaigneraie.
Les témoins ayant laissé les combattants, on vit ces deux ennemis face à face, l'un plein de sa force, l'autre plein de son bon droit , s'aborder furieusement et se ruer contre l'acier avec ujie valeur digne d'uno meilleure cause. En ce moment, je vous laisse à penser Vmm des dames, le siienee des hommes > ja euHosilé de tout le monde !
Après plusieurs coups échangés de part el d'autre, l'un porté par Guy Cbabot-Jarnnc atteignit le jarret de la jambe gauche de la Cbâtiiigneraie, ce ijui lo lit lié<;hir et tomber. Jarnae voyant alors que son ndvorsair(! elail atteint d'une telle hiHHir que sa vie étiùt à .<>a.dis'
Crétion, Fui ffif : « Ih'ful-moi mon honneur et crie merci â Dieu et au roi de Vrani'c do ^'ojjcnsc fp.ir tn r.s- faite. Uend-moi mon honneur! D'après la loi des diit'ls, il f;)!l;ii! ipio In Châtaigiieraio avuiiàt qa'il avait menti el dcinantiài g.àcc au \ainqueur, ce qui était tout simplement impossible pofor le plus^dédaigneui^de^bommef èt le plui hant 'à la main.
' La CbAtaigneraie, renverst' ( t ne pouvant se relever , ne mttf»in»rn pns un mot; on vnin (îuy Chabot le supplia de lui rendre l'honneur, et de â'act-nser vaincu. Alors se dirigeant vers l'estrade n^yole, el à genoux devant tous, (iuy (Chabot dit au roi : « Sirb, je vous » supplie que je sois si Iteureux que vous m'estimiez homme de » bien, je vous donne la Châtaigneraie, prenez-le, Siée, el que mon » homieur me soit reodu. Ce ne sont que nos jeunesses, Sikb, qm » sont cause de tout cela, qu*il n*en soit rien imputé aux siens ni à » lui aussî par sa faute, car je vous le donne, y*
Le roi garda le silence! Vous devez penser qu'elle fut la solennité de ce moment, moment plein d'angoisses el de tortures! Guy Chabot revint encore vers la Châtaigneraie, et le voyant écumanl de déuit et de fureur , en essayant de se jeter sur lui de noilVeau, il hii dit : « Si tu bouges, je te tue ! » Le vaineti faisant de vains efforts pour se lever, lui lépUqua avec colère et défi ! « Tue-moi donc !»
Guy Chabot étant revenii vers le roi, renouvela sa supplication; mais ce ne fut qu'à la troisième fois que le monarque consentit à accepter la Châtaigneraie, c'est-à-dire de répandre pour lui. A partir de ce moment le combat étant terminé, la Châlaiffneraic fut enlevé du champ clos, et le roi enibrassa Guy Chabot, en loi disant :<¥da8 afveK comoattu en César et parlé en fecëron. »'
Go langage de la part de son souverain fit un extrême plaisir h Guy Chanot, qui le remercia de l'honneur qu'il lui faisnit, le suppliant de l'agréer toujours pour sou serviteur, ee que le roi lui promit. Puis, nyniit pris congé de toute la cour, le vainqueur retourna à sa lente, el de la à la maison de M. de Boissy, graud éouyèrj'lé^ lieltë par tous les princes, chevaliers et gentilshommes témoins du combat, tant pour la conduite digne et courhgeuse qu'il avait mon^ trée avec un adversaire aussi dangereux que la Châtaigneraie,' que pour avoir usé de belle gracieuseté envers lui.
Quant à la Châtaigneraie, avec sou esprit hautain et son àme inflexible, il ne put se résigner à vivre ; il comprit qu'il n'y avait pluâ pour lui ni hommage, ni louange, ni respect dans celte jeune cour qiil s'annonçait si brillante; d*tine main fertne il arracha r&pparert posé sur sa blessure. Ainsi mourut à vingt-<{uatre ans, le beau la Châtaigneraie, lui qui avait préféré la réputation d'être le plus vaillant homme de la cour, à 'celle du' plus pnident. '
A peine mort, la Châtaigneraie fut oublié, péché de cour assez commun, et le roi s'en consola en voyant ensevelie une ailaire fà-* eheiise dans laquelle il avait eu une large {^rt.
JL'élDiioemeBt que causa ce dénouement, auquel on était loin de s'attend, changea la fôte qu'on avait prépax^ en une scène de confusion et de désordre. Le festin et l'argenterie furent pillés par le peuple, et l'impression qui resta d'un événement dont la cour et la ville furent longtemps occupées, firent donner proverbialement le nom de coup deJaniac à toute espèce de ruse qui, en surprenant un adversaire, déconcerte aussitôt tous ses moyens de défense. >
Seize jouis après eette soèuQ, Henri II fut sacré à Reims avec kt pompe aceantumée.
Un homme ambitieux et dont l'extravagance est poussée à ses dernières limites, est presque toujours une calamité pour ceux qui vivent en sa compagnie \ il se trouve partout sur leur chemin , leur vole leur part de soleil et de bonltenr» at semble accaparer potv lui seul tout ce qu'il y a do réputation, delHcavoure et de galanterie. La Châtaigneraie était un de ces hommes; mais lorsque Guy Chabot lui eut dit comme ce philosophe de l'antiquité ; Ote-toi de mon soleil ! beaucoup de personnages laissés dans l'ombre par l'éclat du favori, reparurent au grand jour. La fortune tourna ses bonnes grâces vers les nouveaux venus. Le nionarque allait se faire couronner SOUS les voi^ gothiques de celte magnifique cathédrale de Reims» et pour cette oârémonie il voulut un cortège nombreux al imposant comme on n'en avait jamais vu depuis Charlemagne. Ce fut une occasion favorable pour se montrer, et les nombreux courtisans disgraciés depuis la mort de François P*" n'y manquèrent pas. Guy Chabot, complètement rentré en gnlco après son duel avec la Châtaigneraie, accompagna le nouveau luunaruue à la basilique de la Sainle^Ampoule, et, pendant le sacre, ce fut lui qui porta les éperons;d'ar du roi cbevauer.
lim le cours des années suivantes , le baron de Jamac fut lait premier gentilhomme de la chambre du roi, et gouverneur des provinces de Sainlonçe et d'Aunis. En 4568, il força la ville delà Hochelle, qui secouait alors les privilèges de la couronne en devenant le foyer séditieux des protestants , de recevoir une gaiui:>un dans ses inurs. Mais les Kochelais s'étant révoltés quelc[ue temps après, il lui fut Impossible de tenir contre une population exaspérée. Il sortit de la ville, mab ne tarda pas à venir Vassiéger. Les ooclrinei de Luther et de Calvin firent couler à flot le sang français ; ce fut l'époque des grandes batailles entre deux puissances rivales; et Montcontour eurent ïw^ en ptoins d'une année.
Ronsard alors éleva la voix; et, dans le transport d'une lyrique audace, il prophétisa la ruine des seigneurs de rAnçoumois qui flvaienl ti obaudetteni embmsé la eause du protestantisme, et les menaça de tous les foudres royaux.
Le comte de Sancerre , Et le seigneur d'Hliers , Te porteront par terre Indomptés chevaliers.
Parmi tant de milliers, Tu dois Jarnac connaître Que les Dieux familiers Sous bon astre ont fait naîtra.
. . Comme ra;yinllùt être De son haineu vainqueur Btdesiî-mlmimitb»
Cemmamlcnt k son eosoi'.
Léonor Chabot, fils aîné du baron de Jarnac, succéda à son père dans ses titres et honneurs, fut lieutenant d'une compagnie d'infanterie de son nom, et eut plusieurs enfants Je son mariage avec Mar-
Suerite de burfort-Duras. Sou troisième liis devint seigneur de iiî«l»*Aiileye, el Hewi Chabot, ion petiHU», s'alfia à Marguerim 4s Rohan.
A roccision de ee mariage, Ninon de Lenclos raeonte une aaefr-
dote fort piquante, qui , tout naturellement, trouve sa place dans notre notice. « Mademoiselle de Rohan, dit-elle dans ses Mémoires, se prit de belle passion pour M. de Chabot , et voilà la guerre allumée. « — Ils se marieront U disaient les uns; « ils ne se marie" lont past » diameolks «nms» On fiiHHàessue des gageurw foUee.
douairière de Rohan jetait feu et flammes et d^endait à tous les enrés de Paris de donner la bénédiedon nuptiale à sa fille. Mais l'amoureux, plus fin qu'elle, alla se marier en dehors du mur d'enceinte. Il n'y eut bientôt plus de remède. On nomma duc le nouvel époux, afin que la demoiselle ne dt^scendit pas, et ce fut en résumé pour Chabot une assez bonne aiïaire. »
Henri Chabot, appelé après son mariage Henri de Rohan-Chebot, devint prinee de Léon, eomto do Moral, mar^uisde Blaîn, de Montr lieu et de Sainte-Âulaye, et prit pkce ponm les pairs de Franoo.
Léonor Chabot, baron de Jarnac, avait contracté deux alliances. De Marie de Rochechouart, sa seconde femme, il laissa trois filles, dont Eléonore Chabot qui épousa Louis de Vivonne, seigneur de la Châtaigneraie. Ce fut sans doute pour apaiser les ressentiments des
deux familles qu'on ût célélirer ce moriige. Bn' sorte que la hâiiie «nie se pomioDt les petit»-fifcs des combattatols de Ssiot-Oeiiiiain^ «éteignit dans un banquet nuptial, à la loMir de Bille bougies» et au sourire virginal d'une jeune fille.
Louis Chnbot , arrière petit-fils Je Guy Chabot et de Louise de Pisseleu d'Heilly, sœur de la duchesse d'Elainpes, fut fait maréchal de camp et couiie de Jarnac. Pondant que la Fronde grondait dans )a capitale avant de se répandre sur nos provinces» il eut mission de convoquer à Cognac, le iMin de ta .noblesse angoumoisiae, et de la préparer à soutenir la lutte acharnée que Cp^é allait lui faire par ambition, elle due de la Rochefoucauld pour plaire à la duchesse de Longueville, cette noble rein*; de la Frondo, qui n'eut que le tort de se muler un peu trop à la [lolitiquo orag(Miso do son temps.
Nous ne trouvons point dans le journal que nous ont \é<iué les écrivains de l'époque sur le siège de Cognac, le nom du Chabot. Après la réunion de la noblesse restée fidèle au drapeau monarchique, Louis Chabot fut probablement mandé à Pohiort auprès du roi et de la reine-mère, qui y avaient momealan^ent transporté leur cour.
Le siège de Cognac par Condé sera à jamais célèbre dans les annales de l'histoire. Jamais population ne se défendit avec un pareil courage : les hommes se battirent comme des lions, les femmes fu'renl sublimes de dévoùment, et les enfants eux-mêmes, à peine échappés des mains de leurs noarrices, formèk^nt deux compagnies de frondeurs qui lançaient des pierres aux assiégeants. Au boat'de linit jours d'attaques infructueuses, durant lesquels il avait été tîné 407 coups de canon, Condé leva le siège, après y avoir perdu la majeure partie de ses troupes. Louis XIV, do l'avis de la régente, accorda des titres de noblesse aux principaux défenseurs de la place, parmi lesquels on cite MM. de Fonlenelle, de iioismorin, et sept ou iiult autres. Tous, et jusqu'aux plus siniples artisans^ ployèrent en cette circonstance un courage vraimant béroiooe, et mnont voir <fne tout le monde est -soldai quand il «'agit de détendre sa patrie ei sa liberté.
Guy-Henri Chabot, second comte de Jarnac, vécut à la cour de Versailles jusqu'à l'îlge de trente ans; à cette époque Louis XIV lui confia la e.iiar^e de lieutenant du roi en Angoumois et en Saiutonge. Durant les belles années de sa jeunesse, écoulées si vite à la cour festneiiB» du monaitiqoe , il avait épousé Bfarie-Ckiire do Crénui , dame d'bonneur de la dudtesse de Montpensier. C'était une oiah cendanle de ces fameux sires de Oéqui, en Artois, si connus pair Inur antique noblesse et leur vaillance. Ces preux des siècles néfoiques avaient fait graver sur les tours de leur château cette devise, qui était en môme temps leur cri de guerre : « A CafiOui le OBAUD VARON nuL NE- SI m>TTE. » Et c'était la vérité.
Marie-Claire de Créqui était ia sœur de Fran^oii» de Créqui que toute là cour «dnimiil par ses grâees, son esprit et sa bonne mine. Madame de Sévigné, elle-même, se Imsa prendre k de si doitt pièges. Lorsqu'il paraissait à Versailles, toutes les dames de la oe«r se l'arrachaiont , tant le beau chevalier avait d'aimables manières. Il fut prùué à ce point , qiK^ duchesses et marquises savaient par cœur le couplet qui suit, dont nous devons le souvenir à Madame de Sëvigné :
Si j'avais la vivacité ' '* • Qui fait briller Coulaiiges, Si J'avais aussi la beauté Qui fit régner Fontangcs, Ou ai j'étais comme Gonti , Dse grAees le modèl0| îbiH oeiA sMait peur Créqm, DuMl m*«tre lafldMe.
La comtesse de Jarnac , qui était une fort belle et aimable personne, mourut au palais d'Orléans à un âge où beaucoup de femmes briguent encore l'honneur de plaire. Elle laissa deux enfants : Louis Chabot, alors âge do neuf ans et mort à seize; — et (iabnellé Cluibot, jetioe iUe d*un âge pea avaneé. Son corps fut porté aux Célestins de Parie et enterré dans la chapelle de sa famille. Le portrait de la comtesse de Jarnao foit forlie du grand musée national de Versnilles. On peut l'attribuer au peintre Uigaud ou à Mignard; car ce sont là les touoiies et les suaves coups de pinceau de ces grands maîtres.
Guy-IIenri Chabot puisa dans sa douleur une force nouvelle contre les adversités de la rie bamaine; nais son lue élevée ne tarda pas k sentir xotm le vide d*an tiioode qui oè sMntënMse ni à nos
sensations ni à nos regrets. Jeune eneoie* il respecta pendant quatre
années la mémoire de sa femme, en ne cherchant pas à contracter de nouveaux nœuds. Au bout de ce temps, il crut qu'il avait été assez isolé ; son cœur s'él)r.'iiila à la vue des charmes éblouissants d'une Jounc descendante des ducs de Montbazon , et il l'épousa. Charlotte de Ro1ia»>MoBâiQgHm était la fille, alliée de' Gharles de Roban el d'Armande de Schomberg, héritière de- Henri de Schoo»herg, maréèhal de France.
Avec nn grnnd nom, Clinrlotte de Roban apporte clans la maison de JariKif dos grâces séduisantes, tous les charmes de la jeunesse, le goût des plaisirs. Charmante transfuge de ia cour de Versailles, ello crée, elle invente chaque jour do nouvelles fêles au ehittairdeson époux ; ensuite elle y atture un teriHani af^page de
iMfttttte dont eHe devkm la nîne , par di^t.de éoftmeiAi «t par droit de naiisaBoe. Bt, nouvelle Armide de oe nagainque BdefaldOf atte aime à se joner au bruit de ces cascades , au son de ces ooii-
certs îni'lodieux qui s'échappent en gerbes élincelanles des bosquets toutlus , et vont s'éteindre doucement comme un Mupir de liarpe éolienne sous la voùle étoilée du firmament.
Mais tous ces pas légers de béaulc6 plus légères encore, s' effacent un jour des allé» nnuemee de ce pare enehanteur ; les syrènes ne font plus entendre leois divins accords ; les cascades, elles-mêmes, taisent leurs doux murmures. Qu'y a-t-il? grand Dieul pourquoi cette tristesse? C'est que le comte est mort; oui, mort à quarantedeux ans, après vingt mois d'un second mariage; mort en laissant une lille au berceau , et une mère, bêlas ! bien jeune encore, bien légère peut-être pour pleurer longtemps sa mémoire 1
Anne-Marie-Looise Chabot, «emtesse de Jarmc après la mort de son père, fut baptisée dans l'éclise Ssiat^Pierre de Jamac, le 4 juin 4 690. Ce fut sur cette faible enmnt que reposait désormais la dynastie de ces fiers personiinp;es ([ue nous avons connus si forts et Si puis^ sants sous cinq ou six de nos rois. Quelle destinée 1
Charlotte de Rohan rompit bientùl la cliaînc qui l'attachait au ban du veuvage : neuf mois et neuf jours après la mort de son mari , elle se remaria à Pons de Pons IV, eonie de Roquefort, marquis de Roissae , veuf luinnôme depuis quatre années de Lydie de la Rochefoucauld, sa première femme. Les deux époux avaient chaeilB un enfant de leur première union : Pons-Renaud de Pons, maïquis de Roissae, alors Tigé de quinze ans, et Marie-Louise Chabot.
Le comte de Roquefort, brave et généreux, ne laissa à ses vassaux que de doux souvenirs de son excellent cœur. Il descendait d'une branche cadette des puissants sires de Pons, en Saintooge , dont il fiit un des derniers rejetons. A vingHeptans il avait vu monririme épouse adorée ; mais le coÈur de Thomme n'est peint fait pour mit toujours dans la douleur, et le temps lui-même semble adoucir, par la distance, ce qu'il y a de trop amer dans les peines. Après son union avee le comte de Roquefort, Charlotte de Rohan se mêla de nouveau au bruit du monde, et les époux habitèrent tour à tour les châteaux de Jarnac, de Roissae et de Pons, où ils reçurent souvent toute la noblesse du pays. Là venaient les la Beehefoneauld, marquis de Montendre, de Barbezieux, de Snrgères, de Bayers, d*Aiiyille ; là se donnaient rendez-vous le comte de Galard de Béarn , seigneur de Salles, le marquis de Moiitchaude , les ducs de Morteliiart et d'Olonne, les marquis de Hoyan, les princes de Chaiaiset de Tonnay-Charente, les comtes d Ans et de Taillebourg.
L'année qui suivit son mariage, Charlotte de Rohan eut un iiis, Charles-Annand, appelé le vioomte de Pons, devenu plm tard bti-
gadier de cavalerie. Pons de Pons IV, son mari, mourut en 1705, après avoir été devancé dans la lembe par Renaud de Pons , son fuBf marftiis de Rotasac, capitaine de dragons, mort à Niort dans
sa vingt-quatrièmo année.
Anne-Marie-Louise Chabot , comtesse de Jarnac, épousa à dixneuf ans Gaston (io la Rochefoucauld, appelé le chevalier de Montendrc. Gaston joignait à une haute naissance les grâces les plus charmantes de la figure et de l'esprit. Ayant embrassé de bonne heure la carrière des armes > il était' déjà lirigadier des armées. A l'occasion de son mariage, le toi lefitcoloRel du régiment de Béam, puis comte de Jarnac. La guerre ayant cessé après la chute du ministère Louvois, Gaston de la Rochefoucauld vint goûter dans la retraite de son comté, les paisibles joies de la famille. Il eut unn fille de son union, et, tout en protégeant l'enfance de sa riche héritière, le comte se livra, dans ses jardins, à la culture des œillets, des tu-; lipes et des roses. On trouve aa héros de Donavert plus d'une ressemblance avec le grand Condé. Mademoiselle de Scudéri aurait pu appliquer son célèbre madrigal aussi bien à Tun qu'à l'autre.
En voyant ces œillets qn'un illustre guerrier Cultiva d'une main qui gagna des batailles , Souvien»-toi qu'Apollon a bâti des murailles , Et ne t'étwme plus que Mais «oit jardinier.
Mais In retraite est généralement funeste aux organisations actives, on no jjasse pas ainsi de deux positiims diaméirialemeni opposées sans qu'il se lasse une révolution dans l'être individuel. Hévolution qtiî tue. Le eomte de Jamao mourut à Paris cinq ans M quelques mois après son mariage. Sa veuve se remaria l'aimée sulvattle avec Gbartes-Annibal de Rohan*Gliabot , chevalier de Léon , son cousin au quatrième degré, devenu comte de iamae par cette alliance.
Charles de Rohan-Ghabot avait suivi les traditions de sa famille ; il s'était voué à la cause royale et au métier des armes ; au moment de floit mariage, nous le trouvons avec le grade de ookmel d'infanterie.
Hélène-Françoise de la Rochefoucauld, fille unique de Gaston de Montendre et de Marie-Louise Chabot , effrayée des orgies de la Régence , qui commançaient alors à déborder partout comme vengeance du bigotisme absurde qui avait assailli les dernières années du règne de Louis XLY, eut l'idée de renoncer au monde pour sauver sa vertu ; un jour elle s'en: vint fcapper à la perle des Carmélites de jSaittt*JeaM'Angély ; les Garmélilas kii ouvrireiit« et la pauvre
fille sacriik a ce vieux eouvent, à ces sombres cellules, sa jeo^
ncsse, sa beauté, jusqu'à ses amours.
Marie-Louise Chabot , n'ayant pas eu tl'onfanls son second mariage, substitua le comté de Jarnac au vicomte de Uoban, neveu de son mari, maréchal des camps et armées du roi. Ah! qu'ils semblent loin ces jours ou le château de Jarnac ciait bruyamment occupé par les fils des barons» par ces cbevaliers oui corabatlaiem à Marignan. Tout finit, et le déelîn de la famille Cnabot commence : c'est un petit royaume qui tombe en quenouille et qui ne se main^ tiendra un demi-siècle encore qu'à force de substitutions.
Louis-François de Uoliaii-Chabut, dit le vicomte de Rolinii, prit, après 1751 , époque de la substitution, le nom de vicomte de (diabot. 11 descendait de Louis, duc de Ruban et de Franchise de Hoquelaure. Dès 4735, le comte de Jarnac avait obtenu le brevet de maître de camp d'un régiment de cavalerie ; et, la même année, il avait été député par la noblesse, pour représeoler les États de la province de Bretagne. Huit mois après il épousa Jeanne-Olympo Bonnenie, marquise de Vervins, en Picardie.
Le comte de Jarnac ne goûta pas les hautes félieités que semblait lui promettre tout d abord la fortune. N'ayant point eu d'enfants de son mariage, il abandonna à un autre substitué le brillant héritage qu'il avait recueilli de Mario-Louise Chabot, sa tante, et mourut à Pans à Tâge de trente-deux ans.
Le château de Jarnac devient de plus on plus monotone ; on n'y voit que de rares apparitions de ces brillants seigneurs devenus courtisans de la cour de Versailles; les fêtes de la Saint-Hubert elies-uièmes ne sont pas toujours célébrées avec la pompe traditionnelle, ét les sangliers de ces vieilles fordts, qui avaient vu si souvent les chasses turbulentea des Lusigaan et des Renaud Chabot , peuvent dormir on paix dans leurs antres.
En revanche , les comtes de Jarnac assistent aux chasses royales dont Louis XV donne le signal dans les grandes forêts de Sainl- (rcrmain ou de Fontaimltleau. Depuis que le seigneur s'est fait courtisan tout a changé dans les vieux châteaux. Ces demeures du Iuxe; .et de la splendeur .sont devenues froides et ennuyeuses à ces riches blasés ; il leur faut habiter Paris ou Versailles, assister chaque matin au lever du monarque, et ne point se coucher sans avoir été au spectacle applaudir les opéras de Luili. L'intrigue et les mille incidents d'une cour aventureuse avaient de bien piquants attraits, pour que ceux qui menaient une pareille existence voulussent la sacrifier à la solitude d'un vieux manoir. La nature est toujours la même, obaque printemps est témoin de ses sourires et de ses vives couleurs, seulèmeot les goûts sont changés.
En vertu de la double substitution de la comtesse de Jarnac , le
vicomte de Rolian eut pour successeur Charles-Rosalie, appelé le vicomte de Chabot, né U" 10 juillet 1740, auquel on .'ivnit donné
Sour parrniit le duc do Hucliechouart, et pour marraine la duchesse e Rolian. A dix-neuf ans, lo comte do Jarnac épousa Guyonne- Hyacinlhe do Pons-Saiiit-Maurico, qui mourut deux ans apros son union en doiuianl le jour à une fille, i.e comte resta veuf d'une épouse bien-aimée, consacra ses années à chérir sa seule enfant, et devint colonel d'un régiment de dragons de son nom. Six mois avant la mort de sa femme, le comte de Jarnac avait eu la douleur de perdre son pore, le comte de Chabot , seigneur de Kergueunec et antres torros on Rrotngno.
Charles-Hos.ili»; Clliabot fut le dernier oonUo de Jarnac. Nos luttes pohliqnes de 1789, en donnant une force imposnnfe au tier.s-état, amenèrent une révolution d'abord libérale, ensuite de sang; révolution qui commence par la prise de la Bastille, et finit au moment où le consulat jolie ses premières lueurs et ces grandes institutions. Dans cet intervalle il y eut des jours néfastes, la Terreur promena ses victimes du tribunal rovolntionnairc à l'échafaud. Do longs jours couvrent alors la France de ilouil ; on invoquant la liberté, les plus grands scélérats du monde s'érigent en juges; la peur désigne les têtes, et rHjdre de la révolution les abat. Triste époaue dans nos annales » et comme Madame Roland eut raison de dire en altoot grossir la liste des victimes : « 0 Liberté que de crimes ou commet en ton nom ! »
Ln première pt-riodo de la révolution avait aboli les privilèges féodaux; la socfjndo alla plus loin, on déclarant biefis nationaux les biens des émigrés. En voyant les sanglants massacres de septembre, le comte de Jarnac et sa tille, accompagnés d'un seul domesti([no et d'une carriole de fermiers, passèrent ia frontière entre Besancon et Montbéliard, entrèrent en Suisse^ où ils séjournèrent quelque temps, Mail n'étant guèn» rassurés par le voisinage de leurs persécuteurs, qui pouvaient d'un monienl à l'autre venir les arracher do l'exil de vivo force et les traînera l'éhafaud, ils iravorsiirent l'Allemagne et allèrent so li\or à Dresde, f.e comte \ mourut vers la lin de 1802. Sa lillc, prolilant de ramnislic que la générosité de l'empereur Na-
Çoléon offrait aux émign s, rentra en France trois années plus tard, 'out était transformé ches nous, et la noble fille des comtes de Jarnac crut revenir d'un autre monde. Elle trouva son château ruiné et en di'inidition , ses terres divisées ot aliénéos on partie Un jour d'orage ;)v;ii[ passé sur son berceau et l avait l)ri,s<'' ; elle un contempla \iis débris, les quitta en pleura4it, mais n'y revint Jamais. .
toéiligw de h funllt GMkt.
On fait commencer la maison de Chabot à Guillaume Chabot qui vivait en <040, et lequel est nommé avec (iuillaumc M. duc doGuienne, Guillaume II, sire de Parihenay , Uciie, sire de \ ouveiil, £rfroy, vicomte é'Aolnay , el autres grands seignenn du Poitou dans l'acte de fondation de l'abbaye de la Tiinilé de Vcudômc. Celte maisou a étendu ses branches : elle a formé la maison des barons de llctz, — des seigneurs de la Grève, — de Jarnac, — de Saiate-Aulayc , — ducs de Uohan et pairs de France , — des seigneurs de Kon , — comlw de Charfiy et de Bnzançois, — des marquis de Mirebeau , — et des seigneurs de la Turmelière.
Les seigneurs de la G rovo, qui ont formé la branche des Chabol^arnac, les seuls dont nous devons nous occuper ici, remontent à Scbran Chabot, troisième lils de Thibault Chabot 111% seigneur de la Rocbe-Scnière. et de Mandent» de la Moliie-Aeliard. Les soceesseurs de Sebran Chabot furent Thilmull Chabot I**"", seigneur de la Grè\e el autres lieux; puis Thibault Chabot II"" , seigneur de la On-No <'l du château de Vouvent; Thibault Chabot Ul' yscigiu'urdesdils lieux, lequel eut uour femme Amicie de Maure, fille de Jean T\ , seigneur de Bfaure, et d'Àliette de Rocbefort. Do leur mariage naquirent : l" Louis Cha))ot qui suit; S» Marie Chabot, femme de Guy de Heatnnont, seigneur de Brcssuire.
Louis Chabot 1'*% seigneur de hi Grève et autres lieux, épousa Marie de Craon, iille de Guillaume de Craon, vicomte de Gh&teaudun, laquelle lui apporta en dot les seigneuries et terres de Montcontour, Marnes, Monsoreau, Colombiers, Savonnières, Jarnac. Précigny, Verncuil etFerrières. Louis Chabot mourut eu Mii , laissant de son mariage : Thibault GbaiM>t IV, qui coutiauo la dcscendauce des seigneurs de la Grcvcj Iknaud Chabot, tige des seigneurs de Jarnac, qui suit; plus, Jean et Anne Chabot, morts sans alliances. Thibault Chabot IV, seigneur de la Grève, et h cause de sa mère seigneur de Mt^iilrotitonr , Marnes, Monsoreau, etc. , avait le bail de ses frères et sœurs en Il mourut k la journée de Patay,
dite des Harengs , donnée contre les Anglais en HSS.
Renaud Chabot, seigneur de Jatnac, eut en paila^ge cette dite terre, et mourut en I i76. Il avait épousé en premières noces Françoise de la Horhofoucauld, lille de Guy, seigneur de Barl>ezieux, el de Rosine de Mon— tault, dame de Verleùil, do laquelle il cul deux lillcs : Marguerite et Agnès. De son second mariage avec Isabeau de Rochechouart, fille et b^ tière de Jean de Rochechouart, seigneur d'Aspreniont el de Bion, et de Jeanne de la Tour-Landry, dame de Clenaux, il a laissé : 1" Louis Chabot, seigneur de Jarnac, mort avant 1480, sans laisser d'enfants de Jeanne de Montberon, sa femme, veuve de don Martin Henrlquei deCa»lille, fille de François II, sire de Montberon, et de Jeanne de Vendôme ; 2» Antoine Chabot, chevalier de Rhodes et grand prieur de France, mort en 1507 ; 3° François Chabot, abbé de Castres et de Baignes (SainUmge), seigneur de Jarnac après son frère aîné, mort en U93; 4» Jacques Chabot, seigneur de Jarnac, d'Aspremont et de Bion , qui suit j 5» Robert Chabot, seigneur de Glairvaux, baron d'Aspremont; 6»Marguente Chabot,
L'iyiiizuo by LiOOgle
alliëc à Pierre do Hoilhir , vicomte de Môrinvillo et de Brigueil; 7« Pnui* roise Chabot, qui ('pousa, en 1455, Renaud de Sainlc-Maure, soifnieur de JonzaCy fils d'Armand de Sainte-Maure^ seigneur de Montausicr: 8* Jeanne Chabot, alliée à Pierre de Saint-Jalien , seigneor de Lasséré ; 9» et Philippe Chabot, mariée à ilntoine de Glérembault, flisda aeigneor de Plessi9-(]îéramhanlt.
Jacques Chabot, chevalier, seigneur de Jarnac, de Bion et d'Aspremoni, Alt retenu conseiller et chambellan du roi le 22 septembre 1 485, et mourut en 4546. Il avait ëpousé, le 45 septembre li8S, Madeleine de Luxem» bourg, veuve de Charles de Sainte-Maure, seigneur de Puyseuls, et fille de Thibault de Luxembourg , seigneur de Pienn&s , et de Philippe de Melun, de laquelle il laib:;a : 1" Charles Chabot, baron de Jarnac, qui sait; f Philippe Chabot, seigneur de Bion, qui a ftût la branche des comtes de Charny et de Buzancois , dit l'amiral Chabot; 3» Ckttherine Chabot, mariée à Bertrand d'Eslissae.
Charles Chabot, baron de Jarnac, rendit de grands services au roi François gai le Ht ehevalier de son ordre, gommear de la Rochelle et du pays d'Aunis, maire perpétuel de Bord^nx par ladéminion de son frère Philippe en l 'iSI ; il eut 500 livres pnr an comme gouverneur de la Rochelle, et 300 livres comme capitaine du rliàtean du llâ et viceamiral de Guienne (1544). Il devint encore gentilhomme ordinaire de la chambre dn roi, qui lui fit don de quelques forèlt en 45M. De son pn^ mier mariage avec Jeanne de Saint-Gelai>. dame de Saint-Gelais, Sainte- Aulaye et Montlieu fir>06), fille de Jean, seigneur desditc? terres, et de Marguerite de Durfort-Duras, il eut : 4<* Louis Chabot^ qui fit le voyage de Naples avec le seigneur de Lantree en 1528 , et y mourut ; Guy Chabot , baron de Jarnac, qui suit. De son second mariage avec Made« leîne de Puyguyon , il laissa deux autres enfants : Charles Chabot , seigneur de Sàinte-Foy, et Catherine Chabot, mariée au vicomte de ChÀteauneuf, en Périgord.
Guy Chabot, baron de Jarnac, seigneur de Saint^elais, Montliea, Sainte-Aulnye, etc., chevalier de Toitlre du roi, guidon de la compagnie de M. l'amirfil, capitaine de 80 lances des ordonnances, donna quittance
tobre et de janvier ^ scellée de aoR eeeau , eroit Chabots, se battit en
duel le 10 juillet 1547, ctmtre François de Vivonne, seigneur de la Châtaigneraie, en présence du roi Henri II et de toute sa cour, et se distingua parla victoire quil y remporta. 11 fut «infirmé en 1569 danslee charges de premier gentilhomme de la diambre du roi Charles IX et du doc d'Orléans, de capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances , de gouverneur et lieutenant-g<^néral pour le roi en la ville de la Ro( liellc et pays d'Aunis, de maire perpétuel de Bordeaux, et de capitaine du t liâloau du Hâ. Il avait épousé, le 28 février 1540, Louise de Pisseleu, lillc de Gvillaiime de Pisseieu, seigneur d'Heilly et de Madeleine de Laval ; leurt enfiuits furent : Léonor Chabot , baron de Jarnac, qui suit ; — Jeanne Chabot, mariée d'abord au comte de TancarviUe, puis au soigneur de Maisonfort, maréchal de France.
Léonor Oiabot, chevalier, baron de Jarnac , seigneur de Saint^lais» de 9aini»-Aiihiye, MentUeo, etc. , gentilhonime de la diambre dn ni ,
ie de 200 livres pour les quartiers d'oc»
«lonnn quittance (Mi qtialité de seigneur de Montli^ni et de lieuleuuut de la cuiiipagiiie de 30 laiiicb de^ urdotuiuucei^ du suii^uvur de Jariiuc \ clic» 8001 scellées ea cira rouge ii plat , troU Chabots aveo un9 éloile en chef, et une eowrmme de baron sur l'écu. Dans la suite, il donna d'autres (juittan( o< f nmnie lieutenant d'une compagnie de -iO honanes d'annes; ser\it le nu Henri IV en sesguerre>, et niourut en iGUi>. Il a\ait épousé, m premières noces, Marguerite de Durfurt, lillc de Symphorien de Durforl, seigneur de Duras, et de Barbe Maupas, et cul pour enfants de ce premier lit : I " fiuy Chabot, baron de Jarnac, qui suit ; 2" Jean Chabot, seigneur de Sainle-Aulaye , niorl sans laisser d'enfants de Charlotte de dermout, sa femme \ 3» Charles Chabot , seigneur de Sainte-Âulave après son frère, et qui a fût la bfanebe des ducs de Roban: 4« François Chabot^ chevalier de Malle ; 6* et Hélène, Françoise et Calhérine Chabot, religieuses. — De son second mariage avec Marie de Rochechouarl (I I mars i'ôli], liile et héritière de Charles de Uochcchouarl, seigneur de Sainl- Amand, il a laissé 4» Eléonore Chabot, comtesse de Conac, mariée eu premier lieu à Lonis de Vivonne, seigneur de la Cbàtaigneraie, et en second lieu a Jacques de llarcourl, marquis de Bcuvidii; 2" Claude Chabot, alliée au seigneur de Serifontaine ; 3" Marie Cliabut, alliée à Urbain Gillier, seigneur de Puygarrcau, baron de Marniande.
Guy Cbabot II* do nom, baron de Jarnac, seigneur de Saint-Gelais, capitaine de 1 00 chcvau-Iégors, fut retenu conseiller d'état en juin 1614, et lieutenant du roi en Sainfonge sous le prince de Condé en I6IC; il testa en 1640. 11 avait épousé en premièreâ noces Claude de Maroualbes, damer de Montagrier, fille do seigneur dodit lieu, et d'isabeau d'Abzac, dont il eut un lils, Jac<|ues Chabot, mort imbécile. Il s'allia en secondes noces à Marie de la Ilochefoucauld , fille d l^Mac de la Rochefoucauld, baron de Monlentlre, et d'llél(Miede Fon^eque; ses enfants avec celte dcrnien" fuient : l" Louis Chabot, comte de Jarnac, qui suit; 2" Guy- Cbailes Cbabot, prieur de Jarnac et de Monjoors, doyen de Saintes en IÇ65; 3" Franç-ois Chabot, chevalier de Malle: 4" (Claire Chabot, religieuse carmélite à Paris ; Ij» Charlotte et Marie Cbabot, religieuses au grand couvent do Saintes.
' l^uis Cbabot, comte de Jarnac , soigneur de Saint-Gelais, maréchal
de camp et maître de camp d'un régiment de cavalerie, eut covimission (i'nsfternhipr la noblesse n Cognac, au mois doclobre 1651 (pendant les jiuerres de la Fnuide et (|uel(|ues jours a\anl le siège de celle ville par le prince de (^ndéj \ il mourut en 1606. Il avait épousé, le 27 janvier 1649, Catherine de la Rodiebeancourt, tlle de Jean de la Rocbobeaucourt, seigneur de Soubran. lieutenant du roienlavilled'Angoulême, et d" Jeanne de Galard de Bi-arn , daine de Clion-Sonisac. Leurs enfants fuirent: 1» Guy-Henri Chabot, comte de Jarnac, qui suil: i" Henri Cbabot, mort jeune: 3« Guy-Charles Chabot, doyen deSaintesi-i» Joseitb- Louis-Augusiin Chabot, chevalier de Malle en 1676 ; 5» Françoiao Chabot , mariée à Charles de la Rochefoucauld , marquis de Snrgèrcs, fils de Charles-Franyois de la Roch(*foucauld cl de Charlotte de la Hochefoucauld-Estissaci 6" Julie-Eustache Chabot, deumiselle de Jarnac, morte à Versailles en 1687.
Guj^Henrî Choboi,^ comte de Jarnac,. marquis de Soubrat, seigneoE
de Clion-Somsiic. Maroueltc, (în'sifjjTinc cl imtrrs lieux, n<^ le 27 rn)vembro 16i8, fut lioulenan! pour !o roi on Sainlonjj;o ni en Angouinois. pàT lettres du 30 janvier 4 G78, cl mourul le 16 novembre 1690. Il s'élail mBSÎé h. Mftrie-^ire de Crëqui , dame d'honneur de Mademoiselle de llontpensier, fille unique d'Adam de Créqui, seigneur de la Cressonnière, vicomte tle Houlles, et de Jeanne-La inberle de Laïuioy, laquelle mourut au palais d'Orléans le 29 mars 1684, àgéode lrcnte-*iepl ans. Ils eurent (M)ur enfants : 1 <> Louis Chabot, comte de Jarnac, né en novembre 1 675, mort dans «A seiiîème années S» el Gillonne-Gabrielie Chabot. D'un second in;iri;ii:r' , céir^hré en avec riiatlotte-Arinande (le Rohan. fille aînée de Gliarles df R(dian. duc de Montba/.on, et d'Armande de Schomberg, le comte do Jarnac eut une fille unique, qui fut :
Aniie^-Marie^iOttise Chahot, mariée en juillet 1709 h Panl-Aogasl^ Gaston de la Rorhefoueauld , dit le chevafier de Monlendre, brigadier des années du roi et colonel du régiment de Béarn , qui prit à cause délie le titre de comte de Jarnac; il était iils de Charlc^Louis de la Rochefoucauld de Fonsèque, marquis de Monlendre. Plaol-Aagusle-Gaston As la Rochef()u( auM se distingua à la défense des retranchements de Donavert en Allemagne, la bataille de Hochstel, en 1704, puis en Flandres, à W'aberio , près Bruxelles, en t705, et mourut h Paris, le 19 décembre 1714, à 1 âge de Irenlc-neuf ans, laissant une iille unique, Hélène-Françoise de la Rochefooeaold , devenue religieuse nrsuline & Saint-Jean-d'Angély.
Anne-Marie-Louise Chabot s'est remariée un an après la mort de son premier mari (19 juin 1716), à Gharlcs-Annibal de Rohan-Chabot^ son ooosin , chevalier de Léon, pais eomte de Jarnac, né le 14 jnillet , colonel d'infanterie, etc., lequel était le troisième fils de Louis de Holian-Chahnt . pair de France, prince de Léon, comte de Moret , marquis de Blaiu, tle Montlieu et de Sainte-Aulaye, et arrière-pelil-fils de Charles Chabot, seigneur de Saiulc-Aulayc , qui fut le conliuualcur des ducs de Rohan.
Cette dame n'ayant point d'eiifanfs, substitua le c.nmtr de Jarnac aux cadets de sou no!n , el nomménicnl au vicomte de Rohan . neveu de son mari, maréchal des camps et armées du roi, frère puîné du comte de Bohan'-Chabot, à oondilton qu'il porterait le nom el les armes seuls de Chabot. A cet effet, elle obtint des lettres-patentes, le ^7 mai 4751, par lesquelles le roi, en faveur des appelés h cette sul>stitution , dérogea h d'autres lettres de 1746, qui obligeaient la branche cadette de Chabot de joindre aux nom et armes de Chabot, les nom et armes de Rohan. En Mnaéqaence, le viemnte de Rohan prit le nom de vicomte de Chabot; et au cas qu'il n'eût pas d'enfants, il avait été stipulé que la substitution passerait au second fils du comic de Chabot, lieutenant-général.
A la mort de la comtesse de Jarnac et de son mari, Louis-François, ap^ pelé le vicomte de Chabot, leur neveu, prit possession dùdit eomtél II était le second fils do Lo ni -^Bretagne-Alain de Rohan-Chabot, duc de Rohan, et de Françoise, fille aînée de Gaston, duc de Roquelaure, maréchal de France. Le vicomte de Chabot fut fait maître de camp d'un régiment de cavalerie, cinievant Yillars, au mois de juillet 1735. Dans la même année, il fut député des Etats de la province de Bretagne par la
Aoblfôàc, pour eu prcdcuttir ICi» caliicrs «lu rui. il c|M>u:>a, eu 1 752, Mario- Jeanne-Olympe WHineDie, dame du nafqnisat de Vcrviie, on Picardie. Le N iconiie de Chabot est mort k Puris de la petite vérole» le 1 i octobre
n'iS, âgé de trente-deux ans, et sa veuve s'est remariée en avril 1765, à Marin-Fraiiçois-Henri, aloi's comte, depuis duc de Colj^ny, maître de i-amp général des dragons, gouverneur de la maison royale de Clioisy, et elle a en le» honneurs de duebem à la ooar. Gomme le vicomte dé Chabot n'eut point d'enfanls, Ir comté de Jamac, suivant la substitution de 1 751 , est passé au second liia du comte de CbAbot^ liealeDaBl-géiiéfal ic voici :
GbarlèsxBemlie, appelé le vicomte de Chabot, né le 40 jaîllet 1740, eut ponr oarrain le duc de Rochechouarl, et pour marrame la dachesse éê Itohan : il était fils do Guy-Auguste de Rohan-Chabot, ceisrncnr de Kergueun(Kîet autres terres en Bretagne, et de Sylvie du Bi eil-do-Rcis, riche héritière. Charleâ-Rosalic, comte de Jarnac, eut pour frère ainé Louis- Antoine-Augusle de Rohan-Chabot, né en 1733, tona eor les fontsbaptismaux par le prince de Léon et la duchesse de î or^-e^ . appelé le comtedc Chabot, maréclial de cami), colonel du régiment Hoyal-Elian^^er, cavalerie, marié à Ëlisabeth-Louise de la Rochefoucauld , sœur du duc du même nom; et eut» en outre» pour sœur plus jeune, Mtrie-Syhie de C3iabot» mariée au comte de Glermontd'Âmboise, liealenanhgénéral; devenue veuve elle s'^est remariée au prince de Beaovaa , capitaine dee ga rdes-du— corps.
Le vicomte de Chabot fut comte de Jamac» colond d'un régiment dfr dragons de son nom. Il épousa en décembre 4750 et est fcsié veirf de
Guyonne-lïyacinthc de Pons-Saint-Maiirice, morte en couches d'une fille, née le 1 8 janvier 1761 . Cette jeune fille finit la branche des Chabot- Jarnac, déjà délaillie à deux fuis dans les personnes do Louise Chabot et du vicomte de Ghal)ot, son neveu.