L. V, n» XXXII
6. L. V, n° XXX : « C'est aiusi qu'on est agité quand on est épris d'une idée qui n'a qu'une trompeuse apparence. On voudrait bien s'expliquer: on ne peut; on voudrait bien trouver dans les Pères ce qu'on cherche : on ne l'y trouve nulle part. On ne peut néanmoins se défaire d'une idée flatteuse dont on s'est laissé agréablement prévenir. Tremblons, humilions-nous; avouons qu'il y a dans l'homme une source profonde d'orgueil et d'égaremi-nt et que les faiblesses de l'esprit humain, aussi bien que les jugements de Dieu, sont impénétrables. » Cf. 1. V, n» XXVI : « S'il propose des choses contradictoires, c'est que l'état de la nouvelle Réforme ne permettait rien de droit ni de suivi. »... «... C'est ce qu'on dit lorsqu'on ne sait plus où l'on en est. » No xxxii : « Il ne suivit pas jusqu'au bout cette divine lumière (qui le ramenait à l'idée de l'Église); tout son fond fut changé, tout lui réussit contre ses espérances. » L. VIII, n» xxi : Telle est « la confusion où l'on tombe quand on s'abandonne à ses propres pensées. » N« xxvii : « Telles sont les agitations et les embarras oîi l'on tombe en secouant le joug salutaire de l'Église. » L. V, n» xxi : « Quel repos pouvait avoir Mélanehthon durant ces incertitudes? Le pis était qu'elles venaient du fond même, et, pour ainsi dire, de la constitution de son Église, etc. »
pas l'exactitude historique. La cause des amertumes de Mélanchthon et de ses incertitudes, elle est bien claire pour Bossuet: c'est uniquement ce péché d'indépendance et d'orgueil, vice d'une conscience de trop peu de foi ^ Il ne faut pas chercher, — selon lui, — d'autres explications de ses variations et de ses chagrins : ce qui a empoisonné sa vie, en pervertissant sa nature, c'est 1' « Hérésie » : elle est à elle-même son propre châtiment; elle égare et torture ceux qu'elle touche. Cette conviction ne fait pas toutefois négliger à Bossuet, dans l'analyse du caractère de son malheureux héros, des traits qui, pourtant, devraient lui sembler inutiles à relever, étant donné le sentiment tout mystique et sacerdotal dans lequel il le juge «t le dessein d'édification qu'il se propose en le décrivant. Et si le plan de son ouvrage ne lui permet pas d'exposer en détail la vie de Mélanchthon, d'en développer toutes les parties et de montrer, par elle, avec une égale insistance, les divers aspects de sa nature, — il prend soin, du moins, et il a l'art de rappeler avec précision, quoique d'une façon incidente, tout ce qui est nécessaire pour connaître suffisamment tout l'homme.
Ainsi c'est un lettré ; Bossuet ne l'oublie pas^ et même il désigne, dès l'abord, très finement, les qualités qu'il possédait comme tel : — F « érudition, » la « politesse » r « élégance, » une « modération singulière^ ». — Telles sont bien, en effet, les couleurs propres et spéciales de l'humanisme de Mélanchthon. Continuateur, un peu tardif déjà, de cette école du quinzième siècle, purement littéraire et qui n'eut pas l'intolérance agressive des critiques de l'âge suivant, il garde fidèlement l'esprit délicat et modeste de ces doux «primitifs » de la Renaissance érudite. que le commentaire admiratif, l'adoration agenouillée des chefs-d'œuvre latins et grecs contente et transfigure, et qui, sans chercher la profondeur ni l'originalité dans