CHAPITRE PREMIER. 21o
Bossuet n'accorde pas non plus la même valeur à tous ' les écrits d'un auteur. Il fait un juste discernement entre les lettres et les traités, selon qu'il se propose d'étudier le caractère d'un Réformateur ou sa doctrine*.
Parmi les traités, il prend de préférence les plus soignés, les plus célèbres, ceux où il y a lieu de penser que l'auteur s'est mis, pour ainsi dire, le plus complètement, et se fût reconnu le mieux. Pour Zwingle, il choisit «le plus accompli de tous ses ouvrages » : la Confession de foi « qu'il adressa, un peu devant sa mort, à François I" ». Pour Calvin, c'est à la Dilucida Explicatio de 1561 qu'il s'attache d'ordinaire. Et la raison en est que le Réformateur de Genève, « après avoir longtemps disputé avec les Luthériens » sur la manière dont Jésus-Christ est dans l'Eucharistie, a tâché, dans cet ouvrage, d'expliquer /;/2/5 clairement que jamais sa doctrine sur cet article ^
Il ne prend pas au hasard à travers les lettres. La plupart des textes de IMélanchthon sur lesquels Bossuet s'appuie sont empruntés aux lettres écrites à Joachim Camerarius, l'un des rares correspondants auxquels le très prudent ami de Luther pensât pouvoir confier, en toute sécurité, ses plus gros secrets ^ Et parmi ces lettres même, celles que Bossuet emploie le plus volontiers sont celles, ou que Mélanchthon écrit en grec à son ami, ou qu'il lui demande d'anéantir aussitôt reçues. Si la pensée exacte de Mélanchthon se dévoile quelque part, c'est sans doute en ces missives mystérieuses.
A plus forte raison Bossuet se tient-il sur ses gardes
1. L. IV, n» I : « La lettre que Luther avait écrite contre le duc George de Saxe avait déjà bien montré qu'il n'était plus question... de cette patience évangélique... : mais ce n'était qu'une lettre écrite à un particulier. Voici maintenant un écrit public. » Cf. 1. VI, n» xli : « Ce ne sont pas les entretiens particuliers que j'écris, mais seulement les actes et les ouvrages publics." Cf. 1. Vinjnoxxiv.
2. L. IX, no xLiv. Cf. Corp. Réf., Calvini 0pp., t. IX : Dilucida explicatio.., ad disculiendas Ileshusii nebulas,cui adjecla est ratio ineundae concordiae, si Veritas extra contentionem quaeritur. P. 518 : « In ea nihil omissum qiiod diqnitas et reverentia hujus mysterii postulat.'. Cf. sur laConfessio Tigurina et Genevensis, sur le Catéchisme du dimanche et la Confession française,