DEUXIEME GALERIE; PAROI POSTÉRIEURE, SÉRIE SUPÉRIEURE
Les images qui ornent la paroi postérieure de la première galerie, (nous parlons ici de paroi postérieure par rapport à la paroi intérieure du mur d'appui qui n'existe plus) ont déjà été décrites dans la première partie de cet ouvrage , (pages 35 — 40) , lorsque nous avons décrit cette partie du monument. Il serait donc inutile de nous arrêter encore une fois à cette première galerie ; montons immédiatement à la deuxième , en passant par la porte de l'Est , et commençons notre tournée à gauche , pour suivre les faces sud, ouest et nord, et pour revenir ainsi à notre point de départ. Nous verrons par l'étude des groupes et des tableaux sculptés, que cet ordre-là correspond à l'intention de ceux qui ont projeté la construction. Nous commençons par la paroi postérieure de la deuxième galerie, plus spécialement par celle des deux séries de bas-reliefs qui se trouve au-dessus de l'autre. Voici la raison de cette préférence: c'est que, d'après l'idée très juste que Wilsen a émise le premier , les tableaux qui se suivent dans cet ordre nous représentent l'histoire entière du Bouddha. En prenant par ce bout-là le fil qui relie les différentes parties de la construction , nous avons un guide très sur pour nous diriger à travers ce dédale , ou du moins dans un de ses plus importants sentiers , et pour nous préserver d'égarements ou d'embarras.
Nous avons déjà dit plus haut (page GO) que la paroi postérieure de cette galerie nous présente deux cent quarante basreliefs, répartis sur deux séries qui s'élèvent l'une au-dessus de l'autre, ce qui fait cent vingt bas-reliefs pour chaque série; ceux de la série supérieure nous sont tous parvenus; quant aux autres, il en a été perdu trois à l'extrémité nord de la face ouest , trois à l'extrémité Est de la face nord et un à l'extrémité nord de la face Est; ces bas-reliefs ont disparu ou bien sont devenus inaccessibles.
La série supérieure est donc encore complète; ses bas-reliefs sont indiqués sur les planches XVI — GXXXV par les chiftres impairs 1,3,5 etc. et occupent ainsi la moitié supérieure de chacune de ces planches. Elle mérite d'être appelée à juste titre la plus intéressante de toutes , et il y a lieu de nous réjouir de ce qu'elle a été conservée en entier ; surtout , comme nous l'avons déjà observé , parce qu'elle constitue un tableau complet et ininterrompu de la vie , des destinées et des actes du Bouddha.
Passons maintenant en revue les différents tableaux en nous laissant guider par Wilsen ; pour ce qui regarde les détails de la biographie du Bouddha, tenons-nous en surtout à Lassen ') et à Barthélémy Saint-Hilaire ^) , principalement encore à ce dernier lorsqu'il s'agira , pour expliquer un tableau , de recourir aux traditions mythologiques, aux légendes ou aux récits dont l'histoire a été enrichie plus tard.
Vers la fin du septième siècle ') avant notre ère régnait dans un royaume de l'Inde centrale, dans sa capitale Kapilavastou , située sur les bords du Rohinî , une des rivières qui se jettent dans le Raptî , non loin des montagnes qui séparent le Népal du district de Gorakpour , le roi Çouddhodana. Ce roi était issu , de même que son épouse Màyâ, de la famille célèbre des Çâkyas ,
1) Indische Alterthumskunde , Vol. II.
2) Du Bouddhisme.
3) D'autres placent le Bouddha au milieu du cinquième siècle avant notre ère. Pour la critique de la Chronologie Bouddhiste, M. le professeur Kern renvoyé dans son étude Het Buddhisme in Indië {Eoangeliespiegel 1867, pages 164 — 208) au travail intitule' The Brhat-Sankiiâ ou Varahâ Mihira, Préface p. 9.
dont la souche plongeait même ses racines dans la famille des dieux, celles des Gôtamides. Màyâ, fille royale elle aussi, se distinguait par sa rare beauté; mais ses vertus et ses talents surpassaient encore sa beauté physique, tandis qu'elle unissait les plus éminentes qualités intellectuelles à la piété la plus profonde. Son mari était pleinement digne d'une telle femme, car, comme le dit l'histoire: //roi de la loi, il commandait selon la loi". Dans le pays des Çâkyas pas un prince n'était honoré et respecté autant que lui par toutes les classes de ses sujets , depuis ses conseillers et les gens de sa cour jusqu'aux maîtres de maisons et aux marchands '). Le mariage de cet excellent couple lut béni par la naissance d'un fils , qui devait devenir un bienfaiteur de l'humanité et dont la mémoire , protégée par le souvenir reconnaissant de millions et de millions de ses compatriotes, devait survivre jusque dans les âges les plus lointains.
Nous voici toujours sur le terrain solide de l'histoire; mais les enseignements de l'histoire ne nous serviraient pas à grand* chose pour expliquer un grand nombre des tableaux que nous représentent les bas-reliefs de Bôrô-Boudour, et qui renferment une foule de détails de la vie du Bouddha, et même des événements qui doivent avoir précédé sa naissance, dont l'histoire ne sait absolument rien. Pour les comprendre il faut consulter les traditions plus récentes, qui ont cru devoir honorer toujours plus leur héros en entourant sa vie de miracles et de surnaturel. Voyons ce que la légende nous apprend sur la naissance du maître ; Barthélémy Saint-Hilaire a tiré ces détails des parties plus récentes de deux Soûtras, c'est-à-dire de deux livres canoniques des Hindous, le Lalitavistara et Saddharma poimdanka ou le Lotus de la bonne loi.
Bhagavat , un Bouddha plus ancien , se trouve à Çrâvastî dans le royaume de Koçala, dans un jardin d'Anâtha Pindika, entouré de 12000 Bhikshous ou moines mendiants, parmi lesquels il y a en premier] lieu ses cinq disciples, et de 32000 Bodhi-
1) D'après lo R<;ya tcli'er roi pa, la traduction Thibétaine du Lalitavistara, publié par Ed. Foucaux, cité par Barthélémy Saint-Hiluire , du Bouddhisme, p. 32.
sattvas, qui n'ont tous à subir encore qu'une dernière naissance. Une nuit, tandis qu'il est absorbé dans la méditation, il est soudain transformé, sa figure devient semblable à celle des Bouddhas qui sont apparus auparavant. Adoré par tous les dieux, par Çakra, Brahma, Mahésvara, par les gardiens du monde et par toutes les divinités inférieures , il quitte le Touchita ou le paradis, le séjour de la joie, et se rend au grand palais de Dharmotchaya, où il va expliquer le Lalitavistara ou l'histoire du Bouddha dans une réunion de 680 millions d'êtres.
Ce n'est que dans l'espace de douze ans et après une sérieuse et sévère préparation que le Bouddha doit être conçu dans le sein d'une mère; ce miracle ne peut avoir lieu qu' après qu'un examen préalable a fixé l'époque de cette conception, le pays, l'endroit et la famille qui doivent en être honorés. Le choix tombe sur Kapilavastou , où règne le roi Çouddhodana de la famille des Çâkyas. La femme de ce roi , Mâyâ-Dévî est la seule d'entre toutes les femmes qui mérite complètement un tel honneur.
Avant de quitter son trône auguste, le Bodhisattva répète encore une fois devant l'assemblée distinguée les préceptes de la loi , lui donne ses derniers ordres , proclame le Bodhisattva Maitréya comme son remplaçant et son sucesseur futur, et descend, pour être conçu dans le sein de la femme de Çouddhodana et pour naître comme son fils.
Conformément à une prédiction qui se trouve dans les Brahmânas et dans les Mantras du Big-Véda, le Bodhisattva, pour opérer ce miracle, doit prendre la forme d'un éléphant armé de six défenses , et huit présages annoncent son arrivée dans la maison du roi. Le palais est nettoyé sans que personne prenne ce soin; tous les oiseaux du Himavat volent vers le palais pour montrer leur joie par leur chant; les jardins se couvrent de fleurs et les étangs se remplissent de fleurs de lotus ; toute espèce de plats apparaissent , et bien qu'on ne cesse d'en manger , ne diminuent pas; les instruments de musique font entendre spontanément des sons bien doux; les écrins de bijoux s'ouvrent d'eux-mêmes l^our montrer les trésors précieux qu'ils renferment, et tout le
palais brille d'un éclat surnaturel qui fait pâlir la lumière du soleil et de la lune.
Le Bodhisattva descend en quittant le Touchita à la face de tous les dieux, entouré des autres Bodhisattvas et des cent millions de personnages divins. Mâyâ-Dévi , sa mère , a fait un songe étrange; elle a vu un éléphant entrer dans son corps. Effrayé par ce songe elle le communique à son époux royal , qui fait convoquer les plus sages des Brahmanes pour expliquer cette étrange vision. Ces hommes tranquillisent le jeune couple, mais déclarent , que le fils attendu par ces illustres parents , pourrait bien rejeter un jour la couronne pour se faire rehgieux.
Tant que dure la grossesse, le Bodhisattva reste toujours à droite , assis sur les jambes croisées. C'est là qu'il reçoit la visite de Brahma , de Çakra , des quatre grands rois des dieux inférieurs, de quatre déesses et d'une foule de personnages divins , qui servent le Bodhisattva et qui reçoivent son instruction, tandis que le roi Çouddhodana , témoin de tous ces honneurs dont son fils est l'objet avant d'être né, se rejouit de la perspective de devenir le père du Bouddha.
La partie historique du Lalitavistara , qui est bien plus simple , raconte , que la reine , s'étant retirée vers le terme de sa grossesse dans un jardin de plaisance, y fut surprise sous un arbre par les douleurs de l'enfantement , et qu'elle y donna le jour à son fils Siddhârtha ') mais, hélas, aux dépens de sa propre vie. Elle mourut sept jours après ses couches , affaiblie par les sévères exercices de piété, auxquels elle s'était astreinte pendant sa grossesse , et par le trouble que lui avaient causé les prédictions des Brahmanes touchant l'enfant qu'elle attendait.
Le jeune orphelin est confié aux soins de Pradjâpatî Gaoutamî, la soeur de sa mère , elle aussi une des femmes du roi ; le Brahmane Asita, qui doit le présenter dans le temple des dieux d'après l'usage antique et solennel, le trouve en possession des
1) Ou bien Sarvârthasiddha , le nom propre que son père avait choisi pour lui et qu'il continua à porter pendant le temps qu'il habita dans sa famille à Kapilavastou comme prince royal ou Koumâraràdjà. Voyez du reste pour les noms de Çakya, Eaitliclemy Snint-TTilaiie, du Bouddhifvie pages 32, 114 etc.
laksanas, c'est-à-dire des 32 signes caractéristiques et des 80 signes secondaires par lesquels se distingue le grand homme.
Maintenant, retournons de nouveau aux traditions des temps postérieurs, et voyons ce que, d'après les parties plus récentes du Lalitavistara , ces traditions ont ajouté à ce récit. Il faudra bien le savoir pour comprendre les sculptures des bas-reliefs.
Plusieurs présages annoncent la naissance des Bouddha. Mâyâ- Dévi accouche dans le jardin de Loumbinî , entourée des dieux , à l'ombre d'un arbre dit plaksha, tandis qu'elle se tient debout, appuyée contre une des branches. Indra , le roi des dieux et Brahma l'assistent et reçoivent dans leurs bras le nouveau-né , qui vient au monde , enveloppé dans un vêtement précieux de soie Kaçienne ') ; d'après une tradition plus ancienne Indra se serait métamorphosé pour cette occasion en vieille femme. Mais le jeune garçon n'a pas besoin de secours; il s'assied tout seul sur une large et blanche fleur de lotus, qui était sortie spontanément de terre à l'endroit où le pied du nouveau-né avait touché le sol pour la première fois. Immédiatement après il fait sans l'aide de personne, sept pas vers l'orient, sept pas vers le midi , sept pas vers l'occident et vers le nord et enfin sept pas vers le monde des enfers; ces pas faits dans ces cinq directions doivent annoncer à l'univers qu'il est venu pour vaincre le mal, pour sauver des malheureux et pour répandre partout de la joie, du bonheur, de la prospérité.
La mère est morte à la naissance de son enfant ; celui-ci , conduit du jardin de Loumbinî à Kapilavastou , est confié aux soins de sa tante Mahàpradjàpatî avec le consentement des Çàkyas et de leurs femmes , après que ces dernières se sont disputé l'honneur de le posséder. Le vieux Brahmane Asita descend tout exprès du Himavat, sa demeure, pour reconnaître les signes caractéristiques du grand homme , et regrette que son âge l'empêche d'être instruit un jour par le Bouddha dans la pure doctrine; il annonce au père le magnifique avenir qui attend son fils , et , chargé de présents, il retourne vers sa retraite solitaire de la
1) Kaçi est le nom de Be'narès.
même manière dont il en était descendu , c'est-à-dire enlevé à travers les airs, accompagné de son neveu Naradatta. Un fils de dieu, suivi de 1200000 autres dieux, vient refaire l'oeuvre d'Anita et examine encore une fois chacune des marques; le résultat n'est pas moins satisfaisant que la première fois. Çouddhodana reçoit l'assurance, que son fils est bien certainement le Bouddha, qui doit devenir le sauveur du monde.
Quand son père le mène au temple pour le présenter aux dieux , l'enfant a posé à peine le pied dans le sanctuaire , que toutes les images des dieux , jusqu'à celles d'Indra et de Brahma se lèvent de leur place pour se prosterner devant lui.
Voilà les détails , se rapportant tous à la naissance du Bouddha ou aux événements qui l'ont précédée, qu'il faut avoir présents à l'esprit, lorsqu'on considère les soixante-cinq premiers bas-reliefs de la série supérieure, ceux qui ornent la paroi postérieure de la seconde galerie. On les trouve sur les planches, XVI a XLVIII, placées en dessus et marquées par des chiffres impairs.
Planche XVI, 1. Un prince, assis sur un coussin sur son trône, dans l'intérieur de son palais; ce lieu est désigné par une coupe de l'édifice; il se trouve dans la société de quatre femmes, peut-être les plus chéries d'entre ses épouses, qui s'entretiennent avec lui ou qui écoutent ses discours. Puisque nous sommes en Orient il ne faut pas être surpris de trouver ces femmes représentées comme servant leur illustre époux, et de voir notamment deux d'entre elles tenir à la main les émouchoirs , c'est-à-dire des queues de cheval , attachées à une tige , instruments qui ne sauraient jamais manquer dans la suite d'hommes de position. Les deux lions , qui sont couchés à droite et à gauche sur les chapiteaux des pilastres du palais, marquent le caractère royal de cette demeure; peut-être faut-il chercher de plus quelque rapport entre ces lions et le nom que le Bouddha portait aussi parmi les autres noms qui le distinguent, c'est-à-dire le nom de Çâkyasingha ou lion de la famille des Çâkyas. A droite et à gauche du palais plusieurs personnages de tout rang et de différentes familles s'approchent du prince pour l'honorer, et jusqu'aux habitants du ciel (il faut reconnaître au moins des êtres sur-
humains dans les personnages qui sont portés par des nuages) y joignent leurs hommages. Sur la terre des hommes et des femmes , assis ou debout des deux côtés , remplissent cet acte de dévotion ; il y en a qui présentent des cadeaux ou de l'encens allumé; d'autres font retentir l'air des sons qu'ils tirent de flûtes et de cithares, et qu' accompagnent les sons de tambourins que d'autres battent des deux mains. Nous voyons aussi ce dernier instrument entre les mains des êtres célestes, parmi lesquels il s'en trouve, qui en battant des mains marquent la mesure.
Ce tableau peut s'appliquer sans peine au roi Çouddhodana, le père heureux du futur Bouddha , le plus excellent parmi tous les princes , honoré et estimé par ses sujets , un des élus du ciel , digne de l'immense privilège que lui destine le choix du Bodhisattva.
Le tableau suivant (PI. XVII, 3) nous montre un roi avec une des femmes de sa suite, se tenant dans une partie de son palais , adressant la parole à onze personnages de distinction , qui appartiennent probablement tous à la caste des kshattriyas ou des guerriers , et qui , assis dans un pendopo ou dans une galerie ouverte attenante au palais , prêtent une attention respectueuse à ses paroles; dans une autre aile du palais nous voyons deux serviteurs accroupis. Nous pourrions nous borner à ne voir dans cette scène qu'une des actions habituelles du roi ; mais nous pouvons aussi aller plus loin avec Wilsen, et y voir Çouddhodana, qui , informé par des prédictions et des présages divers de la bénédiction qu'il va recevoir, a rassemblé les hommes de sa cour pour leur communiquer la bonne nouvelle et pour demander leur avis.
Le bas-relief qui suit maintenant (PI. XVIII , 5) est moins clair. Wilsen croit y voir le roi , consultant les Brahmanes qu'il a mandés , pour que ceux-ci , expliquant les Yédas et d'autres livres sacrés, lui déclarent ce qu'il pourra faire en attendant le grand événement ou même pour le préparer.
Wilsen pense , que les saints personnages tiennent dans la main des feuilles de lontar, munis des textes sacrés, et c'est làdessus qu'il fonde probablement son expHcation. Nous avons cependant à faire une objection assez grave. Le principal per-
sonnage, qui est assis dans un pendopo trop simple pour y voir la demeure d'un roi , tandis qu'un serviteur se trouve à côté du pendopo, n'est pas Çouddhodana , mais un guerrier très-inférieur, comme le montrent clairement ses vêtements et ses ornements , pour autant que ces ornements n'ont pas disparu , et comme le prouve aussi suffisamment la moustache qui le distingue. 11 est vrai , que nous pouvons reconnaître deux Brahmanes parmi les treize personnages qui sont assis hors de la maison ; ce sont eux qui se trouvent au premier rang , tandis que les autres forment leur suite et se trouvent dans la proximité de la demeure pour rendre hommage au dit guerrier. Mais ces deux Brahmanes n'ont rien dans la main ; il nous est également impossible de retrouver les feuilles de lontar dans la main d'un seul des personnages de leur suite ; quant à l'objet , que le troisième personnage derrière les Brahmanes tient dans la main droite , il n'a pas la forme d'une telle feuille. Le cinquième tient une espèce de sac, fait d'une étoffe molle , et qui sert ailleurs à contenir des fleurs ou d'autres objets, tandis que les personnages qui se trouvent au huitième et au dixième rang derrière les Brahmanes, tiennent des vases ou des paniers , tout comme celui qui se trouve dans la demeure , tressés peut-être de feuilles de lontar, mais non pas destinés sans doute à renfermer des textes. Les tiges courbées qui sont visibles au-dessus du bord, font probablement partie de cuillers, comme nous en voyons ailleurs représentées en entier. Il nous semble plutôt, que tout le tableau se rapporte à la présentation de cadeaux, qui consistent peut-être en des fleurs ou en des plats de mets et de fruits , à un personnage , qui , sans être prince, est pourtant un homme de marque ou d'influence; nous supposerions d'autant plus volontiers que ce personnage occupe un rang assez élevé, à cause des deux esprits célestes qui flottent sur des nuages au-dessus de la tête des hommes qui forment la suite des Brahmanes. Peut-être une tradition modifiée parle-t-elle d'une mission que les Brahmanes auraient eu à remplir de la part du roi auprès de quelque personnage célèbre , dans le but do l'informer du sujet des prédictions ou d'obtenir son opinion sur cette perspective, tandis que les personnages qui flottent sur les nuages pourraient
garantir par leur présence le caractère sérieux et authentique de la prédiction. Il est bien sûr , cependant , que le roi lui-même n'est pas représenté sur ce tableau.
Il faut supposer également que la tradition a été modifiée , pour expliquer le tableau suivant PI. XIX, 7. Ce tableau représente trois Bouddhas assis sur leurs trônes dans la même attitude , tandis qu'un quatrième s'élève au-dessus de son trône auquel manque le dossier, et reste suspendu en l'air. De l'autre côté un personnage, élevé au-dessus des arbres, se dirige en volant vers les Bouddhas assis, comme pour leur transmettre une nouvelle; il est peut-être permis de conclure des arbres et de quelques antilopes qui sont couchées sous les arbres, que la scène représente un jardin de plaisance. En nous rappelant ce que nous avons cité plus haut des anciennes traditions, il est permis de reconnaître dans le Bouddha qui s'éloigne en volant , le Bodhisattva , tel qu'il quitte le Touchita pour naître comme homme sur la terre. Il y a cependant une différence entre ce tableau et la tradition que nous avons en vue. C'est que nous n'avons pas ici devant nous une assemblée de Bodhisattvas , de Bhikshous, de dieux et d'esprits célestes. C'est comme si l'artiste a voulu nous montrer simplement, comment le quatrième des cinq Bouddhas ou Bodhisattvas qui sont généralement reconnus , c'est-à-dire Çàkya , celui sous lequel existe le monde actuel , quitte son trône pour suivre sa vocation. Nous ne trouvons pas ici son successeur Maitréya, celui qu'il a désigné comme tel; Maitréya ne sera revêtu de la dignité de Bouddha que lorsqu'il sera descendu en son temps sur la terre, pour restaurer la doctrine Bouddhiste après Çâkya et à l'exemple de ce dernier.
Nous ne savons provisoirement que faire du personnage qui se balance dans l'air de l'autre côté du groupe; est il peut-être le représentant des êtres célestes qui assistaient à la descente de Çâkya?
Les deux tableaux suivants (PI. XX, 9 et XXI, 11) nous représentent un personnage de condition , auquel un certain nombre d'autres personnages, qui semblent être également des hommes de qualité, viennent offrir des hommages et des ca-
deaux. N''. 9 représente le personnage principal assis sur un trône couvert de deux coussins, dont l'un est placé sur le siège, l'autre contre le dossier. Le disque ovale qu'on aperçoit j)lacé derrière la tête, lui donne un caractère de sainteté; les ornements peu nombreux , le costume , l'attitude des mains et la forme des yeux font penser à des images du Bouddha, et l'édifice dans lequel il se trouve, rappelle plutôt un temple qu'un palais. On ne lui apporte pas de cadeaux , mais des deux côtés de l'édifice sont assis des hommes , qui joignent respectueusement les mains ou qui disent des prières ; quelques-uns d'entre eux se distinguent par la forme un peu différente de la coiffure qui est assez rare (voyez par exemple le cinquième et le sixième qui se trouvent à gauche du temple) tandis qu'un autre , c'està-dire le septième , couvert d'un bonnet plus simple , semble appartenir à une classe inférieure ; celui qui se trouve à droite du temple tient la tige de lotus dans la main, tandis que celui qui se trouve à gauche du temple est en possession d'un attribut qu'il n'est pas très facile de distinguer; probablement ne faut-il y voir qu'un simple émouchoir. Tous ces détails semblent confirmer l'idée, que nous avons ici devant nous des hommages religieux. N°. 11 présente sous ce rapport une différence assez notable. Le principal personage est assis sur un trône devant une galerie ouverte ou un pendopo à côté du palais; nous croyons reconnaître au moins la trace d'une galerie dans la colonne qui a été conservée. Des hommes de condition qui se trouvent à droite du palais, semblent être absorbés dans une conversation sérieuse, tandis que d'autres personnages illustres, accompagnés de quelques suivants, semblent apporter des plateaux remplis de bijoux ou d'autres ornements précieux et un vase rempli de fleurs. L'un d'eux lui tend le bonnet coniforme , c'est-à-dire la coiffure royale , qu'il accepte des deux mains. Faut-il reconnaître ici de nouveau le roi de Kapilavastou , Çouddhodana , recevant les félicitations et les cadeaux de ses parents qui veulent l'honorer à cause du privilège qui lui tombera en partage lorsque le Bouddha naîtra de sa famille? La chose est possible, et M. Wilsen croit devoir être de cet avis. Nous n'oserions dire cependant que M. Wilsen ait
rendu impossible toute hésitation sur ce point ; il faut bien avouer , que le principal personnage diffère notablement dans son costume et dans ses autres attributs de la manière dont le roi est représenté d'ordinaire sur les autres bas-reliefs. Nous sommes d'autre part complètement disposés à être d'accord avec Wilsen pour reconnaître dans le tableau suivant (PI. XXII, 13) le prince, assis sur son trône et s'entretenant de l'événement mémorable qu'il attend avec les personnages distingués qui sont groupés autour de lui. Nous croyons même trouver dans les traits et dans l'attitude du quatrième personnage à sa gauche une expression de sérieux et de réflexion qui semble correspondre à la nature du sujet qu'on traite. Le serviteur qui est assis tout à fait à l'extrême gauche, et qui tient l'émouchoir à la main, exprime aussi par son attitude inclinée en avant et par son visage relevé , l'intérêt que lui inspire la parole du roi.
PI XXIII, 15. Le roi Çouddhodana et Mâyâ son épouse se trouvent dans leur palais, le roi assis sur un trône couvert d'un coussin et orné d'un dossier, la reine assise à la droite de son époux sur un simple coussin. En dehors du palais nous voyons plusieurs personnages de tout rang, qui appartiennent à leur suite , ou qui viennent leur apporter des hommages et des cadeaux ; un Brahmane se trouve à gauche du palais , des guerriers ou des gardes se trouvent des deux côtés, des femmes du service de la reine à droite du palais etc. ; une de ces femmes tient l'émouchoir, l'autre qui se trouve à côté d'elle tient un vase rempli de fleurs.
PL XXIV, 17. Ce tableau nous rappelle celui du n". 1, PI. XYI. Tandis que là nous avons vu le roi , exalté et honoré par des mortels et par des êtres célestes à cause du privilège qui va lui tomber en partage , nous avons ici Mâyâ la reine , assise dans son palais , accompagnée de deux de ses premières dames d'honneur dont chacune tient le chasse-mouche à la main. Des êtres célestes , en forme de femmes cette fois , portés par les nuages, viennent lui communiquer, à elle aussi, la grande dispensation des dieux , qui la destine à devenir la mère d'un Bouddha. En dehors du palais ses servantes et ses gardes sont
assis ou accroupis. Les femmes qui se trouvent à gauche apportent des bracelets gracieux et un vase (rempli de l'eau sacrée du Gange ?) ; celles qui se trouvent de l'autre côté apportent une boîte et un petit plateau , sur lequel il faut voir peut-être les ingrédients nécessaires à la mastication du siri.
PI. XXV, 19. A côté du palais ou à côté de l'entrée qui conduit à la demeure royale, et que distingue comme telle un singha ou un lion , un nombre considérable d'hommes de condition assis dans un pendopo, s'entretiennent de l'événement qui doit arriver.
PI. XXVI, 21. Le roi, assis de nouveau sur un trône dans son palais, marqué ici comme saint par le disque derrière sa tête , s'entretient avec des princes qui sont assis en partie dans le palais, en partie dans des galeries ouvertes. Devant le roi se trouve un candélabre, d'où s'élève une flamme et probablement aussi l'odeur de parfums aromatiques. Wilsen croit devoir reconnaître sur ce tableau non pas le roi , mains son épouse Mâyà ; il nous paraît bien clair cependant, que le principal personnage de ce tableau n'est pas une femme.
PI. XXVII , 23. Nous trouvons ici tout un tableau symbolique , qui doit servir d'introduction au tableau suivant, celui du basrelief 25, ou qui se trouve au moins dans un rapport étroit avec ce dernier. Le Bouddha, que nous avons vu quitter son séjour céleste, voyez n". 7 (PI. XIX), est porté ici à travers les airs par des êtres célestes, assis lui-même dans un temple magnifique et couvert de tous les ornements des princes de la terre. Les nuages qui se trouvent à droite sous le temple montrent que nous sommes ici au-dessus de la terre. Une suite d'esprits célestes l'environne et l'accompagne, tenant dans la main tous les signes distinctifs de pouvoir et de grandeur royaux : des émouchoirs, des feuilles de pisang ') et d'autres arbres, des parasols ou des éventails, des fleurs et des candélabres pour y brûler des parfums. C'est ainsi que le Bouddha descend sur la terre , entouré des esprits célestes qui exaltent sa gloire.
1; Bananier, AJusa Paradisiaca. L.
Ce que nous avons dit plus haut d'un songe de Màyâ, pourra faire comprendre le rapport qu'il y a entre le tableau que nous venons de décrire et le tableau suivant, PI. XXVIII, 25; si la tradition écrite nous manquait ici , nous ne songerions pas certes à trouver ce rapport entre le Bouddha assis dans le temple (n". 23) et l'éléphant qui est porté sur deux coussins de lotus. Nous voyons ici le palais de la princesse avec une partie des murs d'enceinte; il y a cependant ici quelques graves fautes contre les règles de la perspective. Mâyâ se trouve dans sa chambre à coucher à l'étage supérieur, étendue sur une natte, la tête soutenue par la main droite et appuyée sur des coussins. Cinq de ses servantes se trouvent auprès d'elle et sont occupées à frotter doucement son pouls et sa cheville, et à rafPraîchir l'air au moyen de l'éventail , pour lui donner plus de repos ; un vase contenant une fleur odoriférante se trouve à côté de l'oreiller; une cruche d'eau, dans laquelle se trouve également une fleur, et un plateau placé sur un piédestal , d'où s'élève une flamme et qui sert probablement de flambeau , se trouvent à quelque distance sur le mur d'enceinte. Peut-être faut-il attribuer à ces deux derniers objets une signification plutôt allégorique et y voir des symboles de pureté et de sanctification , comme aussi l'emblème d'hommages rendus à la reine. Devant le palais se trouvent des gardes armés; à gauche du palais deux servantes s'entretiennent dans une place découverte, tandis que trois personnages de condition sont assis toul-à-fait à droite au premier plan , et que, en dehors du mur d'enceinte dans le jardin , une huitaine de guerriers , en partie assis en partie debout , semblent entretenir ensemble une conversation très animée. Mâyà fait un songe et le sujet de sa vision est l'éléphant, dont le Bouddha prendra la forme pour descendre dans son sein , et que l'artiste a représenté à droite du palais au-dessus du mur d'enceinte. Le parasol, emblème de la dignité royale, et les deux coussins de lotus sur lesquels les dieux ont l'habitude de s'asseoir, marquent l'origine divine de l'animal. Il semble , que les choses surprenantes qui se seraient passées , d'après la tradition, pendant les mois que le Bouddha est resté caché dans le sein de sa mère, n'aient pas fourni à l'artiste
des sujets pour les tableaux suivants; il s'est borné à représenter quelques détails de la vie ordinaire, que nous trouvons sur les vingt-sept bas-reliefs qui suivent,
PL XXIX , 27. Le roi Çoiiddhodana se trouve dans un tem pie , assis sur un coussin dans l'attitude et avec les attributs d'un Bouddha tandis que des deux côtés un personnage qui se trouve debout et un certain nombre de personnages assis lui rendent honrimage, et qu' au-dessus des nuages deux esprits célestes s'approchent en volant du sanctuaire, pour apporter au roi la nouvelle de l'incarnation du Bouddha ou pour lui présenter leurs félicitations.
PI. XXX , 29. Une femme de condition , accompagnée de ses suivantes, retourne d'un temple et s'entretient avec trois femmes qui s'agenouillent devant elle; à droite et à gauche du sanctuaire se tiennent quelques soldats armés, qui appartiennent peut-être aussi à la suite. C'est Màyâ qui s'est rendue au temple pour rendre grâces aux dieux du privilège que ceux-ci lui destinent, et qui reçoit en rentrant les hommages de ses amies. Le parasol qu'on tient au-dessus de sa tête et les émouchoirs que portent deux femmes de sa suite, marquent la reine. L'objet que la quatrième femme tient élevé dans sa main , fait l'effet d'être un grand plateau ou bien une corbeille tressée en forme de coupe ; cependant à en juger d'après la manière dont cet objet est porté, nous penserions plutôt à quelque objet d'un autre genre ; à moins que la suivante qui le porte ne veuille indiquer par là, que la corbeille ou le plateau est tout à fait vide , et qu'elle vient de servir à porter les offrandes (de fleurs ?) , que Mâyâ a déposées dans le temple. Faudrait-il y voir peut-être un miroir rond?
PI. XXXI, 31. Une femme de condition, la reine Màyà sans doute, assise sur un trône dans son palais, entourée des femmes dont se compose sa suite et gardée par ses soldats, reçoit la visite d'un personnage très haut placé , probablement le prince d'une contrée voisine , lequel , informé de l'événement qui doit arriver , s'est mis en voyage pour lui offrir ses félicitations. Sa garde armée est assise derrière lui sur le sol auprès de son éléphant et des cornacs de l'animal. Faut-il voir ici dans l'éléphant le
moyen de transport dont le roi s'est servi pour son voyage? Ou bien n'est-il ici qu'un symbole de la dignité royale? Nous inclinerions assez à nous déclarer pour celte dernière acception, parce que la couverture ou la chaise manque sur le dos de l'animal , tandis que sur d'autres bas-reliefs , où il n'est pas douteux qu'il s'agit d'un voyage, (voyez par exemple PI. XXXV, 40) ces objets ne manquent pas.
PI. XXXII, 33. Le roi Çouddhodana et Maya sa femme sont assis sur des coussins dans le pendopo du palais ; ce bâtiment est fermé par derrière par un grillage qui laisse seulement une ouverture au milieu , comme nous en trouvons aujourd'hui encore à Java dans des bâtiments de ce genre. Le roi et la reine s'entretiennent et la reine semble écouter plus particulièrement dans une attitude respectueuse ce que lui dit son époux royal. Des deux côtés se tiennent un grand nombre d'hommes et de femmes de tout rang et de toute condition , en partie assis , en partie debout , qui viennent présenter leurs hommages en apportant des cadeaux de tout genre. Les cadeaux consistent en des ornements tels que des colliers de perles , des bracelets ornés de pierres précieuses, des pièces de vêtement, (un bonnet élevé ou tiare et une écharpe?) des fleurs etc , portés soit dans la main, soit sur des plateaux. Il faut remarquer que l'artiste a placé les hommes à droite de l'édifice , donc du côté où ce trouve le roi , les femmes à gauche, c'est-à-dire plutôt dans la proximité de la reine. PI. XXXIII , 35. Un couple royal , sans doute le même que celui du dernier bas-relief, le roi assis sur un coussin, tandis que la reine semble être à genoux sur le sol , l'un et l'autre s'appuyant contre un dossier, s'entretiennent avec un Brahmane, leur Pourohita ou prêtre particulier ; celui-ci , assis sur un trône pourvu d'un dossier, se distingue d'un autre Brahmane qui se trouve au premier plan. Ce dernier semble s'entretenir avec les serviteurs du palais. Une femme, sans doute une femme de position, qui est assise ou plutôt accroupie sur un petit banc dans la proximité de la reine devant le pendopo , offre à celle-ci un cadeau et est accompagnée d'une suite nombreuse d'hommes armés et de deux subalternes, placés inmédiatement derrière elle, qui portent
lo parasol et la Iciiille do pisang. Au Ibiul du tableau, derrièro cotte suite se trouve uii temple ou un palais. Les six hommes derrière lo Brahmane appartiennent peut-être à sa suite.
PI. XXXIV, 37. On distribue de riches cadeaux en argent à un Brahmane , peut-être le même Pourohita que nous avons rencontré sur lo dernier bas relief, et à quehiues hommes do sa suite, qui se distinguent par leurs longues barbes et leurs grandes moustaches et par l'absence de tout ornement; ces cadeaux leur sont probablement donnés par ordre de Çouddhodana , tandis que des serviteurs les emportent dans des sacs bien remplis, (pi'ils portent sur la main ou bien dans un grand coffre découvert. il n'est pas sûr, que le roi assiste en personne à la distribution et que nous devions le reconnaître dans l'homme assis dans le pendopo. Si ce personnage est lo roi , alors l'autre qui est assis à sa gauche devant le pendopo et qui se distingue également par son costume et par ses ornements, est assurément un de ses courtisans ou de ses grands dignitaires, qui l'assiste avec sa suite dans son oeuvre de bienfaisance. Le palais est représenté par l'édifice qui se trouve à gauche du groupe principal. Une des bonnes oeuvres les plus appréciées consistait en effet à donner des cadeaux aux Brahmanes. On raconte d'Açoka, que, tout comme son père, il entretenait journellement 60000 Brahmanes, jusqu'à ce que dans la quatrième année de son règne il embrassât la doctrine du Bouddha '). H n'y a donc pas lieu d'être surpris en voyant que l'artiste aussi se fait l'organe des mérites de Çouddhodana envers la caste des prêtres. La religion des Bouddhistes comptait également la bienfaisance parmi ses premiers devoirs et les prêtres savaient fort bien tourner ce précepte à leur avantage personnel.
PI. XXXV, 39. Un personnage distingué s'entretient avec un autre, qui paraît être un homme du même rang; l'un et l'autre sont accompagnés de six hommes, également des hommes de condition, assis ensemble dans un grand pendopo; les deux premiers sont assis sur des coussins et s'appuyent contre dos dossiers.
1) Voyez Lashcn , Indische AlterthumskunJe , II p. 224 suiv.
Il semble qu'un des deux principaux personnages, c'est-à-dire celui qui se trouve à l'extrémité gauche de l'édifice , soit venu faire visite à l'autre, tandis que ses serviteurs l'attendent dehors , en partie assis, en partie debout. Peut-être Çouddhodana nous est-il représenté ici assis dans une assemblée du conseil ou délibérant avec les grands dignitaires du palais ou avec les Kshaltriyas , les membres de la caste militaire , parmi lesquels on choississait les rois. Si cette idée est juste , ce tableau nous montre , comment le roi, que nous avons vu accomplir ses devoirs envers la première caste du pays, s'entretient aussi amicalement avec la seconde caste , dont il consulte les membres au sujet de ses intérêts.
PI. XXXYI , 41. La tradition parle à plusieurs reprises de personnages de qualité, qui ont excellé pendant la vie de Çâkya ou après sa mort , et qui sont devenus particulièrement célèbres pour être nés le même jour que lui. Il y en a un au moins dont la tradition l'affirme expressément , — c'est Ananda , fils d'un frère plus jeune du roi Çouddhodana et par conséquent cousin de Çâkya '). Maintenant il est vrai, que la tradition n'a pas, que nous sachions, fixé à trois le nombre des enfants qui seraient nés le même jour que Çâkya; cependant nous croyons devoir reconnaître dans les personnages que représente ce tableau , trois mères qui ont le privilège de mettre au monde un fils à la même époque que Mâyâ; il est possible que ce tableau soit en cela d'accord avec une tradition positive; il est possible aussi, que l'artiste, sans tenir au chiffre précis, ait simplement voulu désigner par ces trois personnages tous ceux qui sont nés le même jour que Çâkya et qui plus tard sont devenus célèbres.
Nous voyons trois princesses, distinguées par l'auréole et désignées ainsi comme saintes , assises dans trois palais différents. La forme de ces trois édifices et la manière dont ils sont ornés se trouvent probablement aussi en rapport avec ce caractère de sainteté ; ces édifices semblent pouvoir être pris pour des temples tout aussi bien et même plus que pour des palais; les deux édifices latéraux semblent rappeler par leurs ornements, qui res-
1) Voyez Lassen , Indische Aller ihumskunde , II. p. 74.
semblent au trisoula, une époque où le Brahmanisme avec ses sectes était encore le culte généralement suivi.
Nous ne voyons pas moyen d'expliquer , pourquoi l'édifice qui se trouve à droite est placé au premier plan , tandis que les deux autres reculent plutôt vers le tond; nous serions assez disposés à songer ici à une erreur de l'artiste , surtout à cause de la manière étrange dont la femme est placée entre cet édifice et celui du milieu; elle est en effet serrée en partie dans le mur du premier édifice, au lieu de se trouver devant le palais.
Les trois autres femmes qui se tiennent devant les temples, et que le costume , l'attitude et les attributs , surtout les émouchoirs désignent toutes comme des servantes, se trouvent, avec la femme dont nous avons parlé en dernier lieu , des deux côtés de l'entrée des deux édifices latéraux; la princesse qui occupe l'édifice central n'est pas accompagnée de ses femmes; peut-être l'artiste n'a-t-il eu d'autre motif pour cette omission , que le désir d'éviter une accumulation d'images , tandis que deux de ces femmes pourraient suffire selon lui pour servir deux princesses à la fois. Les trois princesses s'entretiennent avec quelques femmes de condition , qui viennent leur faire visite et leur apporter des hommages; nous pourrons attribuer peut-être une certain valeur symbolique aux fleurs, que deux femmes d'entre les cinq qui se trouvent à droite des temples tiennent dans la main, et à la flamme allumée sur le candélabre que porte la femme qui se trouve au côté opposé. 11 faudra voir probablement une intention semblable dans quelques ornements d'architecture, qu'on a employés aux édifices, et dans la forme étrange et très peu naturelle de l'arbre qui se trouve derrière le groupe des cinq femmes. Nous trouverons plus bas l'occasion de revenir sur l'histoire des trois princesses.
PI. XXXVII, 43. Quant à ce tableau, il faut le rapprocher du tableau que nous trouvons PI. XXXVIII, -45; le premier de ces deux bas-reliefs représente Mâyâ distribuant des dons de charité au peuple , tandis que l'autre représente le roi s'acquittant de ce même devoir , qui est la principale vertu du Bouddhisme. La reine est assise hors du palais sur un trône, entou-
rée (le sa suite, tandis que ses gardes armés sont accroupis à quelque distance. U,uelques-uns de ses intérieurs distribuent des dons à un certain nombre de personnes, dont l'extérieur indique un rang moins élevé, et à un Brahmane, qui peut être reconnu à sa barbe et à son bâton. Les cuillers qui sont employées dans la distribution, pourraient faire penser à un liquide quelconque, peut-être à une eau lustrale ou sacrée qui avait beaucoup de valeur comme médecine; des médicaments sont mentionnés expressément parmi les dons, par lesquels les fidèles assistaient leurs prêtres et les pauvres '); cependant ceux qui reçoivent les bienfaits, n'ont ni vases, ni coupes pour recueillir et pour conserver la part qui leur est accordée. Ou bien faut-il supposer peut-être qu'ils reçoivent l'eau pour se purifier, et qu'ainsi il suffit de la répandre sur leurs mains? Cette explication semble être confirmée par l'attitude du personnage qui est assis par terre au premier plan à gauche du spectateur et qui a l'air de frotter son épaule avec cette eau ; tandis que l'attitude des mains d'un autre personnage qui se trouve près du serviteur chargé de la distribution , peut être expliquée de la même manière. L'autre bas-relief, 45, semble représenter Çouddhodana lui-même, distribuant des dons avec l'aide d'un de ses courtisans et de quelqes-uns de ses serviteurs subalternes. Il n'est pas possible de distinguer en quoi consistent ces derniers dons; il est vrai qu'on devrait pouvoir distinguer au moins quelque chose , là où ces objets sont portés par les serviteurs du roi sur des plateaux et dans des vases; cependant, bien que les objets soient visibles par ci par là, comme par exemple sur les plateaux que portent les personnages assis près du palais , un autre personnage qui se trouve au premier plan devant le roi , et un troisième qui se tient derrière lui , nous ne pouvons pourtant pas distinguer leur nature. Quoi qu'il en soit du reste, il est bien sûr, qu'il ne peut être question ici ni d'une eau quelconque , ni d'un autre liquide. Ceux qui reçoivent les dons, appartiennent ici encore tous à la classe inférieure; il se trouve cependant parmi eux des Brahmanes et
1) Voyez F. lînnionf, hilrodurtîon à riùxtotre iht Tiouddhl/nne , )i. 163.
des femmes; une de ces dernières porlc son petit enfant sur le bras.
PI. XXXIX , 47. Le principal personnage de ce tableau est assis évidemment à droite du spectateur sur un trône élégant , pourvu d'un coussin , et à ce qu'il semble, dans une chambre couverte , qui doit indiquer peut-être ici une maison. Son costume et son attitude le distinguent comme un homme qui s'est retiré dans la solitude, qui vit dans l'abstinence et dans la pénitence et qui a acquis ainsi un certain degré de sainteté. A côté de lui se trouve une lampe composée de deux coupes; une flamme monte de la plus élevée des deux. Quatre femmes, et même plus peut-être , se sont dépouillées à cette occasion de leurs vêtements élégants et ont pris l'attitude de pénitentes; mais la place plus élevée qu'elles occupent, nous montre qu'elles appartiennent à une classe plus distinguée. Une autre femme, probablement une suivante, se prosterne à genoux et la face contre terre au pied de l'estrade sur laquelle elles se trouvent. Derrière l'estrade se trouvent encore neuf personnages assis , tous probablement des subalternes , représentant peut-être le petit peuple des environs, tandis que trois hommes, revêtus de beaux costumes qui appartiennent à la suite des femmes , apportent les cadeaux que celles-ci ont destinés au saint pénitent. Nous inclinerions assez à penser, que nous retrouvons ici les mères, qui, accompagnées ou non de Màyâ elle-même, se sont rendues chez un pénitent pieux et célèbre , peut-être dans le but de demander l'intervention de ses prières en vue de leurs couches prochaines.
PI. XL, 49. La prière a été exaucée. Ce tableau nous montre sur une élévation près d'un pendopo , le roi et trois mères heureuses, dont les petits garçons ont déjà grandi assez avantangeusement et se débattent gaîment autour du prince; l'un d'eux a même pris place sur son genou. Quatre jeunes éléphants, dont l'un est peut-être destiné à un garçon qui n'est pas encore là, peut-être à Çâkya lui-même, lèvent en jouant leur trompe vers les garçons ou s'avancent vers eux. Un peu plus loin un édifice petit mais élégant doit représenter le palais royal; deux lions assis qui se trouvent des deux côtés, ont une signification
Symbolique, A côté de ce palais des soldats montent la garde, et nous voyons derrière eux trois spectateurs , dont les gestes manifestent clairement le plus haut intérêt. Derrière les princesses se trouvent encore trois personnages de leur suite. Qui sont ces trois femmes? Peut-être des épouses de Çouddhodana luimême, ou du moins des femmes qui appartiennent à sa famille; l'une d'elles peut être considérée comme la femme de son frère plus jeune et comme la mère d'Ananda. Mais rien ne nous empêche d'admettre les couches de trois femmes du roi , moins éminentes par leurs qualités extérieures et intérieures que Mâyâ , la future mère du Bouddha, mais appartenant toutes à la famille royale; c'est en effet le caractère royal de la famille qu'expriment les deux singhas ou lions assis. Les éléphants aussi se trouvent en rapport avec le rang illustre des jeunes garçons '). Mâyâ ne se trouve pas ici. Son fds n'est pas encore né; mais l'époque de cette naissance approche, et nous la rencontrons encore une fois avant que cet événement ait lieu, c'est-à-dire
PI. XLI , 51 , où elle reçoit une dernière fois pendant sa grossesse les cadeaux et les hommages de ses sujets; cette fois-ci elle les reçoit par l'intermédiaire de son époux royal. Elle est assise à droite du spectateur dans un petit édifice spécial , richement orné , ayant l'auréole derrière la tête en signe de sainteté. Un bâtiment intermédiaire qui représente ici encore , comme c'est habituellement le cas, une partie du palais ou un des édifices attenants, la sépare d'un autre personnage, dont l'image a disparu presqu' entièrement , mais qui , assis sur un trône dans un pendopo, ne peut être que le roi Çouddhodana lui-môme. Derrière lui un serviteur à genoux; devant lui sont assises les personnes qui viennent lui offrir les cadeaux destinés à son illustre épouse. Ces cadeaux, qui se composent de fleurs aroma-
1) D'après les livres sacres du Tliibet quatre autres fils de rois naquirent h. la toôme époque que le futur Bouddha ; l'un d'eux était Birabisàra , roi de Magadha , qui d'après d'autres sources aurait t-té, il est vrai, l'ami intime du fils de Çouddhodana, mais son aîné de cinq ans; un autre était Ananda, fils du plus jeune frère de son père. De plus 500 fils des membres de la caste des Kshattriyas naquirent le même jour que lui. Voyez Lassen , Indische Alterthumslunde, IF p. 66, note 3.
tiques et de choses précieuses (car voilii sans doute les objets renfermés dans la petite boite qu'un des serviteurs porte sur le bras), sont apportés par les suivants qui se trouvent derrière eux. La position de Màyâ ne permet plus maintenant , que ses sujets ou ceux qui viennent lui apporter leurs hommages, soient admis dans sa présence; voilà pourquoi le roi les reçoit et fait passer les cadeaux à la reine par l'intermédiaire de ses subalternes; peut-être la femme qui se tient à genoux devant Maya en estelle déjà occupée.
PI. XLII, 53. Le moment attendu longtemps avec impatience, approche. Màyâ, assise sur un char orné avec goût et traîné par deux chevaux, se rend avec une suite nombreuse au jardin de Loumbinî, nommé ainsi d'après sa grand'mère; c'est là que, surprise sous un arbre par les douleurs de l'enfantement , elle donne le jour à son fils divin.
L'artiste n'a pas représenté cet événement lui-même, pas plus que les détails dont la tradition l'a entouré; mais nous reconnaissons sans peine dans le tableau suivant , Pi. XLIII , 55 un fait, que la tradition place immédiatement après la naissance, qui passait généralement pour un premier signe du caractère éminent et de l'origine illustre de l'entant, et qui est devenu célèbre partout où la doctrine du Bouddha a pénétré. Nous n'avons qu'à rappeler ce que nous avons dit plus haut à ce sujet, pourque chacun saisisse de suite l'explication du tableau ; bien qu'il faille avouer qu'ici, comme presque partout, la forme symbolique et conventionnelle n'est pas exclue. Les deux principaux personnages du tableau sont Màyâ et son fils. La première , entièrement revenue des douleurs qu'elle vient d'éprouver, se tient debout sur un piédestal , vêtue de son costume ordinaire et ornée comme toujours; son bras gauche repose sur la main d'une femme de sa suite, tandis que sa main droite tient une fleur, à laquelle il faut attribuer sans doute une signification spéciale; deux femmes agenouillées et accroupies derrière elle lui présentent des offrandes , tandis que quatre autres femmes de sa suite se trouvent un peu plus au fond sous un des arbres du jardin de Loumbinî. Il est bien sûr, que l'artiste n'a pas voulu représenter ici une
scène historique, mais qu'il nous représente Mâyû, la mère du futur Bouddha , entourée des hommages divins dont elle est digne. Car suivant la tradition la reine succomba bientôt après ses couches, affaiblie par les jeûnes continuels et par les dévotions austères, auxquelles elle s'était livrée pendant sa grossesse. Cette mort subite trouve encore une autre explication , mentionnée également dans des écrits Bouddhistes, et qui s'accorde mieux avec l'idée de notre artiste , c'est que toutes les mères qui ont donné le jour à un Bouddha , sont montées au ciel , parce qu'elles étaient trop saintes pour rester plus longtemps sur la terre. C'est bien en effet à la sainteté de Mâyâ que font allusion l'attitude et les attributs de la reine , comme aussi les dons qu'on lui offre.
Fixons maintenant notre attention sur le second personnage important du tableau. Près d'un arbre , dont la forme s'écarte entièrement de la nature et qui n'est qu'un produit de l'imagination , nous voyons un petit garçon , trop développé sans doute pour un nouveau-né (mais n'oublions pas que nous avons à faire ici à un événement surnaturel) qui , couvert d'un vêtement royal avec des ornements qui trahissent son rang , s'avance audessus de sept fleurs de lotus sortant de sept vases; une pluie de fleurs descend des nuages qui flottent au-dessus de sa tête; au premier plan se trouvent à droite vingt personnages agenouillés et cinq qui se tiennent debout, contemplant tous dans une attitude respectueuse ce qui se passe. Nous laisserons la question de savoir, quelle signification il faut attribuer peut-être à ces vases ou à ces cruches d'eau ; mais l'artiste a sans doute voulu nous rappeler les sept fleurs de lotus qui sortirent du sol , lorsque Çàkya , immédiatement après sa naissance, fit sept pas dans cinq directions différentes; (;es fleurs rappellent donc sous une forme symbolique , qu'il est destiné à devenir le sauveur du monde.
PI. XLIV, 57. Le roi Çouddhodana est assis dans son pendopo près du palais avec un Brahmane , peut-être son prêtre particulier; il s'entretient avec ce personnage, et fait offrir par ses serviteurs de riches présents à un autre Brahmane, qui se trouve à quelque distance dans un autre pendopo. Auprès du
roi , à côté do l'édifice se trouvent quelques hommes de sa suite et sa garde du corps. Il va sans dire que le Brahmane qui est l'objet de la bienlaisance du prince, représente ici la caste sacerdotale en général et que nous n'avons pas à lui chercher un nom spécial.
Çouddhodana a satisfait ainsi à ses obligations; mais le nouveau-né peut prétendre lui aussi aux hommages de la population en général et en premier lieu à ceux des habitants du palais. La pi. XLV, 59 nous représente en effet le petit garçon, assis sur les genoux de son père , entouré de trois femmes et de quatre hommes , tous membres de la famille ou personnages distingués de la cour; à gauche du palais se trouve sous un arbre une partie de la garde royale ; de l'autre côté cinq personnes , assises également sous un arbre , apportent des cadeaux.
PI. XLVI, 61. Le petit garçon, assis de nouveau dans un pendopo sur les genoux de son père , est l'objet des hommages que lui rendent un Brahmane de condition et sa femme , qui ont pris place l'un et l'autre dans le pendopo royal; le grand plateau couvert qui se trouve sur l'arrière-plan , renferme peut-être le cadeau de ces deux visiteurs distingués. Quatre domestiques féminins se trouvent derrière le prince. Trois autres personnages, dont deux semblent offrir des cadeaux, se rendent au pendopo. Les soldats que nous voyons assis au premier plan, font partie de la garde du roi. Ce tableau nous présente encore trois chevaux et un éléphant, accompagné de son cornac, tout à fait à droite des spectateurs et près du palais qui se montre sur l'arrière-plan. Nous n'oserions nous prononcer sur la question de savoir, dans quelle intention l'artiste a placé ici ces animaux; font-ils partie de la suite du roi? doivent-ils servir de cadeaux pour le petit prince, ou bien ont-ils transporté le Brahmane à la capitale? La dernière de ces suppositions nous paraît être la moins probable.
Sur les deux tableaux suivants le petit Çàkya, assis toujours dans le pendopo sur les genoux de son père, et accompagné de ses domestiques féminins , reçoit des hommages et des cadeaux de la part d'autres hommes de condition et de personnes des classes inférieures de la population.
Sur le tableau de la PI. XLVII, 63 des personnes d'origine royale et de la caste des Kshattriyas se trouvent avec lui dans le pendopo; tandis que la suite, composée de soldats de rang, d'âge et d'armes bien divers , se tient dans la proximité du palais.
Sur la pi. XLVIII , 65 ce sont des gens de moindre condition qui viennent offrir leurs présents, ceux-ci restent cependant hors du pendopo , parce que la caste à laquelle ils appartiennent les éloigne de la famille royale.
Le jeune Çâkya , en grandissant , ne trompe pas les espérances qu'on avait conçues à son égard. Il apprend à écrire dans une école , mais y surpasse bientôt ses maîtres. Yiçvamîtra , qui avait été chargé plus spécialement de l'instuire , déclare qu'il n'a plus rien à lui enseigner. Il ne participe pas aux jeux des jeunes gens de son âge , mais se retire partout où il peut le faire, pour s'absorber en des méditations solitaires. Un jour, en faisant une promenade avec ses camarades hors de la ville, il s'éloigne de ses amis et s'égare dans une foret étendue, où son père , après l'avoir cherché pendant plusieurs heures , ne sachant ce que son fds est devenu , le retrouve enfin sous l'ombrage d'un djambou, plongé dans des méditations profondes.
C'est à cette période de la vie du jeune homme que rapportent les bas-reliefs qui vont de 67 à 97 , voyez Pli. XLIX à LXIV. Nous n'y reconnaissons pas d'événements particuliers, nous y voyons plutôt des scènes de la vie d'un prince jeune et vertueux, réprésentées d'une manière générale. Si la tradition nous avait rapporté plus de détails de sa vie de jeune homme , nous en retrouverions peut-être ici quelques-uns avec plus ou moins de certitude; maintenant, il faut nous contenter d'explications générales et même nous résoudre à ignorer complètement le sens de quelques-uns de ces tableaux.
PI. XLIX, 67. Le jeûne prince, accompagné de son père, ou peut-être d'un intendant qui est chargé de son éducation (car l'ornât royal manque ici) , d'une femme qui peut être sa mère nourricière ou seulement sa nourrice , et d'un domestique , fait une promenade dans une voiture traînée par quatre chevaux. Il paraît être encore très jeune ; on pourrait le conclure au moins
des bouts d'une espèce de mouchoir que nous voyons passer derrière sa tête, et où nous reconnaissons volontiers le genre de mouchoir qui servait à couvrir la tête d'enfants très jeunes, et non pas, comme d'autres ont voulu le faire, la demi-lune, symbole Çivaïstique. Auprès de la garde royale qui précède et qui suit la voiture, se trouve aussi un domesti(jue qui porte le parasol , l'insigne indispensable de la dignité royale.
PL L , 69. Le roi Çouddhodana et son fils , distingués l'un et l'autre par l'auréole derrière leur tête et accompagnés de leur suite, sont allés vers un temple ou vers un autre grand édifice, devant lequel sont assises quelques personnes, qui écoutent évidemment avec admiration et avec respect une démonstration du jeune homme. Parmi ces auditeurs s'en trouve un qui se distingue par son costume royal et par l'auréole derrière sa tête, tandis qu'il s'y trouve aussi un Brahmane. Il nous semble permis de voir également un Brahmane dans l'homme assis sous la galerie de devant, si du moins nous voyons juste en observant, que sa main droite tient une liasse de feuilles de lontar , couvertes d'écriture. • Probablement le jeune ÇAkya s'entretient ici avec des savants qui s'étonnent de l'intelligence et du jugement qu'il déploie dans un âge si jeune. Si la place des savants est dans l'édifice, et s'il nous faut reconnaître dans ce bâtiment une espèce d'école , — • alors il est possible , que le jeune personnage assis dans la porte qui est entr'ouverte , soit un des élèves de la classe. L'auréole qui orne la tête d'un des savants ne nous surprendra pas trop , pourvu que nous ne perdions pas de vue que l'artiste, s'écartant à tout moment de la réalité, tâche d'exprimer par de pareils attributs symboliques, non des événements, mais des idées et des situations. C'est ainsi que nous croyons pouvoir caractériser d'une manière générale le contenu du présent tableau, en lui donnant cette inscription: Çâkya ou Siddhârtha ') accompagné de son père, excite
1) Siddhârtha ou Sarvârthasiddha était le nom, que le roi avait donne à son fils et que celui-ci a porté, tant qu'il a demeuré a Kapilavastou dans la famille royale comme prince royal ou Koumârarâdjâ. Voyez sur ce point la note page 119.
par l'étendue de ses connaissances, l'admiration des plus savants parmi les prêtres et les grands du royaume.
PI. LI , 71. Un jeune homme , probablement le jeune Siddhàrtha , assis sur un trône dans un pendopo reçoit différents cadeaux , parmi lesquels se trouve une coiffure précieuse, qui lui est apportée, à ce qu'il paraît, de la part d'un grand personnage, pent-être même d'un personnage royal ; nous voyons ce prince sous le pendopo, à gauche du spectateur, entouré de sa suite de femmes et d'hommes armés.
PI. LU, 73. Si le parasol au-dessus de la tête des deux personnages illustres qui occupent le milieu de la scène , devait assigner le môme rang élevé à l'un et à l'autre, nous pourrions voir de nouveau en eux le roi et son fils , tout comme nous les avons reconnus sur la PI. L, 69. Mais maintenant nous croyons voir ici Siddhàrtha , accompagné d'un de ses amis de la famille royale, peut-être de son cousin Ananda. Les deux jeunes gens semblent s'être rendus avec leur suite nombreuse vers un séjour de pauvres Brahmanes pénitents, afin de les soulager dans leur misère. Le pénitent qui se trouve à genoux devant la demeure , implore du secours on rend grâces de ce qu'il a reçu ; en dedans de l'enceinte qui entoure la partie découverte du terrain , un autre pénitent est encouragé et pris par la main par un de ceux qui le soignent , lequel lui montre le secours qui approche. Peut-être cet homme est-il malade et le fils du roi lui apporte-t-il des médicaments. Un autre des deux personnages près de lui semble tenir dans la main une liasse de feuilles, probablement des feuilles de lontar, qu'il a couvertes de son écriture.
PI. LUI, 75. Le jeune prince s'entretient avec quelques savants , rcconnaissables comme tels aux feuilles de lontar qu'ils ont dans la main ; ces hommes se trouvent dans un pendopo spécial. L'un d'eux semble avoir pris place dans le pendopo du prince, occupé d'une démonstration très vive; à gauche de Siddhàrtha , derrière lui , se trouvent deux personnages assis qui appartiennent à sa suite , et dont l'un est une femme. Nous distinguons un grand éventail fait de plumes de paon, parmi les insignes distinctifs que sa garde porte derrière lui.
PI. LIV , 77. On sait (luo le [n-iv du jciiiio liuiiinie , craignant qu'il ne se laissiit trop soustraire aux clioses du monde par son goût de l'étude et par ses spéculations abstraites , et qu'ainsi il ne devînt incapable de tenir plus tard les renés du gouvernement , saisissait tous les moyens pour engager son fds à prendre part , avec les nobles du pays, aux amusements de la vie et aux délassements de la cour. Le bas-relief qui nous est présenté maintenant nous montre Siddbàrtha avec ses compagnons sur un cbar, précédé et suivi de sa garde que conduit un cavalier de condition. La fleur de lotus dans la main droite du jeune bomme fait allusion à son goût pour la science , pour l'étude et pour les spéculations abstraites.
PI. LV, 79. Ce goût reste toujours le même; voilà pourquoi il nous est représenté ici dans l'attitude d'un Bouddba , tandis que des Brabmanes pénitents viennent lui rendre hommage et que [des esprits célestes , portés par des nuages , lui témoignent leur admiration. Sa garde est assise à quelque distance sous les arbres de la forêt , où leur maître a cherché la solitude. Il va sans dire qu'ici encore , comme nous l'avons déjà vu ailleurs , l'artiste a voulu rendre plutôt une idée qu'un événement déterminé, une idée que nous demanderions à rendre ainsi: le fds du roi ne se laisse pas distraire de sa sublime destination par les plaisirs de la vie , et éveille l'admiration aussi bien des pieux habitants de la terre que d'esprits plus élevés.
PL LVI , 81. Siddhârtha qui se distingue de nouveau par l'auréole derrière sa tête, s'entretient dans son palais avec sa suite ; peut-être faut-il reconnaître son pourohita ou son prêtre particulier dans l'homme portant une barbe et de moustaches qui est assis à côté de lui.
PI. LVII , 83. Siddhârtha s'entretient avec deux femmes de condition.
PI. LVIII, 85. Deux personnages de famille royale, qui se distinguent l'un et l'autre par l'auréole derrière la tête, assis dans une chambre , s'entretiennent ensemble. Peut-être le roi Çouddhodana a-t-il rendu visite à son fds , qui a maintenant sa cour et son palais à lui ; peut-être aussi faut-il penser à une entrevue du prince avec son cousin Ananda.
PI. LIX, 87. Un tableau difficile à expliquer. Il est bien
sûr cependant qu'il nous faut voir Siddhàrllia dans le jeune prince dansant, qui est représenté sans l'auréole, parce qu'il remplit ici une action purement mondaine ; sa suite se trouve derrière lui , mais aucun de ses suivants ne porte le parasol, le signe distinctif qui revient au prince. A gauche du spectateur en face du prince se trouve un éléphant, qui semble être également en mouvement, comme le montrent la manière dont les jambes sont placées , ainsi que l'attitude de la trompe. Le cornac est à genoux derrière l'animal , et six personnes qui se trouvent derrière lui, semblent suivre l'action avec intérêt et avec quelque respect. Avons-nous là devant nous un simple tableau symbolique? Quelques-uns prétendent, qu'aux Indes l'éléphant est l'image de la force matérielle ; faut-il admettre peut-être , que la danse , pour laquelle le jeune prince concourt avec l'animal , doive nous montrer Siddhàrtha triomphant par la force de son esprit de la force matérielle de la terre? Nous hésitons à admettre une telle explication que Wilsen propose, bien qu'il nous soit impossible d'en donner une autre qui soit plus satisfaisante. Car, supposé même que l'artiste qui a conçu la scène, eût voulu exprimer une telle idée, il est pourtant impossible de voir dans l'attitude du jeune homme dansant une supériorité par rapport à l'éléphant. En faisant toutes nos réserves nous hasardons l'idée, que Siddhàrtha, qui ne surpassait pas seulement ses camarades dans toutes les branches d'étude , mais aussi dans les exercices corporels et dans l'art militaire, donne ici une preuve de son habilité dans tel ou tel détail de gynmastique. L'histoire apprend , que le prince a dû s'engager dans un concours avec 500 des plus excellents jeunes gens de la famille des Çàkyas, pour obtenir la main de la belle Gopà , et qu'il les surpassait tous au concours , non seulement dans les preuves de savoir et de jugement qu'il donnait, mais aussi dans les exercices corporels; qu'il était plus habile qu'eux tous à nager, à courir, à sauter, à tirer de Tare et à faire une foule d'autres choses, et qu'ainsi il remportait la victoire sur tous ses compétiteurs par ses tours de force et d'adresse ') .
I) Barthélémy Saint-Hilaire , Du Bouddhisme, p. 35, 36.
Il serait possible cependant qu'il fallût voir dans ce tableau une scène de la vie du jeune homme, empruntée à l'une ou l'autre tradition restée inconnue jusqu'ici.
PI. LX, 89. Ce bas-relief a trop souffert, et il reste trop peu des principaux personnages , pour que nous en devinions aisément le sens. Nous pouvons nous représenter le principal personnage, probablement encore Siddhârlha , monté sur un char, dont on voit encore une des roues de derrière; le char est suivi de trois jeunes gens qui marchent à la tôte de la garde armée ; deux d'entre eux semblent appartenir à la classe la plus distinguée de la population.
PI. LXI , 91. Ici encore nous inclinerions à trouver une scène qui se rapporte à ce même concours. Seulement , nous y avons devant nous la partie intellectuelle et scientifique du concours; le jeune prince semble y donner des preuves de son jugement et de son savoir.
C'est ici que nous nous permettons de devancer un peu le point auquel nous sommes arrivés dans l'histoire du Bouddha et de rappeler en peu de mots le récit de ce concours. Lorsque Siddhàrtha , cédant au voeu de son père, prit la résolution de se marier, il demanda la main de Gopâ, l'aimable fille de Dandapâni de la famille des Çàkyas , qui se distinguait par ses qualités éminentes entre toutes ses compagnes. Le père , ignorant si le jeune homme , entouré de luxe dans le palais du roi , avait pu se vouer suffisamment à la science, à l'art et aux exercices de gymnastique, exigea des preuves évidentes de talents et de capacités, qui étaient restés cachés jusque-là. Ces preuves furent données de la manière la plus éclatante; Siddhàrtha surpassa en toutes choses ses cinq cents rivaux. Il est possible selon nous, que le bas-relief dont nous parlons dans ce moment , nous représente Siddhàrtha occupé à fournir une dissertation scientifique. A droite du spectateur deux personnages sont assis sur une estrade, c'est-à-dire qu'ils occupent une place d'honneur ; le premier , un homme , est Dandapâni , l'autre, une femme, est peut-être Gopà elle-même. Au premier plan se trouvent au bas de l'estrade les domestiques de Dandapâni ; peut-être y trouvons-nous aussi un auditoire , composé en grande
partie de gens du peuple. A côté de Dandapàni se trouvent trois femmes, les suivantes de sa fdle. Les jeunes princes à droite de Siddhârtha, que leur costume et la place qu'ils occupent désignent aussi comme des jeunes gens de familles nobles et distinguées, représentent les compétiteurs de Siddhârtha; leur attitude marque l'étonnement. Les hommes armés à gauche du spectateur appartiennent à la suite et à la garde du prince.
PI. LXII, 93. Pour ce qui regarde ce bas-relief et le numéro suivant , 95 , il est probable qu'il faudra renoncer à en trouver l'explication exacte et sûre. Quel personnage faut-il voir dans le jeune homme qui occupe un siège élevé à droite du spectateur et qui, se distinguant par l'auréole derrière sa tête, est assis entre deux femmes, deux domestiques, qui se tiennent debout à côté de lui? Faut-il voir en lui Siddhârtha? Les personnages de rang et de condition qui se trouvent dans la galerie ou dans le pendopo peuvent être les rivaux du jeune prince. Mais l'autre , le jeune prince qui se trouve au centre du tableau? Nous pourrions voir en lui Ananda, le cousin et l'ami fidèle de Siddhârtha qui avait également concouru , mais qui prit mieux son parti de la défaite qu'un autre cousin, nommé Dévadatta; celui-ci devint et resta depuis lors l'ennemi irréconciliable de Siddhârtha. Le parasol porté derrière Ananda est le signe de son origine royale , la tige de lotus qu'il tient dans la main droite marque son excellence spirituelle. L'attitude respectueuse de l'homme qui se trouve devant lui et qui , sans être prince , paraît être un homme de haute condition , peut être considérée également comme un hommage , rendu à l'excellence et h la valeur d'Ananda qui plus tard devint le meilleur do tous les amis et tous les disciples de Siddhârtha, le futur Bouddha.
Nous inclinerions à expliquer de la môme manière le bas-relief suivant, PI. LXIII , 95, et à y voir par conséquent une scène un peu diirérentc dans les détails, mais ayant la même signification. Il faut signaler cependant une modification de peu d'importance, c'est que les jeunes compétiteurs ne sont pas couverts ici par le toit d'une galerie , et (ju'un d'entre eux se dislingue aussi des autres par la tige de lotus qu'il tient dans sa main droite. On
pourrait voir aussi Sicidliàrtiia lui-uiêuio dans le jounc prince auquol nous avons donné le nom d'Ananda ; mais celte manière de voir présenterait une difficulté assez grave , car que faudrait-il donc faire du prince assis? Voir en celui-ci le roi Çouddhodana en personne? Il est vrai que le roi avait assisté au concours. Mais dans ce cas on pourrait s'étonner de ne pas trouver l'auréole, le signe distinctif de la sainteté derrière la tèle du jeune homme qui l'a emporté sur tous les autres par les dons supérieurs de son esprit.
PL LXIV , 97. Quant à ce tableau-ci , c'est avec moins de scrupules que nous osons le mettre en rapport avec la scène du concours, bien qu'il y ait quelques détails qui doivent nous surprendre un peu. Le roi qui est assis sur une estrade ronde est le roi Çouddhodana, dont la tête n'a pas l'auréole, parce que son fils donne ici des preuves de supériorité non pas dans ce qui concerne le travail de l'esprit, mais seulement dans l'un ou l'autre exercice de gymnastique; les traits du jeune homme montrent clairement que son esprit ne se trouve pas maintenant dans cet état pacifique et calme, qui est sa plus grande gloire et le but de ses plus nobles efforts.
Le manque de calme est du reste assez naturel dans le cas présent, car il doit surpasser ses compétiteurs dans l'art de tirer de l'arc. Peut-être l'artiste a-t-il pensé ici à ce que la Ramâyana racontait de Rama, c'est-à-dire, qu'il savait tendre son arc avec tant de force, que la flèche traversait cent cocotiers; par cet exploit le Bouddha avait acquis un nouveau droit à la gloire divine, car il s'était élevé au rang du grand héros d'entre les dieux de l'ancien Brahmanisme.
Nous sommes arrivés maintenant à l'époque où Siddhârtha se marie. Voici ce que l'histoire sait raconter à ce sujet:
Lorsque Siddhârtha eut atteint l'âge de seize ans et qu'ainsi le temps commença à venir , où le jeune prince devait prendre femme, quelques vieillards se rappelèrent la prédiction des Brahmanes, qui portait, que Siddhârtha quitterait peut-être un jour la cour et sacrifierait la dignité royale, pour préférer à cette vie-là celle d'un pénitent et d'un éremite. Pour prévenir une
telle résolution ils insistèrent auprès du jeune prince, après avoir obtenu le consentement du roi, pourqu'il suivît l'exemple des jeunes gens de son âge en se mariant. Après de mûres réfléctions le prince se décide à satisfaire ce voeu , mais il pose une condition, c'est que sa future épouse, à quelque caste qu'elle appartienne, soit en possession de toutes ces qualités excellentes qu'il croit indispensables pour son bonlieur, 11 remet au pourohita de son père une liste complète et exacte des qualités qu'il veut trouver dans sa femme , et le cbarge de cbercber dans toutes les maisons de Kapilavastou , pour y trouver la jeune fille qui réponde le mieux à ses conditions. Enfin l'excellente jeune fille est trouvée; c'est la belle Gopà qui se marie avec lui. On lui donne encore deux autres femmes , Outpalavarnâ et Jaçodbarâ ou Bhadrakàkkanà ; mais Gopâ est et demeure la première et la plus chérie de ses femmes. Le bonheur conjugal du jeune prince semble être parfait ; tout ce qui peut le rattacher à la vie dans la résidence môme du royaume, lui est donné. Malgré tout cela, l'ancien désir do se détacher de la gloire du monde et de tout ce qui captive les sens ne le quitte pas, et il se sent toujours plus appelé à sauver l'humanité de l'état de profonde misère où elle se trouve. Les trois magnifiques palais que son père a fait construire pour lui , l'un pour le printemps , les deux autres pour l'été et pour l'hiver , le lustre et l'éclat des fêtes qui se succèdent , le luxe qui l'entoure, la musique qui le caresse, l'aimable conversation de sa femme, rien de tout cela n'est en état d'imposer silence à la voix qui l'appelle aux choses élevées. Même dans la nuit cette voix lui parle par des visions et des songes , et il arrive un jour que Hridéva , le dieu de la modestie , un des dieux du Touchita, quitte son divin séjour pour lui apparaître dans le sommeil et pour l'engager à entreprendre la tâche, qui lui est réservée et (ju'il a méditée depuis si longtemps déjà.
C'est à cette période de l'histoire de Siddhârtha qu'il faut rapporter les bas-reliefs Pli. LXV à LXX , 99 — 109; ils ont trait à sa vie domestique qui a duré douze ans.
PI. LXV, 99 nous montre Siddhârtha, assis dans une galerie
de son palais sui' un trône élég-anl, s'onlrclcnanl avec trois hommes qui éprouvent peut-être aussi quelque envie de prendre le bâton des pénitents , ou qui se sont déjà voués plus tôt à cette vocation. A quelque distance une jeune i'emme de condition est également assise sur une estrade; cette femme est sans aucun doute Gopâ avec sa suite; l'altitude de ses mains et les cadeaux qu'on porte après elle, montrent qu'elle donne à son mari les preuves de sa vénération et de son amour.
Pi. LXVI , 101. Siddhàrtha assis dans un jardin de plaisance, ayant une de ses servantes à ses côtés, s'entretient avec quelques hommes qui sont assis près de lui , tandis que trois femmes lui apportent des fleurs pour cadeaux. Peut-être ces fleurs lui sontelles envoyées du séjour des femmes , que l'artiste à représenté à gauche du spectateur, et où une femme, probablement encore Gopâ, s'appuyant sur l'épaule d'une servante, s'entretient avec un certain nombre d'autres femmes.
PI. LXVII, 103. Siddhàrtha entouré d'une société distinguée, dont la suite se montre au fond derrière la garde royale, goûte le plaisir de la musique. Un domestique lui oftre quelques raffraîchissements. A côté de lui , devant le pendopo où il est assis , quelques personnages, parmi lesquels se trouvent peut-être quelques-unes de ses femmes , sont occupés à exécuter un morceau de musique; les femmes jouent du luth et agitent un cordon muni de clochettes, tandis que deux flûtes traversières et une petite coupe en acier sont les instruments dont jouent les hommes.
PI. LXYIII, 105. Siddhàrtha et ses trois femmes, ou du moins deux d'entre elles, se trouvent dans le palais du prince; le palais et une partie de la cour ouverte sont visibles au delà de la clôture qui entoure toute l'enceinte. A droite du palais des esprits célestes , portés par les nuages , viennent se convaincre du peu de pouvoir que le monde et ses jouissances exercent sur le jeune homme. En dehors de l'enclos se trouve une garde, dont un soldat s'est endormi. Peut-être faut-il conclure de ce détail , que la nuit est déjà venue , et que Siddhàrtha consacre jusqu'à l'heure du repos à s'entretenir avec ses femmes de sujets intéressants et instructifs.
PI. LXIX, 107. Nous avons devant nous trois édifices, que l'artiste a ornés de manière à montrer pour autant que l'espace le permettait, la magnificence et le luxe des palais que le roi avait fait construire pour son fils, et qui nous rappellent les demeures pour les trois saisons. Deux de ces palais sont visibles à l'intérieur. Dans l'un se trouvent quelques femmes , dont l'une , occupée à faire sa toilette, considère son visage dans un miroir rond de métal. Siddhârtha est assis entre ses deux femmes dans le troisième de ces palais.
PI. LXX, 409, Ici encore Siddhârtha semble être représenté dans son palais, entouré de ses trois femmes et de leurs servantes. Il est difficile de deviner quel est l'autre personnage royal , qui se distingue tout comme lui par l'auréole derrière sa tête; peut-être faut-il y voir Çouddhodana, qui cherche à détourner son fils de son goût pour la solitude et pour la méditation. L'invite-t-il peut-être à assister à une cérémonie publique pour se donner quelque distraction , et est-ce peut-être dans cette intention que l'éléphant se trouve à quelque distance? Ou bien le roi s'est-il servi de l'éléphant pour venir voir son fils? Si notre première supposition est vraie , nous pourrions deviner aussi ce que font là les troix beaux jeunes hommes, dont l'un tient dans la main la tige d'une fleur au calice ouvert; ces images doivent exprimer peut-être l'idée, que le plaisir et le bonheur se trouvent aussi dans les distractions permises de la vie; peut-être ces jeunes gens doivent-ils appuyer les paroles pas lesquelles Çouddhodana cherche à persuader son fils. Peut-être aussi la garde, que nous trouvons ici, tout comme sur la pi. LXVIII, 405, assise sous le commandement d'un vieux soldat à l'entrée de l'enceinte du séjour royal, a-t-elle été chargée par le roi de suivre en secret les pas du prince et de prévenir l'exécution du projet qu'il médite , celui de s'éloigner clandestinement et de se retirer dans la solitude, projet dont le public commence déjà à être instruit.
Mais toutes ces précautions et tous les autres moyens d'attacher le prince au monde et à ses plaisirs finiront par être vains et impuissants. Ce ((ui contribue surtout à déjouer les plans du
roi, ce sont quatre rencontres (jui se présentent à cotte époque de la vie de Siddhârtlia, et qui ont eu une trop grande influence sur la vie du jeune lionune, pour ne pas avoir obtenu une célébrité universelle dans les dillérenlcs traditions.
Un jour, tandis que accompagné d'une suite nombreuse il sort par la porte orientale de Kapilavastou pour se rendre au jardin de Loumbinî, qui lui est toujours cher comme son lieu de naissance et à cause des souvenirs de sa mère qui se rattachent à cet endroit, Siddhârtha rencontre en chemin un vieillard, courbé sous le poids des années , qui tremble de faiblesse et qui s'appuye avec peine sur son bâton. Le prince est frappé de l'extérieur de ce vieillard et demande à son cocher, si des causes particulières ont réduit cet homme à l'état misérable où il se trouve , ou bien s'il partage en cela le sort de toutes les créatures. Le cocher lui répond , qu'il ne faut pas chercher ici une exception due à des circonstances particulières. //En toute créature //la jeunesse est vaincue par la vieillesse; votre père, votre mère, //la foule de vos parents et do vos alliés finiront par la vieillesse //aussi : il n'y a pas d'autre issue pour les créatures." • — • //Ainsi //donc" reprend le prince //la créature ignorante et faible est fière //de la jeunesse qui l'enivre, et elle ne voit pas la vieillesse qui //l'attend. — qu'ai-je à faire avec le plaisir et la joie?" ') A l'instant même il donne ordre d'arrêter et retourne à la ville , sans suivre sa première idée de faire une excursion au jardin de plaisance.
Une autre fois , lorsqu'il est sorti de la ville par la porte du sud, il voit à côté du chemin un pauvre, consumé par une fièvre brûlante, qui respire avec peine et que trouble évidemment l'agonie de sa mort prochaine. Le prince s'adresse de nouveau à son cocher pour demander l'explication de cette triste situation et s'écrie après avoir obtenu une réponse: //La santé est donc comme //le jeu d'un rêve, et la crainte du mal a donc cette forme in- // supportable! Quel est l'homme sage, qui, après avoir vu ce //qu'elle est, pourra désormais avoir l'idée de la joie et du
1) Traduction de M. Barthélémy Saint-Hilaire.
//plaisir?" Cette fois-ci encore il ordonne au cocher de retourner à la ville et abandonne l'idée de sa promenade.
Une autre fois , voulant se rendre de nouveau au jardin , il prend le chemin qui y conduit par la porte occidentale. Voilà qu'on emporte un mort dans un cercueil couvert d'un drap mortuaire. Une groupe de parents suit le corps , avec les signes de la douleur la plus poignante et du dueil le plus amer. Cette fois-ci encore le prince s'adresse à son cocher, qui est témoin avec lui de cette scène lugubre , et s'écrie : //Ah ! malheur à la jeunesse , //que la vieillesse doit détruire ; • — ah ! malheur à la vie où //l'homme reste si peu de temps. S'il n'y avait ni vieillesse , //ni maladie, ni mort! Si la vieillesse, la maladie, la mort étaient //pour toujours enchaînées ! — //Retournons en arrière ; je son- //gerai à accomplir la délivrance."
Une quatrième rencontre fit mûrir enfin le projet que Siddhârtha venait de formuler clairement et mit un terme à ses hésitations.
Il avait de nouveau quitté la ville pour se rendre au jardin, en sortant cette fois par la porte du nord; voilà qu'il découvre à côté du chemin un Bhikshou ') ou un Brahmane mendiant; ce religieux attire l'attention du prince par son extérieur calme, pacifique et digne. 11 demande quel est cet homme , et son cocher répond: //Cet homme est un de ceux qu'on nomme Bhikshous; //il a renoncé à toutes les joies du désir et il mène une vie très
1) Le Bhikshou est un religieux mendiant; la traduction litte'rale du mot est «celui qui vit d'aumônes." Dans le récit que nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs, il appartient a la caste sacerdotale des Brahmanes, mais il n'a pas encore atteint la plus haute dignité, qui n'est accessible qu'à des personnes plus avancées en âge ; car il est dit de lui, qu'il s'est voué aux devoirs d'un Brahniatchari , c'est-a-dire d'un jeune Brahmane qui étudie les Védas environ jusqu'à l'âge de 35 ans, pour être admis au rang supérieur après cette préparation. Comme Brahmatcliari , le Bhikshou est tenu •a la chasteté la plus parfaite et à l'abstinence. Dans le Bouddhisme le nom de Bhikshou est donné à ceux d'entre les disciples du Bouddha, qui quittent leur maison et leurs parents, pour se vouer entièrement au service de leur maître et a la vie solitaire; qui ont reçu comme tels la consécration, et qui, accomplissant tous les devoirs de leur état, ne vivent dorénavant que d'aumônes. Ils sont vêtus d'un manteau jaune de l'étoffe la plus grossière, d'un caleçon assez court, portent un bâton, une petite coupe pour recueillir des aumônes, et une cruche dont le goulot se termine par un bec d'oiseau.
//austère; il s'eflbroc de se dompter lui-même et s'est fait reli- //gieux. Sans passion, sans envie, il s'en va cherchant des aumô- //nes." • — //Gela est bon et bien dit, reprit le prince. L'entrée //en religion a toujours été louée par les sages; elle sera mon //secours et le secours des autres créatures; elle deviendra pour //nous un fruit de vie, de bonheur et d'immortalité." Là-dessus, sans continuer sa promenade, il retourne à la ville, avec le dessein irrévocable de suivre la vocation dont il ne peut plus douter, et d'exécuter son projet.
Après qu'il eut déclaré ainsi .son dessein devant quelques personnes à plusieurs reprises et sans réticence, il lui fut impossible de le cacher plus longtemps. Le roi son père en fut bientôt informé, et celui-ci redoubla de sollicitude et de zèle, prit de nouvelles mesures, pour le suivre dans tous ses mouvements et pour rendre une fuite impossible; dans ce but il fit garder jour et nuit toutes les entrées du palais par ses serviteurs les plus fidèles. Cependant Siddhàrtha voulait agir autant que possible ouvertement et épuiser toutes les ressources , afin d'engager ses parents à lui donner leur consentement pour l'accomplissement de ce qu'il considérait comme son devoir suprême. La plus chérie de ses femmes , la belle Gopâ , inquiétée par un songe au sujet de son mari , l'interroge et est informée de son dessein inébranlable. Bien qu'elle soit profondément émue de ce qu'elle vient d'apprendre et qu'elle ne puisse songer à la perte affreuse dont elle est menacée, elle se laisse tranquilliser cependant pour le moment par les paroles de son mari et se résigne au sort qui l'attend. Cette même nuit Siddhàrtha se rend vers son père, pour lui communiquer sa résolution et pour recevoir le consentement qu'il implore. En vain le roi essaye de le faire revenir de son dessein; ni les larmes, ni les supplications du père ne peuvent quelque chose sur le fils ; c'est en vain qu'il lui offre tout ce qu'il possède, et qu'il promet de satisfaire tous ses désirs. //Seigneur" répondit Siddhàrtha //je désire quatre choses, accor- //dez-les moi. Si vous pouvez me les donner, je resterai près //de vous, et vous me verrez toujours dans cette demeure, que //je ne quitterai pas. Que la vieillesse, seigneur, ne s'empare
//jamais de moi ; que je reste toujours en possession de la jeu- //nesse aux belles couleurs; que la maladie, sans aucun pouvoir //sur moi, ne m'attaque jamais; que ma vie soit sans bornes et sans déclin." ') Lorsque Çouddhodana déclare à son fils qa'il est impossible de satisfaire de tels désirs , Siddhârtha pose une nouvelle condition ; il demande une garantie suffisante pour bannir de son coeur la crainte d'être exposé après sa vie terrestre aux vicissitudes de la transmigration.
Le roi , voyant qu'il ne pouvait rien contre un tel sentiment du devoir, convoqua les Çâkyas pour leur communiquer la triste nouvelle. H fut résolu qu'on s'opposerait de force à la fuite du prince. Les Çàkyas se partagèrent la garde des portes de la ville, et appelèrent partout les habitants de Kapilavastou, pour prévenir le malheur qu'on redoutait. Çouddhodana garda en personne la porte du palais avec cinq cents Çàkyas; trois de ses frères se rendirent chacun à une des portes de la ville; un des membres les plus distingués de la famille des Çàkyas se tint prêt dans le centre de la ville, pour faire exécuter tous les ordres sans retard et avec la plus parfaite exactitude , tandis que dans l'intérieur du palais la tante de Siddhârtha, Mahà Pradjàpatî Gaoutama, prit sur elle la conduite des mesures qui seraient prises par les femmes et par leurs suivantes, pour retenir le mari et le seigneur qui était l'objet de tant d'affection.
Voyons maintenant ce que l'artiste nous a représenté des détails que nous venons de mentionner, sur les bas-reliefs suivants que nous trouvons Pli. LXXI à LXXVIll , sous 111 à 124.
PI. LXXI, 111. Siddhârtha, assis sur son char, précédé de sa garde et accompagné de son cortège royal , se rend vers le jardin de Loumbinî et rencontre le malheureux vieillard, qui s'appuyant sur son bâton implore le secours du prince; le vieillard est accompagné d'un jeune garçon, peut-être parce qu'il est aveugle et qu'il ne peut se passer de ce guide.
PI. LXXII, 113. Siddhârtha est assis de nouveau sur son char, tandis que le malade mourant est couché sous un arbre.
1) Traduction de M. Barthclemy SaintJIilairc.
Dans cette rencontre, tout comme dans la première, le coclier est représenté comme marchant à côté des chevaux ; il faut au moins reconnaître ce personnage dans l'homme, qui les mains jointes , semble adresser la parole au prince.
PI. LXXIII, 115, Siddhârlha rencontre ici le mort, que nous ne voyons pas cependant emporté ici , comme le raconte la tradition , mais que nous voyons étendu entre les bras de ses [)arents affligés, pour être emporté tout à l'heure. SiddhArtha est assis dans un char beaucoup plus riche; il adresse la parole à deux subalternes qui se trouvent à côté de lui sur le char, et dont l'un est peut-être le cocher.
PI. LXXIV, 117. La quatrième rencontre. Le Bhikshou est représenté debout dans l'attitude de quelqu'un qui démontre une chose; l'artiste a laissé de côté la besace et la cruche. Deux personnages de la suite de Siddhârtha ont pris place à côté de lui sur le char, l'un porte le parasol, l'autre l'émouchoir (ce dernier objet figuré d'une manière un peu insolite). Le guide des chevaux, qui occupe lui aussi une place sur le char, tout à fait sur le devant, s'entretient avec son jeune maître. La figure et les gestes des soldats de l'escorte ont ici , contrairement à ce que nous avons trouvé dans les rencontres précédentes, une expression qui marque l'admiration ou du moins la sympathie que le Bhikshou a su réveiller en eux.
Nous ne saurions dire , pourquoi l'artiste a seulement représenté les nuages sur les trois premiers de ces bas-reliefs , tandis qu'ils manquent sur le quatrième , bien qu'ils soient le signe indiquant un événement qui se passe à la campagne; peut-être la manière dont les figures sont groupées sur ce dernier et ne laissait-elle pas assez d'espace pour y placer encore des nuages au-dessus de leurs têtes. Mais il faut remarquer encore d'autres détails, qui ont peut-être une certaine signification. Sur les deux premiers tableaux, 111 et 113, Siddhârtha est représenté sans l'auréole, mais un de ses suivants tient le parasol au-dessus de sa tête. Quant à la forme du char, elle est la même sur les deux tableaux, mais sur les deux qui suivent, les numéros 115 et 117, les chars sont beaucoup plus grands et beaucoup plus élégants; le
prince s'y distingue par le disque , tandis que le parasol manque sur le tableau 115, mais se trouve sur le tableau 117, où l'un de ses serviteurs, placé à gauche du siège, le tient au-dessus de sa tête, et où un autre serviteur placé à droite lève l'émouchoir qui est un autre signe distinctif de sa dignité , tandis que le premier des cinq personnages illustres de sa suite qui sont très richement vêtus, porte un troisième insigne, l'éventail fait de plumes de paon. Ces détails doivent-ils exprimer peut-être l'idée , que l'excellence de Siddhârtha devient toujours plus grande , à mesure que les rencontres successives affermissent en lui le bon dessein , et qu'ainsi il s'approche toujours plus de sa sainte destination? Si cette manière de voir est permise, nous inclinerions assez à expliquer de la même manière la fleur que le second personnage derrière la voiture tient dans sa main, sur le tableau 115, PI. LXXIII.
Il n'est pas facile de trouver une forme bien déterminée au monstre qui se trouve représenté, PI. LXXIV. 117; peut-être faut-il y voir un singe, qu'un des soldats de la garde tient sur les bras et qu'on a pris avec soi pour distraire le prince ; mais alors le portrait du singe n'est pas très fidèle.
PI. LXXY, 119. Siddhârtha, assis dans son palais, s'entretient avec ses femmes, dont le nombre s'est augmenté ici de beautés nouvelles, sans doute dans le but de le détourner de ses projets d'ascète et d'éremite. Peut-être qu'il communique sa résolution à la plus chérie d'entre ses femmes, ou bien que deux d'entre elles partagent cette faveur, et que pour cela l'artiste les ait distinguées des autres femmes en plaçant la fleur de lotus dans leurs mains. Dans les bâtiments des deux côtés du palais se trouvent les gardes qui doivent empêcher sa fuite.
PI. LXXV, 121. Siddhârtha s'entretient avec son père et tâche d'obtenir le consentement du roi. Au dehors du palais la plupart des gardes se sont endormis ; car la nuit était très, avancée, comme nous avons appris plus haut, lorsqu'il informa le roi de ses desseins.
PI. LXXV, 123. Siddhârtha s'entretient de nouveau avec ses femmes; la garde se trouve à l'entrée du palais, mais il y en a
aussi une liors de l'enclos du lorrain , où Çouddliodana a donne ordre de surveiller également les pas de son fds.
PI. LXXVl, 125. Siddliàrlha reste invariablement fidèle à la résolution qu'il a prise et est insensible aux grâces de ses belles femmes, dont le nombre s'est considérablement augmenté. Il est probable que l'artiste a voulu représenter ici encore une beure de la nuit; car quelques-unes des femmes se sont endormies, en partie les unes appuyées contre les autres, en partie coucbées sur des oreillers. L'artiste n'a mieux su rendre la fermeté de la résolution prise et la force avec laquelle le prince continue à résister à toutes les tentations , qu'en plaçant son béros sur un trône élevé , ayant l'auréole derrière sa tête et dans une attitude propre au Bouddba.
Siddhârlba a épuisé tous les moyens possibles pour engager son père à lui donner son consentement; il ne lui reste plus qu'à exécuter en secret son projet. Tandis que ses gardiens, fatigués par les longues veilles , se sont endormis , il profite d'une nuit obscure pour ordonner à Tcbbandaka , le guide fidèle de ses chevaux ou l'intendant de ses écuries, de seller son cbeval Kantaka, et réussit à quitter inaperçu la ville. En vain le serviteur fidèle avait fait un dernier effort pour le retenir. En versant un torrent de larmes il avait supplié son jeune maître de ne pas sacrifier ainsi sa belle jeunesse , pour mener la vie misérable d'un pauvre pénitent, de ne pas quitter le magnifique palais, ce cbarmant séjour de tous les plaisirs et de toutes les joies; mais le prince ne s'était pas laissé ébranler. Lorsqu'il quitta Kapilavastou, l'beure de minuit venait de sonner, et l'étoile Pouchya sous laquelle il était né, s'élevait au-dessus de l'horizon. Au dernier moment, lorsqu'il était sur le point de quitter ainsi tout ce qui lui avait été cher jusqu' alors , il fit errer pour la dernière fois ses regards sur le palais et sur la ville et dit adieu à toutes ces magnificences, en s'écriant: //avant d'avoir obtenu f/\a cessation de la naissance et de la mort , je ne rentrerai plus //dans la ville de Kapila; je n'y retournerai pas avant d'avoir //obtenu la loi suprême exempte de vieillesse et de mort ainsi //que l'intelligence pure. Quand j'y reviendrai , la ville de Ka-
//pila sera debout et non point appesantie par le sommeil." ') En effet, douze ans s'étaient passés, lorsqu'il revit son père et la capitale et qu'il les convertit à sa doctrine.
Siddhârtha voyage toute la nuit, franchit les frontières du pays des Çâkyas , traverse le domaine des Kaoudyas , des Mallas , ainsi que la ville de Ménéya, et à la pointe du jour il est déjà à soixante lieues de Kapilavastou. Arrivé à cette distance il quitte son cheval, en remet les rênes à Tchhandaka, et ordonne au fidèle serviteur de retourner à la cour , emportant le diadème royal et les ornements précieux, dont il n'aura plus besoin désormais. Resté seul sur les bords d'une forêt étendue , il se défait des derniers insignes de sa caste et de son rang. Il prend son épée pour se couper les cheveux et les laisse emporter par le vent; il change ses vêtements précieux de soie de Kaçi contre l'habit usé et jaunâtre d'un chasseur qu'il rencontre, et commence son nouveau pèlerinage. En le suivant nous le distinguerons par le nom de Çâkyamouni , qui convient tout à fait à ce nouveau genre de vie.
A peine la fuite du prince fut-elle connue dans le palais, que le roi ordonna à ses gens de poursuivre le fuyard et de ne pas retourner sans lui. Le chasseur , que les messagers du roi renontrèrent le premier et qui , portant les vêtements du prince , réveilla naturellement leurs soupçons, fut sauvé par l'intervention de Tchhandaka; celui-ci parut à temps pour raconter comment les choses s'étaient passées et pour prévenir une poursuite inutile. Le fidèle intendant , se présentant devant Çouddhodana , déclare , que Siddhârtha ne retournera plus à Kapilavastou avant d'avoir obtenu comme Bouddha la connaissance suprême et parfaite; il remet à Mahâ Pradjâpatî, la tante et la mère nourricière du prince, les objets précieux que son maître lui avait confiés, mais que la princesse , pour éviter les tristes souvenirs que réveillent ces objets, jette dans un étang, qui a été nommé depuis Abharanapoushkari , ou //l'étang des ornements". Gopâ , l'épouse favorite de Siddhârtha, bienqu'elle ait pu se préparer depuis long-
1) D'après la traduction de M. Baribclcm)' Saint- II ilairç.
temps à ce (lui a dû arriver inévitablement, est inconsolable; et c'est en vain que Tcbliandaka lui parle de l'avenir glorieux qui s'est ouvert pour son mari.
L'artiste n'a consacré que quelques rares bas-reliefs au souvenir des événements que nous venons de rappeler.
PI. LXXIX, 127. A la droite du spectateur nous voyons les bâtiments du palais, avec la garde qui s'est endormie dans la cour et près de la porte de l'enclos. Au milieu du tableau se trouve Siddliàrtba , placé sur un coussin de lotus à cause de la résolution sublime qu'il a prise; dans une attitude de calme parfait il repousse les supplications de Tcbliandaka qui s'est mis à genoux devant lui. Derrière le serviteur le cbeval est prêt à emporter le prince ; cet animal est à moitié cacbé par quatre hommes de condition , dont la présence est motivée ici par le désir de l'artiste de représenter d'une manière symbolique l'adnjiration que doit réveiller la résolution de Siddhàrtha.
C'est ce même symbolisme que nous retrouvons sur la PI. LXXX, 129. Le cheval de Siddhàrtha, soutenu par deux coussins de lotus, est emporté par des esprits célestes au-dessus des nuages; des fleurs descendent sur lui, et une suite nombreuse d'êtres surnaturels , qui fendent avec lui les airs , portent après lui les insignes de la dignité royale. Il va sans dire qu'il ne faut pas chercher ici l'intendant des écuries du prince.
PI. LXXXl , 131. Siddhàrtha a achevé sa course jusqu'à la première étape, à l'endroit où le roi Açoka a établi plus tard un tchâitya sous le nom de Tchhandaka nivarlana ou //retour de Tchhandaka". Ici encore le prince est placé sur le coussin de lotus , tandis qu'un grand nombre de princes et de soldats lui apportent leurs hommages respectueux. Il est clair, que ses derniers n'ont qu'une signification symbolique. A sa droite nous voyons Tchhandaka , qui s'éloigne avec le cheval ; la pauvre bête retourne encore la tête vers le maître chéri. On voit que l'artiste ne se tient pas exactement à la tradition , telle que nous l'avons mentionnée plus haut.
PI. LXXXII , 133. Ici encore l'ordre chronologique, dans lequel les événements se suivent est modifié, car Tchhandaka et le
cheval sont encore là, tandis que Siddliârtha quitte son vêtement précieux et ses insignes et qu'il coupe ses longs cheveux houclés. Le serviteur a pris le diadème royal de son maître et se dispose à retourner à la ville. Les arbres et les rochers avec les plantes qui en sortent, doivent indiquer le caractère désert et quelque peu sauvage de l'endroit où se passe l'événement. Les personnages de condition qui se trouvent là, dont trois sont debout, tandis que deux sont accroupis , apparaissent encore ici dans une signification symbolique; leur attitude qui marque l'adoration, et les cadeaux qu'ils apportent, doivent représenter le respect dû à Siddhârtha; des esprits célestes, portés par les nuages viennent lui apporter le manteau de pénitent.
Nous raconterons maintenant aussi brièvement que possible la marche ultérieure de la vie de Siddhârtha , comme Barthélémy Saint-Hilaire nous la rapporte d'après des sources authentiques. Bien que cette vie comprenne une période très étendue de plus de cinquante années , nous la raconterons d'un bout à l'autre sans nous arrêter , parcequ'elle ne nous offre pas des étapes qui s'y prêtent facilement.
Siddhârtha est entré maintenant dans la seconde période de sa vie, et, bien que sa destinée y subisse beaucoup de vicissitudes, sa vie et son état moral y restent les mêmes; son existence se passe en jeûnes, en peines, en combats intérieurs. Il s'est retiré du monde et de ses plaisirs pour réaliser ainsi , d'abord pour lui-môme l'affranchissement des maux inhérents à la destinée humaine , et ensuite pour rendre par l'effet de sa prédication tous les hommes participants de ce môme bienfait. Toutes les fois qu'il nous est présenté, nous le voyons occupé à l'accomplissement de ces devoirs. Nous le voyons avancer toujours plus dans le chemin qui doit le conduire au degré suprême de perfection , mais il serait difficile de trouver un point d'arrêt sur cette route. Lorsqu' enfin le but est atteint et que Siddhârtha entrant dans le Nirvana devient le Bouddha, nous voyons se terminer aussi la série des bas-reliefs qui sont pour le moment l'objet de notre description.
Dorénavant , comme nous l'avons dit , nous ne donnerons plus
à Siddhàrtha son nom mondain , mais nous le désignerons par le nom de Çùkyamouni qui est plus conforme à l'état de rclii,MCux, auquel il a passé maintenant pour toujours.
Après que Çàkyamouni a été accueilli avec bienveillance par plusieurs Brahmanes , il s'approche de Vaiçàli , la capitale du royaume do Koçala, située au nord de Pàtalipouttra, sur les bords du fleuve Iliranyavatî (le Gandaki actuel) et se rend là vers un Brahmane célèbre , x\ràtà Kâlàma , le plus sage parmi les sages, qui avait rassemblé autour de lui une foule d'auditeurs et un nombre de 300 disciples. Bientôt le Brahmane, sur qui l'extérieur de son nouveau disciple avait fait tout d'abord une agréable impression , est tellement pénétré d'admiration pour les dons spirituels et pour le degré supérieur de connaissances religieuses dont Çàkyamouni fait preuve , qu'il lui propose de l'assister dans l'enseignement. Mais Çàkyamouni sent que la doctrine de Kâlàma ne suffit pas pour arriver au but qu'il se propose, et après avoir séjourné peu de temps à Vaîçâli , il continue son voyage et se dirige vers Maghada (le Bihar actuel) jusqu'à la capitale Râdjagriha , où Bimbisâra , fils d'un fidèle ami de Çouddhodana occupait le trône. Déjà le bruit des talents et des vertus supérieurs de Çàkyamouni avait devancé son arrivée en cet endroit. A mesure qu'il se rapproche de la capitale , il voit s'augmenter le nombre des habitants qui désirent le voir et qui viennent lui offrir leurs hommages et les marques de leur admiration. Le roi lui-même, qui l'avait vu d'une des fenêtres du palais, lorsqu'il s'était rendu vers la retraite située sur la pente du Pandava, lui rend visite le lendemain, accompagné d'une suite nombreuse , et se laisse gagner depuis ce moment à la cause du jeune ascète , bien que plus tard seulement , dans la seizième année de son règne il se soit réellement converti au Bouddhisme. Bimbisâra fait son possible pour retenir Çàkyamouni dans sa capitale ; mais celui-ci sent trop bien qu'il doit monter plus haut encore , qu'il doit continuer avec plus de sévérité encore ses exercices de piété, d'ascétisme et de méditation ininterrompue, qu'il doit s'éprouver lui-même par les plus rudes épreuves, pour
voir, s'il possède déjà les forces nécessaires qui lui permettront
de triompher du monde en tout ce qui tend à le détourner de sa sublime vocation. Il s'éloigne de la capitale et du mouvement de la foule, pour s'isoler dans un endroit solitaire sur les bords du Nairandjâna (le Phalgou actuel).
A Râdjagriha vivait alors un Brahmane, plus célèbre encore que Kâlâma; c'était Roudraka , fils de Rama, qui enseignait sa doctrine à cinq cents disciples. Çâkyamouni s'adresse à ce sage , le priant d'être admis parmi ses disciples. Mais Roudraka voit bientôt, comme Arâtâ Kâlâma l'avait vu aussi, que le disciple doit devenir plutôt lui-même précepteur; il lui offre donc une place à côté de lui. Ici encore la supériorité de Çâkyamouni éclate bientôt avec une évidence parfaite ; le jeune homme ne tarde pas à voir que la doctrine de Roudraka ne saurait davantage conduire au but suprême, le Nirvana, et en présence de tous les disciples de ce maître vénéré , il prend congé du sage. Cinq de ses disciples qui se sont particulièrement attachés à lui, le suivent; il commence par se retirer avec eux en un endroit désert sur la montagne de Gâya, et s'établit ensuite dans un village , Ourouvilva sur les bords du Nairandjâna. C'est là qu'il continue pendant six ans le combat intérieur contre ses propres passions et contre les instincts de sa nature. Les cinq disciples imitent son exemple et le suivent dans son abstinence et dans ses jeûnes redoublés , dans les privations les plus dures et les austérités les plus rudes qu'il s'impose et qui //remplissent les dieux eux-mêmes d'effroi", comme s'exprime une des traditions. Son séjour ne pouvait cependant rester ignoré dans cette période de sa vie; les mérites d'une vie de privations et de pénitence ont été de tout temps trop considérés dans l'Inde, on attribuait trop de valeur à l'influence de ceux qui s'y consacraient, on était trop d'accord pour reconnaître à ces hommes jusqu'à une puissance surnaturelle, pour que tous, grands et petits, ne se fussent pas sentis attirés vers le pieux et sage Brahmane (il ne pouvait encore être considéré autrement par ses contemporains) , pour qu'ils n'eussent pas éprouvé le besoin de lui apporter leurs hommages par des cadeaux et par d'autres marques de respect et de sympathie. A la fin de la sixième année de cet isolement
Çâkyamouni acquiert la conviction, que ces macérations sévères et cet ascétisme insensé ne sont pas plus en état de le faire parvenir au but qu'il se propose; que les douleurs et l'afTaiblissemcnt du corps doivent entraver aussi nécessairement le libre mouvement et l'activité indépendante de l'esprit ; que cet esprit risque de devenir incapable d'arriver à la science suprême. l*armi les femmes d'Ourouvilva , qui n'étaient j)as restées en arrière des hommes pour donner à Çàkyamouni et à ses cinq compagnons les marques de leur admiration respectueuse , se trouvait en premier lieu Soudjâtâ , la fille jeune encore du chef du village; c'était elle qui , aidée de ses dix compagnes , avait pourvu les pénitents de la nourriture indispensable ; c'était elle encore , qui apportait à Çàkyamouni ," lorsqu'il voulut renoncer à son système d'abstinence , tout ce qui pouvait restaurer ses forces épuisées et sa santé ébranlée. Peu de temps après les forces et l'ancienne beauté du pénitent étaient revenues ; mais les cinq compagnons qui l'avaient suivi , mais qui n'avaient pu s'élever au point de vue élevé de leur maître , le croyant devenu infidèle à ses engagements , trop faible en face des épreuves et des tentations , s'imaginant qu'il avait quitté le bon chemin du salut et qu'il s'était égaré, l'abandonnèrent et s'établirent près de Varânaçî, Bénarès , dans un endroit qui reçut plus tard le nom de Rishipatana, où ils continuèrent leur vie de pénitents et d'ascètes.
Çàkyamouni resté seul renonce , il est vrai , à ses abstinences sévères et à ses mortifications ; mais il redouble de sérieux et de zèle pour se livrer à ses méditations et à ses spéculations abstraites. C'est là, à Ourouvilva même, dans la solitude, qu'il commence à se rendre clairement compte des principes, sur lesquels il veut fonder son système , et qu'il précise nettement la doctrine et la discipline à laquelle ses sectateurs devront se soumettre. Son vêtement, qu'il avait pris au chasseur dans la nuit qui l'avait vu fuir de Kapilavastou, en l'échangeant contre son costume royal, ce vêtement s'était complètement usé depuis, pendant les dix années d'une vie souvent vagabonde. 11 doit donc le remplacer et se dirige à cet effet vers un cimetière voisin , où l'on avait enterré il y avait quelques jours le corps d'une esclave de
Soudjàtà, enveloppé simplement dans un linceul de lin très grossier. Il ouvre le tombeau, enlève le linceul, le lave dans un étang, et s'en fait un manteau de ses propres mains.
L'endroit où se passe cette scène reçut depuis lors le nom de Pânçoukoulasivana, ce qui veut dire //la couture du linceul". Càkyamouni apprenait ainsi à ses sectateurs spirituels , que , si lui , le rejeton de la plus noble famille , l'béritier des puissants Càkyas portait le vêtement de la pauvreté, qu' alors eux ne devaient pas plus redouter de se faire , à son exemple et d'après ses préceptes, des vêtements des haillons qu'ils pourraient rassembler le long du chemin , dans les rues et jusque dans les cimetières.
Malgré toutes ces épreuves Çâkyamourii n'est pas encore délivré de son doute; il se demande encore, s'il s'est suffisamment préparé, s'il est devenu assez fort, non seulement pour atteindre pour lui-même le grand but qu'il se propose , la suppression de la vieillesse, de la maladie et de la mort, mais pour conduire aussi les autres par le vrai chemin à cet état bienheureux. Les périodes qu'il consacre à méditer sur lui-même et à s'éprouver , sont longues et nombreuses (la tradition parle même de toute une semaine qu'il y aurait consacrée sans interruption) , pendant ce temps il se demande incessamment et toujours de nouveau, si la mesure de sa connaissance suffit parfaitement, s'il a trouvé le chemin du Nirvana, s'il a atteint la dignité d'un Bouddha parfait. Un jour il quitte les bords du Nairandjàna pour se rendre vers un endroit , nommé Bodhimanda , et demande un peu de jonc à un homme qui coupe de l'herbe le long du chemin pour en faire des nattes ; il pose ces herbes sous un arbre en guise de tapis et s'assied dessus les jambes croisées , le corps droit et le visage tourné vers l'orient. //Que mon corps dessèche ici" dit-il, //que ma peau, ma chair, et mes os se dissolvent, //si avant d'avoir obtenu l'intelligence suprême je soulève mon //corps de ce gazon où je m'assieds." Il reste assis immobile pendant toute une journée et pendant la nuit suivante , jusqu'à ce qu' enfin au lever de l'aurore, tandis que tout est plongé dans le plus profond sommeil, il sente qu'il est devenu un Bouddha accompli,
({lie la connaissance parfaite lui est tombée en partage , qu'il est en état de mettre iin aux douleurs du monde. C'est de celte époque que date la nouvelle doctrine. Fondée par Gàkyamouni dans la 36'*^'"^ année de sa vie , elle a été precliéc et répandue par lui avec un zèle infatigable pendant les 44 années qu'il a encore vécu, elle a fleuri pendant plus de douze siècles dans l'Inde, et chassée alors de ce pays, elle s'est établie à l'étranger, y a adopté des formes diverses et subi toute espèce de modifications; maintenant encore elle est professée par la majorité des populations de l'Asie.
L'arbre sous lequel le grand prédicateur est parvenu à s'élever à la hauteur d'un Bouddha, où s'est réveillé enfin en lui le sentiment de sa haute dignité, est une espèce de figuier, le ficus religiosa , que les Indiens appellent Târâyana, c'est-à-dire //celui qui fait traverser l'océan de la vie", et Bodhidrouma ou //l'arbre de la connaissance"; l'endroit qui fut le théâtre de cet événement fameux s'appelle Bodhimanda, ou //l'endroit où réside la connaissance". Au 7i^'™e siècle de notre ère, donc au moins onze siècles après la mort de Çàkyamouni , cet endroit a été visité par le voyageur chinois bien connu Hiouen-Thsang ; on lui montra encore le Bodhidrouma, entouré de magnifiques édifices, de précieux cadeaux et de monuments , que les pieux adorateurs et que des princes puissants avaient consacrés à la mémoire du Bouddha.
L'isolement de Çàkyamouni ne fut pas cependant sans être interrompu pendant le temps qu'il passa sous l'arbre. D'après la tradition que nous a apportée \e Lalitavistar a ,ô.eux négociants, les frères Trapousha et Bhallika, passèrent avec leur caravane et avec plusieurs centaines de chariots par l'endroit où se trouvait l'arbre; quelques-uns de leurs chariots s'enfoncèrent dans un marais, et lorsque leurs tentatives de redresser les chariots embourbés avaient échoué , ils s'adressèrent au saint pénitent , et en suivant son conseil ils furent tirés d'embarras. Les deux frères et tous leurs compagnons furent tellement frappés des vertus et de la sagesse surhumaine de Çàkyamouni, qu'ils adoptèrent sa doctrine.
Çâkyamouni liésite encore à entreprendre son oeuvre de conversion. Il possède pour lui-même la connaissance parfaite de la vérité ; mais cette connaissance trouvera-t-elle une oreille favorable et des coeurs bien disposés? Les hommes voudront-ils entrer dans le chemin qu'il peut leur montrer comme étant le seul chemin du salut? Il a réalisé pour lui-même l'état bienheureux d'un Bouddha ; et maintenant ira-t-il s'exposer^ à être déçu , méconnu , outragé, combattu par ceux qui ne le comprennent pas, qui sont incapables de voir la vérité ou indifférents à l'égard de leur vrai bonheur? Jusqu'à trois fois il est sur le point de se contenter d'avoir obtenu pour lui-même le bonheur sûr et parfait; mais il a pitié de tant d'hommes , que travaillent le doute et l'incertitude et qui attendent de lui leur délivrance; cette pitié fait mûrir enfin sa résolution de s'imposer tous les sacrifices que sa prédication entraînera pour lui , et de devenir ainsi le Bouddha dans le sens le plus parfait du mot, en devenant le sauveur du genre humain.
La résolution a été prise. Çâkyamouni songe en premier lieu à convertir ses deux précepteurs d'autrefois, Arâtâ Kâlâma et Roudraka , mais l'un et l'autre sont morts depuis qu'il les a quittés. La déception que lui cause cette nouvelle est grande, car ces hommes étaient si bien préparés à recevoir la vérité; il leur aurait si volontiers apporté la délivrance, pour s'acquitter de l'obligation qu'il avait envers eux. Alors il se souvient des cinq disciples qui avaient quitté l'école de Roudraka, et qui s'étaient voués avec lui pendant tant d'années à une vie d'ascétisme et de renoncement durant leur séjour à Ourouvilva; sans doute ces hommes-là seront disposés à reconnaître l'excellence de ses vues et capables de marcher dans le chemin du salut.
Il quitte Bodhimanda , marche vers le nord en passant par la montagne voisine de Gâya, où il prend quelque temps de repos pour se fortifier, et s'arrête successivement à Rohitavastou , à Ourouvilvakalpa , à Anâla et à Sàrathi; on l'accueille dans ces divers endroits avec beaucoup d'hospitalité. Il arrive ensuite aux bords du Gange, dont le courant est particulièrement rapide et dont le lit est très large à cette époque de l'année par suite
d'une grande afflucnce d'eau. Ici le voyageur 6[)rouve quelque peine à atteindre l'autre bord, parce qu'il n'a pas de (juoi payer au batelier son salaire.
Dès qu'il est arrivé à Varânaçî, Bénarcs , il se rend vers ses cinq anciens élèves , qui se sont établis dans un bois voisin , appelé Mrig-a dàva //la forôt des Antilopes" ou encore Rishipatana. Ces bommes , le voyant arriver de loin , se disposent à le recevoir avec beaucoup de froideur , lui , qu'ils soupçonnent de faiblesse et d'infidélité; mais c'est le contraire qui arrive; car à peine le maître est-il venu auprès d'eux , qu'ils s'empressent de lui montrer leur respect et leur affection cordiale, et bientôt ils se convertissent à sa doctrine.
C'est à Bénarès, la sainte ville d'abord des Brahmanes, mais surtout plus tard des Bouddhistes , que Çâkyamouni tient sa première prédication publique , ou , pour nous servir de l'expression symbolique et consacrée qu'ont adoptée toutes les sectes du Bouddhisme, il fait //tourner" pour la première fois //la roue de la loi". Il a dû rencontrer en cet endroit, comme à Vaiçâli et à Râdjagriha une école florissante de Brahmanes , et a pu trouver difficilement un lieu qui fût plus propre à être le théâtre de ses premiers travaux de prédicateur.
Il est bien regrettable, que nous n'ayons pu savoir jusqu'ici que très peu de. chose sur le séjour de Gàkyamouni à Bénarès et sur les relations intéressantes qu'il y a trouvées. Le Lalitavistara , qui est la principale source pour l'histoire du Bouddha , se termine par la conversion des cinq anciens disciples de Roudraka. Les autres Soûtras, pour autant qu'ils sont venus à notre connaissance , ne contiennent pas une biographie suivie du maître. Il est possible cependant, en consultant les différents matériaux que renferment ces Soûtras, d'y puiser les principaux événements des quarante années qui suivent cette conversion jusqu'à la mort du héros, et d'en faire un ensemble assez vraisemblable , bien qu'il nous faille rester dans l'incertitude par rapport à l'ordre chronologique qui doit avoir relié ces événements divers. Voilà un point qu'il importe de ne pas oublier , quand nous essayerons de mettre les bas-reliefs de la vie du Bouddha en rapport avec ce
que nous avons appris à connaître de sa biographie écrite. Il est probable que son séjour à Bénarès n'a pas duré très longtemps. La plupart des Soûtras que nous avons appris à connaître jusqu'ici , nous le montrent habitant l'empire de Magadha à Râdjagriha, ou bien à Çravastî dans l'empire de Koçala. Nous avons déjà eu l'occasion de signaler les rois de ces deux pays, Bimbisâra et Prasénadjit comme ses protecteurs bienveillants et puissants, qui ont adopté sa doctrine et qui se sont empressés d'avancer sa cause en fondant de vastes édifices , où les disciples et les sectateurs de Çâkyamouni pouvaient se réunir. L'exemple de ces rois devait tout naturellement exercer son influence sur le peuple , et tous , grands et petits tenaient à l'honneur de donner au prédicateur des preuves de leur estime et de leur affection. A quelques lieues de distance de Râdjagriha se trouvait une montagne Gridhrakôutaparvata, //la tour du vautour", dont les arbres magnifiques , le frais ombrage , les sources et les ruisseaux limpides, et surtout aussi les vues splendides offraient la meilleure occasion de s'éloigner du monde et de s'entretenir de choses spirituelles. C'était là que Çâkyamouni aimait à passer son temps avec les religieux de sa secte et avec d'autres amis. C'est là qu'ont été prononcés plusieurs de ses discours qui nous sont parvenus dans différents Soûtras, entre autres le Mahâprainâ pâramita Soûtra ou //le Soûtra du lotus de la bonne loi." Au nord de la ville, près de la porte, se trouvait un magnifique vihâra ou salle de réunion , avec des maisons attenantes et des jardins , où Çâkyamouni aimait également à se trouver. Il devait ce séjour à un riche négociant Kalanta, qui avait commencé par donner son jardin (Kalantaka ou Kalanta vénouvana , c'est-à-dire //le jardin de bambou de Kalanta") à des Brahmanes, mais qui l'avait repris plus tard après sa conversion , l'avait orné de maisons magnifiques et en avait fait cadeau au maître. C'est là que plusieurs des plus célèbres d'entre ses disciples ont été convertis par lui, et c'est là que s'est réuni le premier concile des religieux de sa secte après sa mort. Une autre résidence préférée , Nâlanda , était plus éloignée de la capitale ; elle était un cadeau de 500 négociants , qui y avaient entendu sa prédication pendant trois mois.
Bien que l'empire de Magadlia eût 6lé le théâtre de ses dévotions préparatoires, de ses pénitences sévères et enfin de son plus brillant triomphe , il parait cependant (jue Cakyamouni a habité plus souvent l'empire do Koçala , après qu'il eut obtenu de Bimbisâra la permission de rc'-pondre à l'invitation expresse de Prasénadjit en s'établissant à Çràvastî. Non loin de cette ville se trouvait Djétavana on //le bain de Djéta", un jardin où ont été prononcées la plupart des prédications que nous ont conservées les Soùtras; comme ce parc était un cadeau du ministre du roi, il a été nommé d'après ce personnage illustre le jardin d'Anàtha Pindika. La tradition veut, que le docteur aurait fait pendant 23 ans sa principale résidence du vihàra que le ministre y avait fait construire. Le roi Prasénadjit construisit lui-même après sa conversion, à l'Est de la ville, un Sanghàràma ou lieu de réunion , dont Hiouen-Thsang a vu encore les débris au 7^ siècle de notre ère. C'est pendant son séjour à Koçala que Çàkyamouni a rencontré de nouveau quelques membres de sa famille, qu'il n'avait pas revus depuis sa fuite de Kapilavastou. Non loin des ruines de ce lieu de réunion on montrait également au voyageur chinois Hiouen les ruines du vihàra de Pradjâpatî , la tante et la mère nourricière du prédicateur. Celle-ci a été la première femme à laquelle Çàkyamouni ait accordé la faveur de se faire religieuse ; il avait fallu les instances d'Ananda pour l'y engager. A six ou sept lieues au sud de la ville , un monument gardait le souvenir de l'endroit où Çàkyamouni , après une séparation de douze ans , a revu pour la première fois son père. Çouddhodana avait essayé plus d'une fois de faire retourner son fils à la maison paternelle. Il lui avait envoyé successivement huit ambassadeurs, mais aucun d'eux n'était revenu ; tous étaient restés auprès du pénitent et étaient devenus ses disciples. Enfin un des ministres, Tcharka entreprit en personne le voyage ; il fut converti tout comme les autres, mais il retourna vers son prince en lui disant que son fils avait l'intention de lui rendre bientôt visite. Il paraît que Çouddhodana n'a pas attendu la visite de son fils et qu'il s'est mis en voyage vers l'empire de Koçala ; c'est donc là que la première rencontre doit avoir eu lieu, et plus tard seulement
Çâkyamouni est retourné à KapilavastoLi , où tous les Çâkyas , le roi en tête , se sont convertis à sa doctrine , tandis que la plupart d'entre eux , comme aussi ses trois femmes , ont passé à l'état de religieux. C'est ainsi que fut réalisé le voeu que le prince avait prononcé, lorsque il y avait douze ans, il s'était évadé dans la nuit du palais et de la capitale.
Il n'y a rien d'étonnant dans les oppositions que Çâkyamouni a eu à combattre pendant les 40 années qu'a duré sa prédication publique d'une nouvelle doctrine. Sa doctrine était trop en contradiction avec de nombreux abus; il flagellait trop les défauts de la vie sociale; il dérangeait des convenances auxquelles plusieurs étaient fortement attachés; il voulait enlever toute influence à un sacerdoce nombreux et vénéré et rendre le rang de prêtre et les privilèges rattachés à ce rang, également accessibles à toutes les classes de la société. Il devait éprouver naturellement la plus grande opposition de la part des Brahmanes et de leur parti ; la jalousie et le dépit de ces hommes ne négligeaient aucun moyen de combattre avantageusement le compétiteur dangereux, et sans doute sa vie et sa sécurité personnelle ont été plus d'une fois en danger, par suite des pièges qu'on lui tendait de tout côté. La situation du maitre et de ses amis devenait surtout très précaire, lorsque son fidèle protecteur Bimhisàra avait été assassiné et remplacé par son fils Adjàtaçatrou. Le nouveau roi tramait les complots les plus perfides pour faire tomber Çâkyamouni et trouvait un compagnon dévoué dans la personne de Dévadatta , qui était devenu l'ennemi irréconciliable de son cousin , depuis qu'il avait eu le dessous dans le concours pour la belle Gopa. Mais lui aussi dut succomber enfin sous le charme de tant de vertus, et en avouant le crime qui l'avait élevé sur le trône, il se convertit à la doctrine du réformateur, dont il resta depuis le zélé protecteur. L'histoire de cette conversion a été jugée assez importante pour lui consacrer tout un Soûtra du recueil Singhalais.
Il ne nous est parvenu dans les traditions écrites que peu de détails concernant les quarante dernières années de la vie de Çâkyamouni. Nous savons donc aussi très peu de chose des persécutions et des peines qu'il a eu à endurer. Cependant un
certain nombre de rdcits ont élé conservés, qui contiennent quelques faits de moindre importance, mais qui peuvent nous donner une certaine idée des attaques que Çàkyaniouni a dirigées contre la religion établie des Bralimanes. Un Soûtra, ajjpelé le Prâtibàrya Soûtra est consacré presque exclusivement au récit d'un concours , auquel six célèbres Brahmanes avaient provoqué Çàkyamouni, A la prière instante de Prasénadjit, le roi de Koçala, Çàkyamouni acce[)te le défi; la discussion a lieu devant le roi et devant sa suite dans un endroit choisi tout exprès pour cela, situé entre Çrâvastî et Djétavana , et se termine par une victoire éclatante remportée sur les Brahmanes et leurs nombreux et puissants alliés. '). D'après une autre tradition, la légende de Mendbaka, les Brahmanes avaient su obtenir des habitants d'une assez petite ville, Bhadramkava , située à une distance de 85 lieues de Rûdjagriha , et qui était encore entièrement soumise à leur autorité, que personne, sous peine d'une amende très forte , ne se rendrait vers Çàkyamouni , lorsqu'il viendrait visiter la ville à l'occasion d'un de ses voyages, et que personne ne lui donnerait quelque marque de bienveillance. Mais une femme Brahmane très zélée , originaire de Kapilavastou et qui avait épousé un des habitants de Bhadramkava , ne se soucia pas de la défense; bientôt Mendbaka, un des plus riches personnages de la ville suivit son exemple , et peu après toute la population fut gagnée à la nouvelle doctrine ^).
Nous devons encore relever un point que nous avons déjà signalé en passant. Il s'agit de la lutte intérieure que Çàkyamouni à dû se livrer a lui-même , avant que sous le Bodhidrouma il ait pu atteindre à la haute dignité d'un Bouddha parfait. La tradition a fait de l'histoire de cette lutte sérieuse et pénible un récit ^) , dans lequel Mâra, l'esprit du mal, appelé aussi Pàpîyàn, le dieu de la convoitise , du péché et de la mort , a fait tout son possible avec ses subalternes et ses alliés, pour ébranler
1) E. Buinouf, Introd. a Vhistoire du Buddhisme p. 162 — 180.
2) E. Buinouf, p. 181 — 194.
3) E. Burnoufj Introd. a Flnstoire du Duddh, p. 77; Barthélémy Saint- Ililalie, du Bouddhisme p. 78, 97—182.
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Çàkyamouni dans la résolution qu'il avait prise. Tandis que le saint , absorbé dans ses méditations , est assis sous l'arbre sacré , l'esprit du mal s'approche avec ses nombreux démons , qui commencent à l'attaquer sous les formes les plus hideuses et les plus effrayantes. Us sont armés d'épées , d'arcs , de flèches , de lances, de haches, de massues, de marteaux, de chaînes, de pierres, de bâtons, de disques, de foudres et de toute espèce d'instruments destructeurs; mais leur rage est inutile, leur force s'épuise. Les lances, les dards qu'ils jettent à la face du pénitent, jusqu'aux montagnes qu'ils lui lancent, se changent en des fleurs qui planent au-dessus de sa tête comme des guirlandes. La force brutale étant impuissante, Mâra veut appeler à son aide le pouvoir des sens. Il envoyé ses filles, les belles Apsaras, vers Çàkyamouni; celles-ci essayeront de le distraire de ses méditations par la danse, par le chant, par toute espèce de séductions, par des flatteries et des caresses. Mais elles encore ne peuvent rien sur lui et, obligées de glorifier dans leurs chants le héros qu'elles doivent perdre , elles retournent honteuses et embarrassées, pour rapporter leur défaite à leur père.
C'est en parlant de l'opposition que Çàkyamouni a trouvé à combattre et des difficultés qu'il a eu à surmonter, que nous avons cru devoir citer aussi ce récit poétique de la lutte , formulée ainsi par une tradition postérieure. Nous avons cru devoir le citer, parce qu'il pourra nous rendre service, lorsque tout à l'heure nous passerons à l'étude des bas-reliefs. Continuons maintenant le récit de la vie de Çàkyamouni , dont il ne nous reste plus que peu de chose à mentionner.
Le maitre est déjà arrivé à l'âge de quatre-vingts ans, et, bien qu'il ne se dissimule pas l'affaiblissement qui commence à se faire sentir, il reste cependant fidèle à sa vocation et remplit les devoirs qu'il avait pris sur lui , avec un zèle inébranlable. Toujours accompagné de son fidèle cousin et ami Ananda, et suivi d'une foule innombrable de religieux et de disciples , Çàkyamouni quitte Ràdjagriha , où il avait passé de nouveau quelque temps, et retourne vers l'empire de Koçala, peut-être dans l'intention de profiter de ce voyage pour rendre une dernière visite
à sa ville natale Kapilavastou. Arrivé sur la rive méridionale du Gange et prêt à passer le fleuve, il jette de loin un dernier regard sur Ràdjagriha , et dit a son ami , qu'il ne reverra pas cette ville. On continue le voyage jusqu'à Vaiçàli; c'est là que le maître passe la saison pluvieuse, qu'il donne la consécration à plusieurs religieux, en dernier lieu à Soubhadra , et, atteint d'une maladie dangereuse, il sent ((uc sa fin est proche. Dès que sa situation le permet, il quitte Vaiçùli et arrive jusqu'à une demi-lieuc de distance au nord-ouest de Kouçinagarî , une ville du pays des Mallas, qui à celte époque appartenait encore à l'empire de Koçala ; c'est là qu'il se couche dans un bois sous un arbre nommé çàlas (shorea robusta) et qu'il rend le dernier soupir , ou , comme s'expriment les traditions , que , devenu un Bouddha parfait, il passe au Nirvana. D'après les données Singhalaiscs , Çâkyamouni mourut dans la huitième année d'Adjàtaçàtrou , roi de Maghada , au printemps do 541 avant notre ère.
Pour les données concernant la dernière partie do la biographie, Barthélémy Saint-Hilaire ') s'en est tenu principalement aux détails quoique peu obscurs, qui se trouvent dans le journal de voyage de Hiouen-Thsang. Lassen ^) suit les sources que Turnour ^) a extraites des écrits Singhalais , et nous donne un récit légèrement modifié des dernières semaines de la vie de Çâkyamouni. Arrivé tout épuisé à Kouçinagarî, il se serait fait dresser un lit par Ananda , son cousin , pour y attendre sa fin ; il se sentait cependant encore assez fort pour donner audience à tous les admirateurs , que le bruit de son arrivée avait fait sortir de la ville vers lui et qui venaient lui apporter leurs hommages. D'après cette môme tradition , c'aurait été là , et non pas à Yaiçâli , qu'il aurait consacré Soubhadra à la haute dignité spirituelle. Huit jours plus tard les funérailles eurent lieu; c'étaient des pompes vraiment royales; un des disciples les plus célèbres de Çâkyamouni, Kàçyapa, qui était venu de Ràdjagriha, sitôt qu'il
1) Du Bouddhisme, p. 79—81.
2) Indische AllertJmmskunde , II p. 74, 75.
3) Journal of the Asiaiic Society of Benrjal. VII.
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eut appris la triste nouvelle, s'était chargé de diriger les funérailles de son maître. Après que le corps eut été brûlé, on rassembla les restes et les enferma dans une urne d'or. De différents côtés on vint réclamer la possession de ce précieux trésor sur lequel les habitants de Kouçinagarî prétendaient avoir des droits exclusifs. Et il est probable , qu' immédiatement après la mort de celui dont toute la vie avait prêché la concorde , l'amour et la paix, on aurait soulevé une lutte sanglante sur la possession de ses cendres , si un Brahmane n'avait pas été assez heureux pour faire accepter un compromis , en vertu duquel les restes du défunt furent répartis en huit parties égales et confiés à la garde de huit villes, parmi lesquelles était aussi Kapilavastou.
Voyons maintenant ce que nous pourrons retrouver de cette partie de la biographie de Siddhârtha ou plutôt de Çâkyamouni , sur les bas-reliefs que nous avons encore à passer en revue , pour autant qu'ils appartiennent à la série que nous avons traitée. Ces bas-reliefs sont représentés sur les PU. LXXXIII à GXXXV nos. 135—239.
Pli. LXXXIII, 135; LXXXIV, 137 et LXXXV, 139. Çâkyamouni se dirigeant vers Vaiçâli reçoit des cadeaux et des hommages de la part des habitants des différents endroits , où il s'arrête pendant quelque temps. Sur le premier tableau sa coiffure n'a pas encore la forme que lui prête le tableau suivant et qu'elle conserve aussi sur les autres ; on dirait plutôt • — et cette supposition s'accorde aussi parfaitement avec l'état de transition où il se trouve dans les premiers jours depuis qu'il s'est coupé les cheveux, ■ — • qu'il porte ici la coiffure d'un Bhikshou. Le coussin ou le piédestal de lotus, sur lequel il se tient, est la marque incontestable de sa haute dignité, tandis que les arbres, les animaux , les rochers et les grottes qui l'entourent (la forme des rochers et des grottes doit plutôt être devinée qu'elle n'est distinctement marquée) servent à nous apprendre , qu'il aime à se retirer dans les lieux solitaires et à s'absorber dans des méditations et des spéculations d'éremite.
Ceux qui viennent offrir leurs cadeaux au jeune pénitent , sont en premier lieu des hommes de condition. Inutile d'observer exprès-
sèment , que })lusieurs détails do ces tableaux doivent être pris dans un sens symbolique. L'autel d'où s'élève une flamme ne renferme pas de rcnccns ; il n'est que le symbole dos hommages que reçoit Çàkyamouni. Les cadeaux se composent de fleurs, de fruits et d'autres aliments, auxquels est ajouté un vêtement. Ce vêtement est le premier cadeau ([u'on lui offre , et se rapporte peut-être à une tradition quoique poii modifiée. Çàkyamouni n'avait il reçu peut-être du chasseur dont il avait pris les vêtements , que la tunique , ou sarong , et la ceinture que nous le voyons porter ici ? Il serait permis alors d'en conclure , qu'on lui apporte ici comme premier cadeau le manteau , le vêtement indispensable du pénitent, dont nous le voyons revêtu sur tous les autres tableaux,
PL LXXXIV , 137. Çàkyamouni, orné maintenant de tous les insignes du Bouddha, ayant l'auréole derrière sa tête, reçoit ici les hommages d'un nombre considérable d'hommes distingués. On ne lui apporte pas maintenant des cadeaux ; mais le nécessaire ne lui manque pas; car il se trouve quelques grands vases remplis de vivres dans une grotte non loin des rochers.
PI. LXXXV, 139. Des femmes aussi, probablement des femmes de Brahmanes, à en juger d'après leur coiffure et d'après leurs autres attributs, spécialement les chapelets, se rendent vers le pénitent et lui offrent des cadeaux.
PI. LXXXVI, 141. Les Brahmanes eux-mêmes se rendent dans le même but vers Çàkyamouni , suivis de leurs disciples.
PI. LXXXVII , 143. Çàkyamouni se trouve dans l'école d'Arâtâ Kâlâma à Vaiçàli. La supériorité de Çàkyamouni par rapport aux autres Brahmanes est indiquée par l'élévation plus grande de son siège; dans son voisinage immédiat nous voyons le chef de cette école , le Brahmane Aràtâ Kâlâma , qui s'entretient séri- Wsement avec son nouveau disciple ; cinq autres Brahmanes écoutent cet entretien avec intérêt, un sixième semble écouter avec en peu d'impatience. Chacun d'eux occupe une loge taillée dans la roche ou construite de blocs de rocher; trois d'entre eux ne semblent pas encore être arrivés complètement à la dignité de Brahmanes, et ont l'air de se préparer à ce rang comme des novices ou des Brahmatcharis.
PI. LXXXVIII , 145. Çàkyamoiini est arrivé à Uàdjagriha en Magadha; des esprits célestes se joignent aux habitants pour lui ténaoigner leur admiration. L'édifice qui se trouve à gauche du spectateur, doit représenter la ville ou le palais du roi Bimbisâra; c'est ce roi et sa femme que nous pouvons reconnaître dans les deux principaux personnages vêtus en prince qui se tiennent debout, et dont le rang se devine aussi par les insignes que porte leur suite. Il est impossible de retrouver un personnage spécial dans la femme peu vêtue ayant la tête découverte , qui est agenouillée devant Çâkyamouni.
PI. LXXXIX , 147. Çâkyamouni s'est retiré dans la solitude non loin de la ville sur la pente du Pandava, et se voue là à ses spéculations , n'ayant pour demeure qu'une loge ou lieu de retraite dans le centre de la forôt. Des habitants des environs , tous hommes de condition, lui apportent des cadeaux. A sa droite se trouve la cruche d'eau dont se servent les religieux mendiants. L'attitude des différents animaux qui l'entourent doit représenter le repos , la concorde et la paix qui rognent dans les alentours.
PI. XG, 149. Çâkyamouni s'entretient avec Roudraka, le chef de l'école des Brahmanes de Râdjagriha et avec ses élèves, parmi lesquels les deux qui se trouvent le plus à distance semblent être encore des novices. Nous croyons pouvoir reconnaître le chef de l'école, Roudraka lui-même, dans le Brahmane qui est assis auprès de Çâkyamouni , et qui seul prend part à l'entretien , tandis que les autres ne font qu'écouter; il nous faut faire ici la même observation que pour le bas-relief précédent au sujet des animaux qui peuplent le tableau.
PI. XGI , 151. Çâkyamouni s'entretient avec les cinq disciples de l'école de Roudraka, qui s'attacheront à lui pour le suivre vers un endroit isolé sur la montagne Gâya. L'eau qui se trouve à droite du spectateur montre que nous sommes ici sur les bords du Nairandjâna , qui coule près de Râdjagriha.
PI. XCII, 153. Çâkyamouni, suivi de ses cinq disciples, a quitté le Gâya , pour se rendre dans les environs d'Ourouvilva , village situé sur le Nairandjâna; il a commencé à vivre en ascète,
à se livrer à des jeûnes et à des macérations; une conversation très animée l'occupe lui et quelques-uns de ses compagnons; peut-être s'entretiennent-ils de la vanité d'une vie comme celle qu'ils ont menée environ six ans de suite, et avec laquelle il se propose sérieusement de rompre désormais.
PI. XGIII, 155. Çâkyamouni , abandonné par ses cinq disciples , reste seul à Ourouvilva pour se vouer à des méditations sérieuses , bien qu'il ait renoncé à l'ascétisme rigoureux du premier temps. Il est hautement considéré par les habitants de cet endroit et des environs ; des foules nombreuses affluent vers lui pour recueillir de sages enseignements de ses lèvres et pour l'honorer de cadeaux. Une femme, agenouillée devant lui sur un coussin, est venue lui apporter un grand vase rempli de fleurs; le costume et les attributs de cette femme , ainsi que la suite nombreuse de femmes qui l'accompagne , pourraient nous faire penser ici à la visite d'une princesse, tandis que l'auréole lui donnerait en même temps un caractère de sainteté. Mais il est possible , que l'artiste ait voulu exprimer simplement des hommages que viennent lui rendre en général des femmes de condition et de vertu.
PI. XGIV, 157. Çâkyamouni s'entretient avec une quinzaine d'hommes distingués , peut-être des princes , ce que les coiffures qui ornent leur tête permettent de supposer.
PI. XGV, 159. La même scène ou du moins une scène du môme genre.
PI. XGV, 161. Çâkyamouni, qui s'est mis en voyage, est arrivé dans un endroit désert , situé dans une forêt près d'une ville , ce qu'indiquent les édifices qui se trouvent à gauche du spectateur; peut-être est-il retourné à Ourouvilva, après s'être arrêté peu de temps ailleurs. Si cette idée est exacte, la femme qui lui offre une large coupe, remplie probablement de lait, peut fort bien être Soudjâtâ, la fille du chef de cette ville, qui est allée à la rencontre du saint homme accompagnée de quatre amies. Ge qui doit paraître étrange , c'est que sur ce tableau, pas plus que sur les quatre bas-reliefs qui suivent, Çâkyamouni n'est placé sur le coussin de lotus. On pourrait en
conclure, que l'arlistc qui a projeté les tableaux n'a pas voulu lui -accorder ce signe distinctif du caractère divin , à cause des doutes et des luttes morales où il se trouvait engagé depuis quelque temps. Mais ce qui s'oppose à une telle explication c'est que le coussin de lotus manque également sur le tableau qu'on trouve PI. GXXIV, 217, tandis que là au moins ce motif ne saurait être allégué. Peut-être le plan de l'architecte laissait-il quelque liberté sur ce point; peut-être aussi nous faut-il penser ici à une omission de la part du sculpteur.
PI. XGYII, 163. En poursuivant sa route Çâkyamouni longe avec sa suite les bords d'une rivière, peut-être les bords du Gange ou du moins de quelque autre fleuve désigné par les feuilles de lotus qui flottent sur l'eau et par les fleurs de lotus qui s'élèvent; une femme de condition lui fait un accueil hospitalier dans sa maison.
PL XGVIII, 165. Dans un autre endroit six hommes de condition le visitent dans le désert qu'il traverse, et lui apportent des vêtements et des cadeaux. Faudrait-il trouver ici un souvenir tiré d'une tradition modifiée et rapporter ce détail à un renouvellement de costume? S'il en est ainsi, il n'est pas allé prendre lui-même les pièces dont il a cousu son nouveau vêtement dans le tombeau de l'esclave de Soudjâtà , mais elles ont été rassemblées par d'autres.
PI. XGIX, 167. D'après une tradition que mentionne Valentijn ') Çâkyamouni arriva aussi un jour chez une princesse qui se mit à cuire pour lui le lait de mille vaches , auquel elle mêla du riz et dont elle fit ensuite un gâteau qui suffit à le nourrir pendant quarante-neuf jours. Il est assez probable que cet événement nous est représenté sur le tableau que nous avons ici sous les yeux. Çâkyamouni est assis sur une espèce de trône , couvert d'un dais léger; sur l'arrièro-plan nous distinguons de loin à gauche le palais de la princesse ; les serviteurs de la dame sont occupés à préparer le gâteau. Tout à fait à droite du spectateur la casserole qui contient le gâteau, est placée sur un trépied
1) Valcntijn Oud- en Nicuiu Ousl-Indien Vol. V, 2o section p. 373.
au-dossus d'une (lammc bien vivo. Nous trouvons ensuite le gâteau entre les mains des deux femmes qui sont assises aux deux côtés du feu, puis entre les mains d'une autre femme, la seconde de celles qui sont à genoux derrière la princesse, et enfin entre les mains de la princesse elle-même ; quatre actes divers qui se suivent, sont représentés par conséquent sur un seul et même tableau. Quant aux objets qui se trouvent sur l'arriôre-plan sous la galerie ouverte ou du moins assez près du pendopo, il faut y voir des drapeaux que portent les hommes de la suite de la princesse.
En mettant le nombre des bas-reliefs qui nous restent encore, en regard des faits que nous avons appris à connaître jusqu'ici par les traditions écrites relatives aux derniers événements de la vie de Çàkyamouni, nous arrivons à la conclusion, que ceux qui ont projeté les tableaux de Bôrô-Boudour , ont pu disposer de sources bien plus riches et plus abondantes que celles dont nous avons à nous 'contenter. Il est bien difficile de retrouver des événements connus dans les scènes que nous avons ici devant nous. Nous pouvons dire d'une manière générale, qu'elles nous représentent le maître en des lieux divers, ou faisant quelque voyage vers des contrées lointaines, se préparant à sa tâche comme pénitent, et étant partout un objet d'hommages et de vénération. Nous avons raconté plus haut , que Çàkyamouni n'a commencé sa prédication publique, qu' après avoir reçu sous l'arbre Bodhi la conviction certaine, qu'il avait acquis la dignité du Bouddha parfait; nous avons raconté également , qu'il a commencé par prêcher sa doctrine à ces cinq anciens disciples. Cependant nous avons ici devant nous une grande série de tableaux, où il est difficile de reconnaître autre chose qu'un prédicateur; il faut donc bien admettre, que Çàkyamouni, après le départ de ses disciples, a continué encore pendant assez longtemps à habiter Ourouvilva; qu'il est parti de là pour faire ses voyages, et qu'il les a continués après qu'il fut arrivé à la dignité d'un Bouddha. Il est certes bien difficile de répartir tous les événements que nous représentent plus de trente bas-reliefs avant qu'ils arrivent à l'entre vue du maître et de ses anciens élèves à Bénarès, — de répar-
lir, dis-jo, tous ces événements sur l'espace de temps relativemont court qui s'est écoulé entre le jour auquel ces cinq compagnons l'ont quitté et le jour où il les a revus. Voilà pourquoi nous inclinerions à supposer que les constructeurs de Bôrô-Boudour aient consulté d'autres sources que celles que nous connaissons, et que d'après ces sources-là la conversion des disciples qui l'avaient abandonné , ait eu lieu beaucoup plus tard , lorsque Çàkyamouni avait commencé et poursuivi sa prédication publique depuis plusieurs années et en plusieurs endroits. Il en résulterait , que cet événement , qui a réuni le maître avec ses anciens compagnons de pénitence , n'eût eu lieu qu'à la fin de sa longue vie. Nous pouvons amoindrir du reste la difficulté qui provient du nombre des faits représentés, en admettant, que l'intention de l'artiste n'ait pas été de reproduire des événements précis et autbentiques , mais d'exprimer par une série de tableaux divers et variés l'idée générale de l'influenee toujours plus grande et toujours plus étendue qu'exerçait l'enseignement du maître. Voilà bien au moins ce qu'il nous faut admettre, toutes les fois que nous rencontrons Çàkyamouni en compagnie de ceux qu'on appelait les Nâgas, c'est-à-dire les babitants de pays lointains situés au delà de la mer, dont la fantaisie populaire avait fait des êtres dangereux , doués d'un pouvoir surnaturel , et qui se distinguent sur les bas-reliefs par leur cbevelurc de serpents. Si l'on veut faire passer les fréquents voyages , qui eurent lieu avant qu'il rejoignît ses cinq anciens élèves, pour des voyages entrepris par le prédicateur dans le but de prêcber ses idées, alors on pourrait trouver encore une autre solution. On pourrait admettre en ell'et , que pendant ces premiers temps sa prédication fût dirigée d'une manière générale contre les défauts et les vices de ses. contemporains, et qu'elle ait voulu combattre les préjugés et les abus régnants , tandis que plus tard seulement Çàkyamouni aurait commencé à prêcher le système qu'il avait adopté après de mûres réflexions , les vérités qu'il avait trouvées et les préceptes qu'il en avait déduits. Les cinq disciples auraient donc toujours été les premiers , auxquels Çàkyamouni eût fourni l'occasion de s'engager dans le chemin du salut et d'obtenir le bonheur suprême.
C'est seulement sous le bénéfice de l'une ou de l'autre de ces acceptions, que nous voyons moyen de résoudre la contradiction qu'il y a entre les traditions écrites qui nous sont connues , et celles qu'ont consacrées les bas-reliefs , ou de rétablir l'ordre dans la succession des faits. (Quoiqu'il en soit, nous rencontrons toujours Çàkyamouni , soit assis , soit debout en compagnie de personnages de rang divers avec lesquels il s'entretient ou qui viennent lui faire visite, qui vont à sa rencontre ou qui l'accueillent dans ses voyages. Il semble assez naturel de supposer que toutes les fois qu'il est assis, nous devions songer à un séjour dans un seul et môme lieu pendant les quatre mois de la saison pluvieuse , tandis que les bas-reliefs où il est debout se rapporteraient alors plutôt à ses voyages et aux tournées qu'il fait d'un endroit à l'autre.
PI. G, 169. Çàkyamouni se trouve près du bord d'une rivière ; sa main droite tient le vase destiné à recueillir des dons, tandis que quatre bommes de condition sont agenouillés devant lui dans une attitude respectueuse; les arbres et les rochers nous transportent ici dans une forêt. Si l'original est conforme au dessin que nous en possédons , en ceci que le second des hommes prosternés y porte aussi des serpents enroulés dans sa chevelure , alors nous pourrions songer déjà ici à une visite de Nâgas ou à un voyage à travers un de leurs pays lointains.
PI. CI, 171. Un tableau tout à fait symbolique qui doit exprimer cette idée : Çàkyamouni , le futur Bouddha parfait , reçoit les hommages d'êtres divins et puissants. Debout sur son coussin de lotus il traverse la mer, dont les bords sont désignés à quelque distance par des arbres et par les formes conventionnelles de rochers. A droite du spectateur deux grands serpents ou Nâgas, les habitants de l'océan, lèvent la tête des profondeurs de la mer; à gauche trois esprits marins tombent à genoux sur les vagues, et offrent dans de petites boîtes les choses précieuses que produit leur pays au religieux qui traverse leur royaume; des esprits célestes enfin, portés par les nuages, ou de pieux habitants de la terre , mais qui par la pénitence , par les macérations et. par l'abstinence ont acquis un pouvoir surnaturel,
répandent leurs dons, des fleurs et des couronnes sur Çâkyamouni. Parmi ces personnes qui se balancent dans les nuages, se trouvent aussi deux pieux Brahmanes. Des couronnes, des fleurs de lotus et d'autres fleurs descendent comme une pluie sur le voyageur et autour de lui. Ce que l'artiste a voulu indiquer par l'objet de forme hémisphérique qui se trouve près du rivage derrière Çâkyamouni , n'est pas bien clair; mais il n'est pas nécessaire pour bien comprendre la pensée qu'exprime tout ce tableau, d'avoir trouvé la signification de cet objet. Assurément, ce dernier bas-relief (et le dessin suffit déjà en lui-même pour nous en convaincre) est un des plus beaux de tous ceux que nous ont conservés les parois de Bôrô-Boudour , sous le rapport tant de l'idée que de l'exécution ; des critiques compétents prétendent , que l'original peut parfaitement être comparé aux meilleures productions de l'art grec.
PI. GII, 173. Çâkyamouni se trouve dans le domaine des puissants et des sauvages Nâgas, que distinguent de nouveau les serpents dans leur chevelure. Les lignes ondulées qui se trouvent au premier plan au milieu , semblent indiquer ici de l'eau ; alors il est possible que l'ensemble doive nous représenter une île, bordée de rochers et habitée par les Nàgas , qui ont orné le débarcadère d'une masse de pavillons et qui ont disposé un trône magnifique avec un coussin à l'honneur du pieux visiteur de la contrée. Une des quatre femmes s'est rendue à l'extrémité des bords pour faire accueil à l'illustre étranger. Le voyageur porte ici encore dans la main droite la boîte destinée à recueillir des dons; mais le coussin de lotus sur lequel il se tient d'ordinaire, est remplacé ici par un objet dont les contours ne sont pas très précis , qui a un peu la forme d'un croissant , et dans lequel nous serions assez disposés à reconnaître une petite barque ou quelque autre petit navire, si la forme ne différait pas tant de celle des autres navires que nous rencontrons ailleurs sur les bas-reliefs.
PI. GUI, 175. Çâkyamouni s'est établi pour quelque temps dans le pays des Nâgas, et comme toujours il a choisi un endroit isolé, situé dans la forêt et entouré de rochers. A sa
gauche un lion est assis dans une caverne; à sa droite trois femmes distinguées du pays des Nàgas viennent lui rendre hommage. Ici encore il faut transporter le théâtre de l'action sur les bords d'un fleuve ou d'un lac; voilà au moins ce que nous devons conclure des poissons qui se trouvent près de ces femmes. L'eau, dans la({uelle ils nagent, semble sortir des rochers; près de ces rochers une porte artificielle ouvre l'accès d'une enceinte. Nous n'osons attribuer une signification déterminée aux crocodilles on aux caïmans qui se trouvent sur la porte.
PI. GIV , 177. Çâkyamouni est toujours encore établi dans le pays des Nâgas et y continue son oeuvre de conversion. Le roi des Nâgas, accompagné d'un de ses courtisans, est assis sur un banc à l'ombre d'un arbre , non loin de la maison entourée d'une clôture où nous voyons ses femmes. Trois des habitants les plus distingués se sont rendus ici encore au bord d'un cours d'eau , pour apporter leurs dons au prédicateur , qui s'est retiré sur l'autre bord sous un arbre entouré de rochers.
PI. GV, 179. Çâkyamouni, accompagné de ses disciples, se trouve dans un bois. Gomme ses sectateurs , debout ou à genoux , se trouvent placés sur une élévation, il y a lieu d'en conclure que l'artiste leur attribue déjà une certaine dignité. Il est évident que ces hommes sont divisés en deux groupes. Le vrai sens du tableau n'est pas bien clair. L'homme qui se tient à genoux à droite du prédicateur, a l'air d'avoir découvert un nid d'oiseaux dans l'herbe longue. Peut-être Çâkyamouni emprunte-t-il à cet incident un sujet d'enseignement pour ses disciples.
PI. GVI, 181. Çâkyamouni, continuant toujours ses voyages à travers des pays étrangers et suivi de ses disciples, reçoit les hommages des habitants distingués, qui se caractérisent surtout par leurs coiffures nattées et parmi lesquels nous trouvons de nouveau des hommes et des femmes du pays des Nâgas. Ici encore nous avons devant nous un tableau , exprimant sous forme d'allégorie et d'une manière générale l'adoration dont Çâkyamouni est l'objet jusque dans les pays lointains de la part des habitants sauvages, ou bien dans des pays où l'on voue un culte exclusif aux dieux du Brahmanisme.
C'est à ce culte-là que se rapportent les emblèmes qui sont portés comme des enseignes et que nous pouvons appliquer plus spécialement au culte de Yiçnou; quant aux habitants du pays des Nâgas , nous les reconnaissons ici encore aux serpents qui s'enroulent autour de leur tête. Les deux groupes se distinguent aussi l'un de l'autre par la forme des pavillons ou des drapeaux qu'ils ont plantés derrière eux dans le sol. Les guirlandes de feuilles ornées de fleurs ont aussi une signification purement symbolique.
PI. GYIl , 183. Un autre tableau purement symbolique. Sept arbres , dont trois se trouvent au premier plan , tandis que deux autres se rapprochent un peu plus du fond et que les deux derniers occupent tout à fait l'arrière-plan. Des deux côtés de chacun des arbres que nous avons mentionnés en premier lieu , se trouve un personnage agenouillé ou assis et un autel d'où s'élève une flamme. Devant ces arbres nous voyons une coquille remplie de fleurs . et placée sur un piédestal , ou bien un vase garni d'un couvercle. Les arbres ne sont pas copiés d'après nature; cependant ils sont composés en grande partie de feuilles et de fleurs qui se rencontrent dans la nature ; les troncs sont ornés d'écharpes et de draperies. Les branches se terminent par des fleurs de lotus entièrement ouvertes ; par-ci par-là des fleurs d'où pendent des colliers de graines , sortent des branches ; chacun des arbres porte encore deux clochettes munies de battants. Au milieu des trois arbres qui se trouvent au premier plan , donc pour ainsi dire à la place d'honneur, une petite boîte garnie d'un couvercle convexe est placée sur une fleur de lotus ouverte. Sur cette boîte repose une coiffure ou une couronne de prince richement ornée. Deux des arbres qui occupent le fond et qui sont restés visibles en grande partie, ont la môme couronne quelque peu modifiée et placée directement sur la fleur de lotus. Chacun des trois arbres du premier plan et des deux arbres qui suivent , est couronné en outre d'un pajong ou d'un parasol , dont le bord est orné de draperies. Près de l'arbre du milieu deux personnages expriment leur respect, l'un en se prosternant, l'autre on joignant les mains; quant aux deux personnages à
droite du spectateur, dont l'un est assis, tandis que l'autre, une femme qui apporte son oOrande dans un vase , est agenouillée , ils ont l'air de s'entretenir ensemble. L'un des deux qui se trouvent à ijauche et qui sont à genoux l'un et l'autre, porte un vase ou une bouteille remplie d'eau sacrée (eau du Gange?), tandis que l'autre a l'air de prendre un peu d'encens d'un vase et de le jeter dans la flamme.
Nous avons déjà rencontré quelquefois de ces arbres fantastiques ou mystiques, que dans la suite nous rencontrerons exclusivement sur les galeries supérieures. Ces arbres doivent exprimer la supériorité de la doctrine du Bouddha et représentent en premier lieu le Bodliidrouma ou figuier sacré, la ficus religiosa ou le Waringie , sous laquelle Çâkyamouni arriva à se sentir un Bouddha parfait , et ensuite les arbres des demeures célestes du séjour des Bouddhas , ou pour mieux dire des Bodhisattvas ou futurs Bouddhas. Il est possible, que pour les arbres, qui sont tous distingués par un parasol , le nombre de cinq doive être mis en rapport avec les cinq Anoupapadakas (Bouddhas sans parents), ou Bouddhas Dhyànis (Bouddhas de la contemplation) qui, d'après l'école théiste du Népal, furent créés par Adibouddha, et avec leurs cinq Bodhisattvas. Si l'on veut admettre que les arbres soient distingués tous les sept par le parasol (il faut supposer alors que les parasols des deux derniers arbres soient cachés par les autres) , alors chacun des arbres peut représenter l'un des sept Mânouchis ou Bouddhas humains, dont les trois premiers appartiennent à des périodes qui ont précédé la génération actuelle, tandis que les quatre qui restent sont apparus dans notre période actuelle , dans laquelle Çâkyamouni est le quatrième ou dernier '). L'idée principale du bas-relief est un hommage rendu aux arbres sacrés du Bouddhisme; on voit, que ce tableau peut parfaitement servir d'introduction au tableau suivant.
PI. GYIII, 185. Çâkyamouni, assis sur un siège que couvre un tapis , et supporté par un coussin de lotus , dans l'attitude ordinaire d'un Bouddha, Sur le dossier du siège est placé un plan trila-
1) Voyez K. Burnouf, Introduction a Vliist. du Buddii. p. UC, 11'
téral d'où s'élèvent des flammes à l'endroit des bords montants; les branches d'arbre, qui s'inclinent à droite et à gauche, sont des branches du Bodhidrouma , sous lequel il arriva à la dignité du Bouddha parfait. Un homme et une femme de condition , accompagnés de leur suite qui paraît appartenir également à des classes différentes , peut-être même à des royaumes différents à en juger d'après la coiffure, lui apportent leurs hommages en lui présentant les offrandes que renferment les vases placés devant eux. La femme tient dans la main un éventail qui peut lui servir à se raffraîchir, mais qui peut servir aussi à ranimer la flamme, comme c'est aujourd'hui encore l'usage.
PI. GIX , 187. Tableau allégorique de la lutte intérieure que Çâkyamouni eut a traverser sous le Bodhidrouma. Pour comprendre ce tableau et le tableau suivant , il faut nous rappeler la tradition que nous avons citée plus haut, concernant les tentatives que fit Mâra, le mauvais esprit, pour détourner le héros de ces bons et nobles desseins, afin d'empêcher ainsi le salut du monde et l'anéantissement de sa propre influence. Çâkyamouni est sur le point d'arriver sous l'arbre saint à la dignité du Bouddha parfait. Peut-être a-t-on supprimé ici le coussin de lotus , parce que cet emblème d'éminence supérieure ne peut être son partage qu' après qu'il aura heureusement soutenu les violentes attaques. Maintenant il est assis sur un coussin de jonc en nattes, ce qui est sans doute une allusion au jonc dont il s'était fait un siège sous l'arbre. En dehors de l'auréole ordinaire qui entoure sa tête , une autre auréole beaucoup plus grande est placée derrière lui; celle-ci est entourée d'une marge de perles, d'où s'élèvent des ornements en forme de flammes. Les branches d'arbre qui descendent du sommet le long du bord de cette auréole, représentent l'arbre sacré. Il s'y trouve encore trois monstres humains ayant des griffes aux mains et aux pieds, qui doivent soutenir son siège; il faut voir dans ces monstres les puissances du mal, peut-être les convoitises de la chair, dont il a déjà triomphé. A droite et à gauche se trouvent, assis au premier plan , quelques-uns de ses sectateurs , hommes et femmes , qui ont l'air de s'être endormis, ou qui du moins ne prennent
aucun intérêt aux tentations dont leur maître est l'objet. C'est derrière ces liommes et au-dessus de Çâkyamouni lui-même que se trouve l'armée de Màra, qui trouble continuellement le pénitent; des épées, des arcs, des flèches empoisonnées, lancées par des sarbacanes, des éclats de rochers, des lances et des branches d'arbre, voilà les armes de ses adversaires; parmi ces derniers nous trouvons aussi à droite du spectateur deux hommes amaigris , complètement nus, des symboles de passions terribles; l'un de ces derniers est tellement entraîné par la rage , qu'il essaye d'écarteler sa bouche béante avec les deux mains. Parmi les adversaires se trouvent encore deux divinités portées sur le cou de leurs serviteurs, dont l'une a vingt-deux bras, l'autre quatorze, armées d'arcs , de flèches , de glaives , de poignards , de disques , de pierres , de haches , de lances , et d'autres machines de destruction. Mais leurs attaques sont impuissantes , et les pointes des flèches nombreuses qu'on lui lance, se changent en des fleurs , tandis que les disques tombent comme des fleurs autour de lui. On est facilement tenté de voir ici une allusion à l'opposition et à la persécution , que les sectateurs du Bouddha ont dû endurer plus tard de la part des différentes sectes du Brahmanisme, surtout des adorateurs de Yiçnou, de Çiva et de Kriçna. Parmi les armes du dieu qui se trouve à la droite de Çâkyamouni, celle qu'il porte dans la quatrième main droite (à compter depuis la tête) nous semble mériter une attention spéciale ; nous croyons y reconnaître un ciseau ou une espèce de coin en silex , dans le genre de ceux dont tous les peuples se sont servis dans la première période de leur état inculte et comme nous en rencontrons aussi à Java sous des formes diverses. Quant au glaive que tient la première main droite près de la tête, il n'en a été taillé que la poignée et la garde; l'espace manquait pour y ajouter la lame.
PI. GX, 189. Çâkyamouni est toujours assis sur son siège, mais cette fois-ci sur le coussin de lotus, tandis que le dossier de son trône et l'auréole derrière sa tête sont ornés, non seulement de branches d'arbre , mais aussi de fleurs ; ici encore il est représenté tel qu'il s'est retiré sous le Bodhidrouma, résistant
aux tentations que lui préparent les Apsaras, les belles filles de Mâra , essayant de le distraire par la danse et par la musique. Le couple dansant qui se trouve à la gauclre de Çâkyamouni , semble danser sur la mesure de la musique exécutée sous la direction d'un vieux Brabmane par quelques femmes et par un homme ; les premières battent quelques instruments en métal , tandis que le dernier les accompagne sur trois tambourins. Une des Apsaras est forcée malgré elle de proclamer les louanges de celui qu'elle essaye d'entraîner au mal. Un personnage royal, assis à droite sous un arbre et sur un coussin , nous représente avec son cortège de femmes les amis et les admirateurs du maître.
PI. CXI, 191. La lutte s'est heureusement terminée. Çâkyamouni a remporté une victoire complète, il est devenu le Bouddha parfait. Les nobles parmi les habitants de la terre et les esprits célestes portés sur des nuages, ou bien de pieux pénitents qui ont obtenu un pouvoir surnaturel, lui apportent des cadeaux de mets exquis et de fleurs et lui rendent des hommages religieux. Les deux arbres fantastiques et richement ornés , ainsi que les coquilles remplies de fleurs qui se trouvent sur des piédestaux, se rapportent à son apothéose.
PI. GXII, 193. Cette planche nous représente encore des hommages prodigués à l'illustre pénitent par une dizaine de personnes de condition , probablement toutes des femmes , qui viennent lui offrir des mets et des fleurs. Celle d'entre les femmes qui se trouve au premier plan à sa gauche, porte dans la main droite un chandelier ou un petit autel avec une flamme qui en monte, et dans sa main gauche un éventail servant à ranimer la flamme. Au-dessus des femmes semblent flotter dans l'air des coussins de lotus et des pajongs (des parasols) avec des écharpes qui en dépendent; nous croyons devoir trouver dans ces objets une allusion à l'excellence de ces femmes , provenant du respect dont elles entourent le maître , et qui leur donne le droit de s'élever après la vie présente à un état supérieur. Il est vrai que cette manière de voir exigerait un coussin de lotus de plus; mais il ne faut pas oublier, qu'il n'était pas possible de lui
trouver do la place sans rompre riiarinonic des proportions; peut-être ce coussin esl-il rem[)lacé par les ileurs détachées qui flottent dans l'air des deux côtés des branches de fleurs (|ui entourent le dais. Il y a une autre interprétation , mais qui nous paraît assez improbable , c'est que ces coussins de lotus vides désigneraient les dieux du Brahmanisme abaissés et détrônés par le nouveau Bouddha.
PI. GXIII, 195. Encore des hommages rendus à Çâkyamouni par des princes et par d'autres personnages distingués.
PI. GXIV, 197. Çâkyamouni, qu'il nous est permis de désigner désormais par le nom de Bouddha, reçoit les hommages de personnages distingués, dont la coiff*ure différente (surtout la manière dont les nattes de cheveux sont tressées) peut désigner des habitants d'une autre contrée , ou bien les membres d'une certaine classe ou d'une caste spéciale. Les porte-fleurs placés à ses côtés, semblent indiquer une tentative de l'artiste de nous montrer , que les cadeaux et les offrandes que reçoit le Bouddha , augmentent toujours plus en prix et en valeur.
PI. CXV , 199. Le Bouddha quitte son siège sous le Bodhidrouma et se met en voyage avec sa suite. Les arbres qui se trouvent à droite du trône , sont ceux de la forêt dans laquelle il s'est retiré près de Bodhimanda. Il va sans dire , que cette résidence , devenue illustre par la sainteté à laquelle le Bouddha est parvenu , est toujours représentée avec beaucoup de luxe , et garnie d'ornements symboliques qui sont modifiés suivant le goût ou l'idée de l'artiste. Les deux lions qui se trouvent debout sous le siège du trône et les deux lions bondissants qui se trouvent sous le dossier, se rapportent au surnom de Çâkyasingha ou lion de la famille des Çâkyas, que le Bouddha avait porté comme fils de Çouddhodana. Il va sans dire que son trône vide est aussi un objet d'hommages, offerts ici par un personnage qui se trouve assis à côté et qui porte dans la main un petit autel ou un chandelier d'où s'élève une flamme.
PI. GXVI , 201. Le Bouddha qui a visité aussi pendant son voyage un endroit du pays des Nâgas , reçoit des hommages et des offrandes des habitants de ces contrées. Nous croyons devoir
■reconnaître parmi les cadeaux qu'ils apportent, notamment dans l'objet porté par celui des hommes qui se trouve debout en avant de tous, un grand éventail pliant, comme on en rencontre encore actuellement dans quelques-unes des îles des Indes orientales néerlandaises. Faut-il attribuer une signification symbolique à l'enfant qui joue sur la tête de l'éléphant couché à côté du coussin de lotus du Bouddha? Nous n'oserions l'affirmer catégoriquement, mais la chose est au moins probable.
PI. GXVIl, 203. Le Bouddha continue son voyage, accompagné de ses sectateurs parmi lesquels se trouvent des hommes de condition ; il arrive auprès do Brahmanes savants et pieux , qu'il rencontre dans l'endroit isolé que ceux-ci ont cherché dans la forêt, et auxquels il prêche sa doctrine.
PI. GXVIII, 205. Il s'est arrêté de nouveau pour quelque temps dans un endroit déterminé et y est l'objet des hommages des habitants distingués , parmi lesquels se trouvent encore des Brahmanes.
PI. GXIX , 207. Cette planche nous représente une scène plus ou moins semblable à celle du tableau précédent; mais le Bouddha y porte une autre coiffure et sa tête est dépourvue de l'auréole.
PI. GXX , 209. Le Bouddha est occupé à enseigner ses disciples dans l'endroit où il s'est arrêté. Les arbres et les rochers indiquent toujours , que la scène se passe dans un coin isolé d'une forêt.
PI. GXXI, 211. Ici encore il reçoit les hommages d'habitants distingués des environs. Remarquons ici , que les deux branches d'arbres , qui se trouvent au n". 207 , PI. GXIX , se rapportent au Bodhidrouma. Il faut attribuer de même une signification allégorique aux fleurs que représente le n". 209 , PI. GXX , comme flottant au-dessus du Bouddha, aux ornements symboliques de fleurs et de feuilles , et au parasol qui se trouvent sur le dernier bas-relief que nous examinons dans ce moment, ainsi qu'aux rubans et au parasol inachevé et par conséquent assez indistinct , que nous jeprésente le tableau suivant. Tous ces objets servent à faire ressortir l'excellence du maître , qui nous apparaît sur la plupart de ces tableaux dans l'attitude d'un homme qui enseigne sa doctrine.
PI. GXXII , 213. Le Bouddha prêche sa doctrine; des csprils célestes portés par les nuages lui apportent des cadeaux, tandis que des fleurs tomhent du ciel à côté de lui.
PI. GXXIll, 215. Le Bouddha prêche ici devant des personnages de maison royale qui viennent le visiter , accompagnés de leur suite. Le parasol et l'émouchoir qui se trouvent derrière son trône, sont les insignes de sa dignité royale; c'est dans des intentions semblables que ces mêmes objets , ainsi que l'éventail composé de plumes de paon , sont représentés derrière les visiteurs augustes.
PI. GXXIV, 217. Le Bouddha s'est de nouveau remis en voyage et continue sa prédication dans d'autres endroits; cette fois-ci il enseigne non loin d'un temple. Le coussin de lotus manque de nouveau ici, peut-être par suite d'une inexactitude de l'artiste.
PI. GXXV, 219. Le Bouddha, arrivé dans une forêt, y prêche sa doctrine à trois hommes de la classe inférieure. Le parasol est porté ici après lui par un personnage de condition.
PI. CXXVI , 221. Il s'établit pour quelque temps dans le pays des Nâgas , où sa doctrine trouve un accès facile et un accueil général , et où on l'iionore par toute espèce de cadeaux. L'homme qui porte le parasol et l'émouchoir est lui-même un des habitants du pays des Nàgas.
PI. GXXVIl , 223. Le Bouddha prêche ici , assis sur son trône dans une espèce de pendopo , devant quelques hommes et quelques femmes , qui lui ont apporté un grand nombre de cadeaux. Un édifice (un temple?) qui se trouve à quelque distance, semble indiquer, que le maître se trouve maintenant dans une ville.
PI. GXXVIII, 225. Le Bouddha, accompagné d'un des habitants du pays des Nâgas qui le suit comme son serviteur , est parti vers une autre contrée, où il est reçu par les habitants tant hommes que femmes , et où on lui a dressé un trône magnifique. Les deux lions qui se trouvent devant le trône, les éléphants couchés et les lions qui sont assis sur la tête de ces derniers, placés contre le dossier, ont de nouveau
une signification symbolique. Il semble que sur le point le plus élevé du dossier repose une grande auréole , composée d'un disque avec des rubans ou des écharpes déroulées.
PI. GXXIX, 227. Le Bouddha enseigne de nouveau une foule nombreuse d'auditeurs, hommes et femmes, qui lui apportent toute espèce de cadeaux. On dirait qu'un des hommes est occupé à enduire le dossier du trône d'une certaine matière , qu'il prend avec une brosse dans une petite cuvette. Peut-être cet acte se rapporte-t-il à la couleur jaune , dont on a souvent l'habitude d'enduire les images en signe de culte.
PI. GXXX, 229. Le Bouddha est en route pour Bénarès, pour y chercher les cinq anciens disciples qui se sont éloignés de lui à Ourouvilva ; il s'est rendu à l'autre bord du Gange dans un pont flottant , tandis que ses disciples , parmi lesquels se trouvent quelques Brahmanes restés seuls, le regardent partir.
PI. GXXXI, 231. Arrivé dans les environs de Bénarès il y est accueilli avec beaucoup d'empressement et apprend que ses anciens disciples se sont établis dans le voisinage. Quant à l'édifice qui se trouve à la droite du spectateur, et qu'un gardien placé sous une galerie semble surveiller, nous aimons mieux y voir un magasin de vivres qu'une maison ou un temple; quoiqu'il en soit de ce dernier détail , il faudra bien y voir un indice de la proximité d'une grande ville.
PI. GXXXII , 233. Le Bouddha trouve ses cinq anciens disciples, qui reçoivent sa doctrine avec empressement et qui deviennent pour toujours ses sectateurs.
PI. GXXXIII, 235. Le Bouddha s'est installé de nouveau dans un endroit, que l'artiste a voulu préciser, pour y prêcher. Nous avons probablement devant nous une des résidences d'été qui ont été construites pour lui et pour ses disciples. Parmi ses auditeurs on remarque cinq Bhikshous assis tout près de lui; c'est dans ces personnages que nous croyons devoir retrouver les cinq Brahmanes pénitents dont il était question tout à l'heure, mais qui ont accepté maintenant le costume et la coiffure des religieux Bouddhistes.
PI. GXXXIV, 237. Il semble, que l'artiste qui a projeté la
sculpture des bas-reliefs de Bôrô-Boudour, suivant une tradition différente , ait regardé la conversion des cinq anciens disciples comme un dernier acte, comme le triomphe suprême du maître. Le présent bas-relief nous représente en effet d'pne manière symbolique la mort du Bouddha ou son entrée dans le Nirvana. Le Bouddha est assis sur un coussin de lotus , qui n'est plus soutenu cette fois-ci par un trône mais par des feuilles de lotus; son attitude est celle d'un homme qui est entièrement absorbé dans la méditation ou plutôt plongé dans une absence totale de vie consciente. Des fleurs sacrées de lotus s'élèvent du sol tout autour de lui. Deux Bhikshous le lavent avec l'eau sacrée du Gange , qu'ils versent sur son corps en vidant des vases; trois autres Bhikshous apportent des offrandes, et jusqu'aux habitants du pays des Nâgas, peut-être même les Nâgas ou esprits serpents eux-mêmes, témoignent leur profond respect; l'un deux qui porte le parasol du Bouddha , appartient nécessairement à sa suite.
PI. GXXXV, 239. Le Bouddha est entré dans le Nirvana; les hommes de condition qui sont assis à sa gauche sur la terre , les Bhikshous ou moines mendiants qui se trouvent à sa droite, et les esprits célestes l'honorent de cadeaux. Un des Bhikshous, assis le plus près du maître semble lire dans une feuille de lontar qu'il tient dans la main gauche.