L. V, n" II
l'exégèse, ne veulent être que les ministres — dévots, pacifiques et ravis — des dieux antiques.
Mais ce lettré a le défaut de ses pareils. Bossuet l'appelle (( un bel esprit » . Dans une affaire où les choses et les idées étaient le principal et devaient seules toucher, dans son adhésion à Luther et au Luthéranisme, Mélanchthon lui semble avoir été plus sensible que de raison au charme superficiel des paroles. L'éloquence de Luther fut l'appât qui attira «ce jeune professeur*». Le fougueux augustin lui apparut en 1517 comme « le seul prédicateur de l'Evangile ». Une «pensée nouvelle» le «transporte»; une antithèse le «ravit 2» un «bon mot» d'Erasme le « soutient ^ ». Et, «parmi ses malheurs», il n'est jamais assez désolé pour ne point « ressentir » vivement « le plaisir de faire un beau livre*... »
Mais si Mélanchthon fut, à ce point, « homme de lettres », est-ce que, déjà, cette particularité de son être intellectuel ne contribue pas à expliquer dans une certaine mesure les fautes et les chagrins dont Bossuet fait le tableau? — Cette « élégance », cette « politesse », ce faible amoureux pour la «forme», ne font-ils pas déjà com-
i prendre, en partie, ^son attitude dans les luttes de religion : éloignement pour les déclarations trop catégoriques et abruptes , dégoût des nouveautés remuantes et bruyantes, haine aristocratique des intrusions populaires
I dans la théologie, inclination aux idées discrètes et de demi-jour, aux formules larges et hospitalières? — Enfin
^et surtout, la «littérature» de Mélanchthon ne rendelle pas^ jusqu'à un certain point, raison de ses change-