‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 216 sur 329 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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3. Les recueils de documents sur l'ensemble de la Réformation allemande sont pour la plupart postérieurs à Seckendorf et à VHistoire des Variations : Vov DER Hardt, Autographa Lutheri aliorumque celebriiim virorum ab a. 1517 ad a. 1346 Reformalionis hisloriam iilustrantia, 1690 et 1693; J. Chr. LuxiG, Deiitsches Ri'ichsarchiv, 1713-1722; Von der Uarut, Historia Utteraria Beformationis, 1717; et le plus important, Loescher, Vollstaendige Reformations acta und documenta, Lpz., 1720-1729. Il n'existait auparavant que les recueils de chroniqueurs allemands réunis par Simo.n Schard, Jea.v Pistorius et Marc Freher. — Touchant la personne même de Luther, les deux premiers ouvrages de bibliographie qui permirent de se rendre compte de l'état où eu était son histoire et aussi de son influence sur l'esprit allemand (Chr. Jcxcker, Vita M. Lutheri nummis atque iconibus iUustrata, avec de nombreux détails bibliographiques et biographiques ; Jean Alrert Fabricics, Centifolium Inflieranum) ne parurent, l'un qu'en 1699, l'autre qu'en 1728. — C'est à partir de 1720 que se succèdent en Allemagne les publications à'ungedruckter Schriften, Berichte, IJrkunden. Beiciisabschiede, Briefe... zur Erlaeuterung der Reformations-gescliichte, par Chr. .Matth. Pfaff, Kapp, Buder, Secke.n- BERfi, Hec.ma\.\, Riederer, Strobel, etc.

4. Il n'avait été fait, au dix-septième siècle, en France, que peu d'ouvrages sur l'histoire d'.\llemagne, et de fort mauvais. Le.xolet do Fresnoy dit que l'hisloire

à l'essai, qu'il allait tenter, d'an jugement motivé sur la personne et sur l'œuvre de Luther.

Car il est bien différent d'écrire sur l'histoire de son pays ou sur celle d'une nation étrangère, je dis à égalité d'informations, d'attention critique et d'exactitude. Il est possible à un homme intelligent, — lors même que, comme Bossuet. il ne fait pas de l'histoire son occupation habituelle , — de parvenir par la réflexion et par l'étude à concevoir, sur certains points du passé de son propre pays, des vues justes et neuves. Ici, en effet, il est guidé, soutenu, prémuni contre les appréciations fausses par une sorte d'intuition divinatrice de ce qui a dû vraisemblablement se produire autrefois dans le groupe humain auquel il appartient; par une intelligence instinctive des êtres et des choses de sa nation ; par une induction naturelle, et souvent légitime, du présent au passé... Mais quand il s'agit de juger les hommes et les événements d'un autre pays et d'une autre race, — quelque bien instruit que l'on soit de la matière même des faits, et quelque pénétration et quelque impartialité que Ion apporte à les examiner, — on court le danger d'en méconnaître grossièrement le sens et la portée, si l'on n'a pas été, pour ainsi dire, introduit et accHmaté par avance à l'esprit et à la conscience de la nation qu'on veut étudier, si l'on y pénètre sans être informé au préalable, — et dans un détail suffisant, — de ses institutions, de ses mœurs, de ses façons, publiques et privées, de penser et de sentir.

Cette initiation nécessaire au caractère allemand et à

de DE Prade (1677) a évité « les fautes grossières >■; ■< c'est beaucoup, ajoute-t-il, pour un auteur français, car ils sont onlinairemeut fort ignorants sur ce qui regarde l'Empire. » Bossuet avait dans sa bibliothèque l'histoire de Jean de Heiss (1684), ouvrage plusieurs fois réimprimé, que Féneloa et Fieury faisaient lire au duc de Bourgogne: livre de vulgarisation, à l'usage, dit l'auteur, des apprentis dans la « négociation », c'est-à-dire dans la diplomatie; livre « peu estimé, selon Lenglet [Méth. hist., 1129, t. III, p. 276 , des gens habiles. » L'ouvrage de Louis DU May, L'État de l'Empire (1665 et 1674) était plus estimé. — En Allemagne même, ce qu'on trouve le plus au xvii»^ siècle, ce sont des traités sur le droit public du Saint-Empire romain germanique 'cf. Le.nglet, ihid., p. 255-278.)

422 LIVRE TRUISIÈME.

la vie allemande, Bossuet ne pouvait la trouver dans nul ouvrage français. La curiosité de nos érudits du dixseptième siècle s'était toujours satisfaite jusqu'alors dans l'antiquité classique et dans le Moyen âge chrétien ; celle des historiens plus proprement littérateurs se cantonnait à la France, ou si parfois elle s'aventurait au dehors, elle n'allait guère qu'à l'Italie ou à l'Angleterre, moralement plus voisines de nous que l'Allemagne, plus polies, plus «latines», et par conséquent, à leurs yeux, plus séduisantes.

Il n'y avait pas à tirer plus de lumière des théologiens protestants de notre pays. Tout commerce intime, toute circulation de vie morale entre le Calvinisme de France et le Luthéranisme d'Allemagne avaient depuis longtemps cessé, — depuis le temps de Sleidan, de Sturm, de Bèze et de Languet. — De bonne heure, la différence de nationalité, jointe à l'étroitesse des préjugés de secte, avait prévalu sur l'analogie fondamentale des croyances et sur la communauté des intérêts spirituels, et rendu les deux Eglises sœurs étrangères l'une à l'autre. Quand on parcourt les ouvrages de doctrine ou de controverse des Réformés français du dix-septième siècle, on s'étonne de voir combien, tout en se réclamant de Luther pour une sorte de déférence officielle, ils l'ignorent'. Depuis Dumoulin jusqu'à Jean Claude, assurément aucun des ministres que Bossuet avait lus ne pouvait le préparer à comprendre l'Allemagne religieuse, ni l'aider à mieux entrer dans l'âme de celui qui en fut le père spirituel. C'était donc forcément avec toutes les préventions et toutes les ignorances d'un catholique et d'un Français que Bossuet se mettait en face du chef, si foncièrement allemand, de la Réforme allemande. Quel en a été le succès*?

1. Le théologien protestant Lenfaxt remarque très justement que les protestants français ne se sont guère souciés de Luther au dix-septième siècle [Préservatif contre la Réunion, 1723, t. I, p. 346).

2. Nous négligeons, bien entendu, le côté purement théologique de l'histoire de Luther racontée par Bossuet, nous bornant à chercher comment il a compris

Sur les sources dont Bossuet s'est servi et sur la vérité même des faits qu'il y a puisés, les observations de ses critiques se réduisent à fort peu de chose.

La plus grave est peut-être celle que provoquent les premières lignes de l'histoire de Luther telle que Bossuet la raconte sommairement. «Qui ne sait,» dit-il, « la publication des Indulgences de Léon X et la jalousie des Augustins contre les Jacobins qu'on leur avait préférés en cette occasion? Qui ne sait que Luther, docteur augustin, choisi pour maintenir l'honneur de son ordre, attaqua premièrement les abus que plusieurs faisaient des Indulgences et les excès qu'on en prêchait ' ? »

Cette «jalousie» des Augustins contre les Dominicains, cette mission donnée à Luther de les venger sont l'une et l'autre, — remarquent presque tous les critiques de Bossuet% — de pures légendes. Non seulement les historiens les plus autorisés, - Guichardin, de Thou, SIeidan, — n'en savent rien; mais, même parmi les ennemis acharnés qui combattirent Luther de son vivant, surveillèrent sa conduite et scrutèrent son histoire avec la clairvoyance d'une haine impitoyable, nul n'attribue à son entreprise une telle origine : — ni Caiétan, ni Emser, ni Sylvestre de Prière, ni Hochstraten', ni même, tant que Luther vécut, Cochlée. Car si c'est lui qui a inventé cette calomnie, il ne l'a mise en circulation qu'après la mort du principal intéressé.

Tout cela est exact*, et Bossuet s'est trompé. Il a eu évidemment le tort de considérer comme constant et avéré

le caractère personnel du Réformateur, daos les principaux traits de sa vie publique et privée.

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