‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 193 sur 329 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Maimbourg, Hist. du Calvinisme, p. 108, 117, 125, 199, 222, 264, 272, 432; — BwLE, Nouvelles de la Républ. des Lettres, avril 1684 ; Critique générale de l'Histoire du Calvinisme, 1. XV, n» iv ; I. XVII, n» iv ; 1. XVIII n"» ni, iv; Nouvelles Lettres critiques, I. Xlll, dans les Œuvres, éd. de 1727, t. II, p. 253; — JuRiEii, Histoire du Calvinisme et du Papisme, t. I, p. 498, 517, 522; — J. Rou, lie/nargues sur l'IIist. de Maimbourf/, p. 158.

3. Bayle, Nouvelles, etc., d'avril 1684; Critique générale, 1. I, n» m. — Cf. G. Flournois, ouvr. cité, t. I, p. 193 : « Il y a dans le fait de Maimbourg,

Dans ces circonstances, était-il possible à Bossuet de ne pas toucher lui aussi à ce sujet des guerres de religion, où, sans lui. le dernier mot aurait paru rester à l'ennemi? Le Catholicisme français, vainqueur, — tristement vainqueur, — dans la réalité, courait risque d'être vaincu dans la controverse', où il n'avait plus à mettre en campagne que, comme dit Jurieu^ « des valets d'armée. » Il était temps qu'un « chevalier de l'Ordre » vint à la rescousse et « fit le coup de lance » à son tour sur ce point menacé de la ligne de bataille. Quelque déplacé qu'il dût paraître aux « connaisseurs » de faire entrer au milieu d'une histoire des idées protestantes la discussion très minutieuse de faits militaires et politiques ; — quelque délicat et périlleux qu'il fût pour le bon renom de Bossuet de reprendre, lui aussi, contre les Réformés de France, des accusations qui, après 1685, devenaient singulièrement odieuses, — il lui fallait surmonter ces scrupules d'art ou de convenance. L'importance, dogmatique et pratique à la fois, de la polémique relative au droit de résistance religieuse, la maladresse insigne et le peu de succès des écrivains catholiques qui avaient mené la controverse sur ces questions, le retentissement mérité des répliques protestantes : autant de raisons décisives de se mêler à la lutte, — du moins pour un théologien comme Bossuet, beaucoup plus dévoué à sa cause que soucieux de ménager sa réputation personnelle ou de soigner la perfection de son livre.

encore plus de bêtise que de malice; » — J. Rou, ouvr. cité, p. 149 : « Il y a plaisir d'avoir affaire à un ennemi comme M. Maimbourg; il épargne à ses adversaires la peine de chercher des armes contre lui. »

1. Le dépit de cette demi-défaite amenait les apologistes catholiques de la Révocation aux exagérations les plus odieuses. De.nys de Sai.vte-.Marthe, Réponse aux Plaintes des Protestants, 1688, p. 29, ose écrire : «Les intérêts de la religion catholique demandaient que l'on prévînt les mauvais desseins des Protestants contre nous. Selon les idées qu'ils en ont, il est presque impossible q^i'ils ne se croient obligés de nous exterminer, principalement parce que tous leurs anciens ministres enseignent qu'on doit faire mourir les hérétiques et-les impies, du nombre desquels ils nous mettent. » Cf. plus haut, p. 357, n. 2; 358, n. 2.

-. Hisf. du Calv. et du Papisme, t. I, Préface : « Tout le monde se jette sur elle ,1'Église protestante); les lions lui donnent de la griffe et les ânes lui donnent du pied... les valets d'armée sont reçus à faire le coup de lance aussi bien que les Chevaliers de l'Ordre, 'j

Ici. — comme tout à l'heure en ce qui coucernait les matières historiques traitées par Bossuet dans l'onzième livre, — il faut nous souvenir que V Histoire des Variations, conclusion finale d'une longue et active période de controverse, porte la marque des circonstances au milieu desquelles l'auteur l'a composée et la trace des préoccupations théologiques du moment. Le milieu du dixième livre est une réponse aux écrits récents de Burnet, de Jean Rou, de Jurieu, de Bayle\ réponse que Bossuet rattache à son dessein primitif et encadre dans son plan avec une honne volonté dont l'effort, sans être choquant, est cependant visible. Il y a, dans VHistoi?'e des Variations, sinon des digressions véritables, au moins des parties un peu trop artificiellement introduites , un peu trop abondamment traitées; mais n'oublions pas que si Bossuet avait suivi très directement son chemin, s'il s'était interdit en toute rigueur ces excursions latérales et ces développements supplémentaires, les critiques protestants, — qui les lui reprochent comme des remplissages, — lui eussent reproché sa discrétion comme une marque d'impuissance et comme un aveu de défaite-.

1. Hist. des Variations, 1. X, n"» xxxiv, xl, xli, xlii, xlv, xlix, lu; Déf. de l'Hist. des Var., xiv.

2. Ce caractère d'actualité de VHisloire des Variations est évident, sans prêter autant à la critique, en plusieurs autres endroits. Bossuet s'intéresse, par exemple, d'autant plus aux affaires d'Angleterre qu'à l'époque oii il composait son ouvrage, oq pouvait espérer que l'autorité des Stuarts parviendrait à rétablir le catholicisme dans le Royaume-Uni (cf. 1. VII, n» cxiv; et les textes cités par Tabaraud, Hist. des Projets de réunion, p. 250-263). — S'il s'arrête sur Coligny (cf. plus liaut, p. 225-2.30), c'est sans doute qu'il venait de paraître une Vie intéressante de ce chef protestant, œuvre du littérateur aventurier et fantaisiste Sandraz de Courtilz (Cologne, 1686, réimprimée en 1690 et en 1691; voir Bayle, Nouv. de la Rép. des Lettres, mars 1686 ; Varillas, Histoire de Henri II, Avertissement; Le Ge.ndre, Hist. de France, 1718, t. I, p. 99). Déplus Varillas, dans ses Histoires de Henri II et de Charles IX, avait de nouveau parlé, et avec emportement, de la conduite de l'Amiral. — Enfin les critiques de Bossuet s'étonnent quelquefois de l'importance donnée au Luthéranisme dans l'Histoire des Variations. « De quoi sert-il, objecte Bas\age, d'adresser aux Protestants d'Allemagne de si longues exhortations ? » et Jlriec : « C'est contre nous, que l'évêque de Aleuux veut appeler Calvinistes, que le livre des Variations est fait, et plus de la moitié de ce livre on nous regarde point. >- Ils ont doubleraeut turt, car. d'abord, Bossuet prétend s'adresser à toute la Réforme; et ensuite, à considérer l'histoire de la Réforme, il n'est que juste de faire à Lu-

ther la plus grosse part. Mais il est très possible que les négociations alors en cours, entre les catholiques et les protestants d'Allemagne, négociations où Bossuet fut initié et mêlé dès 1678, aient été pour lui une raison de plus d'insister sur les origines et les développements des Églises luthériennes. (Voir lettres de Bossuet à Leibniz, du 1er mai 1679 et du 22 août 1683 ; à Obrecht, du 22 mai 1692; de Leibniz à Bossuet, Œuvres, édition Foucher de Careil, t. I, p. 29-31; — VHistoire des Variations , 1. III, passim, 1. IX, n» li; — Bayle, Avis aux Réfugiés, Œuvres, édition de 1727, t. Il, p. 609-610; Nouvelles de la République des Lettres, janvier 1685, art. ii, etc.)

DES CRITIQUES PARTICULIÈRES ADRESSÉES A l' « HISTOIRE DES VARIATIONS. »

C'est maintenant sur le fond même de YHistoire des Va?'ia fions, sur les sources dont l'auteur fait usage, sur les conclusions où ses recherches le conduisent, que je dois examiner la valeur des reproches qui lui furent adressés.

Il ne faut pas songer à rendre compte, dans son ensemble et au complet, de l'enquête à laquelle l'ouvrage de Bossuet fut soumis par ses nombreux contradicteurs : Basnage seul, — qui reprend, il est vrai, chacune des matières si diverses de théologie et d'histoire que Bossuet avait touchées , — remplit de sa réponse un in-folio presque entier. Mais pour estimer exactement combien la lutte fut vive et sérieuse, il n'est pas indispensable d'entrer par tous les points au fond de la discussion. Certains des engagements partiels de cette bataille savante, choisis naturellement parmi les plus significatifs, étudiés, comme il convient, dans le détail intime, suffisent à donner une idée de tout l'assaut livré par l'érudition protestante à la grande œuvre du docteur catholique , et à montrer aussi comment YHistoire des Variations résiste à l'épreuve.

La question de l'hérésie des Albigeois et celle du caractère de Luther me paraissent être les plus convenables à cet examen.

Le vrai sens de l'hérésie des Albigeois a été jusqu'à nos jours un problème obscur. A plus forte raison au

dix-septième siècle était-il assez aventureux d'essayer de le résoudre , pour un homme surtout qui , comme Bossuet, ne faisait pas son occupation spéciale et son étude ordinaire des recherches sur le Moyen âge, alors si imparfaitement connu*.

De plus, en disjoignant l'histoire des Albigeois de celle des Vaudois, Bossuet s'écartait hardiment, nous l'avons vu% de la tradition habituelle des historiens; il s'exposait donc, ici plus qu'ailleurs, aux sévérités de la critique.

Enfin l'importance que prenait aux yeux des protestants l'histoire de ces persécutés d'autrefois, considérés, aimés par eux comme leur famille et dont la bonne réputation leur tenait au cœur, devait encore stimuler la rigoureuse attention des censeurs de VHistoù'e des Varia" lions. Il n'y avait par conséquent guère de points où Bossuet risquât, plus que sur celui-ci, de se faire prendre en défaut. 11 n'y en a pas où nous ayons chance de trouver ses critiques en position plus avantageuse.

Aussi bien nulle part l'historien catholique ne se vit plus longuement prendre à partie , ni plus vigoureusement maltraiter.

Jurieu, d'abord, l'entreprend avec violence : «On peut dire à la honte de M. de Meaux que son histoire infidèle et malhonnête des Albigeois sera un monument éternel de sa mauvaise foi et de sa malignité. » Le prélat ose prétendre que les x^lbigeois étaient « infectés de l'hérésie de Manès : noire et insigne calomnie dont il répondra quelque jour devant un tribunal dont les lumières ne peuvent être obscurcies par les sophismes des faux docteurs. Et, en attendant cela, j'espère que l'on fera dès à présent porter au sieur Bossuet toute la honte que mérite une si sale action^. »

1. «Le détail de leurs erreurs serait trop long et difficile. » Tillemont, Vie de saiiit Louis, éd. de Gaulle, t. I, p. 52.

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