‹ Bôrô-Boudour dans l'île de Java, Dessiné par ou sous la direction de Mr. F.C. Wilsen, avec texte descriptif et explicatif, rédigé, d'apres les mémoires manuscrits et imprimés de MM: F.C. Wilsen, J.F.G. Brumund et autres documents, et publié, d'apres les ordres de son excellence le ministre des coloniesChapitre 11 sur 31 · QUATRIEME GALERIE; PAROI POSTERIEURE · texte numérisé non relu

QUATRIEME GALERIE; PAROI POSTERIEURE

Montons maintenant à la galerie suivante , c'est-à-dire à la quatrième ; nous trouvons de nouveau une seule série de bas-reliefs ornant la paroi postérieure , et nous demandons à examiner cette série en suivant l'ordre que nous avons suivi jusqu'ici , c'est-àdire en allant de droite à gauche. Nous avons déjà dit plus haut, page 83, que toute la série se compose de quatre vingthuit bas-reliefs , qui tous ont été dessinés et que nous retrouvons sur les Pli. GGGIIl jusqu'à GGGXLVI.

Après que nous avons donné la description détaillée des bas-reliefs des galeries antérieures , il ne nous paraît pas absolument nécessaire de nous arrêter à chacun des bas-reliefs de cette galerie; pour abréger nous nous bornerons donc à donner un résumé général des tableaux et à les classer dans quelques catégories principales.

Ge qui saute immédiatement aux yeux , c'est que le sujet général est ici encore : des hommages rendus à des princes qui se distinguent en partie seulement par l'auréole; ces mêmes hommages sont aussi rendus à des temples fermés en partie, ou dont l'intérieur nous est représenté; dans ce cas-là nous y découvrons les objets auxquels, à proprement parler, les hommages sont destinés.

Ge qui est très remarquable , c'est que cette galerie ne nous olfrc pas des images proprement dites du Bouddha; c'est cinq fois seulement que nous reconnaissons le Bouddha lui-même , ou plutôt encore ses saints Bhikshous, dans les principaux personnages qui, assis dans un pelit temple, reçoivent les hommages de la foule qui les entoure, assise ou debout. Les cinq tableaux en ques-

tion se trouvent PI. GGGIX. 14.; GGGXXV. 45; GGGXXVIII. 51; CGGXXX. 55 et GGGXXXl. 58. Quant h la calotte, bien qu'elle présente encore une ou deux élévations au-dessus du sommet de la tête, elle nous fait songer plutôt à des Bliikshous qu'à des Bouddhas proprement dits.

La plupart des personnages qui sont l'objet d'un culte religieux sont des princes, assis dans un édifice quelconque; ceux qui les visitent sont également des princes ou du moins des hommes de condition. Les princes de ces deux catégories sont presque tous ornés de l'auréole. Sur la pi. GGGVIII. 12 le prince se distingue en outre par l'objet en forme de croissant qui s'élève derrière le cou. Il arrive aussi que deux princes , assis dans la même pièce, reçoivent ensemble les hommages; voilà, par exemple, un cas qui se présente sur le n". 15, PL GGGX , où l'un des deux princes seulement est orné de l'auréole, c'est-à-dire celui qui seul aussi s'entretient avec les assistants ; l'autre est assis à côté de lui dans une attitude attentive , portant une branche de fleurs à la main. 11 arrive aussi quelquefois que celui qui présente les hommages se trouve dans le même édifice que celui qui les reçoit, comme par exemple: PI. GGGVIiï. 12; PI. GGGXXIL 40; GGGXXXV. 65. Dans la plupart des cas ces personnages sont assis sur des trônes pourvus d'un dossier et dont le siège est couvert d'un tapis qui retombe sur le devant, quelquefois d'un coussin travaillé avec goût; souvent aussi le siège est couvert du coussin de lotus , comme par exemple : PI. GGGin. 2; GGGIV. 3; GGGVI. 8; GGGVIL 9; GGGVIII. 12; CGGXL 18. Quelquefois les deux personnages sont assis chacun dans un édifice séparé ; dans ces cas le plus grand des deux édifices est décerné au prince qui reçoit ; voyez , par exemple : PI. GGGXI. 18 et GGGXII. 19; sur ce dernier bas-relief celui qui rend visite est assis dans un pendopo avec quelques-uns de sa suite. Nous remarquons encore par rapport au premier de ces deux tableaux , que celui qui reçoit la visite n'est pas orné de l'auréole, tandis que celui qui la rend en est pourvu; par contre, ce dernier est assis sur un coussin ordinaire, tandis que le coussin de lotus , sur lequel l'illustre hôte est assis , semble

réclamer pour ce dernier sinon un rang- plus élevé , au moins un plus haut degré de sainteté. Le saint prince reçoit aussi quelquefois les hommages et les cadeaux qu'on lui destine , assis en plein air sur un coussin que soutient un piédestal carré , comme cela se voit par exemple , sur les Pli. GGGXYII. 29 et CGGXXXVIII. 72.

Ailleurs nous voyons présenter les hommages tout près d'un édifice dans lequel sont assis sept personnages , qui ne se distinguent par aucune marque de rang ou de sainteté , et qu'il est difficile, par conséquent, de prendre pour les objets mêmes des hommages. Il faudrait chercher plutôt cet objet dans une image de Bouddha assis , taillée au milieu de la façade au-dessus de la corniche du bâtiment, PI. GGGXIX. 34.

Ge ne sont pas seulement des religieux , des princes ou d'autres personnages de condition aux(|uels on rend ainsi un culte sur les bas-reliefs de cette galerie. Il arrive souvent, et voilà ce qui distingue nos bas-reliefs de ceux des autres galeries, que l'objet des hommages rendus est un temple , ou encore les objets placés dans ces temples, et qui méritent cet honneur, soit à cause de leur prix réel, soit à cause de leur valeur symbolique; ces objets sont rendus alors visibles par la suj)pression du mur extérieur. Des tableaux de ce genre se voient, par exemple: PI. GGGIV. 4; GGGV. 6; GGGYI. 7; GGGVllI. Il; GGGIX. 13; GGGXÏI. 20; GGGXllI. 21, 22; GCGXIV— GGGXVI. 24—28; GGGXVIII et GGGXIX. 31—33; GGGXX— GGGXXIl. 36—39 etc. Ces temples sont gardés souvent par un homme armé, assis tout près de ces édifices, comme par exemple, PI. GGGIV, 3, 4 et PI. GGGV. 5. Si le mur de la façade n'a pas été supprimé en entier ou en partie , il s'y trouve de portes brisées , fermées souvent, entr'ouvertes quelquefois, et auxquelles un certain nombre de marches ouvrent l'accès; voyez, en dehors des planches que nous avons signalées tout à l'heure, PI. GGGIX. 13. Il faut supposer probablement que les trois autres façades ont aussi une entrée semblable fermée par une porte ; car la PI. GGGV. 6 nous montre un saint prince entrant dans l'édifice par un passage dans la façade latérale. Observons, à propos de ce dernier

tableau , que l'artiste , forcé d'observer un peu la proportion entre l'entrée et la personne qui doit y passer, a dû donner à cette ouverture une dimension énorme en comparaison de la façade dans laquelle elle a été faite; il va sans dire que la façade latérale doit s'accorder parfaitement avec celle de devant.

Une seule fois, PI. CCCXVII. 30, nous voyons un arbre symbolique dans le genre de ceux que nous avons décrits plus haut , mais confposé d'une manière beaucoup plus capricieuse encore, placé derrière ou peut-être sur un autel , et figurant ainsi comme un objet de culte.

Nous ne sommes nullement surpris de rencontrer ici encore un grand nombre d'esprits célestes , planant sur les nuages ou volant dans l'air, ni de trouver parmi eux des Gandbarvas, comme par exemple: PI. GGGV. 5; GGGIX. 14; GGGXIII. 22; GGGXIV. 24; GGGXV. 26; GGGXYI. 27, 28; GGGXVII. 30; GGGXXVIII 52; GGGXXXV. 66; GGGXL. 75; GGGXLII. 80. Nous ne sommes pas plus étonnés de voir que les arbres symboliques prennent d'ordinaire ici la place des arbres naturels.

Il y en a quelques-uns parmi les tableaux de cette série qui ne rentrent pas dans l'idée générale que nous y avons trouvée. Le n". 47 , PI. GGGXXVI nous montre un temple , dans lequel un saint prince se soutient sur la jambe gauche entre deux autels sur lesquels l'encens est allumé. La jambe droite relevée de travers devant, le corps, se trouve ainsi dans la même position que les deux jambes croisées des Bouddhas assis; les mains sont serrées l'une contre l'autre et les bouts des doisrts élevés devant la poitrine. Des esprits de l'air planent au-dessus du temple , tandis qu'à droite de cet édifice est assis un roi avec sa suite; à gauche se trouve un autre prince, accompagné de sa suite et muni de tous les insignes de sa dignité, orné en outre, tout comme l'autre, de l'auréole; ce dernier est à genoux et apporte une offrande de parfums allumés. Peut-être faut-il voir dans ce tableau ce qu'on appelle une pénitence, c'est-àdire un acte par lequel on pouvait acquérir un degré supérieur de sainteté ; mais alors cette scène serait la seule de son genre sur tout le monument de Bôrô-Boudour ; nous avouons néanmoins qu'il

est provisoirement tout aussi difficile d'expliquer sa signification, que de lui trouver un rapport quelconque avec le reste des tableaux.

Le bas-relief M , PI. GGGXXIV nous montre deux saints princes qui se rencontrent en route; on dirait que l'un d'eux, dont la suite porte des anneaux et d'autres objets précieux derrière lui, et qui compte parmi ses serviteurs un de ces gardiens farouches que nous avons déjà rencontrés plus haut, s'apprête à distribuer des cadeaux aux serviteurs de l'autre. Des colliers de perles qui, sortant des nuages, sont suspendus au-dessus de la tête de ces derniers, se rapportent à la richesse qui les attend. Il est assez remarquable que quelques personnes dans la suite des deux princes portent de petits parasols très simples, qui servent sans doute à leur usage personnel et qui ne sont pas de simples insignes de leurs maîtres.

La PI. GGGXXXV. 65 interrompt la série de tableaux ordinaires par une scène tout à fait particulière. Nous y voyons un couple dansant, homme et femme ') , ayant l'un et l'autre la jambe gauche relevée vers la jambe droite, tandis que la tête est penchée plus ou moin en arrière , et que le bras droit et assez gracieusement tourné vers le cou. Les ornements , tout comme la coiffure, sont très simples; la partie inférieure du basrelief est trop endommagée pour nous faire porter un jugement exact sur le costume des deux personnages ; nous inclinerions à penser que la femme porte un sarong , l'homme un pantalon , rattachés l'un et l'autre par un lien à la hauteur des hanches. Deux personnages assis accompagnent la danse en jouant sur de petites flûtes traversières , un troisième personnage (qui a disparu maintenant en grande partie) y joint probablement le son d'un tambourin, tandis que cinq femmes qui se tiennent debout renforcent cette musique en frappant des instruments de métal qui ont la forme de gobelets.

Le bas-relief qui suit immédiatement ce dernier et qu'on

1) La ressemblance qu'il y a dans le costume et dans les attributs des deux personnages nous ferait sonj^er plutôt h. doux femmes dansantes, si du moins nous pouvons admettre que le dessinateur ait néglige' d'indiquer les seins sur Tune de ces deux images.

retrouve PI. GGGXXXVI. G8, nous montre, assis au second plan derrière les principaux personnages qui se trouvent au premier , un grand nombre de ces hommes à l'air farouche et cruel , avec leurs dents incisives sortant de la bouche comme des défenses, avec leurs cheveux ébouriffés , leurs énormes moustaches et leur barbe pointue, serrés de tous côtés les uns contre les autres. Eux aussi apportent leurs hommag-es et des cadeaux ou bien lèvent respectueusement les deux mains.

Ce qui est plus étrange encore ce sont les trois tableaux qui suivent. La pi. GGGXXXVII. 69 nous montre un saint prince, assis dans sa maison sur un coussin de lotus; de l'autre côté du bas-relief un autre prince est assis en plein air sur un trône dépourvu du coussin de lotus ; à côté de ce dernier un autre personnage de condition se tient debout avec sa suite présentant ses hommages. Le milieu du tableau est occupé par un groupe de trois hommes dont les mains sont liées et qui se tiennent debout à côté d'un large bassin , chauffé par un grand feu et dans lequel on voit un liquide bouillant. Près de ce groupe sont deux hommes farouches , à peu près comme ceux du dernier bas-relief, armés d'un long glaive. Au-dessus des trois hommes liés s'élève un arbre symbolique, non pas composé de fleurs, de clochettes etc., mais d'un grand nombre de petits glaives droits ou de poignards disposés en forme d'éventail.

Sur le bas-relief suivant, le n». 70, même planche, d'un côté un saint prince assis dans son palais; de l'autre côté se trouve un petit temple. Au milieu du tableau se trouve un saint prince avec sa suite, debout sur un coussin de lotus et distribuant des dons, probablement des gâteaux de riz, à quelques hommes amaigris, réunis dans un lieu désert, qui lui tendent les bras; quelques-uns d'entre ces hommes ont déjà reçu leur part du gâteau.

Passons au bas-relief suivant, PI. GGGXXXYIIl 71; nous y voyons de nouveau le prince dans son petit temple, entouré d'un très grand nombre d'animaux. La scène représente une contrée boisée et rocheuse; on y voit des lions, des tigres, des éléphants, des chevaux, des vaches, des brebis, des chèvres, des chiens,

des pourceaux , un singe et des paons , qui vivent paisiblement ensemble. Un autre saint prince s'est approché avec sa suite du séjour du premier et paraît s'entretenir avec lui.

Que faut-il penser de ces cinq tableaux? dans quel rapport se trouvent-ils avec les autres? Voilà les questions qui se présentent tout naturellement.

Ici nous sommes réduits à des suppositions. Les rois assis dans leur palais sont peut-être ici des spectateurs , des personnages de premier ordre , qui sans jouer eux-mêmes un rôle , sont témoins de l'action.

Les trois hommes liés du n°. 69 que gardent les deux hommes farouches, attendent évidemment leur châtiment; le moment approche où ils vont être jetés dans le liquide bouillant. Il est vrai qu'ils dirigent leurs regards et qu'ils tendent les bras vers le prince qui est assis près d'eux , pour implorer sa grâce , mais ils ne réusissent pas à réveiller son attention et sa pitié, ni celle des autres saints princes; pas un de ces derniers ne trahit la moindre compassion par son regard ou par son attitude; tous ont l'air de ne pas voir ce qui ce passe près d'eux. Il n'y a plus d'espoir pour les malheureux; non seulement l'huile bouillante, ou tel autre liquide, les attend, mais l'arbre qui se compose de glaives ou de poignards les menace au moindre mouvement de blessures mortelles ; s'il n'est pas plutôt le symbole des dangers sans nombre auxquels leur expose leur situation déplorable.

La Divya avadâna renferme un écrit appelé Açôka avadâna , où se lit l'histoire du roi célèbre Açôka, auquel le Bouddhisme doit beaucoup.

Une tradition concernant Açôka, qui se rapporte à la première période de son règne, lorsqu'il n'avait pas encore été converti à la doctrine du Bouddha , mérite d'être mentionnée ici , parcequ'elle peut servir plus on moins d'explication au tableau que nous avons devant nous, lors môme qu'il n'y aurait aucun rapport immédiat entre l'histoire qu'elle raconte et le tableau de Bôrô- Boudour. Açoka avait nommé un farouche habitant des montagnes, Tchanda Girika , aux fonctions de bourreau, et lui avait donné un édifice dans lequel il devait exécuter les arrêts de mort et appli-

quer les différentes tortures. Parmi les malheureux qui entraient dans ce lieu de tourments (d'où il était impossible de sortir une fois qu'on y était entré) se trouvait aussi un relig-ieux Bouddhiste, Samoudra, fds d'un marchand de Çravastî; celui-ci fut jeté par le bourreau en présence du roi, dans une chaudière de fer renjplie d'eau bouillante, de sang, , de graisse et d'excréments humains, et placée sur un grand feu. Mais Samoudra, qui s'était élevé par la doctrine du Bouddha à la dignité supérieure d'Arhat, résista par son pouvoir surnaturel à l'effet des flammes et du liquide bouillant; le feu s'éteignit et ne put pas être rallumé. Samoudra commença 'par s'asseoir dans la chaudière sur une fleur de lotus dans l'attitude d'un Bouddha; ensuite il s'éleva jusqu'à une certaine hauteur dans l'air, et de là il opéra un grand nombre de miracles. L'histoire se termine par la conversion d'Agôka et le châtiment de Girika, lequel fut jeté dans les flammes par ordre du prince '). Maintenant, nous n'oserions affirmer que ce bas-rehef représente un incident de l'histoire d'Açôka ; mais nous croyons pouvoir songer ici d'une manière générale à un châtiment , exécuté par ordre d'un prince ; à moins que l'arbre merveilleux avec ses poignards ne rende préférable d'envisager toute la scène à un point de vue symbolique. Si cette dernière acception est la vraie, il est assez naturel de penser aux châtiments qu' encourt le vice , au sort terrible réservé à l'homme qui a rejeté la doctrine du Bouddha et dédaigné le salut que le maître lui avait offert. Parmi les peines de l'enfer Bouddhiste , que l'histoire de tout à l'heure mentionne assez dans les détails 2) il y en a une qui n'est pas formellement décrite à cet endroit, mais qu'on considère néanmoins comme la plus fréquente; cette peine consiste à être jeté dans une grande chaudière de fer, placée sur un feu qui ne s'éteint jamais, et remplie d'un liquide bouillant 3). Il pouvait paraître assez à propos de représenter cette chaudière, et il pouvait paraître assez utile aussi d'adresser un avertissement à ceux qui visitaient Bôrô-

1) E. Biirnouf, Introduction etc. p. 365, 372.

2) Burnouf, p. 366, 367.

3) Burnouf, p. 544.

Boudour, en ravivant en eux la crainte des châtiments qui attendent les incrédules et du sort terrible réservé aux serviteurs infidèles.

Si nous devons voir sur ce dernier bas-relief un tableau des peines dont les méchants sont menacés , le n". 70 peut nous montrer la récompense qui attend les justes, ou plutôt, il renferme une exhortation à observer un des devoirs essentiels que le maître a imposés à ses disciples, le devoir de la bienfaisance envers des nécessiteux; devoir qui doit aller jusqu'à vouloir donner la vie pour l'amour des autres, si leur salut réclame ce sacrifice. Cette dernière idée nous paraît préférable , parce qu'il serait assez étrange de vouloir faire d'une distribution d'aliments le symbole général du salaire rattaché aux bonnes oeuvres; car voilà , en vérité , un salaire assez maigre vis-à-vis des peines de l'enfer qui nous ont été exposées tout à l'heure. Cette interprétation purement symbolique est également exclue par l'état de maigreur extrême où se trouvent ceux qui sont secourus. Pour toutes ces raisons nous aimons mieux voir dans l'exemple d'un prince qui distribue des dons de charité , un encouragement à pratiquer cette vertu.

Abordons maintenant le rapport où ces derniers bas-reliefs se trouvent avec celui du n°. 71 , qui les suit immédiatement. D'après le système Bouddhiste de la métempsycose l'homme était obligé, dans le but de faire pénitence ou pour être purifié de ses péchés, de revivre après sa mort dans le corps d'un autre être , ou même dans des objets inanimés. Celte métempsycose avait lieu en bien ou en mal , suivant que le vice ou la vertu l'avait emporté pendant la vie d'un homme; si le vice avait été plus fort, alors un animal dont le naturel s'accordait le plus avec les penchants et les déhmts du pécheur , servait de séjour à son ûmc; si le bien avait eu le dessus, alors le défunt devait réaliser sa nouvelle existence dans le corps d'un des animaux plus nobles et plus purs. A mesure que l'homme était devenu plus vertueux dans les périodes successives de sa nouvelle existence , il arrivait même au privilège de passer dans le corps d'un religieux, oui jusque dans le corps d'un Bouddha, pour entrer ainsi en possession du bonheur suprême.

La diversit(5 des animaux, rassemblés autour du petit temple dans lequel le prince est occupé de sa démonstration, était laite pour poser au spectateur la question de savoir s'il voulait se préparer à une ascension, ou bien h une descente sur l'échelle de la création. Le lion, le tigre, rélé{)hant, le cheval, la vache, le buftle, la brebis,' la chèvre, la biche, le pourceau, le singe, le perroquet, le pigeon, le paon, et d'autres animaux, se présentent à lui comme les êtres dans lesquels il doit parcourir après sa mort une nouvelle carrière; mais l'image de l'homme qui est tranquillement assis dans son temple, peut l'engager à faire un bon choix , afin que , à travers l'enchaînement des choses créées , il puisse arriver à un degré supérieur de l'existence.

C'est de cette manière que nous pourrons trouver au moins un certain rapport entre les bas-reliefs 69 —71 ; peut-être pourrions nous en faire autant des deux tableaux antérieurs , 65 — 68 , lors même que le fil exact qui les relie nous échappe. Maintenant, si quelqu'un s'avisait de demander pourquoi l'artiste a donné aux tableaux que nous venons d'examiner, la place qu'ils occupent parmi tous les tableaux de la série , à l'exclusion de toute autre, — nous dirions que cette question doit rester sans réponse. Nous comprenons cependant que les avertissements et les leçons que renferment ces tableaux , aient été jugés propres à occuper une place parmi les scènes qui représentaient tant d'hommes excellents, que leurs vertus avaient élevés à une telle hauteur de sainteté, qui présentaient leurs hommages au maître, ou qui étaient jugés dignes eux-mêmes d'être l'objet d'un culte. Voilà en effet des avertissements et des leçons nullement déplacés dans ces endroits-là , et qui , par la place même qu'ils occupaient , pouvaient profiter à des observateurs intelligents.

Parmi les scènes de la vie ordinaire que nous rencontrons sur quelques-uns de ces tableaux , il faut compter celles qui nous représentent un prince en voyage ou en marche , comme s'il s'agissait d'une procession solennelle. C'est ainsi que le n". 10, PI. CCCVII , nous le représente porté dans une litière par douze serviteurs , tandis qu'une foule nombreuse d'hommes armés marche devant lui et le suit en portant les insignes de sa haute dignité;

un éléphant fait partie des attributs de son rang. La PI. GCGXXVII. 50 nous montre le prince allant à pied , précédé par une grande foule d'hommes qui portent des drapeaux et des tambours , tandis qu'un éléphant chargé de cadeaux accompagne le cortège. L'état endommagé de la partie inférieure du bas-relief ne permet pas de juger du rapport qu'il peut y avoir entre le principal personnage et un autre saint prince , assis non loin du premier sous un arbre symbolique et accompagné d'un de ses serviteurs. Le rapport où ces tableaux et des tableaux dii même genre se trouvent avec les autres, nous paraît assez simple et assez évident, si du moins nous admettons pour eux ce que nous avons admis pour les bas-reliefs de la précédente galerie, c'est-à-dire si nous nous figurons les principaux personnages en route vers des lieux sacrés , pour y présenter leurs hommages ou pour prendre part à la transportation solennelle de reliques du Bouddha vers les monuments où elles seront conservées.

Car ce ne sont pas seulement des personnes ou des édifices qui reçoivent sur nos bas-reliefs les hommages du public religieux ; ce sont aussi des restes du corps du maître, ou d'autres objets destinés à garder et à perpétuer sa mémoire. Nous avons déjà émis l'opinion , qu'il fallait se figurer de tels objets renfermés dans les vases ornés en forme de globes et dans les Dagobs sur les tableaux de la précédente galerie ; nous pensons de même qu'il faut se figurer des objets de ce genre, quelquefois des images du Bouddha, gardés dans les temples fermés que nous trouvons sur quelques-uns des premiers bas-reliefs de cette série, notamment sur les nos 3 — 7^ p|. GGGIV — GGGYI; PI. GGGVm. 11; GGGIX. 13; GGGXIL 20; GGGXIIL 21; GGGXIV. 24 et d'autres. Là où l'intérieur des temples est accessible à l'oeil , nous pouvons nous assurer de la présence de ces objets, non pas directement, mais par d'autres objets qui se trouvent en rapport avec ceux-là. G'est ainsi que le vase qui se voit PI. GGGXin. 22, est peut-être destiné à garder les restes sacrés; cependant le temple ouvert de la PI. GGGXV. 25 ne nous montre au milieu du sanctuaire que l'autel ou le candélabre avec l'encens allumé. Ailleurs, PI. GGGXV. 26; GGGXX. 35,36,

ce sont des fleurs de lotus et d'autres fleurs , plantées dans de grands vases qu'on a placés en partie entre des candélabres portant l'encens allumé, qui occupent les premières places dans le sanctuaire; mais ces fleurs ne sont ici évidemment que des offrandes naturelles ou le symbole d'hommages olFerts au Bouddha , à son image , ou à ses restes sacrés.

Quant aux temples eux-mêmes , nous rencontrons sur cette galerie quelques particularités qui ne sont que secondaires sur les galeries précédentes, ou bien qui se présentent seulement ici. On peut dire en général que ces édifices sont beaucoup plus ornés sur cette quatrième galerie que sur les autres; ils y occupent une plus grande place sur les bas-reliefs , et sur plusieurs tableaux ces petits temples semblent même être les principaux objets de la scène; voyez, par exemple, PI. GGGXIII. 21; CGGXIV. 24; GGGXV. 25,^26 et GGGXXII. 39, où les ornements et les attributs symboliques sont trop nombreux pour que nous essayions d'en donner une description exacte. Il nous arrive même de rencontrer des groupes de temples, comme par exemple, PI. GGGXV. 26; GGGXXII. 29 et GGGXII. 20, où nous voyons un temple construit entre deux temples plus petits. PI. GGGXVIII. 31 nous montre un temple qui n'a pas seulement les ornements ordinaires, mais qui porte, en outre des lions assis sur son faîte, et qui est entouré d'énormes pavillons, tout comme les temples du bas-relief GGGXII. 20. Parfois on dirait que l'artiste a voulu utiliser tous les coins de son tableau, et qu'il a voulu le garnir , partout où cela pouvait se faire , de fleurs placées en partie dans des vases , de draperies et d'autres ornements, parfois même de candélabres et d'autels avec de l'encens allumé , PI. GGGXV. 25. Une particularité que présentent les formes générales des temples de cette galerie , du moins sur plusieurs bas-reliefs, surtout à commencer par la PI. GGGXVIII. 32 , consiste en ceci qu'ils ressemblent plutôt à des étages supérieurs ou bien à des combles de temples, qu'à des temples entiers; voilà une particularité qui se présente surtout sur les n^s 33, PI. GGGXIX , et 35 , PI. GGGXX , et sur ceux que nous avons déjà mentionnés plus haut. La prodigalité en fait d'ornements

est souvent poussée si loin qu'il en résulte les mélanges les plus capricieux. C'est ainsi que sur le bas-relief 24, PI. CCCXIV, non seulement le temple est surchargé de toute part de fleurs, mais à côté du temple apparaissent deux Gandliarvas , planant dans l'air et soutenant un dais colossal composé entièrement de fleurs et de grains de semence, tandis que les Gandharvas eux-mêmes sont encore entourés de groupes de fleurs qui flottent entre eux. Sur le bas-relief qui précède immédiatement ce dernier, un ornement plus riche encore, mais composé d'objets du même genre, s'élève au-dessus d'un saint prince qui est assis avec sa suite. Peut-être l'artiste n'a-t-il eu d'autre intention que celle de combler les lacunes qui restaient au-dessus des principaux personnages; mais pour réaliser son idée, il a pris des ornements qui , sans avoir peut-être eux-mêmes une signification symbolique, se composent pourtant d'éléments familiers au symbolisme.

Revenons un moment à nos temples , dont plusieurs se distinguent par d'autres particularités encore. Dans le sanctuaire que nous montre PI CCCXIIl. 22 nous voyons une grande cloche suspendue entre deux cloches plus petites , tandis qu'un grand nombre de clochettes de diflerent volume sont attachées au dehors de la corniche. Nous reparlerons tout à l'heure de ces clochettes; pour le moment nous nous bornons à observer qu'on s'en sert encore dans le culte Bouddhiste et qu'on les suspend habituellement dans les temples.

Quelques-uns de ces édifices nous montrent des attributs symboliques qui rappellent plutôt les particularités du Brahmanisme, tels que le trident sur les PU. CCCXII. 20; CCCXXXVII. 60 et CCCXLIY. 83 ; la conque des guerriers sur le premier de ces trois tableaux; les tridents et la roue ou le disque sur la Pi. CCCXXXV. 65.

Un grand nombre de temples, quelquefois aussi des palais, même un pendopo, se distinguent par les nuages qui suivent les contours de la partie supérieure de ces édifices, et qui sont représentés ainsi comme s'ils les touchaient de près. Voyez, par exemple: PI. CCCIY. 3; ensuite PI. CGC VIII. 12 jusqu'à CCCXIIL

21; CCCXXXVI. 67— CCCXXXVTI. 70 ; CCCXL. 75, 76 ; CCCXLII. 80; CCCXLIII. 81; CCCXLV. 86. 11 saule aux yeux que la manière dont ces nuages ont été mis ici en rapport avec les édifices, est tout h fait différente de celle que nous avons vu appliquer sur les bas-reliefs précédents. Si nous pouvions nous fier à la fidélité pariaile des dessins de M. Schonherg Mûlder, nous en tirerions la conclusion . qu'en général les nuages sont très mal travaillés sur les tableaux de la paroi postérieure de la quatrième galerie ; lors même que nous voudrions tenir compte des difficultés presque insurmontables que ce travail a dû présenter pour l'artiste. Pour faire ressortir les défauts de ce travail , nous pourrions renvoyer le lecteur à presque tous les bas-reliefs de cette série ; mais nous nous bornons à signaler celui du n". 29 , PI. CCCXVII. Maintenant , si le dessin des nuages est en général assez défectueux, il est permis de se demander si la manière étrange dont ils ont été disposés autour des parties supérieures des temples, doit être mise uniquement sur le compte de la maladresse du sculpteur? 11 nous paraîtrait au moins paradoxal de conclure de cette particularité, que ces tableaux nous transportent dans un des cieux du Bouddbisme , et que les personnages que nous apercevons dans les temples entourés de nuages , ont déjà été élevés dans le ciel à cause de leurs mérites. Nous inclinerions bien plutôt à penser qu'on a voulu glorifier ces petits temples en représentant leurs faîtes et leurs flèches s'élevant jusque dans les nuages. Mais nous préférons à toutes ces explications l'idée très simple, que ces écarts dans la forme des nuages doivent être mis sur le compte d'une exécution défectueuse ; l'artiste aurait dû représenter ces nuages comme s'élevant au-dessus des édifices ou flottant derrière eux au loin ; c'est par sa maladresse qu'il les a mis en contact immédiat avec les bâtiments.

Il faut encore fixer l'attention de nos lecteurs sur quelques bâtiments étranges qui s'écartent entièrement de tous les autres. Nous les trouvons PI. CCCXVI. 27 , 28 , sur deux tableaux qui se touchent. Le premier nous montre une espèce de temple, composé en grande partie, et sauf les pilastres et les moulures, d'orne-

ments qui paraissent être symboliques. Ce qui est très caractéristique parmi les détails de ce bâtiment , ce sont des objets , que nous n'avons pas encore réussi à reconnaître et qui semblent consister en un disque ou un g'iobe (peut-être un fruit?) placé sur une fleur de lotus , en sorte que la partie inférieure du globe est couverte par les feuilles relevées de cette fleur. La cornicbe de l'édifice se compose de ces mêmes disques ou globes , mais sans les fleurs de lotus , tandis qu'un autre globe , placé sur la fleur, flotte dans l'air parmi quelques autres fleurs; dans l'intérieur du temple , à la place d'honneur un objet semblable paraît avoir été suspendu. Nous trouvons encore de ces disques ou globes sur les Pli. CCCXV. 25 et CCCXXI. 37. L'édifice du bas-relief suivant a également une forme très bizarre. Une partie du toit semble avoir trop souffert sur l'original pour pouvoir être représentée fidèlement ; peut-être même l'exactitude du dessin tout entier laisse-t-elle à désirer. On dirait que l'édifice entier est une espèce de galerie couverte, mais ouverte tout autour et qu'une coquille remplie de fleurs y est placée sur une élévation entre deux écrins en forme de temples. C'est évidemment à la coquille et à son contenu qu'il faut attribuer le plus de valeur, probablement à cause de sa signification symbolique; sans cela nous serions assez disposés à voir dans les deux éc;rins des reliquaires Bouddhistes renfermant des objets consacrés au Bouddha ou qui viennent de lui.

Nous avons parlé tout à l'heure de cloches qui se trouvent à l'intérieur d'un des temples et qui en ornent également le dehors. Ce n'est pas seulement sur cet édifice que nous les rencontrons ; d y a plusieurs bas-reliefs où nous les voyons rattachées d'une manière assez singulière au devant de la coifflire des principaux personnages, soit comme simple ornement, soit comme un signe distinctif; représentées de celte manière les cloches ont ceci de particulier, qu'elles ont tout à fait la forme d'une sonnette et qu'elles sont pourvues d'un manche. Le détail en question se présente: PI. CCCIH. 2; PL CCCV. 5;CCCV1.8; CCCYIL 9, et plus loin PI. CCCXXII. 40. CCCXXIIL M ■ CCCXXIV. 43; CCCXXVL 47 et 48; CCCXXVIl. 50; CCCXXLX.53; CCCXXX.

56; CCCXXXIII. 62; CCCXLl. 77; CCCXLII. 80; CCCXLIII. 81.

Nous ne nous sentons pas en mesure de donner une explication satisfaisante de cet objet; la sonnette, comme nous l'avons déjà dit, faisait partie des ustensiles du temple et était par conséquent un objet sacré. Peut-être, à cause de la ressemblance de ces objets avec les Dagobs , faut-il y voir un monument Bouddhiste, représentant un reliquaire où les restes sacrés sont conservés. Dans ce cas la petite cloche remplacerait avec quelques modifications la statuette du Bouddha que nous avons trouvée sur la galerie précédente, dans la coiffure de quelques-uns des premiers personnages. Celui qui porte cet insigne paraît être sur tous ces tableaux le principal personnage, bien qu'il ne soit pas toujours orné de l'auréole et qu'il ne soit pas toujours assis sur le coussin de lotus ; quelquefois , en effet , nous le voyons assis sur un coussin ordinaire ou bien sur un siège couvert d'un tapis qui retombe en avant. Les deux derniers des tableaux que nous avons cités, nous le montrent accompagné respectivement de six et de cinq princes saints assis près de lui , tandis qu'un autre saint prince s'approche du palais avec sa suite. Le palais ou le temple du n". 62 , PI. CCCXXXIII se distingue par des formes bizarres et des ornements symboliques; le coussin de lotus sur lequel le prince est assis, est travaillé avec beaucoup plus de soin et est beaucoup plus achevé que sur les autres bas-reliefs.

Une observation générale , qui se rapporte aux couronnes royales et aux autres coiffures , c'est que leur forme et les éléments dont elles se composent, diffèrent notablement de ce que nous avons vu sur les précédents bas-reliefs; cette différence se voit surtout dans les coiffures ornées des clochettes dont nous parlions tout à l'heure. Ces coiffures semblent être faites d'une quantité de rubans ou de bandes tressées. Une coiffure assez singulière et travaillée en partie de la façon indiquée couvre la tête d'un saint que nous montre le n'. 86, PI. CCCXLV, et qui s'entretient avec quatre hommes de condition , assis dans un pendopo , tandis qu'il y attend la visite d'un cinquième qui arrive accompagné de sa suite.

Parmi les objets qui , en dehors de ceux dont nous avons déjà

fait mention , flottent en l'air ou descendent des nuages , il faut compter en premier lieu des fleurs , qui sont très fréquentes ; puis des coupes renversées on des couvercles de vases en forme de cloches , ornés de draperies et garnis aux bords d'une marge de perles ; des flammes semblent monter de quelques-uns de ces vases , voyez PI. GGGXV. 25. Nous y voyons encore des vases ou des coupes garnies de fleurs, comme par exemple, n". 26, même planche; des vêtements, PI. GGGXVIII. 29; des chapelets PI. GGGXXIV. M; des perles qui sortent de grandes cruches renversées ; ainsi que des fruits , des oiseaux , des paons et des perroquets tenant des fleurs et des rubans dans le bec et dans les pattes. PI. GGGX. 16; GGGXX. 36.

Parmi les objets dont nous n'avons pu nous rendre compte jusqu'ici , est un disque énorme soutenu par un manche et d'une dimension qui ne présente plus la moindre proportion avec les autres objets du tableau ; cet objet est placé en guise d'insigne auprès d'un saint prince assis à côté d'un petit édifice et qui s'entretient avec un autre saint prince, siégeant à l'intérieur de l'édifice. Peut-être ce disque peut-il être comparé aux objets en forme de disque ou d'hémisphère, que nous présente la PI. CCCXVI. 27 , à l'exception près , toutefois , que là ces objets n'ont pas de manche et qu'ils sont placés sur une fleur de lotus ou qu'ils flottent en l'air , comme par exemple sur la PI. CCCXYI. 25.

Nous croyons avoir passé en revue les points essentiels et les particularités les plus intéressantes que présente la série de tableaux de cette paroi. Cependant, avant de monter à la galerie suivante, il faut nous arrêter encore un moment au dernier bas-relief de notre série, le n". 88, PI. CCCXLVI. Ce dernier tableau nous montre un saint prince, debout entre |deux arbres symboliques de hauteur égale, et levant respectueusement les mains dont il tient les paumes serrées l'une contre l'autre. Brumund pense qu'une partie de ce tableau a été supprimée, manque d'espace, parce que le compartiment qu'il occupe touche immédiatement à la porte. Cette supposition admise, il se croit en droit d'en conclure que les artistes de Bôrô-Boudour auraient travaillé souvent sans beaucoup de jugement, comme des automates plutôt

que comme des hommes de goût et de réflexion ; il va môme jusqu'à penser que leur but était avant tout de remplir les vides de leurs cadres, et qu'ils se souciaient fort peu de faire ce travail suivant un plan bien médité et d'observer le rapport intime que les différents sujets devaient présenter entre eux. Sans cela , pense-t-il , ces hommes n'auraient pas donné ici la moitié d'un tableau qui avait déjà souvent été représenté en entier. Nous ne saurions nous rallier à cette idée de Brumund , et nous sommes plutôt de l'avis de M. Wilsen. Ce dernier pense que la personne en question se distingue des autres en ce qu'elle marche vers l'entrée de la galerie supérieure; voilà pourquoi il voudrait y voir un des hommes auxquels leur instruction plus profonde permet de s'élever encore d'un degré sur l'échelle de la création , d'atteindre une sainteté plus grande et de monter vers un ciel supérieur. Pour arriver à ce but le prince marche dans le chemin qui conduit par la porte à la galerie suivante, c'est-à-dire aux régions supérieures où demeurent les Bouddhas. Il va sans dire toutefois que nous ne saurions affirmer que telle a été l'idée de l'artiste lorsqu'il a projeté son oeuvre ; il y a lieu de craindre , en effet , que M, Wilsen n'ait puisé son idée que dans sa propre fantaisie et qu'il n'ait prêté à l'artiste une manière de voir que celui-ci n'a jamais eue. Voilà pourquoi nous aimerions proposer une autre explication. Ne pourrait on pas mettre ce dernier bas-relief en rapport avec le premier, celui du n°. 1 PI. CGGIII? Le prince qui sur ce premier bas-relief est assis dans un petit temple et qui y reçoit les hommages du saint prince à droite de ce bâtiment, pourrait être alors également l'objet des hommages du prince qui occupe le dernier bas-relief de l'autre côté de la porte. Et lors même qu'un tel rapprochement pourrait paraître un peu recherché , serait-il mal à propos de se figurer le prince qui clôt la série , prenant tout simplement une attitude respectueuse à côté de l'entrée, parce que celle-ci ouvre l'accès d'un endroit plus glorieux et plus sacré que celui où il se trouve lui-même? Nous n'aurions pas à nous étonner alors de ne pas trouver l'objet du culte représenté sur ce même bas-relief; car cet objet ne serait autre que les nombreux Bouddhas de l'étage supérieur.

Arrivés ainsi à la fin de notre examen et de nos réflexions , et faisant passer les tableaux de cette galerie une dernière fois devant notre esprit, voici le sujet principal, l'idée maîtresse que nous y trouvons : hommages rendus à de saints personnages , des princes et des religieux mais surtout à des princes, qui se sont distingués par leur zèle dans l'oeuvre de la propagande Bouddhiste et par la consécration absolue de leur vie au maître; puis , hommages rendus aux édifices sacrés , aux Tchâityas dans lesquels on conserve une image du Bouddha , quelques restes de son corps, tel ou tel objet dont il se servait, ou qui ont été érigés dans les endroits que sa présence avait rendus célèbres '). L'exemple de ces rois doit stimuler le zèle de la foule qui a entrepris le pélermage vers les différentes galeries , et l'engager à les imiter. Pour donner plus de force à cette exhortation , quelques-uns des tableaux doivent attirer la pensée sur le châtiment qui attend les méchants et les incrédules de l'autre côté de la tombe.

l) Voyez sur les Tchâityas, E. Burnouf. Introduction etc. p. 348 note 2.

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