Episl. XIV, I
tion, mais avant que la réponse hautaine de Luther n'envenimât irrémédiablement la querelle*. Ces trois lettres, destinées probablement toutes les trois à la publicité, écrites à intervalles et adressées à trois hommes différents, parmi lesquels celui-là même qui en fait le sujet, sont sans doute ce qu'il y a de plus propre à nous révéler le sentiment vrai d'Erasme sur Luther.
Jamais du reste, quelque respect qu'il ait pour ses plus sûrs auteurs, Bossuet n'aliène la liberté de son propre jugement. Luther a-t-il participé, ou non, à la formation de la Lig-ue de Smalcade? — Mélanchthon le nie; Sleidan l'affirme. — C'est Mélanchthon qui a tort, selon Bossuet". L'auteur des Vai'iations croit bien connaître l'ami et le compagnon de Luther. Il sait que l'affectueux dévouement, qui le dominait, ne l'aveuglait pas, et que sa finesse distinguait très nettement les imprudences et les fautes du Maître. Et non seulement Mélanchthon s'en apercevait, mais son imagination facilement effrayée le portait à s'en exagérer la gravité ^ Il y a donc lieu de craindre que, même dans ses lettres les plus intimes, il ne se fasse parfois un pieux devoir de taire un fait fâcheux qu'il tremblerait de voir s'ébruiter. — D'autre part, Luther, tout en rendant justice à sa fidélité et à ses services, n'était pas sans remarquer cette désapprobation timide. Il a donc pu arriver que, dans certaines occurrences où il fallait oser, il se soit caché de l'ami dont la prudence importune eût gêné sa marche en avant. Bossuet s'en souvient, à propos du silence de Mélanchthon sur l'attitude de Luther à cet instant décisif où se leva en