L. 11, n» XXXV
Qu'on lise enfin, au treizième livre*, l'exposition, abondante et moqueuse, des calculs où l'imagination deJurieu se lançait avec assurance, sur la date à laquelle avait dû commencer le règne mystérieux de l'Antéchrist. Serait-ce saint Léon qui, comme le veut le docteur protestant, pourrait être le premier des papes marqués du « fameux signe de la Bête?» — Mais, objecte Bossuet, qu'a fait saint Léon pour mériter ce soupçon? «On n'est pas, en fin de compte, antechrist pour rien 1 » — Serait-ce saint Grégoire? Mais il remplissait toute l'Eglise de la bonne odeur de ses vertus. « Voilà, dans ce cas, de beaux commencements pour l'Antéchrist de M. Jurieu. » La rencontre est fâcheuse, et « si les papes avaient seulement voulu être un peu plus méchants, le système cadrerait bien mieux. » ^lais avec de la complaisance, « tout s'accommode, » et c'est peut-être, si l'on y pense bien, que (< l'Antéchrist ne faisait encore que de naître. » « Dans ses commencements, » après tout, «rien n'empêche qu'il ne fût saint...»
Et qu'on le remarque : il est si vrai que la répugnance inspirée à Bossuet par les contradictions et les faiblesses des chefs de la Réforme se résout d'ordinaire en un dédain railleur-, que nous en trouvons l'e.xpression là même, où — selon Basnage et Jurieu — nous devrions craindre les éclats bruyants d'une indignation emportée. C'était sans doute une belle occasion à tirades déclamatoires que cet article du célibat ecclésiastique si facilement rompu par les premiers Réformateurs... Or, on a vu comment Bossuet parle des mariag"es de Bucer. L'indignation se tourne en épigramme, et le catholique froissé se veng"e en homme d'esprit, non pas en orateur.
Quand ils reprochent à Bossuet d'avoir abusé de l'éloquence dans un ouvrage qui ne la comportait point, Basnage et ses amis cèdent à une prévention qui s'explique. A la date de 1688, Bossuet tenait en France, dans le ser-