ARMOIRIES
La terre de Jarnac a été possédée par trois grandes familles, les Lusignan, les Craon, et les Chabot» noms à jamais illustres dans les fastes de l'histoire de France.
Les Lusignan-Jarnac, qui ne Tavaient qu'à titre de seigneurs, portaient leurs armes : bureU argent et d'azur, dê 40 pi^om, à un don rampant de queules sut (s tmêL Cimier ; MW méiusîine» JltiSMile iTim casque de chevalier.
La maison de Craon, qui possédait au même titre, avait ses armes; io%an$é d'or et de gueuiee.
Les Chabot-nJarnac ont toujours conservé les armes primitives de leur maison, qui étaieut : d'or , à trois Chabots de gueules. Mais au casque de chevalier succéda, en loitt, le cercle de baron,, entouré de tortil der perles, et^ en 4054» U couronne de oomile.
Digiiizcd by Googlc
BmiLLB DE mm.
La laoïi dû Francis II avail fait monter sur le irùuc de France son frère Chariet IX. A peine ee jeune souvenin luMl investi dn pouvoir, qu'on vit la paino devenir la proie de factions turbulentes qui ne tardèrent pas a dégénérer en guerres civiles. Catherine de Médicis, femme adroito, astucieuse et fourbe, dont toute l'activité , depuis la mort de sua inari, avait été consacrée à maintenir la couronne sur la tAie (!(» ses enfants, dirigeait le faible monarque, déjà
Serverli a une si fuiiesie école. Les Uuise d'un coté , Cundé et le roi e Navarre de Fautre, soulevèrent partout les nombreux partisan» de la réforme. Mais après des dissensions sans nombre, la paix fut enfin publiée à Paris par Féditdtt 93 mars 4568.
Celte paix qu'on avait crue possible ne fut pas de longue durée ; h défiance mutuelle des catlioliques et des huguenots lit bientôt renaître (Je nouveaux troubles, et des villes agitées par les réformistes refusèrent de se soumettre à l'autorité royale. Parmi ces \iiles, on elte au premier rang Sancerre, HoptauMn, et quelques autres du Vivamis et du Languedoc. La Rochelle, mutine à son tour» refusa de recevoir la garnison que le baron de Jarnac voulait y placer pour le commandement du roi , ni souffrir que les catholiques fussent rétablis dans leurs biens, oharges et oflices. Ainsi méconnaissant les prescriptions de l'édit , elle se préparait à soutenir un siège terrible , continuait ses forliûcatious et armait un grand nombre de navires. Là était un foyer de rebellea, d'autant phu difficiles à vaincre qu'ils pouvaient recevoir du secours et des vivres par mer.
Conde , mai avec la cour , ne partageait cependant pas le fanatisme des huguenots : doué du caractère le plus aimable, aimant les fôtes et les plaisirs , il ne vit dans la guerre religieuse qu'une carrière ouverte à son ambition. Nous pourrions en dire autant du comte de la Rochefoucauld, de la Noiie, du marcjuis de Rosny et d'un grand nombre d'autres, plus jaloux de» digmtés qui passaient aux o^Mioliques ^ue fervents disdpKa de la religion nouvelle. Aussi^ lorcés de s expliquer en présence d'un danger pressant , Condé et ses amis jetèrent le défi à la cour ; le cardinal de Châiillon, de son côté, se sauva on Angleterre ; et, alors, la diseorde planant partout, la guerre devint imminente. Les forces des deuv partis se concentrèrent au coeur de la France, entie l'Anjou, le Limousin, la Guienne M rOeéan. On voyait chaque jour défiler de nombreux corps d'année, qui venaient la nuit camper dans les châteaux forts. Le» catholiques chassèrent les protestants du château de BmiteviUe» oit
ces derniers s'étaient réfugiés, pendant que Montluc qui venait de parcourir la Saintonge, prenait position au chàleau d'Ars, près Cognac. Tne ontrevtio eut lieu à Archiac entre le roi do Xavarre cl sa femme (|ui se rendaient à la Rochelle, et le prince de Coudé qui venait de faire le siège de Cognne dont il s'était empan''. Les urinées des deux partis, s'ubservunl mutuellemcnti semblaient s éviter pour aller remporter ailleurs des snccfas plus facilea.
L'hiver de 4568 ayant été très-rigoureux, les deux années ar* retèrent leurs mouvements, et un armistice fut convenu entre Gondé et le duc d'Anjou, général en chef de rarmée royale. Mais, dès les premiers jours de mars, l'armée catholique qui venaii dtî recevoir de nombreux renforts, se mit à la poursuite di' r-irmée protesfanle, infetieure en nombre et laquelle cherchait a eviier toute renconlre parce qu'elle la prévoyait fatale au succès de sa cause. Après la prise de quelques villes du Poitou , telles que Thouars, Fontenay, Niort, Poitiers, les catholiques réunirent leurs forces dans les champs de l'Angoumois. Le duc d'Anjou qui venait de recevoir des troupes du comte de Tende, laissa Poitiers avec la ferme résolution de s'avancer avec son armée en Angoumois, afin de combattre les princes protestants avant qu'ils eussent réuni leurs forces à celles des vicomtés qu'ils allaient prendre.
Avant pris sur sa roule Ruffec et Melle, le duc- d'Anjou arriva au cnâteau de Verteuil, (Voù il dépêcha le capitaine La Rivière vers Jarnac, avec ordre de s'emparer ue celle place , vu la nécessité où il était de se rendre maître d'un lieu sur pour disposer à son gré du passage de la (Charente. La Rivière ac<romplit les prescriptions de son maître malgré l'opposition de l'armée protestante; mais ayaiU voulu s'approcher de Cognac, l'amiral de Coligny le poursuivit l'épée dans les reins, et il n'eut que le temps de se renfermer dans le château de Jarnac, où, quelques jours après, il futoUigé de se rendre faute de vivres.
Le duc d'Anjou qui était encore à RiilTec à cette nouvelle , s'en vengea en faisant passer cinquante soldats [ji otestants au lil do rej)ée; puis il ordonna au duc de Montpensier de se porter avec des troupes sous les murs de Châteauncuf et do s'en emparer. Montpenûer étant arrivé au pied du château de celte ville, fit sommer le eapitaine de se rendre. Celui-ci était un brave officier éoosaeb qui voulut d'abord faire résistance, mais voyant que ses cinquante ou soixante soldats ne pourraient jamais tenir, il se rendit à discrétion. Montpensier étant maître du château, résolut d'y séjourner le lendemain, afin d'aviser à ce qu'il aurait à faire, soit pour attendre la suite de l'armée , soit pour mettre ordre aux magasins des vivres , pendant Que l'on reconstruirait le pont que les protestants avaient rompu derrière eux.
Sur tvs entrefaites, le duc d'Anjou ayant appris que les proies-' tanis étaient à Cognae, résolut pour deux raisons d'aller devant celte ville : la première, c'est qu'en se présentant devant elle il pourrail
faire sortir l'année protestante et l'attirer ainsi au combat ; la seconde était qu'en tout cas il chercherait h reconnaître la place pour l'attaquer ensuite. Il coinnianda à Brissac de le devancer et (l'approcher le plus près possible, ce que lit celui-ci en allant jusqu'aux portes Angoumoisine et de Saint-Martin. Mais là on lui lit un prisonnier; et, comme on tirait quelques déeh.-irges d'artillerie sur ses troupes, il aperçut les huguenots qui se montraient sur la rive droite de la Charente , venant de Saintes, lesquels cherchèrent à se ranger en bataille h la vue de l'armée catholique, qui se replia sur Jarnac.
Le duc d'Anjou voyant qu'il était déjà tard, se dirigea vers Châleaunouf, où il arriva pendant la nuit. Le lendemain, 12 mai*s 1569, le prince y séjourna pour attendre que les ponts de bateaux, auxquels on travaillait avec une grande activité, fussent achevés. La construction de ces ponts n'était point encore terminée lorsque l'avant-garde de l'armée des huguenots parut sur un coteau voisin, presque en face des ponts. A ce moment ([uolqnos soldats de l'arméo royale-catholique s'avancèrent pour l'attaquer d'escarmouches, mais ils reçurent l'urdre de se retirer sous leurs drapeaux jusqu'à ce quo les ponts fussent achevés , ce qui eut lieu à minuit.
Dès que le passage fut ouvert, le duc d'Anjou dé<nda que la etvalerie passerait deux heures apii>s sur le vieux pont, pendant que les Suisses et les autres régiments d'infanterie défileraient sur le pont de bateaux qu'on venait de terminer. Ce qui eut lieu. Mais l'ardent désir qui cnllammait ces soldats ayant causé quelque préci[)itation durant le passage, le pont de bateaux se rompit et l'on fut obligé de le refaire. Cependant trois heures après toute l'infanterie, hormis 800 hommes et 400 chevaux , passa de l'autre côté de la Charente, et s'en alla se poser sur la colline, près du château, pour couvrir les munitions qu'on y avait laissées, et en môme temps pour faire rroire aux huguenots ffue c'était là le gros de Tniméo catholique. Cette ruse servit admirahlenn-nt les projets du duc d'Anjou. L'armée catholique, étant passée aussi vile qu'elle fut peu ]>révuede Coligny, exécuta cet habile premier pas qui devait, avec la lactique de Tavannes, de fiiron et du duc d'Ânjou Itii-même, avoir une grande influence sur les succès de la journée.
Le soleil se leva r;idieux sur la plaine , éclairant dans sa course les nombriMix bataillons île rarmé<' catholique qui invoquent dans leurs prières le Dieu qui donne lu victoire. Le duc d'Anjou comprit
If lie celte journée unit celle d une rude bataille : aussi» suivant sa coutume des moments décisifs , communia-t-il dès le matin, à l'exemple des proux des croisades. Puis se préparant n livrer bataille, il ordunna à Carnavalet et de Losses d'aller reconnaître le lieu où campait l'armée protestante. Ces deux gentilshommes avaient à peine fait un bout de chemin qu'ils virent paraître une soixautaino de cavaliers sur le plateau de la coiliDe, et presque eu mâme temps un capitaine proven^ de la maison du duc , nommé Vince , qui conduisait cinquante arquebusiers à cheval , lequel s'avançant vers eux leur dit qu'il avait commandement de faire ce qu'ils lui ordonneraient. Dès lors , Carnavalet et do Losses lui donnèrent avis d'aller jusau'à un village qui était près de leur position. Vince s'y porta rapidement , et reocontraot en chemin une cornette des hugttenots, il la bouscula et la mil dans un tel désordre que beaucoup d'entre eux s*étant plus aidés de leurs éperons que de leurs épées, il en fit quinze ou vingt prisonniers qu'il amena au quartier générai, où ils assurèrent que Coligny et d'Ândelot étaient avec toutes les forces de l'armée et qu'il y avait apparence de bataille.
Durant ces entrefaites, le duc d'Anjou, toujours pour gagner du temps, lit avaiieer sou avant-garde, conduite par le duc de Montpensier. Presque en même temps arrivèreul le duc de Guise et le vicomte de Martigues, qui marchèrent devant Tavant-garde, à la tête de leurs régiments de cavalerie.
Ces manœuvres s'exécutaient entre dix et onzo heures du matin. Au môme instant les huguenots apparurent en si grand nombre au bas des coteaux qui s'étendent vers Jarnac, que le vicomte de Martigues, assisté de Malicorne, de Pompadour, de Lansac, Fen uaques. Fontaines et autres, qui formaieni m eacadron de près de 600 chevaux » attaqua la colonne avancée avec une telle vigueur qu'il tailla
furent mi^ d uis un si grand d/sorure qu'ils se retirèrent précipitamment vers Jarnac. Marli^^ues rencontrant alors sur le plateau de la colline quelques troupes do l'armée catholique, fit léte avec elles eu cet endroit. Au bas de ces coteaux était un cours d'eau difficile à passer, oiï l'amiral de Coligny avait envoyé mille arquebusiers et de la cavalerie pour en garder le passage, afin d'avoir le temps de rassembler les forces de son armée, disséminées entre Jarnac et Cbâteauneuf.
De son côté, le duc de Montpensier ordonna au marquis de Casielnau et h Cossius d'aller reconnaître le ruisseau pour voir s'il était diilicile à franchir. Après un examen, ces deux capitaines assurèrent au prince qu'on pouvait le traverser. Montpensier fit appeler Rrissac et lui commanda d'exécuter avec son régiment le passage du ruisseau. Le comte fit défiler ses troupes, traversa le cours
Lviyiiizuo by LiOO^iC
d*eau h la vue de la cavalerie des huguenots, qui vint au-devant eC le chargea. JU feu (ul vif, mais pas de longue durée ; les huguenots voyant les arquebusiers attaqués en divers endroits à la fois et fort en désordre, se retirèrent peu à peu devant le grosdel'aimée catholique qui s'avançait vers eux en rangs serrés.
Coligny, qui iusques-là n'avait pu se résoudre à accepter la hataîHe , parce qu il éudt beaucoup ph» faible que le due d'Anjou et qu'il voulait atleodfs la réunion de ses troupes , se voyant forcé de combattre envoya Montaigu au prince de Goodé qui était A Jamac, afin qu'il s'avançât en toute hâte à son secours , avec le reste de l'armée. Durant ces entrefaites, le duc de Monlpcnsier rerut l'ordre de combattre et de passer sur le ventre à tout ce qu'il rencontrerait. Dès-lors» étant accompagné de Montsaliais , de Clermont-TuUard , du baron de S«ieeé , de Praslin et de plusieurs autres ehefe qui étaient des eompegiàes de gens d'armes el de chevau-légers , il donna avec une telle vigueur sur les derrières des rangs huguenots, que Coligny , d'Andolot et la Noue , cherchant à rallier ce qu'ils avaient de cavalerie, firent un tel eflort pour en soutenir le choc, que {)lusieurs de part ot d'autre furent tués et blessés. FontraiUes qui, avec Claveau et Languiller» commandait un régiment de 4 ,000 hommes, avait pris position snr une chaussée d'étang qu'il déCondit quelque temps contre ke attaques des catholiques ; mais, ayant été forcés par d autres troupes, les huguenots ne purent plus t«nir, et, dans leur précipitation à s'enfuir, ik furaaiouihuléaoaiis l'étang et se noyèrent.
Bientôt Conaé arrive tout couvert de poussière , quatre cents gentilshommes seulement l'accompagnent, le reste de l'armée vient après lui. Parmi ces guerriers, on remaraue les comtes de kReehofoocaald, deMonfigommery, de Choisy, le baron de Honiendrs, le marquis de Rosny, et plusieurs autres valeureux chevaliars qui avaient des troupes. Condé se promène dans les rangs, jette un regard sur ses soldats, en contemplant au loin les lances el les boucliers des nombreux escadrons du duc d'Anjou. Le chef des huguenots porto un bras en écharpe, triste suite d'une chute faite la veille; il fait ranger son armée en bataille et harangue ses soldats à Tiiaera eu à mewrir sur k champ d'honnetnr^ A peine le prinee finissail-il sa revue qu'un accident nouveau vint jeter La consterna* tion dans les rangs protestants. Condé venait d'avoir la jambe cassée par une ruade du cheval vicieux du comte de la Rochefoucauld. Plein de foi dans sa cause, il respire le courage, et conserve une attitude héroïque, malgré la vive douleur qu'il ressent. Il refuse de se faire panser, et réunissant ses capitaines, il e'écck : Noblesse française, apprems que k prince ^ €<Hidé avecun bras CD écharpe et la jenbe cessée^ a encore asseï de courage pour
donner bataille. Voyez , mes compugnons , (Combien je compte sur vous tout mutilé (|ue je suis , c'est que j'ai la certitude que votre
vaillance secondera la mien!»»'.
A ces paroles un frémissement d'espoir parcourt les rangs; son neveu et son Uls s'enllammenl de valeur et se disposent à cornbalire.
— Non, IMS enfants, leur dit Gondé soucieux au moment décisif, farméB pent aujourd'hui perdre son chef, c'est vous qni me rem* placerez et me vengerez.
Ce discours a ranimé le courage abattu des soldais. Condé se îHOt à la tête do plusieurs escadrons , s'élance sur les calholir[iies , entraîne tout avec lui et aehJîve des (tiudiges de valeur. Les escadrons du duc de Guise et du comte de Brissac sont enfoncés, dispersés et presque anéantis. Cependant Condé sent tout le prix d'un
Îtareil triomphe, si vivement disputé et acheté peu l-r^tre par une déàiie prochaine. Il regarde autour do lui : un grand nombre de ses chevaliers n'y sont plus; étendus et mourants, ils jettent le dernier raie de la vie. Triste t^ibleau , hélas ! pour l'àme d'un guerrier, et qui lui apprend à douter de tout, môme de la victoire.
Coligny qui a fort à faire d'un autre coté avec de nombreux bataillons catholiques, ne peut venir au secours de Condé qui contemple tristement la plaine, interrogeant en -vain la route de Jarnac qui devrait être couverte de ses troupes. Funeste inaction ! Six mille hommes pouvaient décider du succès de la bataille, et ils n'arrivaient pas !
De son côté, le duc d'Anjou ne perd pas une minute, et son armée, commandée par les comtes de Ta vannes, de Bassompierre et de Tende, après avoir passé la Charente, s'avanoe rapidement contre les huguenots. Tavannesne quittait pas le duc d'Anjou, qui lec<msidérait comme l'un de ses capitaines les plus expérimentés. Deux mille hommes de cavalerie et trois mille fantassins délilent sous ses ordres, se rallient à Guise, à Brissac, à Martip^uos, et attaquent tous ensemble l'armée protestante avec le plus vif ;icliari)emon[. Les iiu^uenols furent chargés en flanc avec tant de vigueur, que beaucoup furent mis en déroute : quelques-uns tinrent ferme et aimèrent mieux mourir en oomiiatiant , ou tomber à la merci des enneinis, que de tourner le dos à k mousqueterie.
Dès-lors, nn résiste, on se mêle; mais le but principal des catholiques est d'eniiHH'er Condé qui ne cessait de combattre. Le prince n'a autour de lui que trois cents gentilshommes , et dans sa témérité , il s'élauce sur huit cents hommes armés de lances. Dans ce chœ audacieux qui devait tout renverser^ il est démonté ot son cheval percé de mille eoupîs- On lui en amène un 0utre; 'mals pendant ce temps'<:ondé est étendu à terre et ne peut se relever» par
suite de ses bleBSotes et du poids de ses armes. Cependant dans celte triste position une nouvelle ardeur le saisit : il se relève à demi,
et lin genou en terre, il com});if encore. A la vue de ce héros malheureux un vieux gentilhomme protestant lui consacra un dévouement digne la postérité la [ilus reculée. Laver^ne-de-Tressan se jette au-ilevaul du prince, et sui\i de vin^t-cinq jeunes gens, touâ ses proches , latte contre les ennenus» lui fait un rempart de son eorpB jusgu'à ee que la mort ait tout moissonné. Gondé respire encore; mais épuisé par ses blessures et une longue lutte» il est dans l'impossibilité (h se relever. Sa troupe est dispersée et en fuite; seul, il promène un regard triste et morne autour de lui. Les rangs catholiques sont nombreux; il les interroge pour voir s'il ne reconnaîtra pas la ligure d'une connaissance, peut-être d un ami. Tout-àT coup un éclair d'espénmca lirille dans ses yeux : il voit d'Argence qui fut son ami et servit autrefois sous ses ordres , l'appelle de la main; le ebevalier accourt , ot Condé mourant lui présente son gantelet, comme gage de sa foi. La soumission est acceptée, d'Argence reçoit son épée avec respect, jure de le défendre, le relève et le conduit sous un arhre pour lui faire donner les premiers soins. Mais, hélas 1 secours inutiles. Les cathoUques songent tout-à-coup qu'ils ont Tocdre de le tuer partout où lis le reoeoBlrttont. Montesquieu, eapilaine des Suisses du duc d'Anjou, accourt en criant : « Tue , tue t » n arrive devant Gondé, le reconnaît, et lui brise la tôte d'un coup de pistolet.
Le duc d'Anjou, à cette nouvelle , montra la joie la plus indécente; il se fit apporter le corps du prince do Condé attaché sur une vieille ànesse, et il l'insulta par les quolibets les plus lâches et les plus déplacés. Quelque temps après le quatrain suivant courait le monde :
L'an mil cinq cent soixanle-neuf , Kntre Jarnac et Châtoauneuf Fut porté mort sur une ânessc Le grand ennemi de la messe.
Leduc d'Anjou ne profita pas de la viototire qui- venaîl de porleiç un si terrible coup aux protestants. Coligny et d*Andelot conservèrent une partie du champ de bataille et sauvèrent dans leur retrait^
les six mille hommes d'infanterie qui étaient restés à Jarnac. Les huguenots laissèrent avec le {Mince de Condé plus de cent
?;entilshommes des leurs sur le chiiuip de bataille. Parmi lesquels urent Montéjean, Bussière, le caoiiaine Chaumont, le chevalier d^ Goulaine, Préaux, les deux Yanoeuvres , fieaumcnt , qui blessa le due-de Nevei8,.SaittlrBrice, la Paill^re , etc. Le nombre. des pri-
sonnien ne fut pas inoiu lre, ei on cite entr'autroê la N^âe, Puni de Bretagne, Corbousin , l'évêque de Comminges, le comte de Choisy, Sninte-Mr'mo, le baron de Rosny, le ûls aîné de Clerrnontd'Aiiiboisc , Lignères , Guerchy , Belleville , Languillier, le jeune Ctiaiiraoïit, W^^ny et plusieurs autres. On compte que les pertes des huguenots furent de plus de 400 hommes, tandis que les catholiques ne laissèrent dans «ette plaine que 900 des leurs.
Dans Tannée royale les principaux canitaines tués furent : Monfrsallais, le baron d'Ingrande, de Prunay, Moncauré, Marcins, Bilan* goti«'ro, le capitaine Gardoiich, du régiment du comte de Brissac, et quelques autres. Parmi les blessés, on remarquait Bassompierre, Clermont-Tallard , Praslin, le baron d<^ ^Senocé, le cumUi de Mirande, la Rivière, capitaine des gardes du duc d'Anjou, ïves, Viuce, le jeone Lansac, le elievalier de Cbemenuii, ele.
Après la bataille le due d'Anjou rentra à Jamae, abandonné des huguenots qui avaient rompu k pont derrière eux pour protéger leur retraîlfi. Là i! remit le corps de Condé au duc (le Longueville qui le lui avait deniniidé ; ensuite il dépêcha Losse vers le roi et la reine-mère, afin de leur faire savoir l'heureux succès de ses armes.
Telle fut cette journée mémorable. La bataille de Jarnac eut un grand retentissement dans le monde, et dans Tesprit de Charles DC elle prépara peu^étre les masaaeres do la Saûit-Barthélemy. € On n'y vit point, dit un historien moderne, cette véritable tactique militaire qui assure la victoire au général le plus habile ; re ne fut qu'une rencontre, où les deux partis, comme pris a l'improvisle, ne pouvant plus s'éviter, furent forcés de combattre. »
Coligny, devenu le chef unique des protestants, se retira à Cognac
avec son armée. La cavalerie s'avança vers Sahit^ean^'Angély ; au pont de Saint-Sulpice elle rallia h son drapeau de nombreux fuyards, partis (le Jarnac à l'improviste et qui se sauvaient à travers champs, croyant ((ue toni était perdu.
L'amiral, se trouvant en sûreté à Cognac, crut devoir affermir sa
Sttinanee sur l'amée protestante, en lui donnant un chef apparent, ont la haute naissance et les droits I la eouronne pusienc garantir la fidélité de oeox qui se seraient fait scrupule d'obéir à un simple particnlier. Jeanne d'Albret , reine de Navarre, était à la Rochelle avec le jeune prince do Béarn son fils , devenu , depuis la mort d'Antoine de Bourbon, son père, le chef de cette branche. Coligny la pria de lui an»oner loieune Henri, que nous connaîtrons plus tard MUS le nom de Henri IV. La reine de Nwrarre obéit. Henri, alors âgé de sein ans, parut pour la premi^ fob devant une «mile foi
ilevail vaincre tant de fois s uis ses ordres; ayant reçu dans les montagnes du Bénrn une éducation mâle et guerrière, plein de franchise, de naïveté et d'esprit, il transporta los soldats par son air martial et sa douce afîahilit»'. On voyait à ses côtés le jeune prince de Condé, son cousin, dofit le père venait de mourir si malheureusement. L'aspect de ces deux princes inspira tour à tour rcnthour sîasme et rattendrissement dans les cœurs des soldats.
La reine de Navarre, femme courageuse , dont Tesprît était invincible aux adversités, présenta son fus aux protestants , et, traversant les rangs de l'armée, elle s'écria : <^ Voici, mes amis, deux nouveaux chefs que Dieu vous donne, et deux orphelins que je vous confie ! » Ensuite celte princesse, ayaiil annoncé aux trou()es qu'elle était décidée à faire tous les sacrifices, et à ne traiter qu'aux coO' ditions les plus favorables pour sa religion, voulut conserver la mémoire de ce grand événement, en faisant frapper une médaille qui portait CCS mots : Pax certa, Victoria intégra, mors honestas P«ix «ssorée, victoire entière, ou mort honnôte.
L*annéo suivante eut lieu à Aîontcontour une terrible bataille entre les mêmes ennemis ; et, moins de dix mois après cette dernière affaire. Je paix ayant été proposée, le jeune Henri de Navarre, alors ùgé de dix-huit ans, pot se présenter à la cour, qui avait été à son avance l'attendre au château de Blois. Quelles que fussent les impatiences que témoigna le jeune prince, Jeanne J'Albret fit paraître encore quelque hésitation à le conduire au milieu de^ femmes qui entouraient Catherine de Médicis. En femme prudente elle redoutait les pièges que des ennemis implacables pouvaient lui tendre. Elle avait donne tous ses soins à l'éducation de ce fils chéri , qui , préservé ]us(|u*alorsde8 passions, montrait néanmoins quel({ue penchant à des égarements qui devaient être Tunique tache de sa vie. Voyant qu'il faudrait tôt ou tard le conduire auprès du roi, elle s'efforçait de lui inspirer de la défianee et du dégoût pour les séductions aux([uelles il serait exposé. « Ce ne sont point à la cour, lui écrivait-elle, les hommes qui prient les femmes; ce sont les femmes qui prient les hommes. Si vous y restez, vous n'en échapperez jamais sans une grande grâce de Dieu. »
Bientôt, cependant, Jeanne parut à Blois, suivie de son fils et du * prince de Condé : Coligny l'accompagnait. Ils furent accueillis avec les démonstrations de l'amitié la plus sincèie. Catherine flatta la reine de Navarre ; elle lui parla de la paix , et elle lui proposa de cimenter l'union des deux partis, par le mariage de sa dernière fille, la belle Marguerite do Valois, avec le prince de Béarn. L'offre était d'autant plus séduisante, que Jeanne ignorait les bruits qui couraient à la cour SUT rinclination de la jeune princesse pour le duc de Guise.
Quelque W'inpb après, les espérances de Catherine allant grand train , il fallut consulter Marguerite sur son futur mariage. Cette princesse, réelleinem éprise du duc de Guise» témoigna ouvertement sa répugnance pour une pareille union ; elle chercna à faire naître des empêchements : la cour de Romo lui vint en aide en lefusanl les dispenses nécessaires ; Marguerite s'y appuya, mais en vain. Le roi, conseillé par Coligny, leva tous les obstacles, et ohtini du cardinal do Bourbon , oncle du roi do Navarre, qu'il bénirait celte union formée sous de si tristes auspices. La cérémonie fut iixée au 18 août lft7S : toute la cour se rendit en grande pompe à Notre- Dame, et l'on vit cette antique église remplie de cathohques el de protestants. l4orsque la messe commença, le roi de Navarre se retira ainsi que ses amis, et Marguerite resta seule à genoux au pied de l'autel. On se ligure aisément quels sentiments devaient agiter cette princesse, livrée à l'âge de 19 ans, et dans tout l'éclat de sa beauté, à uo hontmedont elle n'était pas aimée; également contrariée dans ses sentiments religieux et dans ses inclinations les plus tendres, et ne voyant pas môme à ses cdiés Tépoux auriuel elle allait être forcée de donner sa main. La messe étant finie, le roi de Navarre rentra, el le cardinal de Bourbon fit le mariage ; mais l'on assure que Marguerite garda le silence lorsque, à diverses reprises, le célébrant lui demanda son consentement , el Ton ajoute que Charles IX, irrité do cette résislance , s'approcha de sa sœur, lui mit la main sur la tête, et la lui fit baisser de force ; ce qui fut considéré , de la part de la princesse , comme un signe suffisant d'adhésion.
Ce mariage ne fut pas heureux. Quelques années après, ceux mêmes qui l'avaient formé cberchèrent à h dissoudre. Catherine de Mcdicis, chargée d'une mission en négociation avec le roi de Navarre, au château do Saint-Brice, essaya de consommer l'avilissement de sa fille en déterminant son époux h rompre les liens qui l'attachaient à elle. Etant accompagnée de Christine de Lorraine, sa petite-fille , elle espérait que le roi de Navarre, frappé des grâces touchantes de celte jeune personne, consentirait à quitter sa religion pour l'épouser. Mais Henri ne balança pas un moment sur le
f)arti qu'il devait prendre. Il refusa net une épouse présentée par es mains qui avaient ordonné les massacres de la Saint-Barihélemy, et il eut raison.
Les conférences de Saint-Brice furent célèbres par les fêtes séduisantes qu'y donnèrent les cours de France et de Navarre qui s'y étaient rendues en môme temps ; mais n'ayant abouti à aucune conclusion, la guerre recommença , et moins d'une année après, les protestants prirent à Coutras une belle revanche sur leurs ennemis
Bii 1770, le comte de Jarnac visitant le champ de bataille où avait péri Coudé, lui fit »'*!«ver uue colonne monumentale, supportant une plaque de marbre âUï laquelle on inscrivit ce vers Ue k Umriad$ ;
0 i^lmw de ivaael 6 coup tiop inhmnain !
Ce monument fut mutilé par les Vandales révolutionnaires de 93, qui furent assez insensés pour renier la Francf» de nos pères et rapetisser leurs gloires. Dans les temps modunies, le monument de Condé aété relevé, et vm Mh épitaphe arrête le voyageur, en lui ap^ireiiuit qu'U foule les ceadres des vîcilmes de nos discordes civiles.
Aujourd'hui l'étranger qui passe, l'écrivain qui médite et le poète qui cherche le merveilleux, croient voir encore dans cette plaine les ombres des irnerriers qui s'avancent, s'entre-chofjuent et tuinht'nt ; puis, comme ils sorieal de leur rêverie, ils aper(^oivent le laboureur qui tmee sur ces lieux de légers sillons, cacnani ainsi le ^uaé aux générations présentes et aux prismes de Tavenir.
T3k de Jtnac.
Jarnac est aujourd'hui une jolie ville du département de la Cha^
rente, chef-lieu de canton important de rarrondissement de Cognae, duquel elle n'est éloignée que de douze kilomètres. Sa population, d'après le dernier recensement, s'élève au chiffre de 3,358 liabitants, et celle du canton, divisé en 1 4 communes, atteint celui de 43,190.
Placée dans une position riante sur la rive droite de la Charente, entourée de gracieux paysages et de contrées fertiles , la ville de Jarnac a pris depuis quelques années un développement extraordinaire, qu'il fout attribuer au commerce de ses eaux-de-vie, qu'elle expédie en France et à l'élrançer. On y remarque quelques jolies rues, des constructions nouvelles fort élégantes , une large place d'un carré régulier, établie sur l'eni placement même du château, un beau pont suspendu construit en 1834 par M. Quénol, ingénieur ; et, traversant toute la vallée, une magnifique avenue de peupliers que Ton cite comme l'une des plus belles de France.
L'étranger peut , en quelques heures , aller visiter le champ de bataille de Jarnac; on y voit le monument de Condé, et un peu plus loin le ruisseau de Bassac , célèbre par le passage des troupes qui
gagnèrent la bataille. La municipalité de la ville conserve religieusement la table de marbre sur Inquelle te oorps de Condé fut déposé avant d'être remis au duc de Longueville.
D'autres souvenirs sont venus prendre une large place dans l'histoire de Jarnac. Le 1 1 octobre 1852, à dix heures du matin, l'empereur Napoléon m , avec la suîle qui l'avait aecomnagné dans ce grand voyage du midi de la France , traversait la viUe, au milieu d'une amuence considérable de citadins et de gens accourus des campagnes voisines. Truites les maisons étaient pavoisées et un arcde-iriomphe, entouré de guirlandes de fleurs, s'élevait sur la grande avenue. Ce jour là fut un jour de bonheur pour nos populations charentaises, si fières cl si heureuses de voir le successeur du grand Napoléon, qui, après avoir enchaîné la discorde et fait taire les passions, nous montrait le beau spectacle d'une nation confiante oans le présent, grande et prospère dans l'avenir !