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de Walclo du reproche de Manichéisme; il les séparait absolument des Albigeois, — manichéens, selon lui, — du Languedoc; il reconnaissait, avec la pureté primitive de leurs intentions, la pureté habituelle de leur morale et de leur vie.
Doublement originale, cette thèse fut, des deux côtés, mal accueillie ^
Les catholiques, dont elle atfaiblissait, en la rectifiant, l'argumentation contre les Vaudois et les protestants, n'osèrent pas , sans doute , publiquement s'inscrire en faux contre ces nouveautés incommodes, ou du moins inutiles. Ils n'en tinrent pas de compte. Neuf ans après V Histoire des Variations, un manuel d'histoire catholique^ déclare qu' «il ne faut pas douter» de l'identité d'origine des Albigeois et des Vaudois ^
Les protestants, dont elle contrecarrait un préjugé déjà vieux et une prétention très chère , firent éclater leur surprise mécontente. «Quelle était l'impudence de ce prélat, nouveau venu dans l'histoire, de s'arroger ainsi sur les historiens ses prédécesseurs, « savants de profession», une «autorité de dictateur» et de critique? Est-ce donc que ces érudits catholiques, ces Pères Jésuites qu'il ose
1. Bossuet s'était rendu compte à l'avance de l'opposition que rencontrerait celte partie de son ouvracie et il avait pris spirituellemeot ses précautions : « Plusieurs auteurs catholiques, qui ont écrit en ce siècle ou sur la tin du siècle précédent, n'ont pas assez distingué les Vaudois d'avec les Albigeois, et ont dooué aux uns et aux autres le nom commun de Vaudois. Quelle qu'ait été la cause de leur erreur, nos protestants sont trop habiles critiques pour vouloir que l'on en croie ou Mariana, ou Gretser, ou même i\I. de Thou et quelques autres modernes au préjudice des anciens auteurs. » N» cxxxi.
2. Histoire (anonyme) des Hérésies et des Hérétiques (1697), p. 379.
3. Le P. J. Bexoist, dans son Histoire des Albigeois et des Vaudois ou Barbets, composée avant l'ouvrage de Bossuet, mais publiée seulement en 1691, se borne à reproduire, sur le caractère de la secte vaudoise, les assertions values et inconséquentes de Pierre de Marca. Il reconnaît que « l'origine des Albigeois est de beaucoup antérieure à celle des Vaudois (et) leurs dogmes bien différents. » P. 8. Et pourtant l'hérésie des Albigeois, suivant lui, est « l'hérésie des Ariens, des Manichéenset des Vaudois réunis. )>P. 17. << Les erreurs des Pétrobusiens, des Henriciens et des Vaudois furent comme des ruisseaux qui les grossirent.» P. 23. — Il est à remarquer que, paraissant trois ans après Y Histoire des Variations, il ne dit pas un mot de Bossuet. « Parmi plus de cent cinquante auteurs que j'ai lus, je n'en ai trouvé aucun qui ait pris soin de démêler l'origine de cette hérésie (albigeoise.) » Préf., p. 1.
condamner et contredire , n'avaient pas lu « fort exacte ment» les anciens auteurs d'où il prétend tirer ce système inouï? ?S"est-ce pas eux qui en ont donné les éditions dont M. de Meaux s'est servi? Ne haïssaient-ils pas les hérétiques du moyen âge et les protestants d'aujourd'hui aussi vivement que l'auteur des Variations le peut souhaiter? Veut-il faire croire qu'ils se soient tous trompés? Car ils s'accordent tous à dire précisément le contraire de ce que dit le nouvel historien des Vaudois, «presque seul» de son avis'. »
Indifférente aux catholiques, odieuse aux protestants, la doctrine de Bossuet n'avait évidemment pas de chance de se substituer dès lors aux opinions régnantes. Elle rentra dans l'ombre, et pour longtemps. Durant tout le dix-huitième siècle^ et la première moitié du dix-
1. Basnage, Hist. de la Reliçj. des Égl. Be' formées, éd. de 1690, t. I, p. 243: <€ En vérité, on ne sait où l'on est quand on lit cela; on est étonné; on croit qu'on s'est trompé; on reprend le livre, on relit, on interroge son cœur, on se demande si un prélat, qui se trouve presque à la tête d'un grand parti et que l'honneur du inonde même doit engagera produire des illusions raoius sensibles, est capable de parler ainsi. Croit-il que les Vaudois soient inconnus à tout autre qu'à lui, et qu'il peut nous tromper sans peine?» P. 286 :« J'aurais pu accabler M. de Meaux en lui citant un nombre presque infini d'auteurs modernes qui sont morts dans le sein de son église et dont tout le monde reconnaît le mérite et la bonne foi, lesquels déposent unanimement contre lui. Mais j'ai cru qu'il fallait leur épargner l'atfront d'être rrjetés par ce prélat comme autant d'ignorants qui se sont trompés...» Cf. p. 198 sq., 210, etc. — Cf. Allix, Ancient Churches of Piedmoal, p. 149 sqq. ; Ancient Churches of Albigenses, préf., p. vui, ix, xi; et ÂBBADiE, cité par Schmidt, Hist. des Cathares, t. II, p. 268; Acta Ëruditorum Lips., 1690, p. .398. — Quant à la théorie de Basnage, elle est très nette : « Les Albigeois ne diiîeraient pas des Vaudois; ce n'était qu'une même société, unie par la même religion, par les mêmes intérêts et dans un même lieu. Noircis par les mêmes calomnies, exposés à la même persécution, ils ont été confondus sous le même nom. » Ibid., t. I, p. 196 sq.
2. Il faut excepter cependant Fleurv (cf. plus haut, p. 112, n. 2 et 3) Hlst. de l'Église, t. XV, p. 384, 476; Mosheim, Instil. hist. eccL, p. 551; FiissLi, Hist. de l'Église au moyen âge, t. II, p. 161, (cités par Schmidt, Hist. des Cathares), ainsi qu'Ef.i.iKS du Prx, Hist. de l'Église abrégée (1712), t. III, p. 240 et 326 sqq. — Beausobre, Hist. crit. de Manichée (1734\ Préf. : « L'origine des Vaudois est si cachée qu'on ne saurait en marquer sûrement l'époque. Le nom de Pierre de Waldo pourrait bien avoir été l'occasion qui les fit nommer Vaudois, mais il .ne fut point le fondateur de leur société. Il la trouva tout établie... A l'égard de leurs dogmes, il y a longtemps qu'ils ne sont plus incertains... (grâce à) la relation des conférences que Claude de Seyssel, archevêque de Turin, eut avec eux dans leurs vallées » (mais cette relation, comme l'a démontré Bossuet, nous présente les Vaudois à une époque très moderne; cf. Hist.
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neuvième*, presque tous les auteurs de l'une ou l'autre communion s'en tinrent, sur le sujet des Vaudois, soit aux confusions ig-norantes des historiens du seizième siècle, soit aux systèmes uniformément partiaux de Perrin ou de Gretser, soit aux demi-vérités, aux vues incomplètes et incohérentes de Catel et de Pierre de Marca. Il n'y a pas cinquante ans aujourd'hui que quelques érudits, presque simultanément en France, en Allemagne et en Angleterre, — Maitland, Todd, Schmidt, Herzog, DieckliofF^, — examinant la question à nouveau, ont repris, avec plus de développements, la démonstration que Bossuet n'avait pu faire prévaloir. Ce n'est pas que la tradition ancienne sur les Vaudois, — qui, comme toutes les légendes historiques que des sentiments religieux protègent, a la vie dure, — soit, à l'heure qu'il est, définitivement renversée'. Mais du moins la grande majorité des historiens impartiaux* se rallie, à très peu près^ aux idées de Bossuet.
des Var., 1. XI, n»» xcviii-c). Cf. Le Gendre, Hist. de France, t. I, p. 386; Le.nfant, Hist. de la guerre des Hiissifes, t. I, p. 12-15; le P. Barthélémy Pin- CHiNAT, Die t. historique de l'Idolâtrie, des Sectes, etc., {11S6); Voltaire, Siècle de Louis XIV (17.52), ch. xxxvi; Essai sur les Mœurs (1756), ch. xlv, Lxii, cxxvii; FoRMEY, Abrégé dc l'histoire ecclésiastique (1763), t. I, p. 317-319.
1. Voir les ouvrages de Henri Schmid, Flathe, Jones, Blair, Stanley Faber, MoNASTiER, MusTON, Mary-Lafon, Jhlia Hahn, énumérés par Schmidt, ouvr. cité t. 11, p. 269 sqq.; et P. Meyer, Rev. crit., 1866, p. 38.
2. SnuMiDT, Hist. de la secte des Cathares ou Albigeois, 1849, t. I, p. 189; t. II, p. 267 sqq., p. 287; J. Herzog, Revue de Théol. de Strasbourg, 1850; Die roman. Waldenser, 1853; Dieckhoff, Die Waldenser im Mittelalter, 1851 ; Cunitz, Les Vaudois du moyen âge, dans la Rev. de Théologie, 1852. Sur Todd et Maitland, voy. P. Meyer, art. cité.
3. Tron, p. Valdo, 1879; Worsfold, P. Valdo, 1880; Muston, Aperçu de l'antiquité des Vaudois des Alpes, 1881; Galiffe, Les Vallées vaudoises de Piémont, 188i; Brunel, Les Vaudois des Alpes françaises, 1888, tiennent encore (d'après E. Montet, Rev. de l'Hist. des Religions, t. XIX, p. 205) pour l'origine apostolique ou du moins très reculée des Vaudois. De même aussi L. Keller, Die Re formation und die aeltercn Reformparteien in threm Zusamennhange dargestellt ; 1885, Johann von Staupitz und des Waldensterthum {Hist. Taschenbiich, sechste Folge, iv Jahrg., 1885). Cf. A. Stern, dans ]&Rev. hist., t. XXXII, p. 159-161. — Vattier, Wiclef, sa vie et son œuvre [i9>%ô), confond encore les Albigeois et les Vaudois. L'abbé Blanc, Cours d'hisl. ecclésiastique, t. II, p. 657, fait Waldo et les Vaudois manichéens.
4. Preger, Beilrâge zur Geschichte der Waldesier, 1875 ; Comba, professeur à l'École de théologie vaudoise de Florence, Valdo ed i Valdesi avanti la Riforma, 1880; Histoire des Vaudois d'Italie, 1881 (cf. S. Berger, Revue histo-
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Comme lui, ils ne fixent pas avant la fin du douzième siècle la première apparition de la secte que Waldo fonde, et qui lui doit son nom. Les manuscrits sur lesquels Perrin, Léger, Morland étayaient les prétentions des Vaudois à une antiquité très haute, ils les déclarent plus modernes encore que Bossuet n'eût osé le faire' ; et quant à ceux d'entre ces manuscrits qui sont datés, ils affirment et démontrent les falsifications pieuses^ que Bossuet avait seulement soupçonnées^
Chez Waldo. ils voient, — plus décidément encore que Bossuet, — une âme simple, illettrée et dévote, qui, dans la sécheresse d'une église toute scolastique et disputeuse, eut faim et soif, comme tant d'autres, d'une croyance plus suhstantielle et d'une piété plus rafraichis-
rique, t. XXXVI, 1888, p. 412-417); Ed. Montet, Hist. lit 1er. des Vaudois de Piémont, 1885; K. Mîjller, Die Waldenser itnd ihre einzelnen Gruppen bis zum Anfarifi des XIV Jahrhunderts, 1886. Et, de nos jours, « les Vaudois eux-mêmes ne croient plus qu"il se soit maiotenu, depuis les Apôtres, dans les vallées des Alpes, un rejeton de l'Église primitive. » S. Berger, Rev. hist., t. XXXVI (1888).
1. Voy. dans Todd, The Books of the Vaudois (1865), et dans l'article de P. Meyer (Rev. crit., t. I, 1866, p. 36-42) l'histoire de ces découvertes. Dès 1832, Maitlaud, et à sa suite Faber (1838), Herbert (1838) et Todd (1840; avaient contesté l'ancienneté des livres vaudois. En 1841, déjà, il était prouvé que «le Traite' de l'Antéchrist, dont parle Bossuet, appartenait à l'époque de la Réforme, et que les manuscrits de Dublin, c'est-à-dire ceu.x dont Perrin s'était servi, n'étaient que du seizième siècle; que tel d'entre eux contenait des citations de WicklilTe; que les extraits imprimés par Perrin ne méritaient pas une confiance absolue, qu'ils étaient calculés de façon à dissimuler aulaut que possible les différences entre la doctrine vaudoise et îe calvinisme.» Quant à la Nobla Leycion, la date en est encore contestée. Comba, après l'avoir placée au commencement du quinzième siècle [Valdo ed i Valdesi, 1880), semble vouloir, d'accord avec W. Foerster et Ed. Boehmer, la reculer jusqu'au treizième siècle (Hist. des Vaudois d'Italie, 1887, p. 279-292. Cf. Annales de bibliographie théolof/ique, 15 oct. 1888). — E. Montet (Hist. litlér. des Vaudois du Piémont, 1885, et édition de la Nobla Leyczon) se prononce pour le commencement du quinzième siècle. Cf. S. Berger, Rev. hist., t. XXXVI (1888j : Les plus anciens poèmes vaudois ne sont » selon toute apparence ni du douzième, ni du treizième, mais tout au plus du quatorzième siècle. »
2. La falsification d'un vers du ms. de la Nobla Leyczon conservé à Cambridge a été découverte par Bradsh.wv en 1862. C'était de ce ms. que Léger s'était servi en 1669. La date de 1100 avait été substituée à celle de 1400, en vue de faire remonter le poème au douzième siècle. Cf. Mo.ntet, Hist. des Vaudois de Piémont, p. I.3.3. Sur les raisons qui ont pu pousser les Vaudois à opérer eux-mêmes ces falsifications, ibid.. p. 181-184; sur les falsifications qui sont du fait de Perrin et de Léger, ibid.. p. 185.