‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 124 sur 329 · L. II, n» x%i\; 1. V, n»' xin-xiv · texte numérisé non relu

L. II, n» x%i\; 1. V, n»' xin-xiv

224 LIVRE DEIXIÈME.

d'une sorte de surexcitation contentieuse, d'amertume agressive qui gâte le commerce de la vie et détruit la paix de la société cultivée. Bossuet croit pouvoirl'écout^r avec sécurité. Lorsque Erasme apprécie le caractère de Luther, l'historien des Vainations n'accepte son témoignage qu'avec des précautions dont on a vu la preuve.

Mélanchthon , au contraire , cest justement ce Luther privé, ce Luther intime qu'il révèle à Bossuet. Par les lettres de Mélanchthon, Bossuet s'approche de Luther et le pénètre autant que possible , puisqu'il n'avait pas la ressource des écrits allemands, puisqu'il s'interdisait celle des Colloquia du grand Réformateur. Ce qu'il cherche dans ces lettres, c'est d'abord l'impression produite sur les lettrés, sur les esprits cultivés et mystiques, par la fougueuse éloquence et la vaillante piété de Luther;— ce sont aussi des renseignements sur les changements qui se sont produits dans la conscience religieuse, si active et ardente, du père de la Réforme allemande; sur son état d'âme dans certains moments critiques de sa carrière; sur son attitude habituelle et ses façons dominatrices dans ces joutes théologiques où tout le monde s'effaçait ou pliait devant lui. Tel est le genre d'informations que nous voyons Bossuet tirer de Mélanchthon , et il est évident que c'est bien sur de pareils sujets que la correspondance de Mélanchthon est le plus instructive et le plus sûre'.

Il ne nous reste plus, pour achever de montrer le procédé historique de Bossuet, qu'à signaler chez l'auteur des Variations un dernier mérite , qui peut-être est celui par où d'ordinaire s'affirme davantage une réelle aptitude au métier d'historien : — j'entends cet esprit d'analyse, où l'imagination et le bon sens doivent se remplacer tour à tour; mélange d'une prudence méticuleuse

1. L. I, n" xxxi; II, a»' m, iv, xiii, xu-, x\-i, xl, xliv, xi.v: III, lxi, lxhi ; V. Il, m, XIX.

et patiente avec une divination hardie des Ames et des choses du passé ; art déHcat d'exprimer des textes tout ce qu'ils contiennent, — d'arracher aux paroles, incomplètes ou équivoques, la pleine vérité qu'elles n'ont pas su, ou voulu, manifester toute entière, — de faire jaillir, sinon la lumière décisive, au moins la lueur indicatrice, des éléments d'information les plus ingrats.

On ne saurait en trouver un meilleur exemple, plus probant et plus intéressant à la fois, que la discussion entreprise par Bossuet, vers la fin du dixième livre des Variatio)is\ au sujet de l'assassinat du duc François de Guise par Poltrot de Méré, sous les murs d'Orléans, le 18 février 1563.

Les principaux documents relatifs à cette affaire si retentissante étaient contenus dans V Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze. « Je ne connais personne, avait dit naguère Jurieu^ qui se soit inscrit en faux contre ces actes.» Bossuet ne les conteste pas. A deux reprises seulement^ il supplée, à bon droit, au silence de Bèze ou complète son dire à l'aide du protestant d'Aubigné et de l'impartial de ïhou. Personne, du reste, au seizième siècle, n'avait pu être mieux instruit des circonstances de l'événement que Théodore de Bèze, si fort engagé à cette date, dans l'action politique*. Personne non plus ne pouvait être, en l'exposant, moins suspect aux protestants que cet ami dévoué de Colignyet ce fervent défenseur de la cause. Ce sont plutôt les catholiques qui auraient pu, ici, concevoir quelques doutes sur son témoignage; car Bèze ne prenait pas à Taffaire un intérêt purement platonique :

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