‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 223 sur 329 · Consultatio, n»» x et xi · texte numérisé non relu

Consultatio, n»» x et xi

4. .L. VI, n" VI. — « Toute cette pièce, >■ dit avec raison Kuhn (t. 111, p. 198), « n"est qu'une exhortation pressante à renoQcer à ce dangereux mariage, et la conclusion, au contraire, un assentiment dont la conscience de ces hommes est froissée. » " Comment amena-t-on Luther,» ajoute-t-il, « à cette espèce de complicité? On fit valoir à ses yeux la dissolution effective du premier mariage, la vie de désordres du prince, son trouble, ses remf]rds et par-dessus tout l'exemple des Patriarches et la l(ji de Moïse." Sur ces motifs, voyez plus haut, p. 431, u. 1, et plus loin, p. 4ii, n. 3. L'explication de Bossuet est plus juste.

tout, — et en termes beaucoup plus impérieux et décisifs,

— c'est de recourir à l'Empereur pour obtenir la dispense qu'il leur demande, et de traiter cette affaire avec lui. Ils cherchent, avec candeur, à l'effrayer. L'Empereur n'a «ni foi, ni religion; » c'est «un trompeur, qui n'a rien des mœurs germaniques et avec qui il est dangereux de prendre des liaisons.» Et à côté de ces conseils, dont l'intention intéressée est si visible et la duplicité si maladroite, ils n'oublient pas de l'apitoyer sur cette « pauvre église» de l'Evangile nouveau, «petite, misérable, abandonnée, qui a besoin de maîtres vertueux. »

C'est, en effet, par cet intérêt que le Landgrave les avait pris. U instruction donnée par lui à Bucer, son ambassadeur auprès des théologiens de Saxe, ne laisse à Bossuet aucun doute sur ce point.

Philippe, landgrave de Hesse, n'aime plus sa femme qu'il épousa jadis par convenance, et il en désire une autre. Mais il ne veut ni ne peut répudier la sœur du duc de Saxe, la mère de ses enfants', et il ne peut, non plus, posséder Marguerite de Sala, fille de noble famille et d'une mère exigeante, sans l'épouser'. Puis ce sensuel est un superstitieux. Il nous offre un échantillon allemand de ces âmes du seizième siècle où la volupté et la dévotion savaient cohabiter en faisant bon ménage. Il vit dans le désordre, mais dans un désordre triste, car il a des scrupules. Il a lu, de ses yeux, dans saint Paul

— et « pas dans un seul endroit», — qu' « aucun forni-

1. Cf. les curieuses lettres du Laudgrave à sa femme, qui consentait d'ailleurs au partage, et les garanties de fidélité qu'il lui donne (Lenz, t. I, p. .358-360. — Cf. V Insiructioii du Landgrave à Bucer, publiée par Bossuet à la suite du livre VI, uo xin).

2. Sur les conditions posées par la dame de Sala, voy. Lenz, t. I, p. 328. Elle ne consentait au secret qu'à la condition que la célébration du mariage eût lieu devant l'Électeur, la sœur du Landgrave, les premiers de son Conseil, Luther, Bucer, Mélanchthon, etc. C'est probablement à son instigation que le Landgrave insiste tant pour être sûr que ce second mariage sera considéré comme authentique et légitime, non seulement par Dieu, mais par ceux qui le connaîtront. Cf. V Instruction, x\° xn. — Ajoutons que Marguerite de Sala avait un oncle assez récalcitrant, « brave », qui n'entendait pas raillerie et dont Philippe semble préoccupé (lettre du Landgrave à Bucer, 2i juillet 1540, dans Lexz).

cateur et adultère ne possédera le royaume de Dieu. » Tellement qu'il n'ose plus approcher de la Cène et qu'il donne le mauvais exemple à son peuple'. Il veut bannir ses scrupules et rassurer son âme, mais sans mortifier ses appétits, ni contrarier son caprice : — de cela il ne saurait être question : iiec possum nec volo. — Ce qu'il prétend, c'est légitimer coûte que coûte la satisfaction de sa passion nouvelle , et voilà pourquoi il demande au « cher docteur» Luther, au docte Philippe et à leurs amis, de lui certifier, en bonne forme, qu'il n'offensera point le Seigneur, qu'il sera en paix avec le Christ et certain de sa «justification,» s'il épouse une seconde femme sans divorcer avec la première ^

Mais ce que Bossuet tient à faire observer, c'est la façon dont le Landgrave s'y prend pour persuader ses docteurs promptement. Sans doute il commence par alléguer l'Ancien et le Nouveau Testament, l'exemple des chrétiens d'Orient et les dispenses du Pape; mais il a des arguments autrement forts. Ils doivent, dit-il, lui rendre ce service, « afin qu'il puisse plus gaiement vivi'e et mourir pour la cause de l'Ecangile et en entreprendre plus volontiers la défense. » — C'est un marché. — S'ils cèdent « il fera de son côté tout ce qu'ils lui ordonneront selon la raison » : ils pourront, à leur gré, lui demander «les biens des monastères ou autres choses semblables. » Et comme ils auraient tort de se montrer intraitables ! A quelles extrémités ils le réduiraient !... Car peu lui importe d'où lui vienne cette absolution qui doit mettre en gaieté sa conscience formaliste 3. En cas de refus des docteurs du nouvel Evangile, il va s'adresser à l'Empereur, et, par lui, au Pape. Il y est décidé. Et du côté de l'Empereur, il a la

1. Lettre du 5 avril 1540 à Luther (Lenz, t. L P- 361j. Il y a certainement ua côté de piété sincère dans son dessein; il assure plus d'une fois qu'il fait cela « W7/7 f^uttem Gevjissen und iimb Besserunr/ \seiiies] Lebens.» «... Und hoff das inir das zii guter Besserung und christLichen Leben dieneii soll. » 'Lettre du 4 mars 1540 à Luther et à Méianchthon, Lexz, t. I, p. 360.)

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