‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 123 sur 329 · L. III, no xxin; 1. IV, n° xxvii · texte numérisé non relu

L. III, no xxin; 1. IV, n° xxvii

4. Liber Concordix, publié pour la première fois en 1580, et réimprimé en 1678 par Rechenberg. — C'est le recueil de tous les Symboles de l'Église luthérienne, terminé par la Formule de Concorde, confession de foi conciliatrice, établie de 1569 à 1579 par les théologiens Andrese, Chemnitz, Selnecker. Musculus, Korner, Chytrée. Cf. Encyclopcdie Lichtenhenjer, art. CHAi-OMÉnii.

Le chapitre des démêlés de Cariostadt et de Luther est un des exemples sur lesquels, visiblement, Bossuet compte le plus pour faire ressortir Temportement aveugle et les animosités mesquines qui ont inspiré, selon lui, les premiers Réformateurs dans les moments les plus solennels et les plus graves de leur entreprise. La scène est à léna, où Cariostadt, expulsé de Wittsnberg et retiré à Orlemunde, se trouvait par hasard. Luther prêche en présence de son adversaire, et il ne manque pas de le traiter de séditieux. «Au sortir du sermon de Luther, Cariostadt vient le trouver à V Ourse noire, où il logeait... Li\, parmi d'autres discours, il lui déclare qu'il ne pouvait souffrir son opinion sur la Présence réelle. Luther, avec un air dédaigneux, le défie d'écrire contre lui et lui promet un florin d'or, s'il l'entreprend. Il tire le florin de sa poche, Cariostadt le met dans la sienne. Ils touchent en la main l'un de l'autre, en se promettant mutuellement de se faire bonne guerre. Luther but à la santé de Cariostadt et du bel ouvrage qu'il allait mettre au jour. Cariostadt fit raison et avala le verre plein : ainsi la guerre fut déclarée, à la mode du pays, le ving-t-deux août lo24. L'adieu des combattants fut mémorable : Puissé-Je te voir sur la roue, dit Cariostadt à Luther; puisses-tu te rompre le col avant que de sortir de la ville! L'entrée n'avait pas été moins agréable : par les soins de Cariostadt, Luther, en entrant dans Orlemunde, fut reçu à grands coups de pierre et presque accablé de boue. Voilà le nouvel Evang'ile; voilà les actes des nouveaux Apôtres. »

L'aventure est caractéristique, en efl'et, de cette période orageuse et grossière^ et Bossuet la met habilement en valeur. Mais il ne l'avance qu'à bon escient. Il s'entoure d'autorités. Il en prend d'abord quelques détails dans les œuvres de Luther lui-même; — il se réfère ensuite à un écrit de Calixte; — il consulte enfin l'histoire d'IIospinien. — De telle sorte que, sur le même fait, il peut alléguer trois dépositions, qui se complètent et se vérifient : le récit de l'un des acteurs, et la double repro-

duction de ce récit par un écrivain sacramentaire et par un écrivain luthérien*.

Dans l'emploi qu'il fait de ses auteurs, Bossuet donne toujours la plus grande attention au genre de renseignements qu'il sied le mieux de demander à tel ou tel d'entre eux. Reprenons, en nous plaçant à ce point de vue, ses chapitres sur Luther, et tâchons de démêler dans son récit ce qui provient de chacune des trois sources principales auxquelles il puise : l'histoire de Sleidan, les lettres d'Erasme et celles de Mélanchthon.

A Sleidan, il demande l'exposé des faits politiques où Luther s'est trouvé mêlé; — l'indication des écrits du Réformateur qui ont eu le plus de retentissement en Allemagne et le plus d'influence sur le progrès des événements;— l'expression du sentiment public sur certains actes considérables de Luther^ Tous renseignements généraux, on le voit; et c'est là en effet tout ce qu'il faut attendre du premier historien de la Réforme allemande. Les faits de cet ordre sont ceux, je ne dis pas qu'il connaît le mieux, mais au moins les seuls qu'il consente à enregistrer. Si Ton veut connaître la révolution religieuse des races

1. L. II, n» XI. — Cf. 1. VI, n» xiii, où, dans un épisode analogue des démêlés de LulluT et de Zwingle, les témoignages confrontés sont exactement les mêmes. — Voy. la même collation de documents, ]. Il, n^s vu, xl, xliv; 1. III, n°s vn, XXXI ; 1. VI, n» xiii; 1. VII, nos nv et lix; 1. VIII, n°^ xn, xiii, xl; 1. X, n"» m et XXI. — Au 1. VII, n» ix, Bossuet se refuse à « garantir » les << faits scandaleux » relatifs au mariage d'Osiandre, «jusqu'à ce qu'il les trouve bien avérés par le témoignage des auteurs du parti, ou, eu tout cas, non suspects. » — Au 1. VllI, Q° XL, Bossuet. pour montrer la situation trt's'embnrrassée de Mélanchthon dans le parti luthérien à la fin de sa vie, vient de citer des paroles de lui rapportées par Hospinien. Il se reprend, et ajoute : « Il est vrai que ce sont les Sacraraentaires qui !e font parler de la sorte, mais outre qu'ils produisent ses lettres dont ils prétendent avoir les originaux, il n'y a qu'à lire celles que ses amis ont publiées pourvoir que ces discours qu'on lui fait tenir s'accordent parfaitement avec la disposition où l'avaif-nt mis les dissensions implacables de la nouvelle Réforme. « Et il appuie son appréciation 'par trois textes de Peucer. — ■ Au 1. VII, n»» liv et lix; au 1. X, n»» m et xxi, il vérifie ou complète les assertions de Burnet par des textes de Mélanchthon, de Thou, de Fra Paolo Sarpi;au l, V, nos xm-xiv, le témoignage d'Érasme par celui de Bucer, etc.

2. L. I, no» XXVII, XXXI ; I. II, n»^ xii-xv, xviii, xliv; 1. III, n" lxi; 1. IV, n"^ I et II.

germaniqaes dans la richesse exubérante et complexe de faits et de tendances , d'appétits et d'idées qu'elle renferme, dans la variété vivante et bariolée des personnages de toute valeur et de toute origine qui mirent la main à Fœuvi-e , on aurait tort d'en espérer de Sleidan le vaste et pittoresque tableau. Diplomate et humaniste, il est, dans l'histoire moderne, un des premiers représentants de cette école discrète et dédaigneuse', qui néglige les détails comme indignes de sa gravité, et qui n'accorde à la biographie particulière des hommes et à la description des éléments matériels que la place la plus étroite. De la Réforme, Sleidan ne veut faire voir que la surface officielle^; de Luther, que le personnage public.

Quant à Erasme, il s'est tenu toute sa vie, autant qu'il l'a pu, à l'écart des affaires générales de la politique et de la religion. Retiré à Louvain d'abord, puis en Suisse, il n'a jamais vu de près ni Luther, ni ces grandes assises solennelles, diètes ou colloques, de l'Allemagne du seizième siècle. Il serait donc très mal à propos d'aller s'instruire auprès de lui de ce qu'il ne savait lui-même que par ouï-dire. Mais ce qu'il a vu, et vu, en revanche, mieux que personne — dans le calme de l'éloignement, dans l'indépendance de la neutralité, grâce aussi aux aptitudes observatrices et à la froide perspicacité de son esprit, — c'est l'effet produit dans la société contemporaine par la soudaine diffusion des nouveautés religieuses et morales de Luther. C'est aussi sur quoi Bossuet l'interroge de préférence ^ Lorsque Erasme se plaint, soit du relâchement général des mœurs, soit d'une recrudescence d'indocilité anarchique dans le peuple, soit, chez les lettrés,

1. Sleidan voulut empêcher qu'on ne traduisît son histoire en allemand, sous prétexte qu'il y a dans son ouvrage beaucoup de choses nquae iiihil ad promiscuam mulliludincm spectant; sed ego Uteralis tanium et polilicis hominibus ea scripsi.» Cité par Bacmgarten, Côer Sleidans Leben,p. 101-102.

2. Leibniz, lettre du l«r oct. 1690 à Seckendorf: « SLeidanus lineamenta tantum kujus argumenti duxit ..» {Briefwechsel mit Seckendorf, Bibl. roy. DE Hanovre, Mss.). — Cf. Kampschulte, Forschungen z.deutschen Geschichle, t. IV, p. 62-66, 68, 69.

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