Hyperaspistes, Op., t. IX, p. 1333 sq
désirer franchement son triomphe, il souhaite, du moins, de tout cœur, qu'il ne succombe pas'.
Telle est, ce me semble, l'explication de la conduite assez complexe d"Erasme à l'endroit de Luther, et les contradictions n'en ont pas échappé à Bossuet. Dans un de ces trop rares passages où l'auteur des Variations consent à nous apprendre, — autrement que parl'usagequ'ilfaitd'eux, — son opinion personnelle sur les auteurs dont il se sert et la place qu'il leur donne dans sa confiance, non seulement il remarque^ — comme il est trop aisé de le faire, — qu'Erasme, au commencement de la Réforme, a «favorisé Luther;» non seulement il relève «son étroite familiarité » avec les principaux du parti protestant, et ses discours très sévères et très libres sur les dérèglements des catholiques; mais il fait observer, en outre, que même après qu'Erasme se fut « éloigné » du Réformateur, il n'écrivit cependant contre lui qu'avec « beaucoup de modération, » et il signale, en passant, d'un mot très juste, ce « caractère particulier » qu'il a toujours conservé dans les disputes de religion. L'année même où VHistoire des Variations fut publiée, il parut un livre dont l'auteur s'efforçait encore de prouver le catholicisme inébranlable d'Erasme ^ Bossuet était loin, sans doute, de partager cette opinion. Sans se donner le loisir d'insister sur ce « caractère particulier, » qui l'a frappé dans les idées et dans l'attitude d'Erasme, il aperçoit bien qu'en réalité à aucun moment Erasme n'a fait preuve d'hostilité contre
1. Epist. 790 (2 sept. 1524) ; 718 (12 déc. 1524). Epist. 79G (7 murs 1526) : « Non desinam lamenoptare laetum aliquem exitum hiijus tragoediae,undecumque natae, quomodocumqiie progressas. Videbam enim fore ut, si Victoria cederet quoriundam affeclibus, Lutheri ruina multas res optimas secum traheretin excitium, etc.» Adversus calumniosissam epistolam Lutheri (1527): u...Ego non ianlum illi precabor mali (Luther l'accusait de désirer sa mort), sed potius ut in eo moriatur vanitas et vivat Veritas. » — Dans VEpist. in Pseudevangelicos, Érasme distiogue encore une fois Luther et le venge de ses faux et infidèles disciples [Op., t. X, p. 1580).