‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 109 sur 329 · L. Il, n" VI, XVI · texte numérisé non relu

L. Il, n" VI, XVI

3. Les Sentiments d'Érasme, par Richard de Beaulieu, 1688. Cf. Marsollier, Apologie d'Érasme, 1713. — Au contraire R. Vichet publie, en 1690, un Erasmus novaturiens sive Lutheranorum, Calvinistaruin,.. prodromus.

la personne de Luther ni contre son œuvre'. Voilà pourquoi il ne s'étonne pas que les protestants « lui donnent assez de créance;» voilà pourquoi lui-même il croit pouvoir consulter sans crainte cet ami de la Réforme : ami timide, à la vérité, et indépendant, mais de qui toutefois les sympathies luthériennes, dans leur tiédeur et leurs restrictions, ne doivent pas être plus douteuses pour nous qu'elles ne le furent pour les contemporains V

Donc soit qu'on examine les documents acceptés par Bossuet, soit qu'on lui demande compte de ceux qu'il rejette, il est aussi difficile de montrer des erreurs dans ses choix que des injustices dans ses exclusions.

Mais il ne suffit pas à notre dessein d'avoir revendiqué pour lui ce double mérite. Il est possible même à de piètres historiens de faire illusion sur le choix de leurs sour-

1. Je me sépare sur ce point de plusieurs biographes de Lutiier : de G. Feu- GÈRE, par exemple (ouvr. cité, p. 245 sqq.) qui, sans faire d'Érasme ua catholique bien ardent, ne croit pas cependant à la solidité jusqu'en 1525, ni à la persistance, à partir de cette date, de ses sympathies secrètes pour le luthéranisme. (Cf. p, 278 : « Érasme n'est ni luthérien ni protestant à aucun degré.») Drum- MOND, malgré certaines concessions (t. II, p. 201, 206, 207); Kuh.v, Vie de Luther, t. Il, p. 182, me paraissent excessifs dans le même sens.

i. Méla.nxhthon, Lettre à Érasme (152-i), Epist. Erasmi lib. XIX, ii : « contra conscientiam... facturas videare si Lutheri causam oppugnes vehonentius.» — Eberlii\, pasteur luthérien, écrit à Charles-Quint (après la publication du traité du Libre Arbitre d'Érasme) « qu'il s'associe aux vœux de ses amis pour que l'Empereur choisisse pour confesseur ou du moins pour conseiller intime Érasme de Rotterdam, Luther, Carlostadt, ou quelque autre pareil.» Cité par DôLLi.xGER, La Réforme, t. I, p. 10, n. 1. — Lettre de Jean Sturm à Bucer (10 mars 1535, dans IIermi.njard, Corresp. des Réformat., t. IV) : « Nihil interest inter Anabaptistam, Erasmianum et Lutheranum ; omnes sine discrimine coercentur. » — Simon Fontaine, Hist. cathol. de notre temps, (1562), p. 17, 91, 115. — Florimond de Rémond, Hist. de l'hérésie (1605), p. 47 : « On dit qu'Érasme cuida enfoncer l'huis que Luther enfonça tout à fait. Ainsi disaient ordinairement les Allemands : Erasmus innuit, Lutherus irruit ; Erasmus parit ova, Lutherus excludit pullos; Erasmus dubitat, Lutherus asseverat. Alors les écoliers parlant de ces deux hommes avaient ordinairement ces mots grecs en bouche : y^ "Epxa[Jio? /o-j6cpt^c'., rj Ao-jôspo? èpacrjAtÎEc. » — Cf. Pal- LAViciN, Ilistoria concilii Tridentini, 1670, lib. I, cap. xxni. — Seckendork, Commentarius de Lutheranismo, 1. III, p. 49, paragr. xix. — Bayle, Dict. crit., art. Luther, rem. AA : « Érasme, le Jean-Baptiste de Luther, » et les citations de Feugère, ouvr. cité, p. 129-132, p. 245 sqq.

ces ; et plusieurs ont eu Tart de ne jamais discréditer leurs ouvrages par des références compromettantes. Tel Varillas, qui connaissait les noms des bons auteurs; il les cite sans compter', et l'on n'aurait point de lui mauvaise estime si l'on ne lisait que ses marges. Reste donc à savoir si, dans Tusag-e que fait Bossuet des documents triés par lui avec tant de soin, il soutient ce caractère de probité sévère; si, après avoir su choisir ses informations, il sait en tirer parti comme il faut. Trente ans plus tôt, dès son premier livre de controverse, il ne craignait pas d'accuser son adversaire Paul Ferry de « lire bien négligemment les auteurs qu'il citait», et de ne pas se «donner le loisir de les digérer sérieusement^. » Quelques années après Y Histoire des Vainatioiis , il tancera Jurieu du même défaut : «Fiez-vous à votre ministre, — écrit-il aux Réformés dans un de ses Avertissements, — quand il vous cite des passages! Non, mes frères, il ne les lit pas, ou il ne les lit qu'en courant ^ » La façon dont il procède lui-même lui donnait-elle le droit de morigéner les autres de si haut?

Suivons-le d'abord en présence des documents originaux. Le premier devoir de l'historien est évidemment d'en vérifier l'authenticité. Bossuet n'a pas l'occasion, dans V Histoire des Variations , de le faire pour son compte au sujet d'aucun des documents dont il se sert\ mais il y est quelquefois obligé à l'égard de certaines pièces qu'allèguent, à tort selon lui, ses adversaires.

Il trouvait, par exemple ^ cités comme un document incontestable dans VHistoire des Albigeois et des

1. Il renvoie, dans son Histoire des Révolutions arrivées pour cause de religion (1686 sqq.), à Sleidan, aux lettres de Luther et de Mélanchthon, à David Chytrée, etc.

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