‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 186 sur 329 · Voir plus haut, 1. II, chap. ii, p · texte numérisé non relu

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2. « Si vous croyez, Monsieur, que nous n'ayons rien à répondre là-dessus (sur les guerres civiles de France), vous êtes bien dans l'erreur. Car nous avons tant de choses à répondre, que nous ne savons en quel ordre les ranger, ni comment les réduire en peu de paroles. » Jurieu, Suite de la Politique du Clergé, t. II, p. 26. — « On peut se servir de deux méthodes ; la première est de justifier les guerres en faisant voir qu'elles sont justes; la seconde est de justifier le Calvinisme, au sujet de ces guerres, en faisant voir qu'il ne leur a pas donné la naissance. La dernière nous pourrait suffire, car... pourvu que le Calvinisme ne soit pas la cause de ces guerres, il nous importe fort peu qu'elles soient innocentes ou criminelles. » Hist. du Calv. et du Papisme, t. I, p. 504.

si ardentes et si longues. — La plupart d'entre eux combinent ces deux méthodes.

Pour les guerres postérieures à la formation de la Ligue, l'apologie leur était facile et la partie belle. Les Huguenots, dans les derniers temps du règne de Henri HI, n'avaient-ils pas été les alliés, les défenseurs de la royauté nationale contre les catholiques, si intimement unis avec les Espagnols? N'avaient-ils pas eu le mérite de porter au trône le premier des Bourbons, dont la dynastie se trouvait ainsi, en quelque sorte, leur oblig-ée?

Mais des guerres antérieures, la justification était plus malaisée. On pouvait sans doute alléguer, et l'on n'y manquait pas, que, même au début, les huguenots eurent le beau rôle en somme, puisqu'ils combattaient pour le prince de Condé, — l'oncle d'Henri le Grand, — et qu'ils préparaient ainsi de loin le bonheur futur de la France. Mais le droit de légitime défense, le maintien des p)'e)niers Édits et le but politique des guerres du seizième siècle fournissaient aux défenseurs du Protestantisme des arguments plus forts.

Les Calvinistes de France, disait-on, n'avaient pas été les agresseurs ; ils n'avaient pris les armes que contraints et forcés, après quarante ans de patience.

Et ce n'était pas leur foi qu'ils s'étaient ainsi décidés à défendre, mais leur vie. Tant qu'il ne s'était agi que de la rehgion, les huguenots avaient souffert sans se plaindre; mais quand, au mépris des formes juridiques, on les eut abandonnés aux sévices d'une populace irritée, ils usèrent alors de la liberté que la loi naturelle confère à tout homme de ne pas se laisser massacrer sans résistance. Ils n'avaient pas combattu pour leur âme; ils crurent pouvoir défendre leurs corps.

Et ce faisant, s'opposaient-ils vraiment aux volontés du roi? Non, ce n'était pas contre lui qu'ils se défendaient; mais contre quelques particuliers qui abusaient, pour les tourmenter, de son pouvoir. Bien plus, était-ce pour euxmêmes, en réalité, qu'ils luttèrent? N'était-ce pas pour le Roi et pour le Royaume? Oui, il y avait en ce temps-

là des insurgés contre l'autorité royale : mais c'étaient les catholiques, qui ne tenaient nul compte des Edits et qui les violaient ouvertement; c'étaient les Guises, détenteurs illégitimes d'une autorité qu'ils exerçaient avec injustice. Il y avait danger pour le Royaume, il y avait rébellion contre le Roi : les protestants usèrent de leur droit de citoyens, ils accomplirent leur devoir de sujets, en essayant d'assurer, en dépit de ministres prévaricateurs, l'exécution des lois du Royaume et des volontés du Roi. C'est à ce titre seul, — à titre de Français patriotes et loyaux, — qu'ils combattirent.

Qu'ils fussent protestants, ou non, peu importe : les catholiques auraient pu, auraient dû suivre leur exemple. Car, — et c'est ici le point capital des plaidoyers du dixseptième siècle, commec'était la préoccupation dominante des pamphlets du seizième, — dans les guerres civiles de France, la croyance particulière des huguenots ne fut jamais en jeu. Si ces prises d'armes avaient eu la religion pour cause, alors personne, parmi eux, ne voudrait s'en constituer l'avocat, car dans ce cas elles ne relèveraient que de l'Evangile qui condamne, à n'en pas douter, l'emploi de la force. Mais il s'agissait d'affaires politiques qui relèvent de la prudence et de la justice humaine, et que la morale humaine peut absoudre ', étant donné les circonstances qui les ont fait naître. Les Calvinistes, en tant qu'hommes, ont pu, dit Jurieu, « tirer du sang" de leurs ennemis, comme aussi on a tiré du leur, » mais de tous ces massacres subis ou commis, « le Calvinisme est innocent'. » Le Calvinisme est innocent « quand tous les Calvinistes auraient été criminels^. »

Ces arguments généraux sont applicables à toutes les guerres qui eurent heu à partir de la seconde prise d'armes. Pour justifier l'insurrection de 1562*, les Pro-

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