Cf. plus haut, p. 19 et notes
3. Cf. plus haut, p. 20, n. 4, et F. Puacx, Rev. Ilist.. t. XXIX, p. 269-270.
4. Cf. Savous, Littérature française à l'étranger, l, I, p, 2")i.
dont le zèle sincère s'acharnait bénévolement, — comme à une bonne œuvre, — à l'extirpation par tous moyens de l'hérésie. L'érudition des Maimbourg-', des Varillas, des Soulier, et, il faut bien le dire aussi, de Brueys, d'Arnauld et de Nicole, s'emploie dès lors à chercher dans le passé du Protestantisme des raisons temporelles propres à justifier, — aux yeux des laïques et des indififérents que le seul intérêt de l'Eglise et l'idéal de l'unité de foi n'auraient pas suffi à convaincre, — la « réunion » des calvinistes par les voies d'autorité'.
1. Sur la protection quasi-officielle et les faveurs accordées par Louis XIV au Père Maimbourg. voyez Jurieu, Histoire du Calvinisme et du Papisme, t. I, p. 43; les Entreliens des Voyageurs sur la mer de G. Flour.nois, t. I, p. 207, et une relation contemporaine inédite (Bibl. nat. , Mss. fr. 10265, p. 1, 4, 15, 29).
2. Le P. Maimbouro, ex-jésuite, Histoires du Luthéranisme, 1680; du Calvinisme, 1Ô82; de la Ligue, 1683. — Varillas, Histoire des Révolutions arrivées en Europe en matière de religion, 1686-1689; Histoire de Charles IX, 1683; de François /". 1685; de Henri II et de François II, 1692. — Labbé Soulier, Histoire des Édits de Pacification et des moyens que les P. R. ont employés pour les obtenir, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable depuis la naissance du Calvinisme Jusqu'à présent, 1682; Histoire du Calvinisme contenant sa riaissance, son progrès et sa fin en France, 1686. — Nicole, Préjugés légitimes contre le Calvinisme, 1671 ; Prétendus Réformés convaincus de schisme, 1684. — Arxauld, Apologie pour les Catholiques contre la Politique du clergé de France (de Jurieu), 1681; Réflexions sur un livre intitulé Préservatif contre le changement de religion, 1682. — Les injustes plaintes des CALvi.NisTES, contenucs en leur requête de l'an 16S0, 1682. — Brueys, Examen des raisons qui ont donné lieu à la séparation des prolestants, 1683; Réponse aux Plaintes des Protestants (de Claude), 1686; Histoire du fanatisme de notre temps, 1692; Traité de l'obéissance des chrétiens aux puissances temporelles oii l'on montre par l'Écriture sainte et par l'histoire de l'Église, en quoi les chrétiens doivent obéissance à leurs souverains de contraire religion, 1710. — Gautrol, La France toute catholique sous le règne de Louis le Grand ou Entretiens de quelques protestants français qui, après avoir reconnu que leur secte est impie et pernicieuse à l'État, prennent la résolution d'en hâter la ntine si heureusement entreprise par le Roi, 3 vol., 1684. — Dexys de Sainte-Marthe, Réponse aux Plaintes des Protestants, contenant quelques particularités dignes de remarque sur la Réformation et les Réformateurs, 1688; et aussi des ouvrages étrangers à la controverse, tels que le Traité de la Politique de la France, de P. Hay du Ghastelet (1680).
Cf. en outre sur le dessein de l'ouvrage de Maimbourg : Jurieu, Histoire du Calvinisme et du Papisme, t. I, p. 3, 4, 7, 403, 500, etc.; B.\yle, Crit. gén. de l'Hist. du Calvinisme, 1. I, n" ii; 1. XIII, n» I; 1. XV, n» v; 1. XVII, n» vu eipassim; G. Flour.\ois, Entretiens des voyageurs , t. I, p. 22, 25, 29; Desmaizeaux. Vie de Bagle, au t. XVI, p. 66, de Tédit. Beuchot du Dictionnaire critique, etc. Claude disait de l'ouvrage de Maimbourg : « C'est une pièce pré-^ parée pour sonner le tocsin sur nous. » Lettre du 4 mai 1682 à Jurieu, dans le Dict. de Chauffepié, art. Jurieu, rem. N.
Le moyen le meilleur était assurément de représenter les protestants de France comme animés d'un esprit hostile à la monarchie et d'ambitions dangereuses à la tranquillité du royaume. Mais comment le prouver?
Au temps des troubles de la Fronde, Mazarin n'avait pu que donner acte aux calvinistes de leur constant attachement au bon parti, et, depuis, Louis XIV n'avait jamais eu de reproche à leur faire*. Cela, sans doute, n'était pas pour arrêter les plus ardents ou les moins scrupuleux des ouvriers de la Révocation. — Le controversiste Soulier, par exemple, n'hésite pas à nier cette conduite irréprochable du Calvinisme sous Louis XIV, et à inventer, pour le besoin de sa cause, des traits tout nouveaux d'infidélité et de trahison de la part des protestants française — Mais, en général, il faut le dire, les ca-
Sur l'esprit « controversiste et missionnaire » de l'Histoire des Révolutions, de Varillas, v. Bayle, Soiiv. de la Re'p. des Lettres, mars et octobre 1686; Ce que c'est que la France toute catholique sous le règne de Louis le Grand (1686). — Varillas fut gratifié d'une pension ou tout au moins d'un présent, par le clergé de France, en 1670.
Sur l'ensemble de ces écrits, voy. Jcriec, Lettres pastorales de 1681, p. 410; Claude, Plaintes des Protestants : « Une machine préparatoire que les persécuteurs n'ont pas manqué de mettre en œuvre... a consisté à disposer insensiblement les peuples à désirer notre destruction, à la recevoir avec applaudissement quand elle arriverait, et à diminuer dans leur esprit l'horreur que naturellement ils auraient eue pour les cruautés et pour les injustices que les persécuteurs méditaient... »; cf. édit. Puaux, p. 41, 4.3, 44 et notes; E. Benoît, Hist. de l'Édit de Nantes, Préf. gén. : « Ceux qui l'ont conseillée (la Révocation) ont tâché de prévenir la postérité sur ce sujet par divers artifices, » etc. Cf. Bayle, résumant les théories des polémistes catholiques dans son Avis aux Réfugiés (Œuvres, éd. de 1721, t. II, p. 594 sqq.).
1. Décipration de Saint-Germain (21 mai 1652) et lettres de Mazarin au Synode de Loudun (1659). Cf. lettre de Louis XIV au duc de Saint-Aignan à propos des protestants du Havre (l^' avril 1666) « Ne m'étant pas moins fidèles que mes autres sujets, il ne faut pas les traiter avec moins d'égards et de bonté. » Cité par Raxke, Hist. de Fr., tr. fr., t. V, p. 14.3.
2. Cf. sur le Synode de Montpazier de 1659, Soulier, Histoire du Calvinisme, et JuRiEU, Lettr. pastor. de 1687, p. 410 sq. : Bayle, Réponse d'un nouveau converti à la lettre d'un réfugié français. Œuvres, éd. de 1727, t. Il, p. 57.3- 574. Sur les dispositions pacifiques et soumises des protestants français en 1655, voy. Gdizot, Histoire de la République d'Angleterre, t. II, p. 202-203; Ché- RUEL, Histoire du ministère de Mazarin, t. II, p. 881-382. Les « éléments calvinistes >» que signale Cousi.n, 3/™« de Longueville pendant la Fronde, p. 278 sqq., 282, 283, 286, 287. 291, 465, dans la sédition de l'Ormée en 1652- 165i, consistaient simplement dans les intrigues, plus bruyantes que fructueuses, de quelques «ministres» anglais. Leurs sollicitations auprès des huguenots fran-
tholiques évitent de recourir à des calomnies si hasardeuses : ils préfèrent remonter plus haut dans le passé, où ils avaient la partie plus commode. A défaut de crimes récents, c'est à qui, parmi eux, évoquera le souvenir de la révolte des Pays-Bas, des ligues d'Allemagne, voire des Anabaptistes : c'est à qui surtout exploitera contre le Protestantisme français les souvenirs des derniers règnes. On rappelait l'inquiétude perpétuelle du parti huguenot sous Louis XIII; on remontait jusqu'aux trois derniers Valois, et, ici, l'on avait beau jeu à dénoncer l'esprit foncièrement révolutionnaire d'une secte qui, pendant quarante années avait été presque continuellement en armes contre la royauté. Si le Père Mainibourg luimême se trouvait obligé d'avouer que les protestants vivant en 1685 ne pouvaient être, en bonne justice, qualifiés de « rebelles* », il ne se faisait pas faute au moins de soutenir qu'ils étaient la postérité suspecte de rebelles avérés et relaps. Que chercher de plus? « Cette souillure de leurs séditieuses origines n'était-elle pas indélébile? N'y avait-il pas lieu de craindre que dans ces petits-fils des soldats de Rohan, dans ces arrière-neveux des conjurés d'Amboise, ne couvât toujours le vieux levain de la révolte^? »
çais en vue de la formation d'uDe république protestante paraissent être restées sans écho. — Soulier fut désavoué par le P. Meynier et par le docteur Le Fèvre (JuRiEU, ibid., p. 421.).
Un autre indice de cette tendance calomnieuse se trouve dans ce passage d'une relation contemporaine (Bibl. N\r.,Mss. /"/■. 10265, f. 120, — 27 mars 1686) : (( L'on verra dans peu de temps un manifeste ou déclaration du Roi par laquelle S. M. fera voir les raisons qu'elle a eues de presser les religionnaires de France à se faire catholiques. Outre les raisons de piété et de religion, il y a encore celle qu'ils ont voulu troubler en toutes rencontres la paix, S. M. ayant entre les mains les originaux des traités qu'ils ont faits avec les autres Protestants pour faire des soulèvements. » Cf. La Roque, Mémoires de l'Ér/llse où l'on voit l'état présent du christianisme (1693), p. 410 sqq., sur « les troubles du Vivarais en 1678-1681 et sur les projets de résistance armée d'un des ministres de l'assemblée de Cologuac. »
1. Il reproche cependant aux protestants les» séditions des Huguenots à Nîmes en 1670. »
2. Voir entre autres, Arnauld, Apolof/ie pour les Catholiques, ch. iir et iv, sur les ouvragi's de Buchiinan, de Junius Brulus, etc.; Maimbourg, llisl. du Calvinisme, 1. Il, p* 133, 501, etc. ; <( Cette conspiration (d'Amboisej doit ap-
Du reste, si Ton s'acharnait tellement à remuer le passé du Protestantisme, c'était moins peut-être en vue de rendre odieuse à leurs compatriotes la personne même des protestants du royaume, qu'afin de ruiner, dans l'esprit du public, l'autorité des Edits qui leur garantissaient la liberté de culte et qui gênaient l'impatience des convertisseurs'. En même temps donc que, dans toutes les provinces, les agents du clergé plaidaient activement auprès des Parlements et des Intendants pour faire révoquer, pièce par pièce, les concessions obtenues par les protestants, depuis un siècle, aux termes des Edits, et pour faire rentrer partout les églises réformées dans les bornes strictes de l'Édit de Nantes^, une campagne analogue se poursuivait par les livres. Les écrivains avaient pour mot d'ordre de montrer l'origine impure et néfaste de ces conventions dont le Protestantisme se réclamait avec tant d'apparence ; — de prouver que les garanties sanctionnées par les déclarations royales n'étaient au fond que les conquêtes d'un parti insurgé; — que cette liberté de conscience, ces droits civils, ces temples, avaient été arrachés par force, les armes à la main, à un gouvernement faible; — qu'enfin chacun de ces « privilèges » était le prix exécrable d'une victoire injuste sur le Prince et sur l'Etat. Et qu'on n'objectât pas que les protestants fondaient leurs prétentions non point sur les édits rendus par les Valois,
prendre à tous les souverains qu'ils n'ont point de plus dangereux ennemis que ceux qui le sont de l'Église et la troublent par la nouveauté de leurs dogmes, et qu'ils ne pourront jamais rét^ner paisiblement s'ils ne s'appliquent fortement à étouffer leur cabale et leur hérésie dans sa naissance. » Cf. Richard Simon, Lettres choisies, éd. de 1730, t. Il, p. 2i5 (dans une Lettre supposée f/e quelques tiouveaux convertis à M. Jurieu, qui doit être de celte époque). Voir sur le succès de ces manœuvres, surtout pendant la guerre de Hollande, Voltaire, Siècle de Louis XIV, eh. xxxvi et xx.\vii; Ranke, Hist. de Fr., tr. fr., t. V, p. 147-150.
1. Les déclarations de 1643 et de 1669, l'édit de juin 1680, portaient reconnaissance et confirmation de l'Édit de Nantes. Même dans la Lettre du Roi aux évêques du 10 juillet 1682, il était encore recommandé de ne « rien faire contre les Édits et Déclarations en vertu desquelles la R. P. R. est tolérée dans le royaume. »
2. Voir les notes de la Dernière requête des Protestants de France à louis XIV, p. p. F. PuAL'x, 1884.
mais sur l'Edit de Nantes, octroyé librement, en pleine paix et pour toujours, par le premier des princes Bourbons : — ringénieuse subtilité des avocats poursuivants du parti catholique répondait que l'Édit de 1398 ne différait des précédents que par les termes, et qu'en fait il avait été la confirmation et le rétablissement de ces « traités » antérieurement conclus , contre le droit et la nature, entre une faction rebelle et puissante et un roi obligé de capituler avec ses sujets'.
On voit pourquoi les premières guerres civiles étaient le sujet où les controversistes catholiques revenaient toujours de préférence. Ils y trouvaient du même coup des préjug-és contre la fidélité monarchique des Calvinistes français et des arguments juridiques contre la valeurperpétuelle de l'Edit de Psantes".
i. Cf. Malmbol'rg, Hist. du Calvinisme, p. 498-500, et la plupart des ouvrages cités plus haut. Un petit nombre de protestants, tels que le jurisconsulte Gro- Tius, n'étaient pas convaincus de l'irrévocabilité de ces Édits : u yorint illi qui Refonnatorum sibi imj)onunl vocabtdum, non esse illa foedera, sed rer/uni edicta ob publicam fada utilitatem, et revocabilia, si aliud rerjibus publica lUilitas suaserit.n Rivetiani Apologetici pro schismate contra Votum pro pace facti discussio, p. 22, cité par d'Avrig.nv, Mém.chron., t. III, p. 265.
La question des Édits est spécialfraent traitée, à la fin du dix-septième siècle, dans les ouvrages suivants : le P. Meymer, De l'exécution de V Édit de Nantes dans le Dauphiné. Valence, 1664; De la démolition de tous les temples ou lieux d'assemblée pour les exercices publics de la R. P. R. qui ne sont pas hors les villes, bourgs et villages, ss. I. n. d.; — Bernard, conseiller du Roi au Présidial de Béziers, Explication de l'Édit de \antes, 1666; — Filleau, avocat au Présidial de Poitiers, Décisions catholiques ou Recueil général des Arrêts rendus en toutes les cours souveraines de France, en exécution ou interprétation des Édits qui concernent l'exercice de la R. P. R., Poitiers, 1668; Soulier, Abrégé des Arrêts et Déclarations de Louis XIV touchant ceux de la R. P. R., iôSi; L'Explication de l'Édit de Santés de M. Rernard, avec de nouvelles observations et les nouveaux Édits, Déclarations et Arrêtés donnés jusqu'à présent touchant la R. P. R.. 1683; — Le Fèvre, Recueil de tout ce qui s'est fait en France déplus considérable pour ou contre les Protestants, depuis la Révocation de l'Édit de Nantes, avec une préface pour justifier la conduite qu'on a tenue dans ce royaume pour porter les P. R. à se réunir à l'Église, 1686; — Thomassi.v, Traité historique et dogmatique des Édits et des autres moyens spirituels et temporels dont on s'est servi dans tous les temps pour établir et maintenir l'unité de l'Église catholique, 1703.
2. La double tendance de la polémique catholique se résume dans le préam- Ijule de l'Édit de Révocation : « ... Nous avons jugé que nous ne pouvions rien faire de mieux pour effacer entièrement la mémoire des troubles, de la confusion et des maux que le progrès de cette fausse religion a causés dans notre royaume et qui ont donné lieu audit Édit et à tant d'autres Édits et Déclarations qui l'ont précédé , que de révoquer entièrement ledit Édit de Nantes.»
Il était donc indispensable aux controversistes protestants de traiter, à leur tour, ce sujet des guerres de Religion, dont on se faisait, contre leur existence légale en France, une arme perfide. J'ajoute qu'à défaut même de cette raison si pressante, si vitale, il y avait pour eux un motif dogmatique^ toujours valable, de réclamer opiniâtrement contre des allégations de ce genre.
Depuis sa naissance, en tout temps, en tous lieux, le Protestantisme avait soutenu, on le sait, qu'il n'était autre chose qu'une restauration salutaire et exacte du Christianisme, dans sa justice primitive, dans sa sincérité immaculée, tel qu'il était apparu au monde au sortir des mains de Jésus, avant d'être souillé, compliqué, amoindri par les faiblesses, les passions et les erreurs des successeurs trop humains du divin maitre. Or, dans la persécution que l'apostolat de la vérité leur avait value de la part du monde païen, quelle conduite le Christ et les premiers Chrétiens avaient-ils observée? Quels principes avaient-ils proclamés?
Ils avaient souffert sans résistance les vexations, les outrages, la prison, les supplices, la mort : et ils avaient cru, ils avaient dit que de véritables enfants de Dieu, humbles et pacifiques, pour qui l'âme est le tout, ne sauraient faire autre chose. La liberté de la conscience, ne pouvant être violée, n'a pas besoin d'être défendue. Tout l'Evangile, saint Paul, les Actes des Apôtres, les histoires des martyrs ne parlent à chaque page que d'obéissance passive et résignée, n'en montrent que de merveilleux exemples. — Et cette doctrine et ce parti-pris de la patience sont tellement éclatants chez les premiers chrétiens que nul des plus célèbres docteurs du Protestantisme, au dix-septième siècle comme au seizième, ne songe à en contester l'indispensable nécessité*.
1. Voir pour les textes du seizième siècle relatifs au devoir d'obéissance passive des sujets à l'égard des plus mauvais princes, plus haut, p. 304, n. 2, et plus loin, même livre, ch. iv, n» v. Cl", pour le dix-septième siècle, Grotius, De Jure Uelli el Pucis, d'après Bayle {Avis uuj- Réfiifjiés, OEuvres, édit. de 1727, t. II, p. 609) ; Damel Tilencs, Réponse au Discours (de La Milletiére)
Mais alors que dire des guerres du seizième siècle? Etait-il donc possible aux Protestants d'admettre que dans cette ressemblance de leur religion épurée avec le Christianisme primitif, ce trait, si essentiel, manquât? Parmi toutes ces puretés surnaturelles de la doctrine du Christ, les Réformés du seizième siècle avaient-ils dédaigné celle-là même qui, peut-être, était la marque la plus frappante, la plus indéniable, la plus populaire de la divinité de la Religion chrétienne? Étant à même, par une grâce insigne, par le malheur visiblement providentiel qui les condamnait à soufîrir aussi eux, de reproduire dans leur conduite la haute vertu des martyrs, n'avaient-ils pas pu ou pas voulu se donner cette conformité sublime ?
Quand les Catholiques accusaient les Protestants d'avoir été des rebelles, cette accusation, aux yeux de ces derniers, était donc plus encore qu'une menace contre leur
des vraies raisons pour lesquelles les Réformés de France peuvent et doivent en bonne conscience résister par armes à la persécution ouverte qu'on leur fait (1622); — D. Blo.ndei-, Modeste déclaration de la sincérité et vérité des Eglises Réformées de France (1619), p. 249 sqq.; — Moïse Amyraut, Apolofjie pour ceux de la Relifjion (1647), p. 75-76; cf., dans sa controverse avec Ph. Vincent, Adversus Epistolae Iiistoricae criminationes Mosis Amijraldidefensio (1649); De la Souveraineté des Rois (1650); cIBayle, Dict., art. Amyraut.
— Dreli.vcolrt, Avertissement sur les disputes et le procédé des missionnaires (1654), p. 62, 6.3; — G, Flourxois, Lettres sincères (1681), t. I, p. 159, 161; t. m, p. 155; — Fétizo.v, Apolof/ie pour les Réformés (1683), p. 62; — B. DE Daillon, Examen de l'oppression des Réformés (1687), p. 3)3-39, 42;
— E. Merlat, Traité du pouvoir absolu des Souverains (1685) , passim. — Cf. pour Luther et les luthériens, Masics, Intéresse Principum circa reliçjionem evanrjelicam (1688), [d'après Bayle, passage cité plus liaut; — Leibniz, lettre au Landgrave Ernest, 1691 (éd. Romrael, t. Il, p. 299); — et, pour les théologiens anglicans, VHisloire de mon temps, de Burxet, dans les Mém. relatifs à la Révol. d'Anf/lelerre, coll. Guizot, t. IV, p. 456 sqq.
On lit dans Jcrieu lui-même, Suite de la Politique du clergé de France, t. II, p. 27-28. 32-35, 71-75, et Hist. du Calv. et du Papisme, t. 7, p. 504 : « Quand je parle de justifier les guerres civiles, il faut savoir que je prétends les examiner sur les maximes et sur les règles de la morale du monde. Car, selon les maximes de l'Église, je ne sais même s'il y a quelques guerres étrangères légitimes.» Cf. ibid., p. 482, 516, sqq. Cependant le bon sens de Jurieu se soulève par instants contre cette théorie (voy. p. 513, 514; et plus loin, même livre, ch. iv.) — La doctrine de la nécessité de la patience évangélique est fortement soutenue par la plupart des controversistes catholiques cités plus haut : voy. par ex., Brleys, Examen des Raisons, etc., p. 8, 9, 10-12 ; Arnauld, Réflex. sur un livre intitulé Préservatif, dans les Œuvres, t. XII, p. 517; et Bossuet, Cinqiii'one Avertissement, n"^ i, vcn, xiii-xv et passim ; Défense des Varia fions, n^" x, xi (sur la doctrine de saint .\uguslin); n" xxm, etc.
sécui'ifé dans TEtat : c'était une objection redoutable contre la vérité de leur foi, c'était un outrage qui irritait, en l'inquiétant, leur conscience... 11 ne s'agissait pas seulement, dans cette dispute, de l'existence matérielle du Calvinisme en France, ébranlée par de telles attaques ; riîonneur intime de la Réforme, comme Jurieu l'explique bien, était ici en jeu\
Aussi la discussion des guerres civiles n'est-elle pas omise dans un seul, peut-être, des écrits que les Calvinistes publient, soit avant 1685, — dans l'attente émue du coup suprême, — soit après la Révocation, — alors que les pasteurs exilés en appellent, les uns à l'opinion de l'Europe qu'ils espèrent intéresser en leur faveur, les autres, avec une opiniâtreté respectueuse et touchante, au maître rigoureux qui, mieux informé, pourrait revenir, pensent-ils, sur cette condamnation si injuste ^
i. « L'affaire est assurément très digne de la curiosité des honnêtes gens; elle est importante; il n'y va pas de moins que du salut; il faut savoir quelle est la véritable religion; et cela dépend assez de la question que l'on traite dans ce livre; car tout le monde tombe d'accord de ce principe que la religion de J.-C. a de l'horreur pour l'effusion du sang et qu'elle est débonnaire comme Celui qui en est l'auteur. De sorte que l'on aura formé un très grand préjugé contre la religion de laquelle il demeurera prouvé qu'elle est sanguinaire, cruelle, et la cause des troubles.» Hist. du Calv. et du Papisme, Préface; cf. t. I, p. 403; Esprit d'Avnauld, t. II, p. 277 sqq. — Cf. réciproquemeut, surles conséquences ces accusations de Jurieu contre le catholicisme, Arnauld, Apologie pour les catholiques, Part. I, ch. ii, dans les Œuvres, t. xiv, p. 283, 290 sqq.
2. Moïse Amyraut, Apologie pour ceux de la Religion sur les sujets d'aversion que plusieurs peuvent avoir contre leur personne et leur religion (1647), p. 65 sqq., 68, 69, 72, 73, 75, 76. — Daillé, Réplique à Adam et à Cottiby (1662), p. 109 sqq. — Claude, Défense de la Réforynution (1678), t. f, p. 314, 327; Considérations sur les Lettres circulaires de l'assonblée du Clergé, (1683), p. 7, 8, 22, etc. ; Les Plaintes des Protestants cruellement opprimés dans le royaume de France (1686). — Jurieu, Politique du Clergé de France (1681), p. 173 sqq. ; Suite de la Politique du Clergé ou les derniers efforts de l'Innocence affligée (i6S2), t. Il, p. 7-9, 26-58,67-85; Histoire du Calvinisme et du Papisme mis en parallèle (1683), Préface, t. 1, p. 34, 83, 403-453, 480- 499, 504-550, etc.; Esprit de M. Arnauld (1684), t. H, p. 256; Réflexions sur la cruelle persécution [iôSô), p. 83; le Vrai système de l'Église (1686); Lettres pastorales (1686), t. I, 1. xviii, p. 435-437. — G. Flournois, Lettres sincères d'un gentilhomme français (1681-1682), 3 part. ; t. I, p. 151-189, 221-247 • Les Entretiens des Voyageurs sur la mer (1683), 2 vol.; t. I, p. 29, 30, 211 ; t. Il, p. 10, 108, 251 sqq., .353. — Bayle, Cril. gén. de l'Hist. du Calv. (du P. Maimbourg) (1682) ; Nouvelles Lettres de l'auteur de la Crit. générale, (1685). — J. Rou, Remarques sur l'Histoire du Calvinisme et du Papisme (du même), (1682), p. 28, 29, 30, 58, 93,96,118, 124, 129, 135, 149 sqq., 203 sqq..; La Séduction éludée ou Lettres de M. l'évêque de Meaux à un de ses dio-
Leur système de défense leur était tout tracé par les plus renommés historiens du seizième et du dix-septième siècles. Ils avaient à se prévaloir, soit des incertitudes de ceux qui, avec de Thou et Mézeray, n'avaient pas osé se prononcer sur le caractère des guerres civiles du seizième siècle ; soit des déclarations très nettes de Régnier de la Planche, de Théodore de Bèze, de Davila, touchant les causes exclusivement politiques de ces guerres ^ Et ils pouvaient, — à leur gré% — ou bien montrer la justice du parti qu'ils avaient embrassé en se mêlant aux dissensions civiles, ou bien soutenir que leur religion n'avait pas été la cause et la raison finale de ces guerres
césains qui s'est sauvé de la persécution avec les réponses qui y ont été faites (1686), dans les Mémoires de Jean Rou, p. p. Waddington, t. J, p. 237. — Lettres curieuses touchant la religion (1682), p. 23, 33 sqq. — Avis salutaire AUX Églises réformées de France (1683), p. 79, 102 sqq., 154. — De Rocolle, Histoire véritable du Calvinisme (1683), p. 184 sqq. — Fétizon, Apologie pour les Réformés oii l'on voit la juste idée des guerres civiles de France et les vrais fondements de l'Êclit de Nantes (1683), p. 18-35, 39-126, 127-179 sqq. — De Vigne, Entretiens de P/iilalèthe et de P/iilerène, 2 part. (1684), t. II, p. 302. —De la Tolérance des Heligions (1684), p. 15,34, 35, 38, 40, 66 sqq., 76, 77. — Cl. Brousson, État des Réformés en France, oii l'on fait voir que les Édits de Pacification sont irrévocables (1684), p. 2-6, 10-23, 24, 28, 52, 54, elc. — Élie Merlat, Traité du pouvoir absolu des Souverains (1685),p. 12, 13, 15, 34, 35, 54-59, 92 sqq. ; 246 sqq., 249 sqq., 255sqq. — B. de Bâillon, Examen de l'oppression des Réformés (1687), p. 7, 8, 27-42. — (Ch. Ancillon), L'Ir révocabilité de l'Êdit de Nantes, prouvée par les principes du droit ou de la politique (1688), p. 68 sqq.; p. 79 sqq., p. 88. — Gaultier de Saint- Blancard, Histoire apologétique ou Défense des Libertés des Eglises réformées de France (1688), 3 vol. — La France intéressée a rétablir l'Êdit DE Nantes (1690). — Élie Benoît, Histoire de l'Édit de Nantes (1693-1695), 5 vol. in-4. — Cf. dans le Rull. de la Société du Prot. français, XVI, 1881, p. 3, 11, la réponse de L'Ormegrigny aux accusations de P. Hay du Chastelet (v. plus haut, p. 356, n. 2); Bibl. de Rennes, A/ss., n» 38, recueil de pièces dirigées contre le P. Mairabourg conlenant une Apologie des guerres faussement attribuées aux religionnaires, f. 4, 43 sqq., 96 sqq.; et plus tard, Lenfant, Défense du Catéchisme de Heldelbe rg [Prem. édition, 1691; — éd. de 1723, p. 62 sqq.)