PRÉFACE. XI
Basnage, savent au besoin, dans leurs livres, faire même de la politique. — Sous l'influence des événements survenus en Angleterre, en Hollande, en France et dans le reste de l'Europe, de 1665 à 1690, la Controverse est amenée à s'ouvrir à de certaines questions autant sociales que religieuses* : — à celle, par exemple, des conditions et des limites pratiques de la liberté de conscience, et, par suite, des droits du peuple gouverné à l'égard du souverain qui le gouverne. — Et ce sont là des problèmes dont notre société n'a pas encore à l'heure qu'il est le droit de se désintéresser.
Mais à ne la considérer même que sous son aspect purement philosophique, la Controverse des Protestants et des Catholiques au dix-septième siècle touche aussi aux inquiétudes les plus urgentes des consciences modernes — et le nombre en paraît devenir de plus en plus grand — que l'avenir de la religion préoccupe.
Il n'était certes pas question, au moment où Bossuet et Jurieu rompaient leurs dernières lances, de Positivisme, de Panthéisme, d'Agnosticisme; — le Rationalisme spiritualiste lui-même était à peine m'-. — Et pourtant ce qui, au fond, s'agite déjà dans cette dispute des deux confessions chrétiennes, c'est la question de la croyance surnaturelle elle-même.
L'incrédulité, jusqu'alors timide et latente, prenait, vers 1690, conscience de sa force, et partout se déclarait avec un vigoureux concert. Théologique et d'apparence chrétienne avec les «Tolérants,» nombreux surtout en Hollande, et avec les « Sociniens, » nombreux partout, depuis la Pologne jusqu'à la France; — métaphysique avec les philosophes successeurs de Descartes, qui, plus ou moins innocemment, bouleversent l'ancienne ontologie ; — érudite et ironique à la fois avec Bayle et Fontenelle et leurs imitateurs; — épicurienne et légère avec les poètes libertins de France, avantcourriers de Voltaire, — l'incrédulité, alors, est partout.
Or les docteurs chrétiens ne sont pas sans la voir et sans la redouter.
1. Voy. plus loin, livre III, chapitre deuxième, n» iv, p. 353-368; chapitre quatrième, n» m, p. 484-489; chapitre cinquième, n» m, p. 526-530; n» vu, p. 551-552; etc.