Plus haut, p
tés encore une fois par le pouvoir séculier, reniés par la majorité de l'Eg'lise gallicane ' et abandonnés par le Pape, ne pouvaient plus se présenter aux hérétiques comme les légitimes interprètes de la foi catholique. Les Réformés avaient le droit de leur dire, et ils ne s'en faisaient pas faute : « Nous ne reconnaissons point en vous les représentants autorisés de l'orthodoxie ; vos services sont décidément suspects à l'Eglise romaine, et, à ses yeux, vous n'êtes que des hérétiques comme nous'. »
Dans ce discrédit des polémistes de Port-Royal, Bossuet, naguère leur collaborateur en sous-ordre, prenait la première place^, — et, à voir son activité si féconde, la surveillance vigilante qu'il exerçait sur toutes les frontières de la foi, l'habitude que l'on prenait de plus en plus, en France et même ailleurs, de recourir à sa compétence doctrinale et à sa sagesse pratique, il paraissait que le « grand » Arnauld exilé n'avait pas un indigne successeur.
Cette fois, du moins, l'autorité du champion attitré de l'Eglise ne laissait nulle prise au soupçon. Par un succès, rare sans doute, — où les détracteurs de Bossuet ont voulu voir le chef-d'œuvre d'une diplomatie trop habile, où nous voyons, nous, la récompense de son éloignement des coteries et de ce bon sens, ennemi des extrêmes, qu'il ne faut pas s'abstenir de louer parce que la louange* en est devenue banale, — Bossuet était parvenu à s'imposer, parmi les catholiques, au respect de tous les partis. Aux Jansénistes, il avait donné assez de marques de sympathie pour qu' Arnauld dût se contenter de penser tout l3as que cette sympathie agissait mollement en faveur de
1. La Réponse |d' Arnauld] à la Politique du Cierge' de Juriec ne se « débitait à Paris que sous le manteau. >- Lettre de Claude à Jurieu, 4 mai 1682, dans Chacffepié.'Ô/c/., art. Jurieu, note N.
2. Cf. les Préjugés légitimes contre le Jansénisme [par De la Ville] (1686).
3. « Il (M. Nicoie) n'a plus osé écrire contre Jurieu, depuis qu'il a vu M. de Meaux aux mains avec lui, ne voulant pas donner d'ombrage à ce prélat. » Racine, Diverses particularités concernant Port-Royal (OEvvrzs, éd. P. .Mesnard, t. IV, p. 603.)
4. E. Bersot, Essais de Philosophie et de morale, 1864, t. I, p. 388.
la vérité opprimée. 11 avait assez ménagé les Jésuites pour que Maimbourg osât à peine se permettre, à son adresse, quelques épigramtnes indirectes'. Partisan déclaré des principes gallicans, sans aller cependant jusqu'à «trouver toujours bon le droit du Roi'», il avait su rester bien en cour de Rome, et les ouvrages du prélat qui avait rédigé les Quatre articles étaient couverts et consacrés par les brefs du Pape ^.
A cette autorité d'une orthodoxie incontestée qui désignait Bossuet à l'attention des protestants, s'ajoutait chez lui un titre encore plus sûr, sinon à se faire croire, du moins à se faire écouter : je veux dire l'estime que, dans leurs relations mutuelles, il leur avait inspirée.
Il est bien évident qu'on ne peut parler de la « tolérance » de Bossuet qu'avec des restrictions considérables. De même que la plupart des catholiques fervents de son temps, il avait désiré la révocation de l'Edit de Nantes*; il la justifia^ comme théologien, dans ses discours et dans ses écrits; il l'appliqua comme évèque.
Cela est sûr, — mais ce qui ne l'est pas moins, c'est
1. Cf. plus haut, p. 75, n. 6. — Les livres de controverse, signalés plus haut (p. 63, n. 2, in fine), des PP. jésuites Dauriîs et Dez, sont, l'un, dédié à Bossuet, l'autre, approuvé par lui.
2. Lettres du 1"" décembre 1681, du 6 février et du 28 octobre 1682.
3. Cf. sur C'tte forte situation de Bossuet, la Bibliothèque u.\iv. et histor., 1688, p. 451 (article de La Cboze), et la conversation de Bossuet avec le P. de Riberolles, rapportée par le cardinal de Bacsset.
4. Il avait une raison de plus de l'approuver que la plupart de ses contemporains; c'était la prévention, — vraie ou fausse, peu importe ici, — où il était et où il se co.ilirma davantage après les aveux, plus ou moins exacts, de Jurieu sur ce point, que le Calvinisme Irançais cachait dans sou sein un grand nombre de « gens sans religion », d' '< indilîérents » et de « Sociuieus » hypocrites. Cf. une curieuse lettre à Nicole, du 7 décembre 1691, édil. Lâchât, t. XXVI, p. 460* le Sixiè)7ie Avertissement aux Protestants, 3^ Partie, et la Première Instruction pastoraie sur les promesses du l'Église, n» xxxvui.
5. Hist. de France du Dauphin, règne de Charlemagne : « Il combattit les Jiérésies avec une fermeté invincible, et, les ayant fait condamner par les conciles et par le Saint-Sit-ge, il employa l'autorité royale pour les détruire tout à fait. » Cf. le sermon sur les Devoirs des Rois (3« pour les Hameaux. 1662), ['Oraison funèbre de Le Tellier (16«6), la Lf^ttre pastorale aux nouveaux convertis de son diocèse, la deuxième lettre de Bossuet k SI. de Vrillac (3 avril lo86, reproduite dans les Mém. de J. Hou, éd. Waddingtou, t. I, p. 229j; les lettres à Bâville du 11 juillet et du 21 uov. 1700, édit. Lâchât, t. XXVIl, p. 111, 141; y^n^, toire des Variations, 1. X, n» lvi, etc.
qu'avant J68o, ses rapports personnels avec les docteurs du Protestantisme français avaient fait paraître « riionnèteté » de ses sentiments et la discrétion de ses procédés'. Claude et Du Bourdieu, dans les derniers temps, pouvaient avouer, — comme autrefois Le Blanc de Beaulieu et Paul Ferry, — que Bossuet réalisait, dans la lutte religieuse, cette alliance, qu'il avait dès ses débuts prèchée en chaire ^ de la courtoisie, ou pour parler plus justement, de la charité affectueuse pour les personnes avec l'inflexible détestation des doctrines^
Quant à sa conduite en tant qu'évêque, elle ne peut être évidemment jugée à la mesure exacte de nos idées présentes. Etant donné l'adhésion presque unanime de tous les esprits religieux du dix-septième siècle — protestants comme catholiques, — au principe de la coercition, permise de droit divin, même en matière spirituelle, aux puissances séculières régulièrement établies, — tout ce qu'on peut demander aux prêtres modérés de ce temps, c'est d'avoir été aussi inconséquents qu'ils le pouvaient
1. Bayle, Crit. de l'hist. du Calvinisme, ]. XXX {Œiivr. div., l. Il, p. 154); Nouvelles de la République des Lettres, avril 1084 ; Pensées diverses, dans les Œuvr. div., t. lil, p. 119. — Cf. les Considérations générales sur le livre de M. Brueijs (1084); lettre préliminaire de fauteur, où il fait Téloge du ton de Bossuet et de Brueys, comparé à celui d'Arnauld et de Maimbourg. — Biblio-
THÈQDE UNIVERSELLE ET HISTORIQCE, 1688, p. 4 iO.
2. « Si, parlant aujourd'hui de nos frères qui, à notre grande douleur, se sont séparés de nous, j'appelle leur Église une Église de ténèbres, je les prie de ne croire pas que, pour condamner leur erreur, je m'aigrisse contre leurs personnes. Certes, je puis dire d'eux avec vérité ce que l'Apôlre disait des Juifs, que le plus tendre désir de mon cœur et la plus ardente prière que je présente tous les jours à mon Dieu est pour leur salut. Je ne puis voir sans une extrême douleur les entrailles de la sainte Église si cruellement déchirées, et, pour parler plus humainement, je suis touché au vif quand je considère tant d'honnêtes gens que je chéris, comme Dieu le sait, marcher dans la voie de ténèbres. » Sermon pour la véturc d'une nouvelle catholique, le jour delà Purification (1654). Cf. Y Averiissement de la Héfutation du Catéchisme de P. Ferry; Le Dieu, Mém.; et les textes cités par FLOQCET,t. I, p. 319-321; t. II, p. 501 ; t." III, p. 51-106, 273 sqq. et par l'abbé Lebarq, Hist. crit. de la Prédication de Bos.ntet, p. 318 sqq.
3. Sur les rapports de Bossuet avec Ferry, voir Floqlet, Étude sur la Vie de Bossuet, t. m, p. 51-106. — Bossuet consulté par la Cour, pour savoir si l'on devait permettre au ministre Claude de faire imprimer sa Relation de leur conférence (Lettre duo secrétaire du cabinet du Roi à Bossuet, 10 avril 1683), ne s'y opposa point. — Cf. lettre du ministre ou Bourdieu fils, dans les Œuvres dg Bossuet, éd. de Versailles, t. XVIII, p. 161: et plus haut, p. 78, n, 6.
sans se démentir trop ouvertement eux-mêmes; c'est d'avoir reculé devant l'application entière du dogme écrasant qui s'imposait à leur conscience, et d'y avoir apporta autant de restrictions et de tempéraments que le permettait, — sous le régime alors incontesté de l'absolutisme, — le devoir d'obéissance aux volontés du roi.
Or, avant la Révocation, les calvinistes de Meaux n'eurent, à ce qu'il semble, qu'assez peu de griefs contre Bossuet. S'il faut en croire- les instructions qu'il donnait aux curés de son diocèse, il bornait alors à une surveillance sévère, mais discrète, l'exercice de ses droits sur les dissidents de son troupeau'. Après la Révocation, surtout dans les premiers temps, où la Cour poussait aveuglément les intendants et les évêques à l'exécution littérale de ses ordres, il dut subir, lui aussi, dans l'œuvre des conversions, l'appui plus ou moins brutal des officiers royaux; lai aussi, dès la fin de 1685, il eut des dragons dans son évêché^
Mais les a-t-il demandés? Et quand on prouverait qu'il l'eût fait, — ce qui n'est pas^, — peut-on dire qu'en
1. Bossuet réduisait, avant la révocation de l'Édit, la surveillance des curés sur les Protestants aux points suivants : « Remarqupr 1° s'ils ne reçoivent point dans leurs prêches des personnes d'un autre bailliage que de celui dans lequel le prêche est situé; 2" s'ils ne font point de mariages clandestins ailleurs que dans le prêche et en la présence du ministre; et, de même, comment ils se comportent à leurs baptêmes : s'ils ne le diffèrent point, quelles cérémonies ils y pratiquent, quelles sages-femmes les y assistent; 3° s'ils ne parlent point contre la Religion, ni en public, ni en particulier.» Allocution prononcée par Bossuet à une confirmation, en 1685, probablement avant le 22 octobre (dans le ms. du curé Ravem;au, cité par Réacme, Hist. de Bossuet, t. Il, p. 234.) P. Frotté (Motifs de la conversion de P. Frotté, curé-prieur de Souilly au diocèse de Meaux, réédités par C[harles] R eadJ, 1864) reconnaît (p. 21) qu' «avant la Révocation de l'Edit devantes, iM. de Meaux «n'était pas un si vigoureux prédicateur contre les Réformés, » qu'il l'est devenu depuis, par politique, selon lui. — Antérieurement à 1685, l'affaire des orphelines Mirât enlevées à leur famille en 1083, est la seule sur laquelle nous ayons des renseignements précis [Bull, de (a Soc. du Prot. fr., t. IX, 1860, p. 62 sqq.). Encore voyons-nous qu'en cette occasion il y avait conflit autre les parents paternels et maternels, les uns catholiques, les autres protestants.
2. Recueil du a"" Rochard, lieutenant du chirurgien du Roi dans la vicomte de Meaux, cité par Reauiie, Vie de Bossuet, t. Il, p. 515 sqq.
3. La lettre de Louvois à Bossuet, du 14 déc. 1685, publiée par .M. F. Puaux [Revue Hist., 1884) ne me paraît pas établir que Bossuet ait demandé « quatre compagnies du régiment de dragons de la Reine »; elle prouve seulement, — à
sollicitant une manifestation visible des volontés inéliictal)les du Roi, — destinée apparemment, aux yeux de Bossuet, à imposer par crainte à la masse hésitante l'abjuration implicitement exigée par la nouvelle loi du royaume, — il excédât déjà les limites de cette douceur intelligente que la noblesse de son caractère autorisait à attendre de lui^? Pouvait-il aussi s'abstenir de faire obéir sans retard, dans son diocèse, l'Edit du 22 octobre, à moins de se désintéresser de la conduite de son peuple et d'abandonner tout à fait l'exécution des décisions royales aux agents sans scrupules de l'autorité laïque? Dans la suite, s'est-il fait aider volontiers des « missionnaires bottés » que la Cour mettait à sa disposition? A-t-il requis fréquemment contre les « réunis » mal convertis, les logements de gens de guerre, les amendes^ la confiscation, la prison, l'exil, dont les frappaient, en de certains cas, les ordonnances royales? Est-il intervenu, je ne dis pas pour les aggraver, mais même pour les faire exécuter exactement, dans l'application de ces pénalités terribles? Enfin, dans les quelques mesures de rigueur, — peu nombreuses, — que nous savons sûrement qu'il a prises, l'initiative lui appartenait-elle, ou sïl a eu la main forcée soit par les ministres, sous l'œil desquels était son diocèse,
défaut de renseignements supplémentaires et à s'en tenir au texte, — qu'il s'était enquis des mesures que la Cour comptait preudredanslavilleetrélection de Meaux. 1. Daus sa Lettre pastorale aux nouveaux catholiques de son diocèse 24 mars 1686), Bossuet a cru pouvoir écrire ces paroles qui lui ont été vivement reprochées : « Aucun de vous n'a souffert de violence, ni dans sa personne, ni dans ses biens.» Cette assertion n'est pas rigoureusement vraie, car on a la preuve que Bossuet, avant les premiers jours d'avril 1686, sollicita l'arrestation dts nommés Cochard père et fils. (Dépéclie de Pontchartrain à M. de Mesnars, 2 avril 1886, dans le Bull, de la Soc. du Prot. fr., t. IV, 1856, p. llli-, t. IX, 1860, p. 357). Mais c'est là, jusqu'à présent, la seule mesure violente prise par Bossuet au moment de la Révocation, dont nous ayons la preuve autln-ntique. — De plus, la conversion en masse qui suivit la déclaration de Révocation ne paraît pas avoir été accompagnée, dans le diocèse de Meaux, d'actes de violence, d'après le récit même du protestant Frotté (p. 15-16) : « Les autres (n'ont abjuré) que par la crainte des gens de guerre que vous avez fait passer et repasser dans votre diocèse, au temps de vos missions, et par des menaces que vous leur avez faites,... eu présence de M. l'Intendant que vous disiez être votre second dans cette expédition... On amenait par force en notre présence, dans votre palais épiscopal, tous les protestants du village de Nanteuil, de Quincy, de Coudé, etc.. Il est vrai qu'e?i moins de deux heures
soit par rintcndant de Meaiix et par des collaborateurs qui pouvaient être aussi des surveillants et des espions'? A ces questions, le petit nombre et l'origine contestable des renseignements contemporains ne permettent pas de répondre affirmativement d'une façon certaine-. Et peut-
vous les persuadiez de tous les mystères de l'Église romaine; mais tout ce prompt succès venait de ce qu'ils se voyaient sans ministres qui les soutinssent dans cette controverse, de ce grand éclat, de cette pompe épiscopale et mondaine qui les éblouissait, mais beaucoup davantage de ce qu'ils voyaient toujours à votre côté quelque officier de guerre, qui, par sa fière présence, répandait sur tous vos discours je ne sais quoi d'énergique et de pathétique qui les entraînait tout d'un coup dans vos sentiments. Vous leur donniez aussitôt votre bénédiction, avec pouvoir de communier à la romaine. Vous les enchautiez ainsi, etc., etc. » Il est donc possible qu'à ce momi^nt, l'intervention requise ou subie par Bossuet, des dragous de la Reine, se soit bornée à une démonstration terrifiante. C'est du reste ce que Bossuet explique dans une lettre du 26 mai 1686, au P. Johnston, religieux anglais, au sujet de cette phrase de la Lettre pastorale : « Ce que je dis de la réunion des protestants de mon diocèse, est exactement vrai. Ni chez moi, ni bien loin aux environs, on n'a pas seulement entendu parler de ce qui s'appelle tourments... Dans mon diocèse, il est vrai que tout s'est passé (c'est-à-dire la Réunion en masse et officielle) sans aucun logement de gens de guerre et sans qu'aucun ait souffert de violence ni dans sa personne, ni dans ses biens. » — Cf. LEDiEc,3/ew., p. 189; CH.\cFFEPiÉ,/)/c//o?i«., art. Louis XIV, rem. F; et l'auteur prolestant de la Réponse à M. de Meaux sur sa Lettre pastorale, p. 24.
1. Sur le rôle joué par l'intendant de la généralité de Paris, M. de .Ménars, voir : 1" ['Extrait d'une corrcsp. polit, envoyée de Paris à Gunlzer, de Strasbourg, à la date du 30 déc. 1682 {Bull, de la Soc. de l'Hist. du Prot. fr., t. XXVI, 1877, p. 21 sqq.); 2» l'extrait de la Gazette de Haarlern du 5 janvier 1683, publié ibid., t. X.XVI1I, 1879, p. 403; .3" les documents du 10 juin 1686 et du 4 janvier 1691, publiés ibid., t. IV, 1856, p. 17 et 118; 4» les félicitations (11 déc. 1685), puis le blâme que lui adresse Seigxelay pour excès de z-le, le 22 sept. 1686 (Arch. Nat., Secr. d'État, 3371 et 3372). 11 résulte de la correspondance des Intendants avec le Contrôleur général des finances, que c'était les Intendants qui se chargeaient Iiabiluelh ment de la recherche, de l'examen, de la punition et de la conviTsion des << mal convertis. » Corr. des Conirôl. généraux, p. p. A. DE BoiLisLE, t. I, uo» 211, 259, .333, 394; t. Il, nos 7(3^ 93^ 99^ 260, 446, et passim.
2. JcRiEU {.Lettres pastorales, 15 déc. 1685, 3 janv., 15 sept., 15 dov. 1686; spécialement t. 11,1. xxu, p. 52b; Réfl. sur la cruelle persécution, 1686, p. PI; Tableau du Socinianisme, \. vi) ; Basxage, Hist. de la Religion des Églises réformées, édit. de 1690, préface et p. 284; odit. de 1721, t. I, p. 13; Hist. de rEgl.,A* pér., part. I, ch. i, formulent contre Bossuet quelques accusations — cinq ou six, — dont la plus précise se retrouve dans les .Motifs de la conversion de P. Frotté, p. 17 18. Nous ne pouvons pas vérilier si ces allégations sont exactes. Nous voyons seulement que Bossuet a protesté contre celles de Basnage, et celui-ci a été obligé de reconnaître qu'au moins l'une des ciiconstances qu'il avait affirmées était fausse. — Quant aux autres laits, cités dans le fuctuni de Frotté (p. 15-17) et qui sont au nombre de neuf, le témoignage de l'auteur — personnage assez peu sympathique, d'après ce qu'il raconte de lui-même, et visiblement porté à l'exagération, — n'est assurément pas suffisant pour qu'on les admette aveuglément. — Les « pièces justificatives » jointesau récit de Frotté, par M. Ch. Read, et déjà publiées par le Bulletin du Protestantisme, iSôG,
.101 LIVRK TROISifeME.
être même semblerait-il, au contraire, que pour satisfaire pleinement rarchevêt[ue de Harlay, le Père de la Chaise et Louvois, Bossuet aurait dû faire davantage'.
Ce que l'on connaît, en tout cas, par ses déclarations expresses, c'est son opinion dogmatique sur le degré de violence qu'il croyait permis d'exercer, en matière spirituelle, à l'égard des dissidents. D'une part, — appuyé sur saint Augustin, et d'accord avec Jurieu^ et Turretin, comme avec Mélanchthon, Calvin et Bèze, — Bossuet approuvait sans hésiter l'emploi de la puissance publique , d'abord pour imposer aux religionnaires une espèce d'adhésion générale et sommaire à l'Eglise d'Etat*, ensuite
1860 et 18Ô1, sont d'une valeur probante très inégale. Les pi'ices d'archives publiées sons les n»- I, V, XIII et XVI (affaires Mirât et Cochard, 1683 et 1686, — cf. plus haut; — internement des demoiselles de Noiliers, Chalandos, de Neuville, de Maulien, 1699 et 1700, et du sieur Baudouin et de sa femme, 1703; sont les seules concluantes. L'anecdote rapportée par le frère Léonard de Saiûte-Calherine de Sienne demanderait confirmation. — Cf. sur l'intervention de Bossuet en faveur des religionnaires condamnés à mort pour avoir fait une assemblée à Xanteuil, la lettre du ministre de la maison du Roi (14 juin 1688) à Bossuet (Lâchât, t. XXX, p. 537).
1. Il est difficile de savoir si l'on peut ajouter foi à l'anecdote suivante d'un Journal anonyme : « 29 décembre 1685. .M. de Meaux ayant représenté au Roi qu'il était plus nécessaire que jamais de mettre de bons curés dans les paroisses, S. Al. lui répliqua qu'il l'était encore davantage d'avoir de bons évêques. — Il va préseuleraent dans l'évèché de Meaux quinze cents soldats aux Gardes pour réduire les religionnaires. » Bibl. Nat., Mss. fr. 10265, f. 95 v». — Cf. le récit déjà cité de P. Frotté, rapportant un propos qu'il a entendu de la bouche d'une «personne de condition» : « .VI. de Meaux est honteux d'avancer si peu l'ouvrage des Jésuites et de la cour; il se veut justifier en présence de M. l'Intendant, atin qu'il en puisse parler avanlageusemeut et le mettre à couvert de quelque reproche. » V. 22. — En tout c;is, il ressort des lettres de Baville et surtout d'une lettre du 1-*. de la Rue à Bossuet (17 janvier 1701, éd. Lâchât, t. XXX, p. 556-559) que la modération de Bossuet par;iissait à ses confr.res un peu scandaleuse et très pernicieuse. 11 semble que Bossuet lui-même croie devoir s'en justifier (lettre à Biville du 21 nov. 1700, ibid., t. XXVII, p. 144).