‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 121 sur 329 · L. IV, n» II · texte numérisé non relu

L. IV, n» II

3. Voyez les textes des lettres de Luther, relatifs à cet état d'esprit 'de .Mélanchthoa, dans Klh.\, Vie de Luther, t. II, pp. 456, 458, 461, 465. Dans une lettre à Bruck (Recueil de de Wette, t. IV, p. 128), Luther compare Mélanchthon à ces timorés qui voudraient toucher du doigt les colonnes du ciel, afin d'être sûrs qu'il ce leur tombera pas sur lu tête. Cf. Colloquia Lutheri, éd. Bindseil, l. II, pp. 72, 77, 328; t. III, p. 201, 202.

armes l'Allemagne protestante : « Ou bien Mélanchtlion ne disait pas tout, — remarque-t-il, — ou l'on ne disait pas tout à Mélaiichthon » ; et évidemment, il a raison ici de déroger à son habituelle confiance dans le collaborateur de Luther pour donner la préférence au témoignage de Sleidan.

Il ne jure pas davantage sur la parole de Sleidan. 11 ne lui échappe point que l'historiographe officiel du Sénat de Strasbourg est tenté parfois, lui aussi, de glisser par prudence sur les endroits qu'il estime fâcheux pour le bon renom de la cause. Sur le mariage de Luther, par exemple, dont la nouvelle inattendue, éclatant au plus fort des premiers troubles de l'Empire, fut, pour beaucoup d'amis du Réformateur, un énorme scandale, Bossuet observe avec raison que Sleidan « passe légèrement'. »

C'est ainsi encore que toute l'autorité de Bèze ne décide point Bossuet à croire à la préméditation du massacre de Vassy. Il estime l'historien calviniste « trop passionné pour être cru en cette occasion'^ », et l'on ne peut trouver qu'il ait tort. Bèze est de bonne foi, sans doute, quand il affirme l'intention formelle du duc de Guise, de faire à Vassy un coup d'éclat; mais son opinion, en l'espèce, n'est pas décisive. Au mois de février 1562, on ne se demandait qu'une chose, à Paris surtout, où Théodore de Bèze se trouvait alors : d'où viendrait l'occasion déterminante, « l'accident provocateur^ » de ce choc qu'on sentait im-

1. L. II, no xiH. — Cf. I. VIII, no i. — Voy. K.vmpschllte, dans les Forschungen z. deutschen Geschichte, IV, p. 67-68.

2. Uu protestant, Le Clerc [Lettre critique sur le Dictionnaire de Bayle, 1732, p. 410 sqq.j avoue la partialité de Théodore de Bèze en certaines circonstances. Cf. du reste, plus haut, p. 213, n. 1, et plus loin, p. 226, n. 1.

3. Lavisse, Étude sur le massacre de Vassy dans la nouvelle édition des Tableaux historiques de Tortorel et Perrissi.v. Cf. duc d'Acmale, Histoire des Princes de Condé, t. I, p. 114 sqq., sur l'irritation et les préparatifs des deux partis. Dès le 16 février 1562, Condé avait accepté la luttre contre le roi de Navarre (lettre de Throckmorton, citée p. 115). « S'il quitte (alors) un moment la cour, c'est pour paraître dans les rues de Paris avec cinq ou six cents cavaliers, le pistolet au poing, escortant lui-même un ministre qui se rend au prêche.» Chacun songeait à la guerre civile et s'y préparait.

minent. Et lorsque arriva la nouvelle d'un conflit qui permettait de représenter François de Guise comme le premier agresseur, les protestants, inquiets, exaltés, étaient prêts à tout exagérer et à tout croire'.

De même, en dépit de la déférence qu'il professe pour l'historien de Thou, Bossuet ose cependant le récuser à l'occasion. A ces grandes louanges données par de Thou à « la belle discipline » des troupes protestantes dans les guerres civiles, l'auteur des Variations croit pouvoir opposer les restrictions d'Ag-rippa d'Aubigné, qui rapporte en son Histoire l'opinion contraire du baron des Adrets, et qui, soldat lui-même, est assurément en pareille matière, plus compétent et plus croyable ^

Enfin, dans les affaires d'Angleterre, — faute de renseignements plus particuliers, vainement demandés, nous l'avons vu, au lord Perth^, faute aussi d'autres guides qui, tout en étant aussi bienvenus des protestants, fussent aussi bien informés que Burnet, — Bossuet se décide à s'en remettre à ce seul auteur de la connaissance des faits matériels de la Réformation anglicane. Tant s'en faut, toutefois, qu'il accepte les yeux fermés tout ce que l'évêque anglais rapporte \ Burnet avait loyalement joint à son ouvrage, en un long appendice, les principales pièces originales; Bossuet les a constamment sous les yeux, et il en profite pour le contrôler sans cesse, pour le compléter souvent, pour le corriger quelquefois. Et ce n'est pas seulement sur l'appréciation des faits proposée par Burnet qu'il discute, comme pourrait chicaner un con-

1. Sur l'attitude et les démarches des chefs du parti réformé, aussitôt la nouvelle du massacre reçue, voy. A. de Ruble, Ant. de Bourbon, t. Vs\ p. 114. Th. de Bèze, en particulier, s'empresse d'aller à Caen faire imprimer un libelle « qui racontait en les aggravant les scènes de carnai;e de Vassy. » Il écrit à lord Cecil « une lettre suppliante et lui demande l'appui de la reine d'Angleterre en faveur des victimes survivantes. )- L'église de Paris «demande aux églises de province des prières pour lee martyrs «, etc.

2. L. X, n» xxxi.x. V. plus haut, p. 213, n. 3. — Cf. Brantôjie, Vies des Capitaines, éd. L. Lalanne, t. IV, p. 300.

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