Hist. des Var., 1. XI, n» cxxvi-cxxx
GflAPITnE PREMIER. 205
Vaudois du calviniste Perrin', «quelques vieux livres des Vaudois écrits à la main; » dont un volume^ « où était un livre de V Antechrkt en date d'onze cent vingt, et, en ce même volume, plusieurs sermons des Barbes vaudois. » Bossuet attaque l'authenticité de ce document, et dans toutes les règles. Il le conteste d'abord par la chronologie :
(( Il est déjà bien certain qu'il n'y avait ni Vaudois ni Barbes en l'an 1120, puisque Valdo, selon Perrin même, n'est venu qu'en 1160. Ce mot de Barbes n'est connu parmi les Vaudois pour signifier leurs docteurs que plusieurs siècles après, et tout à fait dans les derniers temps. Ainsi on ne peut faire passer tous ces discours pour être d'onze cent vingt. [Il est vrai que] Perrin se réduit à conserver cette date au seul discours sur l'Antechi'ist^ qu'il espère par ce moyen pouvoir attribuer à Pierre de Bruys, qui vivait environ en ce temps-là, ou à quelques-uns de ses disciples. Mais la date étant à la tète semble devoir être commune, et, par conséquent, très fausse pour le premier, comme elle l'est visiblement pour les autres. »
Il s'appuie ensuite sur une raison de langue, et il se sert du peu que l'on savait alors sur l'histoire et les modifications de l'ancien français et du provençal. Le passage suivant montre que Bossuet avait tiré profit du commerce des érudits qu'il a pu connaître, Jean Doujat et du Gange :
« Ce traité sur l'Antéchrist, qu'on prétend être de 1120, n'est pas d'un autre langage que les autres pièces des Barbes que Perrin a citées ; et ce langage est très moderne, fort peu différent du provençal que nous connaissons. Non seulement le langage de Villehardouin, qui a écrit cent ans après Pierre de Bruis, mais encore celui des auteurs qui ont suivi Villehardouin, est plus ancien et plus obscur que celui qu'on veut dater de l'an 1120, si
1. Histoire de^ Chrétiens alf/igeois et des Vaudois, 1(J18-1619.
bien qu'on ne peut se moquer du monde d'une façon plus grossière qu'en nous donnant ces discours comme fort anciens \))
Et Bossuet ne regrette qu'une chose, c'est qu'on ne lui fournisse pas le moyen de tirer au clair cette question et de faire plus complètement la leçon à ses adversaires :
« Nous pourrions parler de l'âge de ces livres des Vaudois et des altérations qu'on y pourrait avoir faites, si on nous avait indiqué quelque Bibliothèque connue où on les pût voir. Jusqu'à ce qu'on ait donné au public cette instruction nécessaire, nous ne pouvons que nous étonner de ce qu'on nous produit comme authentiques des livres qui n'ont été vus que de Perrin seul", puisque ni Aubertin,ni Larroque ne les citent que sur sa foi, sans nous dire seulement qu'ils les aient jamais maniés. Ce Perrin, qui nous les vante seul, n'y observe aucune des marques par lesquelles on peut établir la date d'un volume ou en prouver l'antiquité, et il nous dit seulement que ce sont de vieux livres des Vaudois : ce qui en gros peut convenir aux plus modernes gothiques et à des volumes de cent à six vingts ans.»
En l'absence de renseignements plus clairs sur les sources où Perrin a puisé les documents dont il fait tant de bruit, Bossuet ne peut que ramasser les quelques indications qui lui sont données, et raisonner sur les circonstances extérieures propres à faire présumer l'origine de ces documents mystérieux. Il applique donc à la Co}ifession de foi alléguée, sur la seule parole de Perrin, par les protestants, « comme une pièce authentique des anciens Vaudois», les procédés de la critique conjecturale :
«Elle est extraite*, [dit Perrin], du livre intitulé : Al-
1. « Il est curieux de voir Bossuet en ce cas meilleur philologue que Raynouard.» P. Meyer, Rev. critique, t. I (1866), p. 38, n. 1. Cf. RAY.^ouARD, Choix de poés. origin. des Troubadours, t. II, Introd., p. cxlii sq. — Et plus loin, même livre, ch. ii, n» ii.